ÉTAT RELIGIEUX DES HÉBREUX DANS LE PAYS DE
Sur la scène où avaient jusqu'alors successiven premier rôle les Chétas (Retiens), les Cananéens, 1( et les Phéniciens, peut-être aussi les Amorrhéeni vraisemblablement aux quatorzième et treizième s peuples destinés à se disputer, dans une lutte f acharnée, la domination du pays de Canaan, sans l'autre pût jamais l'emporter d'une manière comj nitive sur son rival : ce furent les Philistins et les B premiers y pénétrèrent par le sud-ouest, en suivant la mer ; un peu plus tard leurs rivaux firent leur aj sud et au nord-est.
Les Philistins occupent une place très secondaii toire de la religion. C'est à peine si l'on a quelque ments positifs sur leur propre culte. Ils adoptèrent et sans y rien changer, la religion régnante du payj quirent. Ils étaient peut-être cariens de race et venj de Crète. Leurs premiers établissements furent le côte sud-ouest du pays que, d'après eux, les Roma rent Palestine. Ils formaient un état confédéré com] principautés dont les chefs-lieux furent Gad, G Askelon et Asdod. Ces villes étaient les résidences c Séranîm, ou princes. Ils paraissent avoir été ass pour maintenir longtemps leur indépendance coni
lites, dont ils restèrent toujours les ennemis les plus redoutables. Ils réussirent à soumettre pendant un certain temps la plus grande partie du pays de Canaan, et les Israélites euxmêmes, qui y étaient dès lors déjà établis. Ils ne craignirent même pas de s*attaquer à la puissance de Sidon, s'emparèrent de cette ville et la ravagèrent. Les principales familles de Sidon se réfugièrent dans l'île de Tyr, dont la grandeur date de cette époque. C'était un peuple en même temps guerrier, agricole et commerçant, dont Thistoire n'est guère connue que par ce qu'en rapporte la tradition dlsraël. Le dieu national du pays où ils s'établirent, Dagon, l'époux ou le lUs d'Atergatis dont le culte dans ces contrées remonte à une très haute antiquité, devint, dans un certain sens, leur dieu national. Ils continuaient cependant à adorer à Gaza leur dieu Marna (notre seigneur) dont ils avaient apporté le culte de Tîle de Crète, et que les anciens placent sur la même ligne que le Zeus crétois. On a môme affirmé que, d'après Minos, ils donnèrent à Gaza le nom de Minoa. Mais tout cela est très obscur et très incertain. Ils doivent avoir été, au fond, des Sémites ou des Mésopotamiens, bien qu'on ait voulu démontrer le contraire. Mais n'ayant pas emprunté conmie les autres peuples de l'Asie occidentale l'usage de la circoncision aux Égyptiens, les Israélites qui avaient fait de cet usage un signe de confédération, les regardèrent avec un profond dédain.
Si les Philistins occupent une place très inférieure dans l'histoire du développement religieux, il en est tout autrement de leurs compétiteurs, de leurs ennemis héréditaires : les Israélites. Leur religion a pris le premier rang parmi les religions nationales de l'antiquité. A quoi faut-il attribuer cette supériorité ? Nous avons eu l'occasion de dire, et cela ressortira avec la dernière évidence de l'étude spéciale que nous en allons présenter, que la religion nationale d'Israël, même à son plus haut point de perfection, ne diffère pas, quant à sa nature et à son caractère, de celle des peuples voisins et de môme race. Mais quant au développement, il y a une différence du tout au tout entre les plus hautes et les plus pures notions religieuses de Tyr et de Carthage, par exemple, et celles des prophètes et de leurs adhérents en Israël au huitième et au septième siècle, si
l'on s'en tient aux données de l'histoire ; de Moïse lui-même, si Ton accepte celles de la tradition. Chercher l'explication de ce phénomène dans une révélation surnaturelle, — fait dont on a quelque peine à se faire une idée tant soit peu satisfaisante, — c'est appliquer arbitrairement à la religion d'Israël une méthode que l'on repousse pour les autres religions. Comme le Juif, le Parsi, l'Hindou, le Musulman, attribuent leur religion à une révélation divine. A quel titre admettre le bien fondé de cette prétention pour le premier et le dénier à tous les autres ? L'hypothèse d'un instinct religieux — on a été jusqu'à dire monothéiste — de la race sémite, n'est guère plus plausible ni plus satisfaisant, d'abord parce qu'il s'agit d'expliquer une différence entre les religions de peuples de même race, ensuite parce que l'instinct n'est, au fond, qu'un mot commode, peutêtre, pour couvrir notre ignorance de la cause de certains faits, mais qui n'explique rien. Nous ne serons pas plus avancés si l'on nous dit qu'Israël fut le peuple religieux par excellence. Entend-on par là autre chose, sinon que ce peuple doit son importance dans l'histoire à sa religion, et que sous tous les autres rapports, il fut inférieur aux peuples voisins, ou s'éleva tout au plus à leur niveau, qu'un seul côté de la vie atteignit chez lui un