FIN DU PREMIER VOLUME
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NOTES DU CHAPITRE PREMISn.
(i) Caractère fanfaron de la langue espagnole.
Dans son Compendio de la Historia de Espana, Ascargorta, parlant de la jactance reprochée aux Espagnols, dit : « Celle jactance, qui excite des railleries contre les Espagnols, provient du caractère de leur langue, qui est grave, sonore, et parfois emphatique. » ( Lih. prim.^ P' 3. ) ■ .
(a) Précision géométrique de la langue française.
Vaugelas et Patru ont observé ce caractère «le la langue française ; Dumarsais l'a signalé comme eux, et Rivarol pensait qu'on devait l'attribuer, non seulement à l'emploi des désinences, mais à la trempe même du génie national.
(3) Incertitude sur la langue des aborigènes de l'Espagne.
Sirabon ne présente que des conjectures. Les investigations de la science moderne n'ont pas été plus concluantes ; un seul point semble bien démontré : c'est que le Cantabre n'a exercé aucune influence sensible au-delà de ses limites naturelles. Une remarque intéressante a été faite, néanmoins ; on a observé une ressemblance de terminaison entre les noms de plusieurs anciennes provinces de l'Espagne et des mots d'origine persane: ainsi Turdelani, Lusiiani, Bastitani, Carpetani, etc., répondent aux désinences de Khoristan , Farsitan, Kurdistan, Dahistan, etc. De là l'induction tirée par plusieurs philologues en faveur de l'origine asiatique des premiers habitans de la Péninsule.
On peut consulter avec intérêt, sur ce curieux problème, Gregorio JVlayans y Ziscar {Origines de lu lengua espanola, l. i, p. 8), Lorenzo Ervas (vol. 4-i 5 et 6 de son Catalogue des langues, Madrid, i8oo-i8o5, in-4"), Don Juan de Erro y Aspiros . qui a continué les recherches de Luis Joseph Vclasquez. (^Mémoires de l'Aca-
demie celtique, n"' 5 et 6 de la coll., 2 el 3* du t. 2), Aux travaux de ces érudits Espagnols se joignent les recherches d'un grand nombre de savans de tous pays, parmi lesquels on doit citer, outre Bouterwek, de Sismondi et de Humboidl, Eckhel ( Doctrina nummorum {>eterum ; Vienne, 1792; in-4-", vol. i, p. 65), Adelung { Mithridate, vol. 2, p. 9, Berlin, 1809, in-S"), Petit -Radel. {\Mémoire sur les colonies des Tyrrhéniens dans la Tarragonaise et la Bétiquc, etc.)
(4) lid langue espagnole est comme une alluoion d'idiomes.
« En supposant la langue espagnole divisée en cent parties, a dit un critique français, on peut en assigner soixante couime dérivant du latin, dix du grec, dix de l'idiome des Gotlis, dix de l'arabe et de l'hébreu; dix, enfm , de l'allemand, de l'italien, du français et de» mots nouveaux importés des deux Indes. »
Ce calcul, souvent reproduit, nous paraît inexact, relativement à la proportion qu'il attribue au latin ; cette proportion, quoique déjà si élevée, est encore au-dessous de sa mesure réelle.
Un écrivain anglais a raillé les Espagnols sur la multiplicité de leurs emprunts. « Si toutes les langues pillées par la vôtre, a-t-il dit, la faisaient citer en justice à fin de restitution , il ne lui resterait pas même assez de mots pour se défendre ; on peut la comparer au manteau d'un pauvre, dont l'étoffe primitive a disparu sons les pièces rapportées. «
Celte plaisaulcrie n'est-ellc pas un peu icinéraire dans la bouche d'un Anglais? que penserait-on d'un bâtard qui discuterait la légitimité d'un fils de famille:'
[S) Le galicien s'étend sur la frontière du Portugal.
