‹ Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiquesChapitre 37 sur 50 · LES DIEUX PLUS SÉVÈRES DE TYR ET DE SIDON · texte numérisé non relu

LES DIEUX PLUS SÉVÈRES DE TYR ET DE SIDON

Les dieux dont nous avons parlé jusqu'à présent i avoir été indigènes dans l'Asie occidentale et, en p dans le pays de Canaan, peut-être avant rétablisse Phéniciens, que les Hébreux appelaient Sidoniens. Ils tèrent et se bornèrent à en modifier plus ou moins le ( comme nous venons de le voir pour Eshmoun. La re Tyr et de Sidon conserva jusqu'aux derniers temps de tence des éléments empruntés aux cultes licencieux i néens. Ainsi à Carthage, du moins après sa recor sous Auguste, à côté de Didon, la vierge sévère, on \ sœur, la voluptueuse Hanna (1). Mais on peut l'élément le plus rigide, vraisemblablement d'origine ; phénicienne, l'emportait. Malheureusement, les r ments font presque complètement défaut pour une peu approfondie de cette religion. Les inscriptions n nissent bien quantité de noms de dieux, et mainte pi quelques-uns d'entre eux étaient les principaux du pj

(1) Plusieurs savants, entre autres Bosworth Smith, croient que culte ne fut introduit qu*aprè8 la construction de la nouvelle Carthage 8( où Ton voulut rétablir aussi Tancienne religion locale, mais en allant eE modèle à Tyr. On s'appuie là-dessus pour penser que lors de Témigrati Carthage, le culte phénicien à Tyr n'était pas encore associé aux cultes de Canaan.

prennent que fort peu de chose sur leur nature et leur )n. Ce que contiennent les auteurs classiques sur la 3 Tyr et de Sidon est en partie peu digne de foi, en îur et confus. On ne peut accepter qu'avec les plus iserves le système que Movers a tiré de ces insuffiinées, à l'aide, d'hypothèses hardies et très ingéais rien moins que certaines, et d'étymologies bien ntestables. Mieux vaut encore s'exposer au reproche ,é, que de se risquer dans le champ des suppositions Sur aucun sujet, il n'est plus prudent et plus l'attendre le résultat de nouvelles découvertes. Avec aux qu'on possède pour le moment, on ne peut ni ) développement historique de la religion des Phénilôme en reconnaître et en classer avec une méthode coureuse les divers éléments, dire avec certitude ce re rapporté à tel centre ou à telle époque. Tout ce que ons nous flatter d'entreprendre avec quelques chances c'est de tracer une fruste esquisse du caractère des 3t du culte dont Sidon fut le berceau, tère est en parfaite harmonie avec celui du peuple Le principal dieu des Phéniciens fut à l'origine un nature, mais ne tarda pas à devenir un dieu de la 1. Les Grecs mêmes ont conservé le souvenir de ses expéditions et de ses exploits, particulièrement sur répandre la civilisation phénicienne. Il est le promonvoi des colonies et des guerres entreprises dans ce l'inventeur de la navigation et de la pourpre, le fondapremier roi des cités. A Tyr, il occupait le premier n dans le panthéon officiel, du moins dans la vénéraaire. Il portait le nom de Baal-Gor, le Seigneur de Tyr. leurs aussi nommé Baal-Çidôn, le Seigneur de Sidon. emière de ces villes et à Carthage, il est Melqart, le té. Comme Eshmoun, c'est un dieu du feu, non toute- 1 du feu immanent et caché, mais du feu se manifesta nature et dans le monde. L'opinion commune, qui L dieu du soleil, n'est pas complètement dénuée de i ; néanmoins, il n'était pas, à proprement parler, le ame le Shémesh des Cananéens, adoré aussi par les