beau développement, et qu'il sacrifia ou du moins subordonna à la religion tous les autres intérêts : la politique, l'industrie, les arts et la science, — pour autant qu'on peut parler de science dans ces temps reculés? On n'a alors qu'une phrase creuse, qui n'explique rien. Entend-on quelque chose de plus? On pose alors en fait ce qu'il s'agit d'expliquer. Du reste, le peuple d'Israël, en tant que peuple, ne fut pas plus religieux que la plupart des peuples anciens; il ne le fut certainement pas plus que les Égyptiens et les Étrusques, pour ne pas parler des peuples de l'Asie. Dans un certain sens, les Grecs et les Romains, ces derniers surtout, le furent plus que lui (1). Le fait est que cette religion élevée et pure que renferme
(1) Ce fait a été relevé par des écrivains qui en ont tiré la conclusion que si les Israélites n'avaient pas une supériorité religieuse propre et native, Texcellence incontestable de Itsur religion ne peut s*expliquer que par une révélation divine. La constatation fait plus d'honneur à la perspicacité de cjs auteirrs que la conclusion à leur logique.
rAncien Testament n'a jamais été la religion du peuple d'Israël, mais seulement celle de l'élite de la nation, formant un parti religieux et politique. A certaines époques, favorisé par les circonstances, sous l'ombre de la protection de quelques rois, ce parti ou cette secte réussit à imposer violemment ses idées au peuple et à les faire passer dans le domaine de la pratique. Mais, dès que la contrainte cessait, les masses retournaient à leur propre religion, la seule qu'elles fussent capables de comprendre. La nationalité juive qui se constitua après l'exil ne fut nullement le peuple d'Israël, mais — qu'on nous passe l'expression — l'église mosaïque, qui s'efforça de réaliser son idéal. La question n'est donc pas de savoir comment un peuple qui n'était pas plus religieux que ses voisins en vint à professer une religion beaucoup plus pure que la leur, car cette religion, ce peuple ne l'a jamais professée, mais comment d'un des cultes d'Israël a pu se développer une conception supérieure de la religion, comment ses adhérents parvinrent à la rendre dominante pendant un certain temps et à lui gagner un grand nombre d'adhérents. C'est l'exposition du développement religieux d'Israël qui fournit à cette question la meilleure réponse.
Pour se faire de ce développement une idée juste, il faut commencer par écarter complètement les opinions traditionnelles et courantes sur l'histoire religieuse d'Israël. Ces opinions sont fondées sur les anciens documents religieux des Juifs, documents que les chrétiens ont reçus au nombre de leurs livres sacrés. Or, il résulte de l'analyse critique à laquelle ils ont été soumis, que l'histoire y est présentée à un point de vue idéaliste qui ne répond à rien moins qu'à la réalité. La bonne foi de leurs auteurs n'est pas en cause, mais bien l'exactitude de leurs renseignements. Les livres de l'Ancien Testament sont les monuments d'une religion qui ne prit pas naissance avant le neuvième siècle. Ils renferment, il est vrai, des parties plus anciennes. Mais, ou bien par la manière dont elles tranchent sur l'ensemble elles confirment notre assertion, ou bien elles ne cadrent avec le reste que grâce aux remaniements dont elles ont été l'objet de la part des écrivains yahvistes. Toute la vieille histoire d'Israël est présentée dans l'Ancien Testament sous le jour sous lequel devaient la voir les hommes de la réforme pro-
phétique, ou même a été refondue après l'exil et racontée telle que les prêtres de l'époque d'Esdras pouvaient désirer qu'elle eût été en effet (1). Assurément, ce ne sont pas des récits de pure invention. Mais, pour y retrouver la réalité historique, on est obligé de lire entre les lignes. Selon Tusage constant de l'antiquité, les historiens Israélites, prophètes ou prêtres, ont présenté leurs idées et les institutions de leur temps, fruits d'un développement séculaire, comme des créations primitives remontant à la plus haute antiquité. Us ont considéré ce qui ne cadrait pas avec l'histoire ainsi conçue comme infidélité, désobéissance à la volonté divine, décadence. C'est ainsi que ce qui au neuvième et au huitième sièle n'était encore que le progrès accompli, la foi professée par une minorité militante, ce qui est lentement devenu la foi d'une secte réformée yahviste, ce qui après l'exil seulement, a été, sous une forme nouvelle, la religion nationale d'Israël, a été présenté comme un enseignement donné par Moïse, en vertu d'une révélation divine, rédigé pour la première fois sous forme de lois, mais toujours oublié ou transgressé par le peuple infidèle. La critique a mis en évidence l'erreur de cette manière de concevoir l'histoire d'Israël, et, après les travaux importants dont cette question a été l'objet, on peut dire que le procès est jugé sans appel (2).
