‹ Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte et des peuples sémitiquesChapitre 48 sur 50 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

(2) XX et surtout XIV et XV.

(3) XX, 7-9. Passage sublime, dans lequel le prophète a mis tout son cœi

(4) XIU.

(5) XXIII, 24 suiv.

aptivité avec Jojakin, il fut certainement lu et imité par Jée et le deuxième Ésaïe (1). Une preuve de rautorité qu'il it rapidement, c'est qu'un auteur postérieur qui ne pouvait iger ses opinions et se crut capable de donner, du problème î dans ses pages, une solution meilleure que celle du poète, put pouvoir mieux le réfuter qu'en l'allongeant et en y introant un cinquième interlocuteur, le jeune pédant Elihou, ' répondre tout ensemble aux plaintes de Job et aux accusai de ses amis (2).

. question, en quelque sorte incarnée dans la personne de d'un homme pieux et juste selon les idées anciennes, et [tant, malheureux, est précisément celle de la souffrance et lalheur des justes. Les trois amis de Job sont des sages, hait ridumée et le nord de l'Arabie, par conséquent, des rées voisines de celle où vivait Job lui-même, car le pays de tait vraisemblablement situé au nord de l'Arabie dans le inage de l'Aram. Ils sont les représentants de l'ancienne ance orthodoxe Israélite, nous dirions presque sémitique, le ne se trouvait pas chez presque tous les peuples de Tanti-

7o\r les preuves de cette assertion dans Matthes, Het hoek Job vertaald en tard^ Traduction et exégèse du Livre de Job, I, clxii — clxxxviu. Je partage t point ropinion émise sur Tépoque où le livre a été écrit, dans ce travail aussi [ue substantiel. Comparez aussi principalement M. Kuenen, Hist. crit, Qnderni, p. 150 et ss., qui le place trop tôt à mon avis (entre 630 et 610 av. J.-C). U e de là que je ne saurais adopter Topinion récemment soutenue avec beaucoup ce et de talent par Hoekstra {Rev. de theol., Theol. Tyds. 1871. l"** liv. p. 1 et 'accord avec Seinecke, et a la suite de Bemstein et Bauer et d*autres critiques, cette opinion, le Livre de Job serait une peinture dlsraël dans Texil, et plus lement du serviteur souffrant de Yahveh du deuxième Ésaïe. La composition du levrait par suite être notablement reculée après Texil. Voir, par contre, Matthes I, ai et ss. Il y a assurément une grande ressemblance entre le serviteur soufie Yahveh et Job : mais elle ne prouve nullement que le premier soit le protou second. Au contraire Tidée exprimée dans la conception du prophète de est beaucoup plus profonde que celle qui a donné naissance à Job, et elle supin progrès considérable de la pensée religieuse. Le temps qui s'est écoulé entre )t Esdras ne fut pas très favorable à Téclosion d'un poème tel que celui de Job. les principaux arguments de M. Hoekstra sont-ils tirés du prologue et de l'épique je tiens sans hésitation pour inauthentiques. L'espace me manque ici ustifier mes doutes au sujet d'une opinion très ancienne, et qui compte encore ifenseurs de nos jours.

ies savants les plus compétents s'accordent à regarder les discours d'Elihou e une interpolation d'une date postérieure & celle du poème.

quîté, que l'homme juste et pieux ne saurait être malheureux, que la souffrance est toujours le châtiment du péché ou non conscience de ses fautes, que, par conséquent, n'existe pas. Job se révolte contre cette opinion et avec une singulière énergie, et son ardente élo laisse pas de produire une profonde impression, ses amis en se citant lui-même comme exemple, sous les plus vives couleurs sa piété, ou plutôt son in( vertu. Il pose le problème dans toute son étendue, da force, et démontre victorieusement que, si l'opinion d est vraie, Dieu n'est pas juste. Mais il ne résout pas li Yahveh, qui intervient ensuite, ne la résout pas da^ censure et condamne Job qui s'est attaqué avec une i rite au Tout-Puissant, et il lui impose silence en lu précisément sa toute puissance et la sagesse qui brill œuvres. La conclusion du livre est le double aveu qi de son imprudence.

Voici, je suis trop peu de chose, que puis-je répondre ?

Je mets ma main sur ma bouche.

J^ai parlé une fois, — mais jamais

Une seconde fois, —je me tairai désormais.

Et à la fin :

Je sais que tu peux tout,

Que nul plan n'est inexécutable pour toi.

« Qui obscurcit le conseil sans intelligence ? »

C'est ainsi que j'ai parlé sans avoir approfondi

De choses trop étranges, que je ne connaissais pas I

« Sois attentif à présent et je parlerai . »

Je t'interrogerai, daigne m'instruire I...

