CHAPITRE XIV
RÉAUSATION TEMPORAIRE DE L'IDÉAL PROPHÉTIQl RÉFORME DE JOSIAS - LE DEUTÉRONOME
Il semble que la parole des prophètes ait recomme faire entendre dès les premières années du règne d Nahum rElqoshite se leva chargé d'un heureux mes chute de Ninive était proche. C'était là, en effet, ur nouvelle. C'était, pour tous les petits peuples, l'espoir ( gement et de la liberté. Il ne faut donc pas trop en vc prophète de s'arrêter avec complaisance sur cette pens ruine de la grande cité, de l'ennemie traditionnelle de pie, de la ville qui avait fait peser sur le monde une do écrasante. Il dépeint Yahveh sous les traits du dieu ble de l'orage ; il ne méconnaît ni sa bonté, ni ses com mais au-dessus de tout Yahveh est le dieu juste, et N peut plus éviter les châtiments de sa justice. On sait ( l'événement justifia les prévisions de Nahum. Le troi fond qui prépara et suivit en Mésopotamie ce grand év( fut de la plus haute importance pour le développe] yahvisme. Pour qu'il triomphât, il fallait que les rois fussent déchargés du poids écrasant que faisait peser la domination assyrienne. Il n'y avait pas de réforme 5î^ns une courte période au moins de répit, de politique
lie, et ce moment de répit fut ménagé au royaume de ir la guerre des Babyloniens et des Mèdes contre Ninive. a victoire des confédérés, hélas ! la puissance de Babyivint bientôt un danger aussi sérieux que Tavait été celle ive, et, d'un autre côté, celle de l'Egypte, qui précisélors se relevait, ne se montra pas moins menaçante et Il faut rendre cette justice aux prophètes qu'ils surent à profit cette courte période d'indépendance et de sécurité, remier, Sophonie (Çéphanyah) semble avoir mis la main rre. Le grand-père de son grand-père s'appelait Hizkia. dt le roi de ce nom, le bisaïeul de Josias, Sophonie aurait 3nu à la famille du roi régnant, et dans ce cas, la vivases censures contre les grands de Juda et contre le roi luin'en serait que plus remarquable. Dans sa profonde coni, si Juda ne se convertit pas, il sera mené en esclavage, me jugement enveloppe les Philistins, Moab, Ammon, et Ashour ; mais Juda surtout ne saurait y échapper. Cette itie fut peut-être motivée par l'invasion des Scythes, qui u à cette époque en Asie-Mineure. Cette catastrophe était, irs, la condition nécessaire de l'avènement de temps irs. Alors, tous les peuples connaîtraient et adoreraient h, mais Israël surtout lui serait inébranlablement Adèle. n, on le voit, dans des formes nouvelles le même fond jtique que chez Ésaïe et ses contemporains. Sophonie 1rs — ce qu'on a peine à s'expliquer de la part d'un du sang royal — est aussi sévère et aussi puritain que pas commerce lui est en abomination ; il ne voit point de ossible pour les peuples qui s'y livrent. Les vêtements ers que portaient les rois de Juda et les princes, toutes les Qes étrangères sont l'objet de ses anathèmes. Non moins 5 autres prophètes, il se montre l'ami et le protecteur des \ populaires, accuse la rapacité des grands, la vénalité des la légèreté et les mensonges des prophètes, les prévari- 5 des prêtres qui mêlaient le sacré au profane et faisaient ce à la loi.
m prend à l'idolâtrie comme à un abus persistant, et, en lans les premières années du règne de Josias, tout paraît, e rapport, être resté sur le même pied. Il n'est pas même
certain que le roi lui-même n'ait pas d'abord suivi les errements de son père et de son grand-père, et que le zèle qu'il déploya dans la suite n'ait effacé sa faiblesse et sa connivence premières. Peut-être les prédications de Sophonie ne furent-elles pas étrangères à sa conversion et éveillèrent-elles en lui le zèle réformateur.