Les réformateurs du huitième siècle se réclament de Moïse comme du fondateur de la vraie religion. Nous verrons jusqu'à quel point leur assertion est justifiée par les faits. Selon eux, les Israélites ne furent pas seulement redevables à ce grand homme de leur foi religieuse, mais encore de leur existence comme nation, parce que ce fut lui qui les fit sortir d'Egypte où ils gémissaient sous le poids de la plus dure servitude, après y avoir été reçus à titre d'hôtes. C'est là une très ancienne tradition. Les premiers prophètes dont nous possédions les écrits parlent de ces événements comme de choses connues de tout le monde. La sortie d'Egypte et les migrations du peuple au désert, telles
(1) Cela a été mis plus complètement en lumière, à propos des deux Livres des Chroniques par Graf, Die geschichtîichen Bûcher des A, T. 2« Abth. p. 114 et ss.
(2) Voir Kuenen, Godsd. v. Israël, la traduction française du Histor. hritisch Onderzoek de Kuenen, l'édition récente de Bleek, Einleitung in dos A . T. par Wellhausen et le V^ vol» de la Geschichte Israels de ce dentier ^
qu'elles sont racontées dans le Pentateuque, appartiennent à la tradition légendaire. Il n'en est pas moins avéré que les Israélites, après avoir plus ou moins longtemps habité au nord-est de rÉgypte, émigrèrent de ce pays pour venir se fixer dans celui de Canaan. Le fait lui-même n'a rien qui doive nous surprendre. Déjà sous la douzième dynastie, nous voyons des nomades mésopotamiens, appelés par les Égyptiens Amou, admis dans le pays sur leur demande, et des monuments de la dix-huitième dynastie représentent des captifs de la même race faisant de la brique sous la surveillance d'employés égyptiens (i). C'est à tort qu'on a voulu y voir des Hébreux. Les égyptologues qui soutiennent cette opinion ont affirmé que les Hébreux, dont on a vainement cherché le nom sur les monuments, étaient appelés par les Égyptiens Apériou ou Apouriou, nom qu'ils estiment répondre exactement à Thébreu Ibrim (2). On lit dans un papyrus du roi Ramsès II, Mériamoun, que ces Apériou fournissaient des briques pour les monuments du roi, et dans un autre document de la même date les Apériou sont compris dans un dénombrement de la population de la province d'An, au nord de TÉgypte. D'après ces données, on a admis que Ramsès II, le Louis XIV de l'Egypte, est précisément le Pharaon qui commença à opprimer les Israélites établis dans le pays de Goshen, et qu'ils s'enfuirent sous le règne de son successeur Ménenptah. L'exode répondrait ainsi à l'année 1320 (3). C'est bien encore l'hypothèse la plus plausible, bien qu'elle se heurte à des difficultés considérables. Les villes de Pitom et de Ramsès que, d'après Exode I, 11, les Hébreux durent construire comme équivalent des impôts à fournir par la province qu'ils habitaient, sont déjà mentionnées dans un monument du règne de Séti P'. Mais n'oublions pas que, dans les anciens documents, construire signifie seulement restaurer, et qu'en outre, Ramsès II fut associé au trône dès sa naissance par son père Séti I®' et fut même dès lors
(1) Brugsch, Histoire cC Egypte^ I. p. 63 et 106.