J'avais entendu parler de toi ;

Mais maintenant mes yeux t'ont vu,

(7est pourquoi je me rétracte et je fais pénitence

Dans la poussière et dans la cendre. (1)

Les amis sont aussi indirectement réfutés. Ils repr sagesse de l'ancienne école, qui n'allait pas au fond

(1) Traduction d'après l'excellente version hollandaise de M. Matt M. Renan, en français, est élégante et pleine de goût ; celle de M. Pei Neuchàtel, dans la traduction complète des livres poétiques de l'Anci est également très bonne.

croyait tout pouvoir expliquer par la sagesse. Job repré- )oque de transition entre la suprématie de la sagesse et ète soumission à la religion, devenue toute puissante, sage qui, instruit par une douloureuse expérience, plus de la sagesse la solution des questions les plus mais tombe dans le désespoir, précisément par le sen- ) celte impuissance de la sagesse. Yahveh représente le sagesse qui consiste dans « la crainte de Yahveh », econnaissance calme, confiante de sa grandeur et de npréhensibilité. Ce n'est que lorsqu'il a parlé que le ésigne au silence et s'humilie. Le livre est donc un d'un sage de la nouvelle école contre Tancienne sa- L doit céder le pas à la piété humble et soumise. C'est a salto mortale par lequel on se jette dans la foi aveus sapientiœ.

ien que ce poème magnifique semble le dernier témoime sagesse doutant d'elle-même, un peuple, fût-il itué que le peuple d'Israël à trouver la paix dans la religieuse, ne pouvait à la longue se contenter de lion ou de cette absence de solution. Même en Israël ne pouvait être complètement étouffée. Le prologue ue, dont nous ne comprenons pas que l'authenticité tce encore devant des critiques compétents (1), mar-

ijours pour moi une énigme que Tauthenticitë du prologue et de Tépi- 'e de Job trouvent encore des défenseurs dans quelques critiques moincipal argument est celui-ci : « Le livre doit nécessairement avoir un nt et une fin, et il ne se comprend pas sans cette introduction et cette

Mais les poètes hébreux faisaient peu de cas de cette marche logique. Cantique a une introduction et une conclusion pour en dissiper les obs- -il pas manifeste que Texplication donnée dans le prologue par l'entretien et Satan est en contradiction avec toute la tendance de Tœuvre^ et trahit ogmaticien qu'un penseur? En outre, la croyance à Satan est postérieure te qu'il nous faudrait avec MM. Hoekstra et Seinecke ramener tout Tounoins le prologue et l'épilogue & l'époque d'Esdras. La valeur de ces obsentie même par des partisans de l'authenticité du prologue et de l'épiitthes I, p. cxn et 8s.]> et elles ont déterminé M. Hooykaas à regarder Idition de date postérieure au moins les deux scènes qui se passent ^ygh, p. 188 et ss.). Mais ces deux scènes sont trop étroitement liées à

tout entière (voir notamment U, 17) pour pouvoir en être détachées, «te du prologue ne prête pas, & mon avis, à de moindres objections. Je 18 sur XIX, 17, où Job jparle de son fils comme étant encore vivant, ce

quent une nouvelle tentative de relever et de résoudre la question. Ils font pénétrer le lecteur dans les vues mysté"-'^ '^'^

