‹ Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiquesChapitre 43 sur 50 · XXX · texte numérisé non relu

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son introduction par A'haz, ces sacrifices fussent peut^tre pratiqués par quelques personnes. L'ordre du « Livre de l'Alliance » est, il est vrai, formel. Mais ce n'est pas la seule prescription de ce livre qui n'ait jamais été généralement suivie. En particulier, il ne paraît pas qu'à aucune époque le commandement relatif à l'année sabbatique ait été mis à exécution. Il est probable que dans les temps préhistoriques, les Israélites offrirent des sacrifices humains, immolèrent des enfants à leur Mélek. au dieu du feu qu'ils adoraient encore au désert. Que cet usage ait persisté dans les temps historiques et sous le régime de la religion mosaïque, c'est ce dont on n'a aucune preuve. On trouverait plutôt des indices du contraire. La coïncidence du huitième jour également prescrit pour le sacrifice des premiers-nés des troupeaux et pour la circoncision des enfants mâles, semble indiquer que la circoncision s'établit comme un équivalent de l'immolation des fils premiers-nés. Seulement on circoncisait tous les fils, parce que le premier n'ayant pas été immolé, Yahveh eût pu réclamer le second, si la compensation ne lui avait pas été aussi appliquée. Si ces sacrifices avaient été fréquents parmi les Israélites, avant et après Samuel, ceux de Jephté, d'Hiel et de Mésa ne seraient pas relevés avec une telle insistance. Le mieux est donc de s'en tenir aux données certaines de l'histoire, à savoir qu'A'haz, Manassé, Amon et beaucoup d'autres Israélites à leur exemple immolèrent leurs enfants, mais en vertu de prescriptions légales qui étaient susceptibles d'une interprétation plus humaine, dont la date ne saurait être déterminée avec précision, et dont on ne saurait inférer que cet usage ait été général avant eux.

Mais bien qu'A'haz ait suivi en cela l'exemple des Assyriens, la coutume qu'il consacra n'en fut pas moins considérée comme une réforme du yahvisme, bien loin d'être regardée comme un emprunt à une religion étrangère, ou comme le moins du monde en opposition avec lui. Le Mélek du Topheth fut indubitablement tenu pour une forme, une manifestation de Yahveh. Ce dernier avait-il moins de droits que les dieux des peuples voisins au sacrifice de ce que ses adorateurs possédaient de plus précieux ? La puissance des Assyriens ne tenait-elle peut-être pas à ce qu'ils ne refusaient rien à leurs dieux? Ce fut un réveil, une recrudescence de sentiments religieux qui, ainsi, hélas ! que cela arrive

le plus souvent en pareille circonstance, versèrent dans le fana» tisme. Ce fut aussi une réaction, un retour à des pratiques barbares qui, pour n'être pas complètement étrangères au yahvisme primitif, n'en étaient pas moins abandonnées depuis longtemps. Les tristes circonstances où l'on se trouvait contribuèrent pour beaucoup à ces excentricités. Israël était en pleine décadence. Juda n'achetait qu'au prix des plus durs sacrifices un prolongement d'existence. On chercha à forcer en quelque sorte la main à Yahveh, à le contraindre de se souvenir de son peuple en lui immolant les objets des plus chères affections. Une piété réelle, mais fanatique, fut donc le principe de la réforme d'A'haz. Aussi voyons-nous que, si elle fut combattue par quelques contemporains, ce ne fut qu'avec les plus grands ménagements, que même un homme comme Ésaïe ne protesta pas contre ces sacrifices barbares, et qu'un prince réformateur comme Hizkia n'osa pas les supprimer.

11 ne sera pas inopportun d'apprécier, en regard de cette situation, un récit qui remonte vraisemblablement à cette époque, celui du sacrifice d'Abram. Il fait partie d'un ouvrage qui fut peut-être achevé sous le règne d'A'haz, et, au plus tard, dans les premières années de celui de Hizkia. C'est le grand récit historique dont on a appelé l'auteur inconnu le yahviste, parce qu'à partir même du récit de la création, il nomme Dieu Yahveh, tandis que l'élohiste n'emploie pas ce nom dans le récit de faits antérieurs à Moïse. Cet ouvrage a été réuni avec celui qui porte le nom de « Livre des Origines », et qui doit avoir été composé entre la captivité et Esdras, et quelques fragments de moindre importance, pour composer le Pentateuque et Josué. Il contient les récits yahvistes des quatre premiers livres du Pentateuque, quelques portions du Deutéronome et du livre de Josué. On peut tenir pour certain que les matériaux en sont, en grande partie, empruntés à des sources antérieures et que, dans sa dernière partie, il renferme beaucoup d'éléments historiques. Ce qui lui donne une importance particulière, c'est son caractère religieux et moral et les indications précieuses qu'il nous fournit sur l'esprit de l'époque. 11 eut certainement pour auteur un prophète, et l'un des plus éminents, peut-être Ésaïe lui-même. Le caractère prophétique y est fortement empreint, et il reproduit fldè-