(2) Chabaa, Mélanges Égyptiens, 1. p. 42 et 55. Lauth, Hioses der Ehraèr (1868) cite encore A Tappui d*autres passages, mais que lui-même reconnaît ne pas être d'une authenticité incontestable. Il veut retrouver Moïse même dans le Papyrus d'Anastasi (Brit. Mus.), mais cette assertion n*estpas suffisamment justifiée,
3) Kuenen exprime aussi cette opinion, I. p. 121-125.
considéré comme le roi légitime. Une objection plus grave est qu'un monument du temps de Ramsès IV, d'une date, par conséquent, à laquelle les Israélites devaient être déjà depuis longtemps établis dans le pays de Canaan, fait mention de 800 Apériou qui, comme leurs ancêtres, étaient employés à la garde des troupeaux. Ils durent travailler à la construction d'une ville située dans le voisinage de Memphis. Si les Apériou sont les Hébreux, on a peine à s'expliquer qu'il en soit resté en arrière un nombre aussi considérable, sans que ceux qui partirent semblent en avoir conservé le moindre souvenir.
Si les anciens monuments égyptiens répandent peu de lumière sur le séjour des Israélites dans le pays de Goshen et sur leur exode, ce que rapportent sur ce sujet les historiens égyptiens postérieurs, ne nous paraît guère digne de foi. Il s'agit ici surtout du récit célèbre de Manéthon de Sébennys, prêtre qui vécut sous le règne de Ptolémée Philadelphe. D'après lui, les monuments égyptiens auraient donné un récit très détaillé de la sortie d'Egypte des Hébreux. Cette assertion, déjà très supecte en elle-même, le paraît encore davantage, lorsqu'on examine la relation de l'historien. C'est une rapsodie de racontars contradictoires, quelques-uns très malveillants, dont l'auteur n'a certainement pas recueilli le premier mot dans les anciens documents, et dont le seul but semble de montrer sous un jour peu flatteur les Hébreux dont les descendants, au gré du parti purement égyptien, étaient beaucoup trop bien traités en Egypte, surtout à Alexandrie, par les Ptolémées. Le thème de ce roman semble être le fait historique de l'expulsion des Hyksos. Bien que les Juifs se soient élevés contre ces calomnies, ils étaient trop fiers du rôle important joué par leurs ancêtres dans rhistoire de l'Egypte, pour taxer le récit de Manéthon de pure Imposture. Au point de vue de la politique égyptienne, l'exode des Israélites doit avoir été un fait d'importance très secondaire. Manéthon est un historien digne de foi pour toutes les choses où aucun intérêt patriotique ne vient fausser son jugement et éveiller sa partialité, par exemple dans la reproduction des listes de rois et dans le récit de l'expulsion des Hyksos, qui de son temps avaient disparu de la scène de l'histoire sans y laisser de traces bien distinctes. A propos des Juifs qu'il haïssait, la ten-
tation de les rabaisser était trop forte pour qu'il y résistât. Ils prétendaient avoir secoué le joug des Pharaons à force de courage et de persévérance. Le prêtre égyptien, sous couleur de reproduire Tancienne histoire d'après les sources authentiques, en fera des oppresseurs, des sacrilèges, des barbares, qui ne sortirent pas de leur plein gré, ne conquirent pas leur indépendance, mais furent honteusement chassés. La formation de la tradition hébraïque, qui, d'ailleurs , a très peu de valeur historique, serait inexplicable si le récit donné par Manéthon était le fondement sur lequel elle repose. Tout le récit est de pure invention (1).