Phéniciens, Tantique Samas des Assyriens et des Babyloniens, ou comme THélios des Grecs, mais plutôt le dieu de la chaleur, principe de la vie et de la mort qui se manifeste et agit dans le soleil. Les Grecs ont donc eu raison de le confondre ave*" '^"^ Héraclès, qui, comme lui, répand les bienfaits de la civili dans le monde et qui sort victorieux de tous les combats qui avant tout est le dieu ou le héros renommé pour sa foi résistible. Son nom propre était Baal-Hammân, plus tar abréviation, Amman, Amon, Mon, le seigneur de la chale la flamme, ou plutôt le seigneur flamme, nom qui lui est < dans nombre d'inscriptions tant de Carthage que de la patrie. A lui étaient consacrées les deux colonnes si répa en Phénicie et dans le pays de Canaan, les Hammanim d( cien Testament, qui n'étaient pas la représentation, mais h bole du dieu, et dont le nom dérive du sien. Dans le gran( pie de Tyr, construit par Hiram, elles étaient de jaspe celui de Gadès, en Espagne, de cuivre. Les deux coloni temple de Salomon, Yakin « il fonde » et Booz « en lui ( force », étaient aussi de cuivre, et avaient le même sens c gonique. Aussi bien à Jérusalem qu'à Tyr, ces deux col sont le symbole d'un même dieu, là de Yahveh, ici d'Hat et non, comme on Ta cru, l'une d'Hammân, l'autre d'ui tyrien antérieur.

Hammàn est le dieu du feu, de la flamme, la chaleur d avec tous ses attributs, créateur et destructeur, donnant et la mort. La force le caractérise toujours. Il ne faudrait faire cependant un dieu qui n'inspire que l'eff'roi. Il est ment, et en première ligne, le dieu du feu vital qui pénètr vivifie tout, qui se manifeste non-seulement dans le soleil aussi dans le vent brûlant, et sans doute encore dans 1' Au-dessus d'une inscription numide de Massinissa, il est sente avec des bras qui se terminent en grenades et en r On pourrait le nommer le dieu qui règne en été. C'est pou avant la réforme d'Hiram, alors que l'idée naturiste encore dominante, la fête de sa mort et de sa résurrection, tée par ce prince à l'arriére-saison, était sans doute divi deux parties, dont Tune se célébrait en automne, l'aul printemps. Il existe dans Athénée un mythe remarqua]

sujet de sa mort. « Héraclès, — dit l'auteur grec, — fils de Zeus et d'Astéria (Baal-Shamin et Ashéra), fut tué par Typhon à la suite d'une excursion en Libye, mais il revint à la vie lorsque lolaos lui eut placé une caille sous le nez. » Lorsque le dieu des chaleurs estivales avait été tué par Typhon (Baal-Çéphôn), le dieu du vent du nord, de Tobscurité et de Thiver, on lui offrait des sacrifices, on lui immolait des cailles : la fumée de ces holocaustes devait le rappeler à la vie. Ces oiseaux, en eff'et, étaient regardés comme un mets très échauffant et, par conséquent, plus propre que tout autre à ranimer la chaleur vitale. Les peuples primitifs se sont toujours représenté les sacrifices comme un aliment servi aux dieux pour les nourrir et réparer, renouveler leurs forces, et on retrouve les traces de cette naïve croyance jusque dans les idées religieuses d'âges beaucoup plus avancés. Les cailles abondent en Palestine en automne, précisément à la saison de Tannée qui amène la mort du dieu. Il est donc bien naturel que les habitants, qui avaient cru constater sur eux-mêmes la vertu salutaire de la chair de ces oiseaux, les aient alors choisis pour leurs sacrifices. L'usage nous est d'ailleurs attesté par d'autres renseignements que par ce mythe, lolaos appartient au mythe grec, et je ne saurais dire à quel dieu phénicien il répond. Il y a lieu de croire que, dans le mythe grec, lolaos personnifie la foudre, et on pourrait supposer que les Phéniciens le nommaient Barak (1).