La grande réforme, on peut dire la révolution qui a illustré son régne ne commença que dix-huit ans après son avènement et est généralement attribuée à une dépouverte mystérieuse qui eut lieu à cette date. On sait quels motifs avaient fait passer, sous le régne de Joas, des prêtres à l'administration royale les travaux d'entretien et de réparation du temple (voir p. 428). Des réparations ayant été nécessaires, Josias envoya au grand prêtre Hilkia son secrétaire Saphan pour lui demander compte des sommes disponibles qui devaient servir au paiement des ouvriers. Le grand prêtre, alors, informa Saphan qu'il venait de trouver dans la maison de Yahveh le Livre de la Loi, et il lui remit un volume que Toftlcier royal emporta. Après avoir rendu compte des dépenses à Josias, il lui fit la lecture de ce livre. Le prince, bouleversé à Touïe de ces commandements, déchira ses vêlements et s'écria qu'il y avait tout à redouter du courroux de Yahvoh ; jamais, en effet, on n'avait observé ces commandements. Cependant, avant de passer outre, on voulut s'assurer de l'authenticité du livre trouvé par Hilkia. Quel plus sûr moyen, pour cela, que de consulter la parole de Yahveh lui-même ? Une enquête, des détails demandés à Hilkia sur les circonstances de sa trouvaille merveilleuse, on n'y songea même pas. Une commission fut bien nommée ; Hilkia et Saphan en faisaient partie. On ne s'adressa pas à Jérémie qui, depuis trois ans déjà, prophétisait, mais qui n'avait sans doute pas encore assez de notoriété. On manda une certaine prophétesse, Houlda, femme de Salloum, conservateur de la garde-robe royale et dont la popularité et l'influence étaient alors très grandes. Elle n'hésita pas un instant, déclara que ce livre était la loi de Dieu et pressa de la mettre immédiatement en vigueur. Une grande assemblée du peuple fut convoquée au temple. Les anciens de Juda, les pré' très, les prophètes, les magistrats, la multitude s'y rendirent. Une alliai^ce solennelle fut jurée à Yahvel^, en présence du roi.
et on s'engagea à suivre fidèlement les préceptes du livre trouvé par Hilkia. Dans cette circonstance, Josias montra plus d'habileté que n'avait fait Hizkia. Celui-ci avait opéré d'importantes réformes de son propre chef et par la violence, et, par là, avait provoqué un grand mécontentement et préparé la réaction de Manassé.
On pouvait, dés lors, procéder à la réforme avec sécurité, et on la poussa à fond. Le grand prêtre et ses subordonnés reçurent l'ordre de brûler auprès du torrent du Gédron, sur des tas de fumier, tout ce qui dans le temple se rattachait au culte des Baalim et d'Ashéra, bien entendu à l'exception des vases de métal, et d'en jeter la cendre au vent. L'image, le symbole d'Ashéra, qui se trouvait dans le temple, fut brûlée et, pour rendre la profanation plus complète, les cendres en furent répandues sur les tombeaux. Les prêtres irréguliers de Yahveh, les 'Hemarîm et les prêtres de Baal, du soleil, de la lune et des autres corps célestes, furent déposés. Les habitations des hiérodoules et des femmes qui tissaient les tentes d'Ashéra, situées dans l'enceinte du temple, furent détruites. Tous les sacrificateurs des bamôth, lieux élevés du paysde Juda, furent réunis à Jérusalem et nourris avec le pain consacré (le produit des dîmes), mais tenus à l'écart de tout service. Les cultes privés même ne furent pas épargnés par le zèle réformateur de Josias, et l'absence de publicité ne les protégea point. Tous ceux qui faisaient profession d'évoquer et de consulter les mânes des morts (obôth) et les devins (yidde •onim) furent supprimés ; le roi fit même détruire les téraphîm ou dieux domestiques et toutes les idoles qu'on ne pouvait pas sauver en les cachant. Les hauts lieux ou bamôth furent rasés, à commencer par ceux de Jérusalem, dont l'un, hors d'une des portes, était très vénéré et fréquenté. Le Topheht dans la vallée de Ben-Hinnom fut profané. On cessa d'entretenir dans le temple les chevaux consacrés au soleil, et on brisa et brûla les chars qui servaient à ce culte. On brisa l'autel pour l'adoration des astres, placé par A'haz sur le toit d'une des salles hautes, ainsi que les deux que Manassé avait érigés dans les deux cours antérieures du temple, et on jeta les débris dans le torrent du Gédron. On profana aussi et on rendit impropres au culte, qui semble avoir continué à y être célébré jusqu'à cette époque, les sanctuaires
élevés par Salomon à Ashthoreth, àKamosh et à Milkom. Il ne resta debout ni un Maççéba ni une Ashéra, tous furent détruits, et on dispersa des ossements humains (pour les profaner) sur les emplacements où avaient eu lieu les sacrifices humains. La réforme ne se borna pas à Jérusalem ; elle s'étendit à tout le pays et même à l'ancien royaume dlsraël. Josias se rendit de sa personne à Béthel, fit briser Tautel élevé par Jéroboam 1°'. Tous les hauts lieux de la Samarie furent dévastés et plusieurs prêtres des cultes condamnés furent mis à mort au pied de leurs autels. Les troubles et les guerres civiles qui déchiraient alors la Mésopotamie ne permettaient pas aux Assyriens d'intervenir dans une possession aussi éloignée.
