U CATASTROPHE ET SON LUGUBRE PROPHETE
Au commencement du règne de Jojaqim (607 av. produisit à Jérusalem un événement qui mit la ville eut vraisemblablement lieu un jour de fête. A Tentri pie, un homme bien connu de la plupart des hab: debout, prononçant au nom de Yahveh des paroles ç le trouble dans les âmes : « Que venez-vous faire ici, en apostrophant les pèlerins. Ceci était autrefois le Seigneur, mais n'y êtes- vous pas venus avec des m lées ? Vous voulez vous présenter devant Yahveh. I donc pas vous rendre coupables de vol, de meurtre, de faux serments ; il ne fallait pas brûler de Tence Baal et suivre toutes les divinités étrangères, car souffre pas de telles choses. Est-ce que la maison de ' une caverne d'assassins ? Ceux qui ont fait des gâteau de la Reine des cieux (Melèket-Hashamayim, la même la déesse adorée à Tyr et à Carthage), et ont offert de d'actions de grâces aux autres dieux, viendront-ils i offrir des holocaustes et immoler des victimes à Yah veut pas de sacrilices. Qu'eux-mêmes mangent la chî offrandes ! Pour lui, il ne réclame que l'obéissance. ]
fait pis. N'ont-ils pas de nouveau introduit dans le sanctuaire de Yahveh toutes les abominations et les idolâtries que Josias en avait expulsées? Est-ce que le Topheth ne ruisselle pas de nouveau du sang des enfants immolés, de sorte qu'il ne faut plus appeler la vallée où il se dresse la vallée de Hinnom, mais la vallée du meurtre ? (1) » C'est sous ces sombres couleurs que Jérémie, — car c'était lui, — dépeignait la corruption du peuple. Il ne voyait aucun point lumineux dans ces ténèbres : « on ne peut plus se confier à son ami ni à son propre frère; la plume des docteurs est menteuse ; du prophète au prêtre, tout n'est que crime et mensonge. » Aussi un terrible châtiment est-il suspendu sur Jérusalem. La ville sera en malédiction à tous les peuples, et Yahveh « réduira cette maison au même état que Silo. »
Comme on pouvait s'y attendre, ces dernières paroles déchaînèrent la tempête. Les prêtres et les prophètes faisaient éclater leur indignation, le peuple voulait massacrer le prophète de malheur. On alla informer les princes de Juda, en même temps conseillers de la couronne et formant une cour suprême de justice. Ils accoururent du palais au temple et écoutèrent les réclamations des prêtres et des prophètes qui demandaient la mort de Jérémie, parce qu'il avait prophétisé contre Jérusalem et contre le temple. Lui n'allégua rien pour sa défense, sinon qu'il avait déclaré les paroles de Yahveh, justification parfaitement valable en justice à cette époque, lorsqu'elle était sincère, et... que les juges étaient favorablement disposés. « Faites de moi, — ajouta-t-il, — ce qui est juste, mais sachez que si vous me faites périr, vous aurez versé le sang innocent. » Les princes le firent mettre en liberté et quelques-uns des principaux du peuple s'efl'orcèrent de calmer la foule, en rappelant l'exemple de Micha qui, au temps de Hizkia, avait pu, sans être inquiété, prophétiser contre Sion.
Jérémie échappa ce jour-là à un sérieux danger, car il n'avait guère à compter sur la protection de Jojaqim. Il ne fallut rien moins pour le sauver que les puissantes amitiés qu'il s'était acquises pendant un ministère qui comptait déjà dix-huit
{!) Jérémie VU, IX et XXVI
années. Uria ben-Shémaya qui, enflammé par sa parole, voulut suivre son exemple, fut moins heureux. Il eut beau se réfugier en Egypte. Les sicaires de Jojaqim Ty suivirent ; le roi d'Egypte le leur livra et il fut décapité. Cependant, si Jérémie avait des protecteurs haut placés, il avait aussi de nombreux ennemis, et même ses concitoyens, les habitants d'Anathôth, se montrèrent fort mal disposés pour lui. Son principal appui fut Ahikam, fils de Saphan, secrétaire du feu roi.