On a quelque raison de croire qu'Hammân, comme Eshmoun, était originairement une divinité cananéenne, que les Phéniciens reçurent, comme dieu de la nature, des anciens habitants. Mais il est certain qu'ils modifièrent profondément son caractère lorsqu'ils rélevèrent au rang de Melqart, de roi de leur ville. L'Hercule tyrien est donc, en un certain sens, leur création. Il forme, comme dieu de la civilisation, la transition entre la vieille divinité cananéenne et le héros grec, dont le mythe, originairement aryen, mais profondément mélangé d'éléments sémitiques, revêtit un caractère moral. Tous les attributs supérieurs de la divinité se trouvent réunis dans Baal-Melqart-

(1) En tout cas on ne saurait dériver ce nom d'une racine sémitique, comme Tont fait Movers, qui veut y voir Yabal, et A. MttUer qui l'explique par ya*al, guérir,

Hamm&D. Les Sidoniens lui conservèrent ses attributions naturelles de dieu du soleil, du feu, de l'été, de la fécondité, en les pénétrant d'un sens plus élevé. Sa mort et sa résurrection empruntées au vieux mythe de la nature et y trouvant i^"^ explication, devinrent l'image de la vie qui incessamme] renouvelle dans Tunivers. Il fut le dieu toujours actif, tou vainqueur, qui de la mort tire la vie, Tordre de la confu En outre, comme roi de la nation, dieu de la race et du pe il fut le principe, le protecteur, le représentant de l'œuvre lisatrice qu'accomplirent les Tyriens, la personnification de nationalité, le vainqueur des monstres et des barbares, pai rant le monde et fondant partout des colonies. Dans ses ter il n'y avait pas dlmages, seulement deux colonnes qui et plutôt le symbole de son action que la représentation de sa sonne. Cependant le feu sacré y était continuellement entn comme son image vivante et le gage de sa présence, et qu'on fondait une nouvelle colonie, on avait soin de con la garde d'un prêtre, pour y être transporté, le feu allu celui du temple de la métropole.

Presque dans toute l'antiquité, les dieux du feu célest( réuni le caractère moral à celui de dieu de la nature. Le toujours été regardé comme possédant une force purifian sanctifiante. On sait la puissance et les applications de cette chez les Perses. Le feu occupa aussi une grande place da religion des Phéniciens. Aussi Hammân, le dieu du feu se i festant dans la vie universelle, ainsi que du feu consui fut-il toujours le dieu de la pureté, on pourrait dire, dai certain sens, de la sainteté. Non moins ennemi de toute ( lution que Yahveh, chez les Israélites, il ne favorisa pas le loppementde la pure sensualité, et bien que, de même que Yal il fût considéré comme le principe et la source de touti comme lui il combattait énergiquement tout vice et était r table dans son courroux. Ses prêtres devaient s'imposeï taines abstinences ; la plupart n'étaient pas mariés et ses tresses ne l'étaient jamais. Il ne pouvait, d'ailleurs, en autrement, car ses temples étaient soumis à des lois rigour de pureté. Ni femmes, ni chiens, ni pourceaux, — qu'on pardonne cette impertinente association, et qu'on veuille

n'en imputer la faute qu'au manque de galanterie des Phéniciens, — ne pouvaient franchir le seuil de son sanctuaire ; cela n'était permis qu'aux vierges et aux animaux purs.

Le culte rendu à Baal-Hammân-Melqart répondait bien à sa nature et à ses principaux attributs. Comme dieu du feu créateur, on lui offrait des animaux mâles, principalement des taureaux, ainsi qu'il résulte de la table des sacrifices de Marseille. Les plus beaux, les plus chers de ces animaux, qui dans presque toutes les anciennes mythologies sont des symboles de la force reproductrice de la nature, lui étaient naturellement dévolus, comme au dieu suprême, à celui dont la puissance maintient et revivifie tout ce qui est. Mais le grand aliment de la vie est la mort. Le feu créateur est aussi destructeur, et la divinité ne conserve à la nature son éternelle jeunesse qu'en dévorant ses enfants, pour les faire renaître sous de nouvelles formes. A ce côté de la nature du dieu répondaient les sacrifices humains et surtout les sacrifices d'enfants. On offrait les sacrifices humains à Baal-Hammân-Melqart, à la déesse qui, à côté de lui, occupait le plus haut rang dans le panthéon des dieux de Tyr et de Sidon, aux dieux non moins redoutables de la mer et de la mort. On sait qu'ils avaient aussi leur place dans le culte des grands dieux de Babylone, d'Anou en Assyrie, de Kamosh, chez les Moabites, du Mélek ou Moloch de la Bible, etc., toutes divinités dont le caractère, s'il n'était pas de tous points identique à celui d'Hammân, s'en rapprochait du moins beaucoup. C'est la coutume que TAncien Testament désigne par l'expression : « Faire passer ses enfants par le feu », et dont les yahvistes mosaïstes ne parlent qu'avec la plus grande horreur. Elle était très répandue chez les peuples mésopotamiens, bien qu'elle n'y fût pas générale. C'est en vertu de cet usage que le roi Mésha, assiégé dans Qir-harésat par Joram d'Israël, Josaphat de Juda et le roi des Édomites, immola son fils premier-né, sur le rempart de la ville (1), et certainement la terreur superstitieuse de la vengeance de Kamosh, répandue dans les rangs des assiégés à la vue de ce sacrifice, ne contribua pas peu à forcer les rois alliés de lever le siège. C'est en vertu du