Il semblerait, d'après ces faits, que Josias songea à reconstituer dans son intégrité l'ancienne monarchie et à revendiquer ses droits sur les tribus du nord, ou du moins sur leur territoire. C'est cette prétention qui explique son attaque imprudente et malheureuse contre l'armée de Nécho lorsqu'elle traversa la Samarie, bien que le monarque égyptien promît de respecter le territoire de Juda. Mais ce qui ressort surtout de ces événemeuts, c'est l'importance et l'extension qu'avait prises, les profondes racines qu'avait jetées le polythéisme dans le royaume de Juda. Le temple de Jérusalem était devenu une espèce de panthéon avec des chevaux et des chariots consacrés au soleil et des autels élevés à toute l'armée des cieux. Les cultes immoraux des Cananéens y étaient ouvertement pratiqués sous le regard de l'austère divinité du désert. On a coutume d'expliquer ces abus par les caprices de quelques rois idolâtres. Mais on oublie que les autels consacrés au culte des astres dataient du règne d'A'haz, que, par conséquent, ils avaient, ainsi que les sanctuaires construits par Salomon en l'honneur des divinités étrangères, été épargnés par Hizkia, et que Josias luimême les avait laissé subsister pendant les dix-huit premières années de son règne. Cette longue hésitation ne peut être attribuée qu'à la faiblesse numérique du parti réformiste et aux ménagements que la prudence imposait à l'égard des cultes polythéistes, en faveur auprès des masses. A*haz et Manassé obéirent donc au sentiment national, dont ils furent les intçr-. prêtes et les protecteurs,
« Alors ^ dit le narrateur de ces événements, la fête de Pâqxie fut célébrée pour la première fois avec une grande pompe à J^msalem depuis le temps des Juges. » Autant dire : pour la première fois en Israël, car on ne saurait admettre qu'au temps des Juges, dans l'état d'isolement où vivaient les Israélites, une fête générale ait pu avoir lieu. Israël se sentait rajeuni, un renouveau passait sur le pays et les plus grandes espérances faisaient battre tous les cœurs : le temps du salut paraissait proche.
Il était, hélas ! plus éloigné que jamais. Il semblait que l'idéal des nouveaux prophètes mosaïstes et des prêtres de Yahveh, on ce moment en parfait accord de vues et de sentiments avec les prophètes, fût réalisé. L'impulsion étaitpartie du corps sacerdotal ; c'était le grand prêtre Hilkia qui avait pris l'initiative ; mais le mouvement était le fruit des prédications antérieures des prophètes, qui le soutinrent énergiquement de leur parole. Jérémie se multiplia pour gagner au nouveau livre de la Loi la faveur populaire dans tout le royaume de Juda. L'état religieux, tel que l'avaient rêvé les stricts yahvistes, paraissait donc sur le point d'être réalisé. Les esprits sérieux pouvaient ne pas partager l'enthousiasme et la satisfaction universels. Les paroles mêmes de Jérémie laissent entrevoir qu'il eût désiré quelque chose de plus, et qu'à son avis la réforme était beaucoup trop superficielle et extérieure. Mais ce pessimisme ou cette défiance n'était le fait que de quelques hommes ne cédant pas à l'entraînement général. Les prêtres croyaient que le règne de la paix était venu. Que pouvaient-ils, en effet, désirer de plus? Leurs vœux étaient comblés, leur domination était affermie, — pas autant cependant qu'ils s'en flattaient. Sans doute, la réforme n'était pas complètement extérieure, et Josias n'eût pu la mener à bien sans le concours du peuple. Avant de s'engager il avait pris conseil des anciens et des principaux de la nation. Les excès de Manassé et ses persécutions avaient fortifié le parti réformiste. Ce n'était pourtant encore qu'un parti, fort, pour le moment, de l'appui des principaux de la nation et des prêtres et dé la protection du roi, mais qui n'avait pas de racines dans les masses. La réforme ne put s'achever que par la violence, et elle coûta du sang. Le polythéisme couvait dans les couches profondes (Ju peuple. Il était comprimé, non extirpé. Aussi Josias ne
fut-il pas plus tôt tpmbé sur le champ de bataille de Mégiddo, victime de la lutte disproportionnée qu'il avait engagée contre le roi d'Egypte et des illusions dont les prêtres avaient rempli son esprit, et le pouvoir n'eût pas plus tôt passé à son fils, que la réaction éclata; le polythéisme releva la tète et Jérémie et Ezéchiel n'eurent pas moins à se lamenter sur Tidolâtrie et sur Tirréligion de Juda que les prophètes des âges précédents. Il fallait d'autres remèdes pour guérir complètement le peuple de cette habitude invétérée. Dispersé au milieu des nations polythéistes, il devait, pour autant qu'il était au même degré de développement religieux qu'elles, se perdre et se fondre dans leur sein. L'élite seule, parvenue à une conception religieuse supérieure, résisterait à ce travail d'assimilation et, de retour dans sa patrie, formerait un nouveau peuple de Dieu fidèle à Yahveh et propre à réaliser l'idéal des prophètes. D'une part, l'esclavage et la misère ; d'autre part, une espèce d'élimination spontanée, voilà ce qui seul, après l'exil, devait assurer d'une manière inébranlable la fidélité religieuse d'Israël et le rendre propre à l'accomplissement de sa mission providentielle de serviteur de Dieu sur la terre.