(1) Je ne m'arrêterai pas à ce que dans le récit de Manéthon, les insurgés ne sont pas des étrangers, mais le rebut des Égyptiens même, des lépreux et des gens atteints d'autres maladies, car il n'y aurait rien d'impossible A ce que, de môme que les Hyksos sont appelés sommairement dans certaines sources égyptiennes f une peste », les Hébreux aient été appelés des lépreux. Us sont envoyés dans les mines parce que le roi voulait « voir les dieux ». C'était là dans Tantiquité un privilège du roi, et que lui seul possédait en sa qualité de grand prêtre du pays, considéré comme le dieu Horos même; par conséquent, il n'avait pas besoin,, pour l'exercer, de le conquérir par une semblable exécution. Ensuite le roi regrette sa rigueur, parce que parmi les lépreux ainsi frappés se trouvaient des prêtres. Notons en passant que c'est là une idée de date très postérieure ; dans la haute antiquité on n'avait pas de ces scrupules et de ces compassions pour les prêtres qui se rendaient coupables de quelques fautes ou qui semblaient dangereux. l\ rend donc la liberté aux condamnés, il leur assigne la ville d'Avaris ou de Péluse, où sous la conduite d'Osarsif, prêtre d'Héliopolis, ils s'allient aux descendants des Hyksos et font la guerre aux Égyptiens. Grâce au secours des Hyksos, ils oppriment tout le pays pendant treize ans et contraignent le roi à se réfugier en Ethiopie. Ce n'est qu'au bout de ces treize ans qu'ils sont vaincus par lui et expulsés de l'Egypte. A peine est-il besoin de diro que cette alliance avec les descendants des Hyksos et ces treize années de domination n'ont absolument rien d'historique. La mention que Moïse donna, de propos délibéré, au malheureux peuple qull gouverna des lois différentes de celles des Égyptiens, qu'il leur défendit d^adorer les dieux de l'Egypte, qu'il leur ordonna do faire leur nourriture des animaux que les Égyptiens révéraient comme sacrés et leur interdit tous rapports avec le reste des hommes, est si manifestement mensongère qu'il n'y a pas besoin de s'arrêter à la réfuter. Cette assertion serait excessive même à l'égard des Juifs du temps de Manéthon ; quant à Moïse et aux Hébreux de son temps, elle n'a pas même une ombre ou un minimum de vérité. Elle est évidemment empruntée à la législation édictée au troisième siècle avant J.-C., sous le nom de Moïse, n faut en dire autant des prétendus sacrilèges dont les Hébreux se seraient rendus coupables, des statues en bois des dieux qu'ils auraient brûlées, des prêtres qu'ils auraient maltraités. Certes Jes pauvres habitants de Goshen furent bien innocents de ces excès de pieux fanatisme, dont on ne commence à trouver des exemples qu'au huitième siècle avant J.-C. Manéthon et les historiens juifs se sont mutuellement induits en erreur sans s'en douter. Les récits de Chaeremôn et de Lysimaque sont encore plus invraisemblables.
La tradition hébraïque à laquelle un pieux historien yah emprunta plus tard les éléments de son récit destiné à e fester, dans une série de faits miraculeux, la grandeur et la sance du Dieu d'Israël, est encore ce que nous possédons de vraisemblable à ce sujet, bien que, évidemment, l'importan révénement, la grandeur du peuple, la violence de la résist les faits qui précédèrent et ceux qui suivirent le départ des 1 lites, y aient pris des proportions exagérées. Voici, selon apparence, comment les choses se passèrent. Quelques tr ou une petite confédération de tribus nomades s'étaient éta dans la région de pâturages qui enveloppe l'Egypte au non Elles y étaient tolérées par les Égyptiens, comme Tavaiei dans les temps antérieurs plusieurs autres tribus de même Soit Ramsès le Grand que ses expéditions contre les C avaient souvent amené à traverser ces contrées et dont le avait eu des relations avec les villes d'Avaris et de Péluse, si dans le voisinage, soit un de ses successeurs, paraît avoir f le dessein d'égyptianiser ces peuplades, et, en les pliant civilisation égyptienne, de faire du pays qu'elles habitaien véritable province de ses états, tout ensemble porte for pour les expéditions militaires en Asie, et rempart conti retours offensifs des peuples de l'est. Pour cela, il fallait fi: population errante, la faire renoncer à ses habitudes nom changer ses mœurs et ses occupations et, sans doute i réformer sa religion en substituant les rites égyptiens au simple et primitif des pâtres. L'accomplissement de ces i mes rencontra de la résistance chez ces rudes, mais can< enfants de la nature. Ils se plièrent au joug à regret, jusqu qu'au milieu des troubles qui suivirent en Egypte non p mort du conquérant, mais la fin de la dix-neuvième dyn; ils trouvassent l'occasion, avec Tassistance de quelques a tribus de même race habitant plus à Test, de quitter le pay leur était devenu inhospitalier, et d'aller mener au déserl vie dure et pénible, mais libre.