(1) 2 Rois m, 25-37.

môme usage que rAncien Testament rapporte que les S( vaïtes brûlaient leurs enfants devant leurs dieux Anammé Adrammélek. Les habitants du royaume de Juda s'adonne cette pratique sous les derniers rois de la race de David, e était générale chez les Israélites dans les temps antérieur principales victimes des sacrifices humains chez les Phén furent donc les enfants, surtout les plus chers, les pre] nés, les plus beaux, quelquefois des jeunes filles nubih avaient lieu, soit dans les fêtes annuelles, soit dans des ci tances critiques, lorsque l'état était en péril ou lorsqu'il î sait d'appeler la faveur des dieux sur quelque grande entr projetée. Jamais on n'immolait des esclaves ni desprisonni guerre, toujours les enfants des citoyens, quelquefois de haut placés. Les parents, les mères, devaient assister à la monie et ne trahir par aucun signe leur douleur. Les ci innocentes victimes étaient étouffés sous le bruit des flû des tambours. La divinité a droit à ce que les hommes o plus cher, et le sacrifice doit être accompli spontanément regrets, et témoigner d'une soumission, d'un renoncemen réserves. 11 ne faut pas chercher dans ces cérémonies ur mystique. Il ne s'agissait nullement là de purification des des souillures de la matière. Il se peut que le sens du sa< variât selon le choix de la victime et le dieu auquel elle offerte. Ainsi, on offrait aux dieux toujours avides de la n de la mer des victimes pour les rassasier à l'avance et coi leurs fureurs, selon le principe qu'il vaut mieux qu'un h< seul meure plutôt que d'en exposer des milliers à périr, — cipe, hélas ! plus vieux que les Sadducéens, et dont aucun t aucun parti ne leur a laissé le monopole. On en offrail tarte, la déesse guerrière, parce que ce genre de sacrifices en harmonie avec sa nature, et que sans doute nulle offrande n'aurait pu obtenir de cette divinité farouche la sance et la victoire. Toutes les fêtes auxquelles on les me raissent avoir été chez les Phéniciens des fêtes de purifii et d'expiation. On y avait aussi recours pour apaiser les < lorsque quelque grand danger menaçait le pays. Mais le sa< des premiers-nés des animaux et des hommes à Baal-Hai avait évidemment un autre sens et d'autres motifs. Ri

montre que ce dieu ait été considéré comme une divinité sanguinaire. Mais il est le dieu de la vie et de la mort, tout lui appartient, parce que tout vient de lui. On rendait à celui qui donne, sans doute dans Tespoir de provoquer de sa part de nouvelles libéralités. Ces sacrifices furent, au sens rigoureux du mot, un au(o-da-/e, un acte de foi. Il n'y a que cette profonde conviction qui puisse en expliquer la durée séculaire, la persistance en dépit de tous les progrès des idées et des mœurs. Telle était la force de Tusage que, même après la prise de Carthage par les Romains, malgré leurs défenses et la surveillance de leur police, on offrait encore des victimes humaines. De telles coutumes, du moins chez les peuples qui ne sont pas placés au plus bas degré de Téchelle'de la civilisation, ne sauraient être attribuées à Tempire brutal d'un goût dépravé, et la superstition seule ne suffit pas à les expliquer. Elles ne sont maintenues que par la puissance du sentiment religieux, par cette pieuse pensée: J'appartiens avec tous les miens à la divinité. Il est vrai qu'un tel sentiment religieux s'allie à une conception très imparfaite de la divinité.