lement les idées des prophètes du huitième siècle. Tous les personnages historiques et mythiques y deviennent des types, des modèles, les uns de piété et de zèle religieux, les autres d'égarement et de passion.

Les mythes du paradis et du déluge, semblables d'ailleurs à ceux des autres peuples, y revêtent une signification morale. Les personnages purement mythiques d'Abram, de Loth, d'Isaac, d'Esaû et de Jacob, de Joseph, s'y animent, deviennent des hommes vivant de la vie réelle, personnalités plus vivantes et plus accentuées que bien des personnages historiques de l'époque suivante. Ils sont réels et pourtant idéalisés. C'est Abraham, le héros de la foi, le père des croyants, l'ancêtre et le chef du peuple par excellence, Jacob-Israël, le rusé, dont, au prix d'une longue et douloureuse expérience, dans la lutte avec Dieu, le caractère s'épurera, et qui deviendra le père de famille pieux et vénérable, rempli pour tous les siens de la plus tendre affection ; Joseph, éprouvé, abaissé et élevé, et, au milieu des fortunes les plus diverses, toujours fidèle à son Dieu, généreux, pardonnant à ses frères coupables et les comblant de ses bienfaits ; Moïse, Pami de Dieu, le courageux libérateur de son peuple, le chef patient et compatissant d'un peuple toujours rebelle, le représentant de Yahveh, le sage législateur, le noble protecteur des opprimés, Josuéenfin,lepieuxhérosde la conquête,qui soumet tout le pays de Canaan (tâche qu'il n'a certainement pas accomplie), et, au milieu de toutes les turpitudes et de l'idolâtrie des Cananéens, sait imposer à Israël la résolution de ne pas servir d'autres dieux que Yahveh. Ces récits sont classiques et le resteront. Dans la pensée de l'auteur, les héros des anciens jours doivent être les représentants des convictions chères aux prophètes. L'exemple d'Abram et l'intervention de Dieu qui, après avoir réclamé le sacrifice d'Isaac, envoie un ange détourner le coup fatal, sxibstitue lui-môme une autre victime à l'enfant, furent indirectement opposés au culte barbare du Molek, institué par A*haz. La vieille tradition cananéenne transformée, pénétrée d'un esprit nouveau, devint ainsi une protestation pleine de prudence et de réserve contre une piété violentant les sentiments sacrés de la nature. Le principe de l'abnégation personnelle, du sacrifice de ses plus chères affections, était consacré, mais la religion de-

venue plus humaine savait concilier les exigences légitimes de Dieu et celles du cœur. Moïse devint le prédicateur du pur yahvisme, condamnant le culte inférieur du taureau et des idoles, Josué, la protestation vivante contre les cultes indigènes, Joseph, le modèle de la charité et de la fidélité à Dieu dans l'exil et l'esclavage. Or, plusieurs des descendants de sa race gémissaient déjà sans doute dans la captivité, sur la terre étrangère, en attendant que tous leurs frères les suivissent dans Texil et la servitude. Tous ces types sont burinés de main de maître, enlevés avec une singulière vigueur et d'une saisissante vérité.

On a déjà rencontré plusieurs fois dans ces pages le nom d'Ésaïe. Son ministère commença l'année même de la mort d'Ouzzia. Le récit de sa vocation, qui ouvre le VI"' chapitre, est généralement connu. C'est une des plus belles et des plus poétiques pages de TAncien Testament. Mais sous les images de cette belle poésie et sous les conceptions d'une religion épurée, on retrouve les traits fondamentaux de la religion de la nature qui lui a servi de point de départ. Le chant des séraphins ébranle la maison