la providence, dans les conseils [du ciel, dans Tasse

qui est en contradiction avec le prologue, car dans d'autres passages, VIII, i, XVI, 7, XXIX, 5, il est question du châtiment qui Ta frappé da: et de la destruction de sa famille et de son bonheur passé, alors qu*i ses fils auprès de lui. Mais le Job du prologue est un autre homm< poème. C'est un homme pieux qui accepte tout avec résignation, et même à la tentation des paroles de sa femme. C'est l'éprouvé sortant toutes les épreuves. Le Job du poème est un sage souffrant qui ne se précisément par son endurance et sa résignation, mais en vient & dou gnements de la sagesse et de la justice distributive de Dieu. Si des pa II, 10 et III, 1, sont de la même main, Fauteur est le plus grand mi puisse imaginer en fait de conception et de développement d'un sujet, c certes l'arrivée des amis de Job qui peut motiver le brusque passage soumission exprimée dans le dernier verset du ch. II, aux malédiction poème sur le jour où il est né, qui remplissent les premiers versets d effet, ses amis n'ont pas encore ouvert la bouche, et leur conduite n'a moigné que de leur sympathie pour les malheurs de leur ami. On n'a assez fait attention à la contradiction qui existe entre le prologue et le chapitre dépeint la piété ou plutôt la vertu de Job, et il est loué de s à réaliser la loi morale dans ses exigences les plus hautes : son idéal ] sages et nullement celui des prêtres. Dans le prologue au contraire, oi tre se levant de bonne heure pour offrir des sacrifices expiatoires poi car il se pourrait qu'involontairement et sans en avoir conscience, ils mis quelque péché. Un sage — et le Job du poète en est un — > ne cro; coup & la vertu des sacrifices, et se serait moqué d'une précaution ai tieuse. Le Job du prologue est un type de l'homme pieux de l'époque non un sage de cette époque colamiteuse où les malheurs du peuple in une actualité poignante le problème de la douleur aux méditations Enfin, la critique littéraire suffirait à elle seule à établir que le poème le prologue et l'épilogue, non-seulement écrits en prose, mais prosal raient être sortis de la même plume. A l'exception des deux scènes p ciel, tout le reste n'est qu'ouvrage de pacotille. Il est impossil tiste tel que le trahit le poème ait imaginé un aussi pauvre récit que c< Ce ramassis de calamités étonnantes, cette mort incroyable de tous 1 héros périssant du même coup ne peuvent être que d'une main inex d'une imagination très-peu féconde. On peut en dire autant du manqua l'épilogue après la belle conclusion du poème. Les frères et les sœur: entourent Job dans sa nouvelle fortune et qu'on aurait vainement chei de son épreuve, les nouvelles richesses qui lui surviennent d'une mai les enfants qui ornent sa vieillesse, bien que ceux qu'il a perdus eusseï l'adolescence et fussent établis, ces trois belles jeunes filles : Colombe Boite de fard, les cent quarante années pendant lesquelles sa vie se pr< relèvement de sa fortune, toutes ces impossibilités accumulées à plaisii fantines pour qu'un génie comme le créateur de ce beau poème ait coupable. Pour nous résumer, le prologue et l'épilogue n'ont nulle co Toeuvre ; ils respirent un tout autre esprit, trahissent un écrivain ine ne sauraient être authentiques.

fils de Dieu où Satan, Tange sceptique, a reçu de Yahveh la permission de mettre la vertu de Job à l'épreuve. On y voit comment ce dernier sort victorieux des deux premières épreuves et supporte sans pécher les plus grands revers. La doctrine posée dans cet appendice est celle-ci : Les souffrances du juste ne sont que des épreuves passagères, destinées à mettre en lumière sa patience et sa persévérance, et à confondre ainsi l'impiété. Aussi l'épilogue nous montre-t-il Job recevant le double de tous les biens qu'il a perdus, et cette équitable réparation est, dans la pensée de l'auteur, le mot de Ténigme de la destinée. C'est aussi la solution donnée par le Psaume LXXIIL

Plus tard, une autre main qui doit être celle d'un sage partageant le point de vue des amis de Job, vint encore introduire dans l'œuvre les discours d'Elihou et vit dans la souffrance du juste le châtiment des péchés de l'humanité, dont la perversion rend nécessaires et légitimes ces souffrances. Aussi est-il ému d'une grande compassion pour Job, dont l'ancien poète avait tracé avec tant d'amour la grande figure. Bien inférieur à ce dernier, incapable de le comprendre, il fait l'effet d'un vieux doctrinaire qui croit tout savoir, et tient son système suranné, déjà mis au rebut par les penseurs des âges antérieurs, pour une découverte toute neuve, la clé des mystères et la panacée universelle.

De même que Job, dans le domaine de la fiction, eut à lutter contre ses prétendus amis, Jérémie, dans celui de la réalité, eut à soutenir une lutte incessante contre de puissants adversaires. Il fut particulièrement un homme de douleur dans ce siècle malheureux. Après que Jojakin eut été emmené en captivité à Babylone avec une partie des grands de Juda, Jérémie parla avec compassion des exilés. Son cœur n'eut plus que pitié et commisération pour ceux sur qui était tombé le châtiment des péchés du peuple. Mais il ne s'en montra que plus sévère pour ceux qui étaient restés à Jérusalem. Il les compare à des figues mauvaises que l'on jette, tandis que les exilés sont de bons fruits auxquels Yahveh prend son plaisir (1). C'est que les Juifs épargnés par la clémence du vainqueur ne voulaient pas venir à

(l)Chap.XXlV.