Natif, comme nous venons de le dire, d'Anathôth, petite ville lévitique des environs de Jérusalem, il appartenait lui-même à une famille sacerdotale. Fils de Hilkia, le frère de Salloum, il était sans doute parent, peut-être, bien que plus jeune, cousin germain de Hilkia, fils de Salloum et grand prêtre de Jérusalem sous le règne de Josias. Apparemment Hilkia n'était plus en charge sous Jojaqim ; du moins le langage violent de Jérémie contre les prêtres et les scribes et la manière dont il fut traité par ceux-ci ne s'expliqueraient pas, si, dans ce temps-là, le sacerdoce suprême eût encore été dans les mains, je ne dis pas d'un de ses proches parents, mais d'un homme qui, ainsi que le prouve le Deutéronome, pensait comme lui. Jérémie préféra le manteau de prophète à l'éphod de sacrificateur. Il reçut la vocation prophétique la troisième année du règne de Josias (625 av. J.-C). Il a lui-même raconté son appel, dans la forme d'une conversation avec Yahveh. Il voyait s'apprêter pour le royaume de Juda un pressant danger venant du nord, et obéit à la conviction que c'était son devoir de mettre ses compatriotes en garde contre ce péril. Il était encore jeune, mais il puisa dans la conscience qu'il avait d'être l'interprète de Yahveh le courage de prophétiser. Un peuple étranger et farouche devait être entre les mains de Dieu l'instrument de sa justice contre Israël (1). Le peuple avait mérité ce châtiment. Les prophètes annonçaient le mensonge et les prêtres étaient d'accord avec eux. L'idolâtrie régnait dans tout le pays ; on adorait le bois et la pierre ; il y avait autant de dieux que de villes en Juda. L'orgueil et l'injustice s'étalaient
(1) Il ne peut être ici question des Chaldëens qui n^étaient point un peuple inconnu. Jërémie vit sans doute les exécuteurs des vengeances de YahTeh dans les Scythes qui, vers cette époque, envaliirent TAsie centrale et la Médie. Sa description leur convient parfaitement.
1 jour. Que pouvait être, sinon terrible, le destin d'un tinsi gangrené ? Et cependant, Jérémie ne désespérait )re. La conversion et le salut étaient encore possibles, lement le riche et le pauvre se tournassent vers Yahveh. ec une profonde émotion qu'il dépeint dans des images es à celles de ses devanciers — le mariage de Yahveh aël et rinfldélité d'Israël — l'affection de Yahveh pour pie et l'ingratitude de ce peuple. Les autres nations ont ax qui ne sont pas des dieux et leur restent fidèles, j détourne de la source d'eau vive pour chercher à étansoif à des citernes crevassées, qui ne contiennent pas uel est l'homme qui veuille recevoir dans sa maison la qui l'a trompé ? Mais Yahveh est tout prêt à recevoir n grâce, pourvu que le peuple se repente et se couver-
ractère propre de Jérémie ressort mieux de cette pre* irophétie que des suivantes. Sombres sont ses prédict, sur ce point, il ne se démentira pas. Toujours aussi, avec la plus profonde douleur qu'il dénoncera les jugele Yahveh. Mais peu à peu Tamertume de ses plainportera sur sa douceur et sa tendresse natives. Il ne as encore à ce moment, après dix-huit ans de prédicau fructueuses, à une destruction complète de Jérusalem mple. Il lui semble, au contraire, que le salut soit proîn outre, dès ses premières paroles, Jérémie se distingue igueur de son monothéisme. Yahveh est un Dieu de le loin, nul ne peut se soustraire à son regard (1). Ce ne 1 les vanités des Gentils — c'est ainsi qu'il appelle les les autres nations — qui font tomber la pluie ; ce n'est îiel qui donne la rosée. Yahveh-Elohim seul fait ses [2). C'est pourquoi les Gentils mômes reconnaîtront qu'ils ri la vanité et se convertiront à Yahveh (3). Les espéranérémie ont aussi, dès lors, leur cachet particulier. Il n'y fait mention, comme chez ses prédécesseurs contempo-
rains de Josias, d'un fils de David. Les captifs d'Israël reviendront, se réuniront à Juda et vivront sous le gouvernement bons princes qui les rendront heureux. Alors, on ne s'enqu plus de l'arche de Yahveh, on n'y doit même plus songer. J( salem même sera le trône de Dieu, où les nations viend: pour l'adorer. Ainsi, rétablissement du peuple dans son i grité, sanctification de Jérusalem, culte épuré et spirituel, prématie religieuse d'Israël sur tous les peuples, conversion Gentils, tel fut l'idéal de Jérémie.