Il est presque hors de doute que la religion joua son rôle ces événements. Mais ce serait singulièrement se mépre que de voir dans les Hébreux de purs monothéistes qui re rent de se plier à l'idolâtrie des Egyptiens, et de chercher à
époque quelque chose qui ressemble aux luttes religieuses du temps d'Antiochus Epiphanes. S'ils ne voulurent pas se laisser imposer la religion et les mœurs des Égyptiens, leur résistance vint en partie d'un sentiment d'indépendance et de nationalité très respectable, en partie, de ce que les idées religieuses et les usages des Égyptiens ne répondaient nullement à leurs besoins, non de ce qu'ils auraient déjà atteint un degré de développement religieux de beaucoup supérieur à celui des Égyptiens. Il est impossible de dire avec certitude quels dieux ils adoraient, ni en quoi consistait leur culte dans le pays de Goshen. D'après la tradition, telle que nous Ta conservée un prêtre yahviste, ce fut à Moïse que Dieu se révéla pour la première fois sous le nom de Yahveh et les ancêtres du peuple ne le connaissaient que sous celui d'El-Shaddaï. En d'autres termes, ce fut par l'initiative et le ministère de Moïse que Yahveh devint le dieu national des Israélites qui, auparavant, adoraient le dieu Shaddaï, «.le Puissant», comme le dieu suprême. Le prophète, auteur des plus anciens documents que renferme le Pentateuque, ne sait rien de cette prétendue réforme mosaïque. Il ne fait aucune difficulté de mettre le nom de Yahveh dans la bouche des anciens patriarches, il affirme même qu'à partir de Set, fils d'Adam, on invoquait le nom de Yahveh. Le seul rapport entre son récit et le récit postérieur, c'est que si Yahveh ne se révéla pas à Moïse sous un nom nouveau, du moins il lui dévoila le sens profond et encore ignoré de ce nom. Cependant, dans les plus anciens prophètes dont nous possédions les écrits, Yahveh est constamment appelé « le Dieu d'Israël depuis la sortie d'Egypte. » Même on trouve chez les plus récents la conviction qu'en Egypte les Israélites s'adonnaient à l'idolâtrie des Égyptiens. Nous consacrerons un chapitre spécial à Yahveh et à l'introduction de son culte par Moïse. Il serait téméraire d'affirmer sur la foi d'une tradition très postérieure que le premier dieu national des Israélites, encore adoré en Egypte, ait été El- Shaddaï, et encore plus, qu'il fût représenté sous l'image d'un jeune taureau. Le culte du taureau d'airain est aussi incontestablement cananéen que celui du taureau vivant est égyptien. Il est beaucoup plus vraisemblable que la petite tribu nomade établie dans le pays de Goshen a, selon l'usage constant de l'an-
tiquité, adopté le principal dieu du pays qu'elle habi adoré à sa manière, sans toutefois renoncer au cul anciens dieux. Or, le grand dieu de tout le nord de TÉ particulièrement du Delta, était Set, ou pour parler plu ment, les dieux de cette région, lesquels, pour les É{ étaient des dieux étrangers, se rapprochaient le plus caractère et leurs attributions de celui des dieux qui, ( système religieux, occupait la place de vengeur et de ju, en outre, probable que son nom, surtout légèremeni par la manière dont le prononçaient les Égyptiens, se chait de celui du dieu de TÉgypte septentrionale. En Et en Nubie, pays dont il devint aussi, et pour les mêmes le dieu national, il s'appelait le plus souvent Souti, dan de rÉgypte, de préférence, Soutech. On le retrouve enc le même nom chez les Ghétas. Il avait dans le nord, pj rement dans le Delta, à Tanis et à Péluse, des templei lîques fondés par les rois Hyksos, embellis par Séti P*", < pour lui une grande dévotion. Soutech, — forme sous laq Égyptiens rendaient aussi bien qu'ils le pouvaient k Çédeq, le Juste, — doit avoir été aussi le principal i Hébreux dans le pays de Goshen. Du moins trouve-t-o dans leur culte, à une époque bien postérieure, des trac quant qu'ils avaient adoré un dieu dont la nature et le ( avaient la plus grande analogie avec ceux de Soutech. M; rendirent un culte approprié au degré de développemer mœurs de tribus nomades, et on comprend que la tent leur imposer les rites et les pratiques des grandes cités ait provoqué leur résistance, et réussi même à les dét; dieu au nom duquel on prétendait faire violence à lei tudes.