résipiscence. On se berçait encore des plus chimériques illusions. Il se trouva un prophète pour annoncer que C ans Jojakin et ses compagnons de captivité reviend l'exil, et que les vases sacrés enlevés au temple y serai ces. Ce prophète optimiste, Hananya ben-Azour, joui grand crédit auprès du peuple. Jérémie s'éleva avec én( tre ses prédications. La captivité, s'écriait-il, ne durera ans, mais soixante et dix ans, et si le peuple persévè voie de stérile agitation dans laquelle il s'est engag d'autres captifs suivront les premiers. Les vases sacrés pas rapportés, mais le temple sera dépouillé de ce qui encore de richesses et d'ornements. La seule ligne de qui puisse éviter de nouvelles calamités, c'est de se coi: le joug et de ménager le roi de Babylone. Pour faire ] ment saisir cette vérité, un jour Jérémie se montra chargé d'un joug. Hananya le lui enleva et le brisa e « Ainsi dans deux ans sera brisé le joug de Nébukadre jour suivant Jérémie reparut avec un joug de fer qui r être brisé et prophétisa contre Hananya ; il lui décla main de la mort était suspendue sur sa tête. Les dévofc talent plus tard avec une béate admiration que le prop miste était en effet mort dans l'année.

Dans l'exil, des prophètes tels qu'A'hab-ben-Kolaya ben-Ma'aséya, et Shemayale Né'hélamite partageaient daient parmi les captifs les illusions de Hananya. Shé même jusqu'à écrire au grand prêtre Zéphanya, à J pour le mettre en garde contre Jérémie et l'engager i arrêter et emprisonner, pour mettre un terme à ses pi On peut se figurer l'indignation du susceptible prophèt Zéphanya lui montra cette lettre. Lui aussi adressa a une lettre dont se chargèrent des ambassadeurs que le kia (Sédécias) envoyait à Nébukadrezar. Il y anatl Shémaya et avertissait les transportés de ne pas prête aux discours d'hommes tels qu'A'hab et Zédékia, que drezar aurait dû faire brûler, de se tenir en paix dar qu'ils habitaient et de s'y multiplier en attendant c meilleurs.

Il donnait le même conseil au roi Zédékia et aux Ju

à Jérusalem : se soumettre, vivre en paix, patienter. Et c'était la seule ligne de conduite prudente et sûre, comme la suite le démontra surabondamment. Les efforts désespérés du prince et du peuple pour recouvrer leur indépendance, que le temps leur eût naturellement rendue, ne pouvaient aboutir qu'à de nouvelles et plus terribles catastrophes. Ce fut le motif de la vive opposition faite par Jérémie aux prophètes optimistes, qu'il appelle des menteurs, ne proférant pas la parole de Yahveh.

Tous ses efforts furent inutiles. Le parti de ses adversaires l'emporta. Cédant à la pression exercée sur lui par ses conseillers, Zédékia consomma sa rupture avec Babylone. C'était un prince faible, incapable de résister aux princes de Juda et aux grands, qui les soutenaient. La politique de Jérémie, dans cette crise suprême, était toute tracée. Il avait toujours annoncé la venue des Chaldéens et la ruine du royaume. Quand la première partie de ses prophéties fut accomplie, il appliqua tous ses efforts à prévenir les derniers malheurs qu'il avait prévus. Il pressa Zédékia de se rendre et nous le verrons pousser ce parti pris de soumission jusqu'à conseiller au peuple de Jérusalem de passer à l'ennemi.

Aussitôt que Nébukadrezar eut mis le siège devant Jérusalem, Lachis et Azeka, les Juifs revinrent à la piété. Pour la première fois, on songea à mettre à exécution la loi énoncée déjà . dans le livre de l'Alliance, de la mise en liberté des esclaves à l'occasion de Tannée sabbatique. Le roi donna l'exemple, les grands et tout le peuple le suivirent. Mais Hophra (Uahabra) ayant opéré une diversion, et les Chaldéens ayant momentanément levé le siège, les esclaves affranchis furent remis sous le joug de la servitude. L'indignation de Jérémie déborda, et il n'apporta plus aucun ménagement dans ses prédictions. Yahveh donnerait le champ libre à la famine, à la pe^te et à Tépée contre ceux qui avaient privé leurs esclaves affranchis de leur liberté. Et il faut reconnaître qu'un peuple assez superficiel pour afficher la piété en face d'un péril imminent et pour violer ses serments aussitôt que le danger semblait éloigné, ne pouvait être âauvé.