— le ciel —jusqu'en ses fondements ; la fumée — les nuages

— la remplit; un séraphin — Téclair rapide semblable à un serpent de feu — purifie les lèvres du prophète avec un charbon ardent pris sur l'autel : ce sont toutes les images appropriées à la nature du dieu de l'orage et du tonnerre. La prédication d'Ésaïe fut animée du même esprit d'austère puritanisme que celle de ses prédécesseurs. Il a en horreur l'idolâtrie régnante qui doit attirer sur le peuple les plus terribles châtiments à la suite desquels on jettera aux taupes et aux chauves-souris l'ouvrage de ses mains, devant lequel on se sera incliné. Il se plaint que l'ordre public soit bouleversé dans le pays, et que le gouvernement soit tombé aux mains de femmes et d'enfants à la mamelle. Il se déchaîne contre le luxe. Les chevaux, les chariots, l'or, l'argent, les navires, toute œuvre d'art, rien ne trouve grâce devant ses anathèmes. Il réserve ses censures les plus vives, dans lesquelles l'ironie se mêle à la' colère, à la parure des femmes, à la vie somptueuse et frivole des jeunes filles. Elles marchent en sautillant et en jouant de la prunelle, à petits pas, afin qu'on entende résonner les bijoux qui ornent leurs pieds. Que leur restera*t-il de tous oçs annçaux pour les jambes, bou-

clés pour le nez, bagues gravées, petites images du soleil et de la lune, pendants d'oreilles, chatnes, voiles, bijoux portés sur la tète ou sur la poitrine, flacons, amulettes, vêtements somptueux, miroirs, lorsqu'éclatera la catastrophe ? Alors, pour échapper à la honte du célibat, sept femmes s'offriront à un seul homme, le suppliant de leur donner son nom, et lui promettant de prendre soin de ses habits et de sa nourriture (1). Il dénonce rabaissement des mœurs du peuple et y montre la cause de toutes les calamités qu'il prévoit (2). Sa politique est purement nationale. Il réprouva l'alliance qu'A'haz voulait conclure avec l'Assyrie, pour se défendre contre Rezîn, roi de Syrie, et Pékah, — le fils deRémalia, comme il l'appelle avec dédain, —roi dlsraël. Le danger, selon lui, n'était pas dans cette ligue de princes qu'il compare à des brandons achevant de se consumer, car avant que l'enfant d'une femme enceinte dans le moment où il parlait, eût atteint l'âge de discernement, leur pays sera désert, et pour cela, on appellera l'enfant Immanuël, Dieu est avec nous. Le vrai danger, c'est d'appeler l'étranger, d'exposer le royaume de Juda à servir de champ de bataille aux Assyriens et aux Égyptiens qui, dans leur lutte pour la suprématie de l'Asie, s'y heurteroat comme un essaim de mouches et un essaim d'abeilles. Cette prophétie ne se réalisa pas, ou ne se réalisa que beaucoup plus tard. A*haz ne tint compte des avis du prophète et conclut son alliance avec les Assyriens contre Rezin et Pékah. Ésaîe ne mettait pas en doute la puissance du roi d'Assyrie et sa victoire sur les ennemis de Juda. Mais il y avait à ses yeux ime puissance supérieure encore, celle de Yahveh, et il ne craint pas d'annoncer que les Assyriens eux-mêmes seraient un jour vaincus et subjugués par un flls de David. Ce héros providentiel montera sur le trône de Juda. On l'appellera l'Admirable, le Conseiller, le Dieu fort, le Père du butin, le Prince de la paix, car il mènera son peuple à la victoire et fera régner dans le monde la paix universelle !

Ésaie ne vécut que pour son œuvre ; il y associa étroitement les actes les plus intimes de sa vie domestique ; il donna h tous

a) u-iv.

ses enfants des noms symboliques et en fit comme de vivants témoins de ses prophéties et des gages de la réalisation do ses menaces et de ses promesses. Il fut le type du véritable idéalisme toujours en éveil, mais, autant que nous pouvons en juger, son idéalisme dégénéra rarement en illuminisme, et la raison conserva toujours en lui ses droits et sa lucidité. Dans la surex* citation de ses espérances théocratiques et dans son zèle intolérant contre le luxe et les arts, il ne s'éleva pas au-dessus du point de vue des autres prophètes yahvistes, ses prédécesseurs et ses contemporains.