Le livre trouvé par Hilkia dans le temple, livre dont il fut sans doute l'auteur, ou du moins qu'il fit composer sous sa direction et sous sa surveillance, ne peut avoir été autre chose que ce qui forme aujourd'hui le contenu principal du Deutéronome. Présenté au peuple et au roi comme la loi de Moïse, on en a mis toutes les prescriptions dans la bouche de l'tncien libérateur d'Israël. Ces fraudes pieuses ne scandalisaient alors personne, et certainement celle de Hilkia ne fut pas la première de ce genre.
Ce nouveau livre de la Loi fut le premier officiellement reconnu et promulgué avec la sanction royale ; mais il ne fut pas le premier qui ait eu cours parmi le peuple. D'après une tradition qui a quelque vraisemblance, Moïse lui-même avait gravé sur deux tables de pierre les nouvelles institutions qu'il donna aux tribus dans le désert. Ces tables se perdirent promptement, et le récit de la rupture par Moïse, dans un accès d'indignation, des tables écrites de la main de Dieu, de leur remplacement par de nouvelles, est une forme légendaire de Texis-
et de la perte des tables mosaïques. Elles devaient p. 353) renfermer le décalogue, si Ton excepte deux traits 'tants, dans une forme assez semblable à la version que nous Ions dans Exode XX et Deutéronome V. plus ancien livre de la Loi qui soit parvenu jusqu'à nous ms doute celui qu'on a appelé le livre de l'Alliance e XX, 22, — XXIII, 19). Peut-être Exode XX, 22-26 doit-il onsidéré comme encore plus ancien. Il contient d'ancien- »is et institutions qui, sans doute, étaient en vigueur long- ; avant sa rédaction. Celle-ci est assurément antérieure au de Josias, puisque la fête de Pâque n'y est pas encore réunie 3 des Mazzôth, ou pains sans levain, confusion qui eut lieu h époque. Il n'est pas même certain que la fête de Pâque .t au moment où il fut composé (1). Il doit môme remonter laut que le règne de Hizkia, puisque la pluralité des sancis y est encore consacrée, et la brièveté, la sécheresse avec lie il y est fait mention de l'offrande des premiers-nés à 3h doit le faire regarder comme antérieur à A*haz. Gepenla monolâtrie y est déjà prescrite, et la grande excommuon, le 'hérem, y est prononcé contre ceux qui adorent d'auieux que Yahveh. Le privilège sacerdotal exclusif des léy est passé sous silence. L'offrande des premiers-nés à 3h y doit être entendue peut-être comme une simple con- ;ion à l'état sacerdotal. Maintes prescriptions de cette loi impreintes d'une simplicité et d'une rudesse toutes primi- Le talion, 8 œil pour œil » y est la règle qui n'admet d'attion que pour le meurtre involontaire par l'institution des d'asile, sans doute établis dans les villes qui possédaient mctuaires de Yahveh. La compensation pécuniaire est aden réparation des mauvais traitements n'ayant pas entraîné rt. Le meurtre d'un esclave y est couvert de l'impunité ; ïït que la victime survive quelques jours aux sévices es sur elle. L'esclave n'est-il pas « l'argent de son maître » ? ine du talion est même étendue aux animaux qui ont tué imme, et le maître qui aurait pu prévenir l'accident et en
>mp. XXni, 18 et XXXI V. 2o. La mention de la fête sans qualification ne rapporter qu'à la grande fête de Yahveh, celle des taberaacles, p(ins le le passage, I4 P&(}ue est expressément nommée.