Ce fut l'époque la plus agitée de la vie de Jérémie. Il se vit iccusé d'être uû espion, un partisan des ennemis du pays. Saisi

■Ki^:

au moment où il s'apprêtait à franchir la porte de Benjamin pour se rendre au camp des Chaldéens, il fut jeté en prison par Tordre des princes. Zédékia adoucit [d'abord sa captivité, mais lorsqu'il se mit à exciter le peuple à [se rendre à l'ennemi, les princes le firent enfermer dans une basse-fosse fangeuse où certainement il eût péri, sans le courage de Teunuque noir Ébed- Mélek qui, il est vrai, agissait d'après les ordres secrets du roi. Ce dernier se fit amener Jérémie qui tenta un suprême effort pour le décider à se rendre. Zédékia recula devant la crainte des moqueries des Juifs qui se trouvaient déjà dans le camp des Chaldéens. Le prophète, dès lors, Tabandonna à son sort. Il ne put cependant se défendre d'une profonde compassion pour ce prince faible et malheureux et promit^ de garder le silence sur leur entretien secret.

Les événements se précipitaient vers la catastrophe finale. La victoire des Chaldéens n'était pas douteuse. Enfin, ils pénétrèrent dans la ville par la brèche. Zédékia s'enfuit au dernier moment. Poursuivi et rejoint à Jéricho, il vit son fils exécuté en sa présence, puis on lui creva les yeux à lui-même et on le traîna captif à Babylone. Babylone ne punissait pas à demi. Elle avait appris des Assyriens les raffinements de la plus barbare cruauté envers des ennemis vaincus. Nébukadrezar laissa le choix à Jérémie de venir à Babylone ou de rester en Judée. Le prophète ne voulut pas s'éloigner des ruines de Jérusalem. Gédalya fut institué gouverneur du pays. Celui-ci ne se défia pas d'une contrée où bouillonnaient toutes les haines et tous les ressentiments ; bientôt il fut assassiné par un sicaire de Baalis, roi des Ammonites. Les Juifs, redoutant la colère de Nébukadrezar, s'enfuirent en Egypte, entraînant à leur suite Jérémie, malgré sa résistance.

Il termina sa vie en proie à une profonde amertume. Il continua, en Egypte, ses sombres prophéties. C'était en vain que les Juifs avaient fui, en Egypte, la colère de Nébukadrezar ; bientôt l'Egypte aurait son tour, et les Juifs réfugiés ne seraient pas épargnés. Mais ses avertissements ne furent pas plus écoutés sur la terre étrangère que dans son pays. On les tournait en dérision. Tu as raison, lui disait-on, nous nous sommes conduits comme des insensés. Aussi longtemps que nous avons servi la reine des cieux, tout nous a été prospère, mais, dès que nous

avons été fidèles à Yahveh, nous n'avons plus éprouvé que des calamités. Nous voulons nous convertir, nous retournerons au culte de la céleste Méléket et nous ne Tabandonnerons plus.

C'est le dernier incident de la vie de Jérémic qui nous soit rapporté. Tant de déceptions ne purent ramener à désespérer. Il resta fidèle jusqu'à la fin à ses convictions et à ses espérances. Il ne voulut jamais croire à Tanéantissement de Juda. Les captifs de retour de Babylone devaient former un nouveau peuple. Telle était sa confiance, qu'au moment môme où la Judée était envahie, il acheta de son parent Hanameël ben-Salloum un champ à Anathôth et fit sceller Tacte de vente devant témoins, donnant ainsi une preuve publique de sa confiance dans l'avenir. Cette confiance, il Texprima encore après la ruine de Jérusalem, et cela dans le langage le plus idéaliste (1). Juda et Éphraïm reviendraient de l'exil et formeraient un seul peuple, tandis que leurs oppresseurs seraient châtiés. Ils seront le peuple de Yahveh, et Yahveh sera leur dieu. Yahveh est un père pour Israël, et Éphraïm est son premier-né. Alors la joie et l'abondance régneront dans le pays. Yahveh traitera une nouvelle alliance avec son peuple, — et c'est ici que le prophète s'élève au plus haut point d'inspiration religieuse et d'idéalisme, — une alliance complètement différente de la première ; la loi ne sera plus écrite sur des tables de pierre, mais dans les cœurs, et la connaissance de Dieu sera si générale que personne n'aura plus besoin d'enseignement. Jérémie mourut dans cette foi au rétablissement, à l'indestructibilité, à la renaissance spirituelle de son peuple. Les faits ont montré que son attente n'était pas chimérique.