Plus tard, il est vrai, il reporta dans un lointain aveni réalisation de ses espérances. Il comprit que la ruine de Jéri lem et du temple ne pouvait être évitée et précéderait la toire du yahvisme. Nous ne nous étonnerons pas que cette dication ait causé un grand scandale chez tous ceux qui 1 tendirent. Mais ni cette indignation du peuple dans tous rangs, ni le danger qu'il avait couru ne purent l'ébranler quatrième année du règne de Jojaqim, nous le retrouver l'œuvre. Il choisit l'occasion d'un jeûne solennel qui avait publié. Au lieu de venir lui-même au temple, il y envoie disciple et secrétaire Baruk ben-Nériya, et le charge d'un ] leau pour en faire la lecture au peuple. Les pèlerins accoi pour la solennité entendent avec la même indignation qu première fois les mêmes accusations et les mêmes mena Les princes de Juda, de nouveau avertis, accourent. ' émus — car ils ne doutent nullement que l'écrit de Jérémie contienne la parole de Yahveh — ils font appeler Baruk e font relire le rouleau. Ils estiment l'affaire assez grave i la porter à la connaissance personnelle du roi. Peutespéraient-ils que ces solennels avertissements produira quelque impression sur lui et l'engageraient à entrer dan voie des réformes. N'osant cependant remettre le livre dire ment au prince, ils le laissèrent dans la chambre d'Elisham; scribe du roi, où ils étaient réunis, à peu près certains qu'il aurait ainsi connaissance. Comme ils l'avaient espéré, Joja le demanda et se le fit lire. Il était dans son palais d'hiver brasier brûlait dans la chambre ; mais à mesure que Jéhudi, était chargé de la lecture, avait déroulé et lu un passage roi, avec un canif, coupait le fragment déroulé et le jetail
ipit des supplications des trois princes, tout le volume fojaqim se flattait d'avoir anéanti ces sinistres préet il ordonnait de jeter en prison Jérémie et Baruk. i ils étaient en sûreté, occupés à récrire et à déveqiie le roi venait de détruire.
re de Jojaqim paraît s*ètre assez vite dissipée. Plu- \ sous son règne Jérémie reparut dans le temple, tou- >hétisant la ruine de Jérusalem. Arrêté et emprisonné ar ordre de Pashour ben-Immer, prêtre et préposé du n'eut pas été plus tôt relâché qu'il prophétisa contre l'avait fait saisir (1). Une autre fois, il se tint debout à a temple par où devait passer le roi et lui déclara que m du sabbat attirerait sur le peuple et sur lui les plus bâtiments, mais que si Ton observait fidèlement le saint lyaume serait rétabli dans son ancienne splendeur, et )is franchiraient les portes du temple dans toute la la majesté royale (2). Une autre fois encore, il conduinple des Rékabites, pour humilier le peuple en lui un exemple de fidélité inébranlable aux principes pror il leur offrit publiquement du vin, que naturellement :ent (3). On peut toutefois se demander si ce trait est î ou si c'est un de ces symboles familiers à la prédication êtes. En tout cas, en proposant l'exemple de leur fidéengageait nullement à imiter leur abstinence ; son était d'une tout autre nature que le leur. Dans cette égagée des formes et des pratiques extérieures, la prélu prophète pour le sabbat et l'importance qu'il attacha e observation font tache. Ni Ésaïe ni Micha n'avaient cette stricte observance, bien loin qu'ils en fissent, irémie, dépendre le salut d'Israël. Sur ce point, Jéréne d'ailleurs nombre de réformateurs, fut involontaid'une manière inconsciente inconséquent à ses proûpes.
contre son gré, en quelque sorte en dépit de son