La déesse qui était toujours invoquée à Carthage à côté de Baal-Hammàn et, dans quelques inscriptions, a même le pas sur lui, «la face» ou «le nom» de Baal-Hammân, appartenait trèscertainement aussi à la classe des divinités sévères et chastes. Son nom n'est pas originaire de l'Afrique, mais de l'Asie. C'était la même divinité que l'Astarté de Tyr et de Sidon, l'Ashtoret Shem-Baal, dont il est fait mention dans l'inscription du sarcophage d'Eshmounazar. Elle différait complètement d'Ashéra, de Baalit, la déesse de la terre-mère et des déesses mères du ciel, Atergatis et Annit. Virgina/e numen par excellence, elle n'était pas l'épouse, mais la face, le nom de Baal, c'est-à-dire sa manifestation sous une forme visible. Le plus souvent, les Grecs l'identifièrent avec Athènè et Artémis. Comme déesse du ciel nocturne, elle se manifestait dans toute sa gloire dans la lune, et était alors représentée avec une tête de vache, ou tout au moins coiffée de cornes, symbole du croissant lunaire. Elle prenait alors le nom d'Ashtoret-Karnaïm. Son culte, sous cette forme, était très répandu dans le pays de Canaan. C'était la reine du ciel en l'honneur de laquelle les femmes Israélites allumaient

le feu sacré et faisaient des libations. Elle paraît d'ailleurs avoir reçu le môme culte qui était rendu à Baal-Hammân.

C'est à peu près là tout ce qu'on sait avec quelque cert sur cette déesse si haut placée dans la vénération des P ciens. Déjà, sous la dix-huitième dynastie, on la retrou^ Egypte où, certainement, elle n'était pas indigène. Elle positivement opposée comme déesse vierge à Annit, la d mère. Mais ce rapport a-t-il été toujours et partout le m( Annit et Tanit ont-elles toujours été distinctes, et ne pei pas supposer qu'elles représentèrent primitivement deux différentes de la nature féminine, réunies dans Neith (N( Nit de Sais), ou même que ce ne sont que deux formes du r nom modifié par un préfixe différent ? Tanit était-elle peul dans un rapport quelconque avec ce mystérieux dieu Ta, le nom revient si souvent sur les monuments phénicie dont on a même retrouvé la trace en Egypte ? Toutes ces tiens et bien d'autres restent pour le moment insolubles seule chose est certaine, c'est que la principale déesse des niciens proprement dits était une divinité sévère et cl dont le culte put être cruel, mais ne fut nullement licenc

Outre ces dieux principaux, les Phéniciens en eurent une d'autres. Ils furent indubitablement polythéistes, bien que polythéisme fût strictement monarchique et que le culte plupart des dieux fût subordonné à celui de quelques div supérieures. La tradition et les monuments nous ont con un grand nombre de noms de ces dieux minores^ mais 1 pas beaucoup plus que des noms. Plusieurs appartenaient < la religion des peuples cananéens, par exemple l'ancien solaire, ou plutôt le dieu-soleil, Shémesh, des dieux de fie de montagnes. Par contre, plusieurs, tels que Typhon, donné par les Grecs à Baal-Çéphon, et que sur cette seule ration de son nom, on a, à tort, regardé comme d'origine tienne, Sakan, Pou'm, Moût (le dieu de la mort, auquel on ( des sacrifices humains) Koun ouikoun, qui doit avoir été da rapport plus ou moins étroit avec la colonne Yakin et la p] Keiwan, etc., furent sans doute purement phéniciens.