Jérémie fut un homme de son temps et de son peuple, et, même dans l'appréciation du caractère d'un prophète, il faut tenir compte de ces éléments. Ce qui attire en lui, ce n'est assurément pas sa susceptibilité si facilement irritable, sa soif de vengeance à l'égard di) ses ennemis. On se fatigue à l'entendre toujours répéter son monotone refrain de « la famine, la peste et l'épée » ; ses peintures de l'état moral de son peuple sont poussées au noir avec une exagération manifeste, ses espéran-

(1) Chap. XXX et XXXI.

ces sont excessives. La doctrine des bénédictions assurées comme récompense de la fidélité à Yahveli et des châtiments réservés à l'infidélité est surannée. Les démentis que les ( ments lui avaient infligés étaient assez péremptoires pou Jérémie eût pu, à cet égard, s'élever au-dessus de Tancien de vue religieux dlsraël. Comme écrivain et comme po( est loin d'occuper le premier rang parmi les auteurs israi Néanmoins et en dépit de tous ces défauts, on ne peut pêcher de ressentir un profond respect pour cette grande f la plus tragique de l'Ancien-Testament. Jérémie reste, les prophètes, un des plus nobles, celui de tous qui a pei le plus contribué au progrés religieux. Son inflexible honn sa fermeté de conviction et de caractère, son inébranlable chement à son peuple qui le méconnaît, son ardente espé de la régénération dlsraël sont dignes de toute notre ad tion. D'autant plus que ce fut un homme d'une sensibilité que maladive, qui souffrit profondément de n'avoir à pro ser que des malheurs, qui eût voulu pouvoir prononce paroles de paix. Il se prenait à désirer que sa tête se fonc eau pour pleurer les malheurs de son peuple, et il en vi souhaiter de n'être jamais né. Cette profonde sensibilité n'( pas chez lui le courage moral. Il ne tremble ni ne fléchit d la persécution ; il ne recule pas même devant quelquB chc bien autrement cruel pour un patriote aussi ardent que li ne craint pas de s'exposer à l'accusation d'être un traître t à l'ennemi, lorsqu'il s'agit de rendre témoignage à ses plus fondes convictions, à ce qui était pour lui la vérité religi la parole même de Dieu.

Sans doute, il ne put s'élever à l'idée que la vraie rel doit triompher par les armes de l'esprit ; il ne sépara pa règne de la domination d'Israël. Il approcha, du moini pur spiritualisme plus qu'aucun de ses devanciers. Sauf ( qui concerne le sabbat, il s'est affranchi de tout formalisn: a placé la loi morale bien au-dessus de la loi écrite, qu'idéaliste, il ne fut nullement chimérique. Sa politiqi soumission vis-à-vis des Chaldéens était inspirée par une appréciation des circonstances. Dans une lutte inégale, Juc pouvait qu'être brisé. Plus que personne, il aurait désiré d(

ions démenties par les faits. « Amen », répondit-il aux s optimistes de Hananya, « puisse-t-il en être ainsi ! » pouvait en être ainsi, et sa conscience le pressait de 3st ce qui explique sa conduite équivoque pendant le er et adoucir la catastrophe, afin qu'il périt le moins e serviteurs de Yahveh, tel fut son but. Ses conseils à irent différents de ceux d'Ésaïe à Hizkia, parce que stances n'étaient plus les mômes. Il n'y avait plus yen de salut pour la religion, la purification et la trans- . du peuple par Texil : sans cette suprême épreuve, fait de sa mission providentielle. Ce n'est pas un ménneur pour un homme que d'avoir jeté un regard r au fond de cette situation, et d'avoir eu le courage ir son opinion sans réticence et sans ménagement. Il a iéchiel et vraisemblablement aussi le second Èsaïe ; la on d'Israël et le retour de la captivité, bien qu'il ne ; vus, sont en grande partie son œuvre. t souhaité que la régénération d'Israël pût être obt^- 'autres moyens, et elle aurait pu l'être, si l'on avait conseils. La ville et le temple seraient restés debout, S nationale eût subsisté. Au prix d'un tribut payé aux 5 on eût conservé sa nationalité, sa religion et joui ;e mesure d'indépendance et d'autonomie, en attenvénements qui, cinquante ans plus tard, devaient renpuissance de Babylone. Dans des circonstances favoivec des chances de succès, Jérémie n'eût pas été m effort héroïque pour reconquérir la complète indédu royaume de Juda. Mais il assistait à un véritable Ltional, à un effort désespéré, sans la moindre possibiissite, pour .s'affranchir d\me charge très supportable. ; patriote en combattant celte folie que ceux qui préci- B peuple dans des dangers qu'ils étaient absolument its à conjurer. Jérémie fut et reste le plus pur des proplus grand des fils d'Israël avant l'exil, le plus beau ahviste réformé.