Si cette hypothèse est fondée, le dieu le plus ancien Hébreux aient adoré dans le pays de Goshen fut un diei C'est ce que paraît confirmer un passage très obscur phète Amos. « Est-ce à moi, — fait-il dire à Yahveh, — son d'Israël, que vous avez offert vos sacrifices et app offrandes pendant quarante ans au désert ? Vous avez tente de votre Mélek (ou de votre roi), et le Kiyoun vc vos) images, et l'étoile de votre dieu que vous v(
faite (1). » Ce passage n'a de commun avec la tradition reçue que les quarante ans passés au désert, détail qui n'a certainement rien d'historique. Tout le reste en diffère complètement. Il résulte indubitablement du passage d'Amos, si étrange que cela paraisse, que pendant leur vie errante au désert les Israélites n'ont pas adoré Yahveh, mais d'autres dieux, et que ces dieux étaient un Mélek, Kiyoun et un certain dieu stellaire dont ils portaient avec eux les images. Nous savons déjà que Mélek est un des noms généraux donnés aux Baals les plus élevés et les plus honorés : c'est le roi des dieux et, le plus souvent, un dieu du feu. Kiyoun, ou, selon une version plus exacte, Keivan, l'idole et rétoile de leur dieu qu'ils s'étaient faite, sont une seule et même chose. Keivan est la planète Saturne, la plus élevée de toutes, le dieu de la sphère la plus haute du ciel, dont les Israélites avaient fait une représentation, l'étoile de leur dieu qu'ils portaient avec eux. Les dieux qu'adoraient les Israélites avant Moïse et au culte desquels ils ne renoncèrent sans doute pas dès le premier moment, pour n'adorer que le dieu que leur prêchait le réformateur, étaient donc deux manifestations du feu créateur qui était universellement adoré dans le nord de TÉgypte : le Mélek, le roi du ciel, la radieuse et flamboyante manifestation du dieu du feu dans le soleil brûlant de Télé, et sans doute aussi son côté féminin, la Méleket du ciel, Tapparilion nocturne du feu céleste, la sévère déesse de la lune, et le dieu de la plus haute sphère du ciel, se manifestant dans la planète Saturne.
Il ne faudrait pas confondre le dieu de la planète Saturne, ou Keivan, avec Saturne, le dieu de l'agriculture et des moissons. Celui-ci ne pouvait naturellement pas être adoré par des nomades menant la vie pastorale, comme les Hébreux dans le pays de Goshen. Autant que nous pouvons en juger par ce qui précède, les Hébreux, au moment où ils sortirent d'Egypte, bien qu'ils fussent encore fort rapprochés de l'état primitif et très
(1) Amos V. 25et8s,, passage qui, dans les dernières années, a fourni matière k main le controverse entre les savants. U y a littéralement : «Votre Kiyoun ou le Kiyoun de vos idoles. » Hitzig entre autres a donc traduit : « Le reposoir de vos idoles. » Dozy .estime que le texte est altéré et substitue le singulier au pluriel : « Kiyoun, votre idole i.
peu développés, étaient déjà, au point de vue au degré le plus élevé des religions de la nati à poindre l'idée d'un dieu spirituel, non perc
Le passage d'Amos ne renferme vraisemb énumération complète des dieux des ancien leurs dieux inférieurs, il faut nommer un cer très répandue chez les Sémites, le grand bor festait dans la planète Jupiter, une des tribus Asher, l'époux ou le côté masculin d'Ashén dieu de la prospérité. Peut-être doit-on y ajout Enfin chaque tribu avait ses dieux particuliei ses téraphim, espèce de dieux domestiques i et servant aux présages.
Les idées religieuses des Hébreux dans le ] au désert étaient donc en parfaite harmonie i conceptions de tous les peuples appartenant Rien ne fait supposer en eux un développen événement de la plus haute importance pour fluence d'un homme éminent déterminèrent 1 engagèrent dans la voie où ils étaient destiné les peuples de l'antiquité.
(1) Il est possible que Tun ou Tautre de ces dieux ait et telle tribu aux Cananéens, après rétablissement des Isi Canaan, et que la tribu ait par suite changé de nom, prei divinité. Asher, par exemple, dans son rapport avec Ashéra, i cananéen.