Autant que nous pouvons en juger par le peu que nous sa la religion des Phéniciens s'éleva incontestablement au-c

des cultes de la nature des Syriens et des Cananéens. Elle marque un effort pour atteindre à la conception spiritualiste de la divinité, et la place prépondérante qu'y tient l'adoration du feu, le moins matérialiste des cultes de la nature, favorisa cet effort. Les déesses, du moins Tanit à Carthage, y occupèrent le premier rang; mais ce fut peut-être là un caractère local et accidentel, et il faudrait que nous eussions plus de monuments provenant des autres contrées où cette religion florissait, pour savoir si partout Tanit était nommée avant Baal-Hammân. En tout cas, comme Shem-Baal (nom deBaal), Pené-Baal (face de Baal), elle était placée bien au-dessous des grandes déesses d'Askelon, lesquelles tiennent le premier rang dans la mythologie comme dans l'adoration. Il est néanmoins vraisemblable que les déesses étaient de la part du peuple l'objet d'un culte plus fervent, d'une vénération plus grande que les dieux. On sait que ce ne sont pas toujours les divinités les plus haut placées dans l'enseignement officiel qui sont le plus en honneur et en faveur dans l'esprit des multitudes. La religion des Phéniciens, avec ses déesses qui ne sont que des noms, des manifestations de Dieu, forme la transition entre les vieux cultes sémitiques, presque exclusivement consacrés aux divinités féminines, et le mâle yahvisme d'Israël, où, dans la conception de la divinité, l'élément féminin ne figure plus qu'à titre d'allégorie et de symbole.

Néanmoins, les Phéniciens s'arrêtèrent à mi-chemin de cette évolution. Ils ne surent pas même demeurer fidèles à leur propre religion. Gomme leurs derniers maîtres, les Perses, ils eurent le malheur d'être beaucoup trop portés à s'approprier les idées et les rites des peuples étrangers. Leurs mœurs et leurs habitudes de peuple commerçant développèrent cette disposition en lui fournissant d'amples occasions de se satisfaire. S'ils empruntèrent, comme les Hébreux, les croyances et les usages des anciennes religions cananéennes, ils ne surent pas, comme eux, les épurer après une lutte prolongée. L'Egypte avec ses mystères semble avoir exercé sur eux une attraction irrésistible. Nombre d'inscriptions recueillies non-seulement en Egypte, mais encore dans d'autres contrées, montrent quelle extension prit parmi les Phéniciens le culte d'Osiris. Ils n'eurent pas moins de dévotion pour Ptah, dont le caractère se rapprochait

tellement de celui de quelques-uns de leurs dieux. On a même retrouvé sur une pierre gravée, recueillie en Espagne, au milieu de dieux purement phéniciens, le nom d'Harpocrate, Hor-pechruti, Horos l'enfant, avec le surnom parfaitement conforme à la pure doctrine égyptienne, Yatan-hayim, celui qui dispense la vie. 11 est moins certain qu'ils aient adoré Isis, bien qu'on ait cru trouver sur leurs monumehts la trace de son culte. Mais il est indubitable, et les monuments le démontrent d'une manière surabondante, que depuis le règne du roi d'Egypte Apriès (Uahet-pra, Hophra) la religion phénicienne fut à peu près complètement égyptianisée. Longtemps auparavant les Phéniciens avaient déjà emprunté àTÉgypte la disposition de leurs temples, etpeutêtre Tusage africain de la circoncision.

Ne s'étant pas élevés au-dessus du polythéisme, les Phéniciens ne pouvaient pas avoir de métropole religieuse. Il y eut en Phénicie un grand nombre de sanctuaires et de lieux saints. Comme chez les Grecs, on n'élevait de temples que sur des terrains déjà consacrés à la divinité, et que, sans doute pour cette raison, on appelait Béthels, demeures de Dieu. On retrouve en Phénicie dans toute sa force l'idée commune à la plupart des peuples de l'antiquité, et à laquelle les Israélites n'étaient pas étrangers, en vertu de laquelle la divinité résidait dans les temples. « Nous avons fait, -— lit-on très fréquemment dans les inscriptions, — habiter ici Eshmoun, ou Astarté, ou telle ou telle autre divinité. » Ce n'était nullement là une métaphore, il ne s'agissait pas non plus de l'image du dieu, mais bien du dieu lui-même.