est indirectement cause pour sa négligence, est rendu responsable du mal fait par ses bêtes, et lui-même puni de mort. De telles prescriptions témoignent d'un état social encore profondément engagé dans la barbarie. D'autres, au contraire, attestent une certaine humanité, comme celles qui ont trait au gage du pauvre, à l'usure, à l'achat des juges par les riches, au sabbat qui est ordonné comme dans le Deutéronome, afin que les subordonnés puissent se reposer,' enfin à Taffranchissement des esclaves après six ans de servitude, à moins qu'ils ne préfèrent rester avec leurs maîtres. Les préceptes religieux ont trait surtout, comme on pouvait s'y attendre, au rituel. Il y est prescrit d'employer pour l'offrande du pain sans levain, de ne pas la laisser passer la nuit devant l'autel, que les premiers-nés des hommes et des bêtes soient réservés pour la part de Yahveh, et de ne pas faire cuire le chevreau dans le lait, de sa mère. Trois fêtes solennelles sont mentionnées dans le livre de l'Alliance, et à l'une d'elles est rattaché un pèlerinage à l'un des sanctuaires de Yahveh. Elles y ont encore le caractère primitif de fêtes de la récolte du printemps, de l'été et de l'automne, sans qu'il s'y joigne la commémoration d'aucun événement historique.
C'est là la plus ancienne loi qu'aient possédée les Israélites. Elle fait encore le fond du Deutéronome qui, ainsi que la législation sacerdotale élaborée pendant la captivité de Babylone, se borne à la répéter en la précisant. Il est probable que le plus ancien historien dont l'ouvrage servit de base à la rédaction du Pentateuque, le yahviste, l'inséra lui-même dans son livre. Nous avons vu que, dans son ensemble, elle remonte à une époque antérieure au règne d'A'haz. Ajoutons que quelques-unes de ses prescriptions étaient déjà en vigueur du temps de Samuel ou de Saiil. Il est telle de ses défenses, comme celle des arts magiques, qui rappelle leur politique, et tout l'état social supposé par le livre de l'Alliance est en parfaite harmonie avec celui de ces âges reculés. Il est à remarquer qu'il n'est fait aucune mention du pouvoir royal et que le précepte de faire les autels de pierre non taillées n'était déjà plus observé du temps de Salomon. Il n'y a que Ja stricte monolâtrie, qui y est déjà prescrite, et les préceptes relatifs aux fêtes, qui puissent faire songer à une origine ou à un remaniement postérieur.
it cas, le court recueil de préceptes qui se trouvent au CIV de TExode est plus récent que le livre de rAUiance. uit en partie les mêmes lois. On ne saurait le faire reclus haut que le règne de Hizkia. L'hostilité qui y restre les Cananéens, Tinterdiction de prendre part à leurs s, de contracter avec eux des mariages, les expressions p plus accentuées qui y sont employées à rencontre de ie, principalement le rapport qui y est établi entre la
premiers-nés et la fête des Mazzôth, la mention de la e rachat stipulé à Tégard des fils aînés, les préceptes sur taux impurs, tranchent avec Tesprit du plus ancien do- La nécessité de telles prescriptions ne peut s'être fait j'avec le temps.
int de départ du livre de la Loi de Hilkia fut le décalolu'il est rapporté Deutéronome V et Exode XX, et qui, e nous Tavons dit, du moins en général, ne doit pas essentiellement des dix paroles données par Moïse le. On a prétendu que la rédaction de TExode est plus e que celle du Deutéronome. Il se peut que Tauteur de er livre, bien qu'il ait écrit plus tard, se st)it plus stric- ;enu que celui du premier, sur certains points, au texte iments primitifs ; mais assurément sa version n'est pas
la plus ancienne. Ainsi pour le sabbat, dont le Deuténe motive l'observation que sur des considérations d'hutandis que l'Exode lui donne un caractère positivement !c et en fonde le respect sur l'imitation de l'exemple de •, le récit auquel est emprunté cet exemple n'a pu être ) que pendant ou après la captivité, et le précepte, tel reproduit dans le Deutéronome, se lisait déjà dans le l'Alliance, d'où Hilkia l'a transcrit presque sans chance et quelques autres recueils d'ordonnances moins im-
ont donc servi de matériaux pour la composition du L fut proclamé loi de l'état par Josias. Sans nous arrêter l de ses prescriptions, il ne sera pas dépourvu d'intérêt ressortir quelques-uns des principes qui ont guidé l'au- :e travail. Il ne se proposa pas d'édicter de nouvelles le nouveaux préceptes. Il ne fit que reproduire les lois
exîstantes en les moditiant quelquefois et, en dépit du progrès accompli dans les mœurs, de Tesprit de douceur, d^humanité dont il est animé, il ne laisse pas que de rééditer les préceptes les plus barbares sur la vengeance privée et le talion. Il reproduit aussi les prescriptions relatives au droit d'asile, mais comme il n'y avait plus qu'un seul temple de Yahveh, il ne désigne plus comme lieux de refuge les sanctuaires du dieu national, mais les villes libres qui seront désignées pour cette destination. La monogamie n'est pas prescrite, mais le législateur maintient rigoureusement le droit d'aînesse, alors même que le 111s privilégié en vertu de ce droit serait le lils de la femme la moins aimée.