Sa tâche fut plus facile et son influence plus grande sous Hizkia (Ye'hizqiyyahou) successeur d'A'haz. Le nouveau roi suivit une politique toute différente de celle de son père. Dès le début de son règne, il entreprit dans ses états une complète réforme religieuse. Il fit renverser et détruire partout où il le put les Maççébas — les pyramides ou idoles en pierre des dieux mâles — et le Ashéras — les pieux de bois, symboles de la déesse-mère. Le serpent d'airain dont on faisait remonter l'origine jusqu'à Moïse, le dieu Né'hustan comme on l'appelait, auquel les malades apportaient leurs offrandes pour recouvrer la santé, fut brisé par son ordre.

Son zèle ne se borna pas cependant à détruire les idoles. Il fit aussi supprimer les bamôth ou autels de Yahveh érigés sur les hauts lieux et où le culte était moins pur et mélangé d'éléments cananéens. La réforme de Hizkia n'allait donc à rien moins qu'à rendre générale l'adoration plus pure et plus spiritualiste de Yahveh telle que la prêchaient les nouveaux prophètes, séparée de toute image et de tout grossier symbole, et le seul moyen de la faire prévaloir était de centraliser le culte public à Jérusalem et de n'y préposer que des prêtres de la capitale. Il n'y avait qu'un homme doué d'une persévérance à toute épreuve et animé d'une conviction inébranlable qui pût avoir le courage d'entreprendre une réforme aussi radicale. Elle devait susciter bien des mécontentements et n'être acceptée que sous la pression de la contrainte. Après la mort de Hizkia, la réaction violente, que Manassé n'eût jamais réussi à provoquer si elle eût été artificielle, vint attester quel était encore l'attachement des masses pour la vieille religion d'Israël. Le discours tenu par le R^tw

saké (1), Tofflcier que Sinachérib envoya sommer Jérusalem, en présence du Tartan, le général en chef de Tannée et du Rabsaris, montre aussi comment on appréciait généralement le règne religieux de Hizkia. «Comment, dit l'ambassadeur, comment Hizkia peut-il se confier en la protection de Yahveh, lui qui a détruit ses autels et ses hauts lieux ?» Le commandant assyrien tint-il en effet ce langage ? Nous ne savons, mais ce qui est certain, c'est que cette question était la fidèle expression des sentiments de nombre de gens. Non-seulement aux yeux des étrangers, mais encore à ceux de la presque totalité des Israélites, les réformes de Hizkia ne furent pas le fruit du zèle religieux, mais elles furent considérées comme une véritable impiété. Jusque-là la ferveur des rois s'était manifestée dans le monde entier par la fondation, et non par la destruction des sanctuaires.

Selon leur habitude, les historiens hébreux rapportent le fait sans entrer dans le détail des circonstances, et nous ignorons ce qui put amener le roi à une conviction et une conduite si différentes de celles de ses prédécesseurs. Peut-être les hardies prédications de Micha ne furent-elles pas étrangères à ce changement. Micha, plus jeune qu'Ésaïe, fut néanmoins son contemporain, et partagea sa conviction que Yahveh ne veut pas être honoré et qu'on ne gagne pas sa faveur par des sacrifices et des offrandes de prémices, mais par la justice, la bienfaisance et rhumilité, qu'il est un dieu redoutable, mais patient et miséricordieux. Il ne s'attaqua pas avec moins de véhémence que son aîné à la corruption des mœurs, qu'il peignit en traits encore plus accentués, et contre laquelle il dénonça de plus terribles châtiments. Il ne lui céda pas non plus par la grandeur de ses espérances et de ses vues sur l'avenir, ni par son attachement à la maison de David, ni par sa confiance en Hizkia. Ésaïe ne put se décider à croire à la ruine de Jérusalem, il pensa toujours que le châtiment serait passager. Micha ne voit point de salut possible : Juda doit être mené en captivité à Babylone. Il

(1) Le ràb^ak dans Tarmëe assyrienne était le commandant, le général-major, comme le Tartanou of Tartan le lieutenant-général, chef de toutes les armées de Tempire, et le Rab-sarîs, à ce qu*il parait^ le généra} 4®s troupes auxiliaires, des « esclavoQ », 4^8 seryiteurSf

parle avec une certaine ironie non-seulement des grands, mais encore du roi lui-même. Peut-être faut-il chercher la raison de la nuance qui exista entre deux hommes d'ailleurs si semblables qu'Ésaïç et Micha, dans le fait que le premier était un citadin vivant à la cour, et Tautre un habitant de la campagne. En tant que yahviste, Micha fut certainement le plus orthodoxe. Son amour pour son prince et pour sa ville rendit Ésaïe en partie inconséquent à son idéalisme prophétique, inconséquence à laquelle Tévénement donna raison, précisément parce qu'elle enflamma le zèle du roi et du peuple.