Les principales villes avaient plusieurs temples. Ëshmounazar construisit à Sidon seulement un temple à Ashtoret de Sidon, le pays de la mer, un à Ashtoret Shem-Baal, un à Baal-Çidon, un à son patron, le dieu dont-il avait pris le nom. Ce dernier temple avait peut-être le caractère d'un panthéon où était concentré le culte de tous les dieux du pays.

Les temples étaient construits sur le modèle de ceux de l'Egypte, somptueusement décorés, mais en général peu remarquables au point de vue de l'art. L'usage de consacrer aux dieux des pierres avec des inscriptions, même des statues, dans l'espoir d'en ol)tenir la réalisation de ses vœux, était très répandu.

Ces pierres votives remplaçaient en partie les sacrifices, et e transformation des bétyles, ou pierres sans que les anciens Israélites et les Cananéens consaivinité. Les sacrifices étaient très nombreux et très a trouve rénumération la plus complète dans la î de Marseille. Les animaux immolés étaient des veaux, des béliers, des boucs, des agneaux, des [ihevreaux, des oiseaux employés soit pour les sarification, soit pour tirer des augures. Pour la pluies mêmes qui étaient offerts à Yahveh dans les u dans les sacrifices ordinaires. De plus, comme lites, on devait offrir les prémices des moissons, lu lait, de la crème, peut-être aussi du vin. La rêtre pour chaque espèce de sacrifice était exactenée ; le prêtre qui exigeait davantage était mis à e fidèle qui refusait de payer voyait son offrande faut ajouter, à Thonneur du sacerdoce phénicien, rélevé à son profit aucune part de viande sur les rts par les pauvres.

léniciens et les Israélites, il n'y avait pas moins is les noms propres que dans les usages religieux, le ces noms ont chez les deux peuples le même fieux et procèdent d'une même conception reliaes noms sont identiquement ou presque identimêmes, comme Hanniël, Toma ou Thomas, Nab'est le même nom que Nun, celui du père de is-entendait fréquemment chez l'un ou l'autre peu- )pre de la divinité entrant dans la composition d'un nne. Les Israélites disaient Obed, (serviteur) pour teur de Yahveh) ; les Phéniciens Abda, esclave, Baal, d'El, de Mélek. Batnoama rappelle d'une ante les noms hébreux Ahinoam et Noômi. A déoncordance littérale, les noms Bannibal (la grâce han, Baalji'hen, Abibaal, Amat'ashtoret, Abd'ashoret et tantd'autres exprimant le rapport de filianme et la divinité, l'obéissance à la volonté divine, protection de Dieu, la reconnaissance pour ses ouanges, etc., attestent surabondamment l'analo-

gie des idées religieuses et des sentiments religieux des deux peuples. Cette analogie ressort avec non moins de force de la comparaison de leurs idées sur la mort, sur le tombeau, le sort des bons et des méchants, tels qu'ils sont exprimés d'une part sur les monuments phéniciens, de l'autre dans FAncien Testament. Eshmounazar souhaite à celui qui violerait ou profanerait son tombeau qu'il n'ait point de place chez les ombres (Réphaïm), qu'il soit sans sépulture, ne laisse après lui aucun fils, aucune postérité, et que les dieux saints (Ha'alônim haqadoshim) le détruisent. « Que lorsqu'il sera mort, — ajoute-t-il plus loin, — il n'ait ni racine sous terre, ni fruit au-dessus, qu'il n'en reste aucune image à la lumière du jour, qu'il soit aussi misérable que moi qui ai été privé du fruit de ma vie, de fils intelligents et vaillants, moi qui suis seul, fils de la solitude. » La tombe est pour les Phéniciens, aussi bien que pour les Égyptiens et les Israélites, « la maison de la demeure d'éternité », expression sous laquelle il faut entendre le monde souterrain, le Sheôl. On retrouve sur les pierres tombales des Phéniciens de nombreux témoignages de ce respect pour les tombeaux des ancêtres, de cette tendre aflfection des enfants pour les parents et des parents pour les enfants, si répandus chez les Israélites. Maolam, fils d'un personnage princier, exprime sur le monument élevé par lui à la mémoire de son père la grande douleur causée par la mort de cet homme « sage ». « C'était, — dit-il, — un homme semblable au diamant, qui endura toute espèce de malheur. Son nom est pur de toute souillure. »

La din*érence entre les deux religions n'est pas dans leur caractère, mais dans leur inégal développement. Elle ne peut complètement ressortir que d'une esquisse de l'histoire religieuse des Israélites. Quant aux causes qui empêchèrent la religion des Phéniciens de s'élever à un développement supérieur, on peut, dès à présent, les indiquer. La rigidité de leurs institutions politiques et le commerce, auquel ils s'adonnèrent presque exclusivement, furent les principales.