Le Deutéronome est cependant plus et autre chose qu'un choix d'anciennes lois, augmentées arbitrairement de quelques commandements nouveaux. L'auteur s'est proposé un but déterminé. Il est facile de dégager deux principes inspirateurs de toute son œuvre. On pourrait formuler le premier en ces termes : Yahveh est le seul Dieu d'Israël, son culte ne peut être célébré que par les lévites et à Jérusalem. Le principe que Yahveh est le seul Dieu, non au sens absolu, car les autres peuples ont aussi leurs dieux dont l'existence n'est nullement révoquée en doute par le Deutéronomiste, mais pour Israël, ce principe n'est pas seulement inscrit en tête de l'ouvrage, mais constamment rappelé et étroitement uni au précepte d'aimer ce seul Dieu. L'auteur combat donc avec force toute espèce d'idolâtrie, et tout culte, tout hommage rendu à des dieux étrangers est, pour lui, idolâtrique. L'Israélite ne peut jurer que par le nom de Yahveh. Israël ne conclura aucune alliance avec les peuples idolâtres et ne s'unira pas à eux par des mariages. Ceux de ces peuples qui habitent la terre sainte, consacrée à Yahveh, doivent être exterminés. Les statues et les symboles de leurs divinités, les Maççébas, les Ashéras, les Phesîllm, doivent être renversés. Si les Israélites observent tous ces commandements et restent lîdèles à Yahveh, ils seront comblés des plus riches bénédictions. Leur pouvoir surpassera celui de tous les autres peuples, leur sol sera fertile, leur postérité se multipliera, ils jouiront de la force et de la santé, la terre leur sera un véritable paradis ; mais s'ils deviennent intidèles, les plus terribles châtiments les frapperont.
Goo
Le Deutéronome ne reconnaît pas d'autres prêtres légitimes que les lévites. Eux seuls peuvent porter Tarche en bois d'acacia dans laquelle, d'après Tauteur, étaient déposées les tables de la loi gravées par Dieu lui-même. Eux seuls peuvent se présenter devant Yahveh comme les intermédiaires du peuple, et, comme représentants de Dieu, ont le droit de donner la bénédiction en son nom. En outre, ils sont de préférence à tous autres, ou peut-être même exclusivement chargés de rendre la justice. C'est pourquoi ils n'ont pas, comme les autres tribus, leur part d'héritage en Israël. Ils vivent sur les offrandes et sur la part réservée à Yahveh. Il n'est pas encore question dans le Deutéronome d'une hiérarchie naturelle dans le sein de la tribu sacerdotale, ni d'aucun privilège exclusivement propre aux descendants d'Aaron. Prêtres et bené-Lévi sont des termes complètement synonymes (I). La part qui leur est attribuée sur les sacrifices est encore très modérée, beaucoup trop modeste au gré des prêtres de l'âge suivant, que nous verrons constamment préoccupés d'étendre les privilèges et les avantages réservés à leur ordre. Un fait remarquable et bien caractéristique de l'esprit qui animait Hilkia, c'est la manière honorable dont il parle des prophètes, qu'il appelle les organes et les interprètes de Yahveh. Il ne met en garde que contre les faux prophètes, les prophètes des idoles, et il donne les signes auxquels on pourra les distinguer des vrais prophètes (2). Tous les sacrifices, holocaustes et immolations, sacrifices de louange, les dîmes, ce qui est «consacré par la main à Yahveh », les vœux, les sacrifices volontaires, les prémices des animaux purs, tout devait être oflert à Jérusalem, et, à l'exception des holocaustes, y être consommé avec joie dans des festins. Pour rendre possible l'observation dé ces prescriptions, le législateur accorde à ceux qui n'habitent pas Jérusalem la faculté de vendre leurs prémices et leurs dîmes et d'acheter d'autres ofi^randes dans la capitale. Cependant, on pouvait tuer pai*tout les animaux destinés à la consommation ordinaire ; les victimes seules devaient être immolées à Jérusalem. La faculté est accordée aux lévites des autres sanctuaires de
(1) XVn. Comp. XXI, 5.