Hizkia supporta avec la plus grande bienveillance le sombre prophète qui venait prophétiser contre lui jusque dans Jérusalem. Micha ne fut l'objet d'aucune persécution, d'aucune rigueur ; le roi s'humilia sous ses censures qui, peut-être, furent la cause déterminante de sa réforme.

Ésaïe lui-même ne paraît pas avoir été pleinement satisfait pendant les premières années du règne de ce prince. Il se plaint qu'on ne tienne aucun compte de ses avertissements et que ce soit comme s'il parlait à des enfants. Aussi, découragé, cessa-t-il quelque temps de s'occuper de Juda pour tourner ses prophéties contre les pays voisins, surtout contre l'Egypte et la Phénicie. A Tyr il prédit la ruine et la captivité. Ses superbes marchands seront profondément humiliés, et l'auteur de cette ruine ne sera autre que Yahveh-Gebaôt, qui ne peut supporter l'orgueil et le luxe de cette grande cité commerçante. Les instruments de Yahveh seront les Assyriens. Mais après soixante-dix ans d'esclavage, la ville recommencera ses prostitutions, — c'est le nom peu flatteur qu'Ésaïe donne aux rapports commerciaux, — mais elle sera épargnée parce qu'elle consacrera à Yahveh le prix de son commerce, le salaire de sa prostitution. Elle ne le gardera pas pour elle, mais le donnera aux prêtres de Yahveh pour leur nourriture et leur entretien. On peut voir ici à nu l'esprit de la théocratie et l'idéal de ses interprètes dans, leurs plus audacieuses conceptions. Yahveh adoré par les Tyriens, ses prêtres vivant des richesses amassées par leur commerce ! Ainsi, le négoce est flétri comme une prostitution, mais du moment qu'il consent à se mettre au service du sacerdoce, il est puriflé et devient licite.

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Les vues d'Ésaïe sur les Égyptiens sont encore, s'il est possible, d'un fanatisme plus excentrique. Après une description étendue des calamités qui doivent fondre sur TÉgypte, et au nombre desquelles figure la domination d'un maître impitoyable — peut-être Sabako, — il annonce que Juda se mêlera à la querelle. Ce sera Teffroi de TÉgypte qui se convertira au culte de Yahveh. Cinq villes lui seront particulièrement consacrées et on y parlera la langue de Canaan. Au milieu du pays on dressera un autel à Yahveh, et sur la frontière sera érigé un obélisque en commémoration de ces grands événements. Les Égyptiens invoqueront Yahveh comme leur sauveur et lui apporteront leurs offrandes. Alors se conclura une triple alliance entre les Assyriens, les Égyptiens et les Israélites. La paix régnera sur la terre, les rapports entre les peuples seront multipliés et faciles, et Yahveh dira : « Béni soit mon peuple, TÉgypte et TAssyrie, et Israël, mon héritage. »

Ces mêmes idées reviennent dans le discours qu'Ésaïe tint aux envoyés de Tirhaka (Tahalka), roi d'Egypte. Il leur parla avec égards et respect, mais rejeta leurs propositions d'alliance, dans la ferme conviction que Yahveh suffirait à sauver son peuple. Dans ce passage, il va même jusqu'à menacer les Assyriens d'une ruine complète; mais il attend des Éthiopiens qu'ils offrent des sacrifices à Yahveh (1).

Ce qu'il y a de remarquable dans ces rêveries, c'est Tuniversalisme qui, pour la première fois, y apparaît clairement. Yahveh, le dieu national d'Israël, qui appelle encore Israël son héritage, y étend sa domination sur les grands empires d'Assyrie et d'Egypte. Une profonde conviction non-seulement de la supériorité de Yahveh, mais encore de l'excellence du yahvisme, inspire au prophète des espérances à la réalisation desquelles les circonstances ne paraissaient guère favorables, et que l'avenir ne devait pas réaliser. Cependant, il ne se trompa pas complètemei|it. Le yahvisme, parvenu un jour au pur monothéisme, devait devenir une religioi^universaliste et refouler devant lui les autres religions. Mais il fallait des siècles pour mûrir ces résultats que l'enthousiasme religieux montrait alors dans un prochain avenir.

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