Comme chez les autres peuples mésopotamiens, et à rencontre de ce qui eut lieu chez les Égyptiens, le sacerdoce et la royauté furent, de fait, séparés et distincts chez les Phéniciens. Cependant cette séparation ne fut ni rigoureuse, ni absolue.

Plusieurs états paraissent avoir eu une constitution théocratique, ou plutôt hiérarchique. A la nouvelle Tyr, le grand prêtre de Baal-Melqart était de droit suffète ou juge, et portait la pourpre royale. Les principaux prêtres étaient ordinairement de sang royal. Quelques rois associèrent les grands prêtres au trône. En tout cas, ils exercèrent toujours une influence marquée sur le gouvernement, et jouirent d'une autorité considérable dans Tétat. Le grand prêtre exerçait la régence en cas de minorité du roi, et était toujours le premier personnage de Fétat, après le roi. Il est vrai que les rois tentèrent quelquefois de se soustraire à cette domination du sacerdoce, mais leurs efforts manquèrent d'énergie et de suite. On croit que la fondation de Carthage fut la suite d'une de ces tentatives. Le roi Mattan voulut marier sa fille à Sikarbaal, grand prêtre de Melqart, pour assurer à ce dernier une grande influence dans le gouvernement. Ce projet ne put se réaliser et Elissa dut s'enfuir. Dans ce cas, l'opposition au pouvoir sacerdotal vint donc du peuple. La puissance formée par Talliance de la royauté, du sacerdoce et de Taristocratie était trop considérable pour permettre, en Phénicie, à un libre développement religieux de se produire. Aussi n'y voyonsnous rien qui ressemble au prophétisme dont l'action fut si grande chez les Israélites. Une telle institution n'eût pu y prendre naissance, ni y vivre, ni s'y développer et y élever la religion au spiritualisme où atteignirent les prophètes hébreux. Il y eut sans doute des prophètes en Phénicie. Mais ils restèrent ce qu'avaient été les anciens voyants d'Israël, ils ne devinrent pas les organes d'une conception religieuse plus haute et plus pure. Alors même qu'il se fût trouvé des hommes pour faire entendre une parole libre et inspirée, la constitution aristocratique du gouvernement et l'autorité intolérante dont elle armait les principales familles ne lui eussent pas permis de se produire. Le développement religieux se trouva donc renfermé dans les écoles sacerdotales, et se borna à l'interprétation symbolique de la mythologie et à de profondes spéculations sur les dogmes issus des anciens mythes.

En outre, la vie des Phéniciens était trop active, trop remplie par d'autres soins. L'industrie et le commerce ne leur laissaient pas, comme la vie plus calme des peuples pasteurs et agricoles,

le loisir de se plonger dans les méditations religieuses. Les

nécessités du commerce, qui porte plutôt à la tolérance pour les

autres cultes qu'à une rigide et exclusive ort!"

chement des mœurs à la suite de Taccroissemi

tout contribua à l'altération de la religion natio

développement et à son épuration. Une foule d

gers s'y introduisirent avec le temps. Il fut im

disparaître du culte les pratiques licencieuses qi

lites mêmes, chez qui elles avaient bien moins

persistèrent et ne disparurent complètement

Ce ne fut que grâce à ses destinées spécial

tances qu'il traversa, à Tisolement prolongé dai

que le peuple d'Israël fit sortir du même fond

mun que ses voisins un développement bien

encore ce développement fut-il singulièremei

va-t-il à sa perfection que lorsque, de tout le p

plus guère qu'une secte.

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