(2) xm et xvm.
venir se fixer à Jérusalem, d'y officier et d'y vivre avec les prêtres, sur la part réservée à ces derniers, tout en conservant leurs héritages ou le prix qu'ils en auraient retiré. Les prescriptions les plus minutieuses sont édictées pour assurer la pureté du sanctuaire unique de Jésusalem; aucun eunuque, aucun Mamzer (bâtard ?), aucun étranger ne peut se mêler à l'assemblée de Yahveh. L'exclusion est surtout rigoureuse à l'égard des Ammonites et des Moabites, dont on ne peut même souhaiter le bonheur. Une exception est faite en faveur des Édomites et des Égyptiens, qui sont regardés comme des frères ; toutefois, Taccès des assemblées de culte n'est accordé qu'aux petits enfants de ceux de ces étrangers qui se sont établis dans le pays.
Le deuxième principe qui a présidé à la composition du Deutéronome est celui-ci. Le peuple de Yahveh doit être un peuple saint et s'abstenir de toute impureté. De là, les minutieuses précautions en vue de conserver la pureté légale. De là, des commandements comme celui de ne pas mélanger des choses hétérogènes, l'interdiction aux hommes de revêtir des habits de femme, et aux femmes des habits d'homme, celle de mêler des plants diff*érents dans une môme vigne, de tisser des étoffes de deux matières, etc. De là aussi la faculté laissée aux étrangers établis dans le pays de suivre leurs coutumes nationales, sans les astreindre à l'observation des prescriptions légales, car ce qui est impur pour un membre de la communauté yahviste ne l'est pas pour un étranger. La nouvelle loi ne présente donc rien moins qu'un caractère universaliste ; elle est, au contraire, fort exclusive. Elle prescrit, il est vrai, l'humanité envers l'étranger, mais ne lui reconnaît nullement les mêmes droits qu'à l'Israélite. 11 n'est pas un frère. Si, dans l'année sabbatique, il est interdit d'inquiéter le débiteur, qui est en même temps un prochain, un compatriote, on peut poursuivre la rentrée de ses créances vis-à-vis de l'étranger. Le prêt à intérêt, intérêt presque toujours usuraire, est défendu entre Israélites, licite à l'égard de l'étranger.
La difl*érence entre ce principe et le précédent est que le deuxième ne constitue pas une innovation et n'est pas exclusivement propre à la loi nouvelle. Il exprime une tendance du corps sacerdotal bien antérieure au sacerdoce de Hilkia. D'ail-,
leurs, il est conforme à Tesprit de Tantiquité tout entière et se retrouve chez d'autres peuples, formulé et appliqué même d'une manière beaucoup plus rigoureuse encore. La doctrine de la pureté légale non plus n'est pas particulière aux Israélites. Elle se retrouve non-seulement chez tous les peuples mésopotamiens, mais encore chez les Égyptiens, les Hindous, les Iraniens. Les préceptes dans lesquels elle était formulée, les pratiques dans lesquelles on s'efforçait de la réaliser, variaient pour les différents peuples, dans les différentes religions ; elle se retrouve à peu près partout. Elle disparut des lois civiles chez les peuples qui, comme les Grecs et les Romains, s'étaient soustraits à la suprématie sacerdotale, et ne fut plus observée et prescrite que dans l'accomplissement des cérémonies religieuses. Il y a dans toutes ces prescriptions et ces observances, outre Taversion naturelle qu'on éprouve pour tout ce qui est immonde ou dégoûtant, une part de mesures quasi-hygiéniques contre tout ce qu'on croyait nuisible à la santé du corps et de l'âme ou à l'exaltation religieuse, une part de croyances mythologiques ou dogmatiques qui, comme la défense de manger du porc ou du poisson en Egypte, ou de tuer des bœufs dans l'Inde, n'ont d'autre origine que les spéculations des prêtres ou des causes entièrement fortuites. Mais il est très difficile de remonter aujourd'hui à l'origine de chacune d'elles et d'en retrouver le motif et le sens.
Le caractère sacerdotal de la loi de Hilkia ressort encore d'autres de ses dispositions. Par exemple, de l'idéal qui y est tracé de la royauté. Le roi ne doit pas élever son cœur au-dessus de ses frères, ni rechercher la richesse, ni faire consister sa grandeur dans la possession d'une quantité de chevaux, de chariots, de femmes ; il doit s'adonner à l'étude de la loi de D'ieu et en posséder un exemplaire pour la lire et la méditer chaque jour. Les lois relatives à la guerre sont, si possible, encore beaucoup plus caractéristiques. Le prince et le peuple ne doivent pas mettre leur confiance dans la force des armées, mais dans la protection de Yahveh. Aussi la loi dispense-t-elle du service militaire l'homme récemment marié, celui qui a acheté une vigne ou un champ dont il n'a pas encore recueilli le fruit, et même veut qu'on laisse dans leurs foyers tous ceux qu'ef*
fraient les dangers de la guerre. Dans la conduite c ses militaires, le prêtre joue le principal rôle (1).