t plus grand encore, lorsqu'on le compare aux autres de son temps qui partagèrent son opinion : Uria ben- , Habacuc (Habaqouq) et Zacharie (Zakarya). Habacuc

aussi crut que Juda avait encouru la plus terrible condamnation et que les Chaldéens seraient contre lui les exécuteurs des jugements de Dieu. Mais ses convictions religieuses ne lui permirent pas d'admettre que leur victoire pût être complète. Comme idolâtres, ils étaient encore plus coupables que Juda, et par conséquent, leur châtiment devait être plus grand. Aussi attend-il avec confiance que Yahveh lui-même descende au milieu de son peuple pour anéantir ses ennemis. Plus fanatiques encore, plus insensées, dirions-nous volontiers, furent les espérances de Zacharie, auteur des ch. XII-XIV du livre qui porte son nom. Ce fut sans doute un habitant de la campagne. Lui aussi prévoit de terribles châtiments pour le peuple et pour Jérusalem. Tous les peuples environnants viendront l'assiéger. Mais les habitants, fortifiés par Yahveh, les anéantiront. Ensuite, l'esprit de Dieu descendra sur la maison et sur la ville de David ; tous les anciens péchés seront pardonnes, l'idolâtrie et les faux prophètes disparaîtront. Une autre fois, il annonce que les deux tiers du peuple seront exterminés, mais que le tiers restant sera purifié. Alors commenceront les temps meilleurs. Les survivants célébreront la fête des Tabernacles et Jérusalem triomphera.

Telles furent lies espérances ardentes, délirantes auxquelles donnèrent lieu ces temps malheureux : ce sont les espérances du désespoir ; on ne pouvait se représenter la défaite du peuple de Dieu. Il fallait être un Jérémie pour croire en même temps à une ruine temporaire du peuple et à son relèvement ultérieur. Ceux qui ne possédaient pas sa sûreté et son élévation de vues, se plongeaient dans des rêves fantastiques, sans aucune racine dans la réalité.

C'est tout à fait dans cet esprit chimérique que parla Abdias ('Obadya), ordinairement regardé comme contemporain de Jérémie, quoique la mention de Sepharad (Sparda, Sardes ?) ville de l'Asie-Mineure, dans le verset 20, semble indiquer qu'il vécut beaucoup plus tard. Il se représentait que Jacob et Joseph, c'est-à-dire Juda et Ephraïm, consumeraient Ésau, c'est-à-dire les Édomites, comme un feu ; que les deux parties d'Israël seraient rétablies dans leur ancien territoire, et que non-seulement le peuple s'assujettirait les Édomites, mais encore les Philistins et une partie de la Phénicie, après quoi Siou deviendrait le re-

les malheureux. Si l'on compare à ces prophéties nie contre Édom, exprimant l'espoir fondé que les ukadrezar châtieraient les perfides voisins d'Israël, ;toute idée que les Juifs fussent capables d'en tirer engeance, on comprendra la différence entre des tivées et justifiées, et des rêves impossibles, entre le bonne foi et un grand prophète, roprement parler, l'histoire de l'ancienne religion doute la captivité, le retour, la formation du nou- 30 sous Esdras, l'avènement du christianisme, aussi à l'histoire du développement de la religion doce comme réalisation visible des vues des pron pauvre réalité après un si haut idéal, — le en même temps comme accomplissement et fin Texil comme préparation de ces deux évolutions, but de cet ouvrage, l'histoire comparée des anciens sémitiques, il n'est pas nécessaire de loin. Il suffisait à ce but de montrer cominfluence des héros religieux et des destins parpeuple d'Israël, une religion à son origine en B à celles des peuples de la même race, comme de la nature, était devenue spontanément une inale qui finit par dépasser toutes les autres en n élévation, en inspiration, en pureté, sans cepenépouiller complètement les signes distinctifs de li son caractère propre. C'est dans l'imposante 'émie que cette religion atteint son point culmi-

) prêtre-prophète qui fraya la voie à la législation ise en pratique après Texil par Ezra, fut le père de dans laquelle le yahvisme, primitivement une des *aël, laquelle, avec le temps, s'était progressive- ) les meilleurs éléments de toutes les autres, fut it restauré. Le yahvisme eut alors une phase semque traversa le parsisme sous les Sassanides, et ogie avec ce que furent pour le bouddhisme les les qui suivirent sa fondation. Ce fut comme si les versalisme que renfermait le mosaïsme des pro-