Plusieurs des dispositions de la loi nouvelle soi ques ou inexécutables ; du moins elle se distinf humanité, ainsi que par sa conception du caractère la religion, on dirait presque spirituel, si ce mot poi mise à propos d'un culte cérémoniel. Dans maint p rappelé qu'on ne doit pas seulement avoir soin d'un fille, mais du serviteur, du lévite, de la veuve, de 1 l'étranger. Il est interdit de renvoyer à son maître gitif (2) ; on doit donner chaque soir son salaire à W soit frère (concitoyen) ou étranger, car son âme (1 tretien de sa vie) le réclame (3) ; on doit, à la moisi glaner au pauvre (4) ; l'ancien droit, qui pour un se sait périr le fils avec le père, le père avec le fils, es Cette sollicitude s'étend jusqu'aux animaux (6), et garde contre la négligence qui pourrait causer la i chain (7). La circoncision extérieure n'est pasestimi Le cœur lui-même doit être circoncis. La descriptio comme le Dieu à qui appartiennent les cieux des c et tout ce qu'elle contient, qui ne regarde pas à l'aj demande pas d'offrandes et fait droit à la veuve et qui aime l'étranger et qu'on doit aimer de toutes s( d'un beau caractère, d'un sentiment religieux trè élevé. Par l'énoncé d'un tel principe, le législateur au-dessus des prescriptions édictées par lui-mêm fondement d'une loi supérieure qui ne sera écrite cœurs.
Il fallait cette transformation de la conception déplacement du fondement de la vie religieuse,
a) XX.
(2j xxm, 15.
(3) XXIV, 14 et 15.
(4) XXIV, 18 et ss.
(5) xxrv, 16.
(6) Xxn, 6 et ss.
(7) XXU, 8.
possible la victoire du yahvisme. Un culte aussi rigide et aussi exclusif que celui de l'ancienne religion dlsraêl pouvait convenir à une secte de nomades, comme les Rékabites; des tempéraments et des accommodements partiels, imposés par les circonstances, ne suffisaient pas à le rendre propre à répondre à tous les besoins religieux de la nature humaine. Aussi longtemps que Yahveh restait le Dieu terrible et jaloux, le Dieu saint, ennemi de toute jouissance, les Baalîm et les Ashérîm étaient un besoin pour les Israélites. Les prophètes du huitième siècle, en reportant sur Yahveh les attributs bienfaisants et propices, en prêchant, à côté de sa puissance et de sa sainteté, sa bonté et ses miséricordes, frayèrent la voie au monothéisme. 11 n'y eut, dès lors, plus besoin de placer à côté de lui d'autres dieux, par exemple un dieu du soleil bienfaisant, ou de la terre féconde. La doctrine yahviste devenait ainsi la doctrine religieuse la plus complète de l'antiquité, unissant Tancienne austérité à la douceur et à l'attrait des cultes plus humains. Sans doute la victoire du yahvisme ne fut pas immédiate ; son triomphe sous Josias fut éphémère. Mais, à la longue et en vertu même de son excellence propre, il devait l'emporter. Un nouveau livre de la Loi répandant cette conception épurée et agrandie de Dieu, fut le moyen employé pour faire du yahvisme réformé qui, jusqu'alors, n'avait été que la religion d'une secte, la religion nationale du peuple, et, même sous les successeurs de Josias, il ne perdit pas complètement ce caractère.
Le livre se termine par les plus belles promesses de bonheur et de prospérité attachées à l'observation lldèle de son contenu et par la menace des plus terribles châtiments dénoncés contre sa violation. D'abord les faits semblèrent justifier le principe que le salut n'est pas dans la puissance des armées, mais dans la protection de Yahveh. Bientôt, hélas ! le désastre de Meggido devait prouver qu'il ne suffit pas d'être fidèle à Yahveh pour lutter victorieusement contre la force supérieure des grands empires. Néko s'empara de Jérusalem, déposa le roi qu'on avait proclamé à la place de Josias et lui substitua un autre fils du dernier roi. Jérusalem et Juda n'avaient que trop de raisons de mener le deuil du prince tombé victime de sa foi, et Jérémie de composer sur sa mort ime lamentation. Le pays avait perdu
plus que son roi. La confiance en Yahveh a tellement atteinte, et Ton conçoit que loi essayèrent de présenter cette défaite comme tion des crimes de Manassé, ils n'aient pî d'auditeurs bien disposés.