phètes eussent été soigneusement renfermés et conservés jusqu'au moment favorable où ils pourraient briser leur enveloppe et fleurir dans toute leur magnificence. Le prophète de Babylone, dont la mémoire et les écrits se sont plus tard confondus avec ceux d'Ésaïe, et ceux qui furent en communauté d'esprit avec lui, suivirent une autre tendance. Leur prédication ne porta d'abord d'autre fruit que de concourir à relever Tespérance des captifs et à réveiller en eux la conscience de la religion nationale. Le deuxième Ésaïe surtout, avec son serviteur de Dieu éprouvé pour les péchés du peuple, personnification du noyau fidèle de la nation, avec sa conception de cet Israël fidèle choisi coDàme par Yahveh lui-même et destiné à répandre son culte parmi tous les peuples de la terre, avec ses pensées profondément morales et universalistes qui, évidemment, ne furent pas comprises de son temps et qui devaient être mises en oubli pendant des sièclps, avec ses prophéties que les premiers chrétiens, bien qu'ils fussent incapables de les distinguer décolles d'Ésaïe, citaient cependant de préférence à toutes les autres, prépara la dernière évolution du judaïsme. Sa représentation de Yahveh comme le Dieu unique avait déjà été celle des prophètes de l'âge précédent, par exemple de Jérémie, qui opposait Yahveh comme le seul vrai Dieu aux idoles des nations. Mais ce que le prophète avait vu à Babylone lui fournit l'occasion d'accentuer la différence entre Yahveh et les idoles, et on ne saurait nier que sa notion de Dieu ne soit plus développée que celle de ses devanciers. Ses prophéties, cependant, ne contiennent que le germe d'une religion de l'humanité ; son universalisme, quoique plus prononcé que celui de Jérémie, ne le dépasse réellement pas. Ce n'est toujours que la domination sur le monde, de Yahveh, le Dieu d'Israël. C'est l'idée fondamentale des religions sémitiques, la théocratie, élevée à sa plus haute puissance, cependant toujours étroitement liée à l'attente de l'extension universelle d'une religion particulière. C'est, qu'on me pardonne l'expression, un particularisme universaliste. Le grand pas, l'élimination de la nationalité du domaine de la religion, n'est pas encore franchi, et avant qu'il le fût, une longue préparation était encore nécessaire. Les temps n'étaient pas encore mûrs. Ce qui suivit fut moins une décadence qu'une pétrification du

passé, à côté d'une lente préparation de Tère nouvelle, de la maturation des fruits que le mosaïsme devait porter pour Thumanité tout entière. Dans la période qui s'étend de Texil au premier siècle de notre ère, Israël ne produisit rien de véritablement nouveau et original. Le sacerdoce continua à compléter la loi dans le même esprit qu'il l'avait fait à la fin de la captivité. Mais ces préceptes restèrent, pour la plus grande part, une lettre morte. Le prophétisme alla s'éteignant : le prophète céda la place au docteur de la loi ; à la libre inspiration succéda la lettre des textes. La lutte avec la puissance gréco-syrienne, malgré son importance et son caractère dramatique, ne fut qu'un épisode, non un développement. Le livre de Daniel ne présente do nouveau que sa forme ; ses idées théocratiques ne sont qu'un faible écho de celles des prophètes. La connaissance de l'histoire religieuse d'Israël après l'exil est importante pour comprendre l'avènement du christianisme, mais ne fournit aucun élément nouveau d'appréciation à la comparaison du mosaïsme avec les religions des autres peuples de la même famille. Quelques éléments étrangers, chaldéens ou perses, pénétrèrent dans la religion et y furent tolérés, s'y fondirent même avec l'orthodoxie reçue. Cette circonstance déjà fait pressentir qu'on approche de l'époque de la fondation d'une religion universelle. L'œuvre du prophétisme est finie, du moins jusqu'à l'avènement de Jean-le- Baptiste ; mais la prédication de ce dernier est déjà le commencement de l'Évangile, et Jean fut immédiatement suivi par celui qui, juif de naissance, et bien qu'il ait exprimé son évangile dans des formes juives, fut cependant homme avant tout. En lui se concentre tout ce qu'Israël a produit de meilleur, de durable, mais déjà dépouillé de tout ce qui n'est pas général, purement humain. Ce n'est ni un prophète, ni un prêtre, ni un sage, et, dans un sens, il est tout cela en même temps. Il a l'enthousiasme des prophètes, sans jamais en appeler à une inspiration spéciale de Dieu et sans présenter sa parole comme la parole même de Dieu. Il s'exprime de préférence dans la forme sententieuse des sages ; il est le sage le plus grand, le plus véritablement humain. Il ne rejette pas, il est vrai, la théocratie, mais la purifie de tout alliage temporel et verse la pensée dont Israël avait vécu dans une forme qui la rendra propre à être

reçue par rhiimanilé tout entière. Ud pourra rappeler le vrai souverain sacrif] sens qu'il pénétra dans le plus intime sa gion, et rouvrit pour tous les hommes cipe et Tessence de la religion dans Tan tion dans Tamour des hommes, ce qu sagesse.

Page 1