Le galicien résista au castillan ; il eut même quelques succès sous Alphonse X, qui en fit usage dans ses poésies; mais cet idiome tenait trop peu de place en Espagne , et beaucoup trop en Portugal : il fut refoulé au-delà du Tage dans le quinzième siècle. Actuellement encore, les Espagnols motivent leur antipathie pour la langue portugaise sur sa ressemblance avec le patois galicien des porteurs d'eau de Madrid; et, de leur côté, les Portugais se moquent de la prononciation castillane, qu'ils trouvent rude et traînante. Jîouterwek a remarqué que la même querelle existe dans le Nord; le Suédois, en accordant à la langue danoise l'avantage de la douceur, trouve cette douceur molle et désagréable , et donne la préférence à son propre langage, plus dur, mais plus abondant en voyelles pleines et sonores. Au fond, le danois et le suédois ne sont, comme le castillan et le portugais, que deux dialectes d'une même langue.
' (6) Langue lémosine ou romane»
Escolano, historien de Valence, dit, en parlant des
langues 'le l' Espagne : « La troisième el dernière langue esl la lémosine , et elle est plus répandue que toutes les autres; on la parlait dans la Provence, dans toute la Guyenne, dans la Gaule gothique, et elle est parlée à présent dans la principauté de Catalogne , dans le royaume de Valence , dans les îles de Majorque, Minorque et Sardaigne. »
Guillaume Molinier, chancelier du collège de la gaie science de Toulouse, vers le milieu du quatorzième siècle, confirme l'assertion qui précède, dans ses remarques sur la pureté de la langue lémosine : « Ainsi parlent, dit-il, ceux qui ont un langage pur et correct, tel qu'on le parle en Lémosin et dans la grande partie de l'Auvergne. » II fait entendre ailleurs, en crilitpiant plusieurs prononciations vicieuses des Catalans, qu'il regarde leur idiome comme le n)ême que celui des Toulousains; enfin, dans une autre partie de son ouvrage, il désigne spécialement comme langages einingers : le français, l'anglais, l'espagnol, le gascon et le lombard. . ~
(7 ) Tendance de la langue espagnole a l'orientalbine.
Cette tendance, si fortement marcjuée dans le caractère général de la langue , se manifeste beaucoup moins par la similitude des mots que par le mouvement et le ton de la phrase. On peut croire que les Arabes auraient laissé des traces plus nombreuses et j»lns profondes de leur passage, si le roi Alphonse X
n'avait pas mis loul en œuvre pour secouer ie jou^ de leurs traditions, el pour en couper jusqu'à la racine. (Voir la page 4-7 <le ce volume, et, pour preuve, VHistoirr. de l'ordre de Saint-Benoît , par Yépez, et la Paléographie espagnole de Terreros y Pando.)
Don Juan- M aria Maury, en comparant les élémens conslilutifs des langues française et espagnole, a dit avec raison : « îj'uniformilé dans le mouvement àes mots est un désavantage particulier à la langue française. Tandis que l'italien, l'espagnol et l'anglais abondent en dactyles, et peuvent encore soutenir la voix sur une syllabe avant l'antépénultième, le français appuie constamment sur les finales, sans autre distinction que celle qu'apporte Ve muet.
« La masse du son , comme celle de la couleur, est déterminée; il faut un certain nombre de divisions pour que chacune conserve un caractère assez prononcé : les subdivisions donneront des nuances d'autant plus décolorées, qu'il y en aura davantage. Quand nos langues méridionales fournissent des sons pleins, le français n'a que des fractions, d'où il résulte que les mots , avec une apparence de variété , peuvent rouler long-temps sur le même son primitif; la fatnille seule des e forme un essaim monotone qui vient sans cesse bourdonner dans le langage , et rend de mauvais services, si le versificateur n'a pu s'en garantir. L'^ muet surtout est perfide , car il n'est p.is muet. Le grand nombre de monosyllabes qui n'ont pas d'autre appui, a obligé la prononciation française à accorder à ce signe une ijuaiuité de résonnance «pu en dément le
^e- Syi -^^
nom. La versificalion a dû lui reconnaître une valeur qui, d'après noire système moderne de mesurer par syllabe, n'a pu être moins que l'unité; de façon que Vc muet compte, dans les vers, à l'égale de la voyelle la plus sonore : il fait parfois beaucoup de tort. Vol taire, dans un moment d'oubli, a laissé dire à Mahomet:
Demain j'ordonnerai ce que je le demande.
« Cependant, employé avec art, cet élément peut être utile, et dédommager, par la légèreté, de ce qu'il fait perdre en nombre. » (Espagne poétique, avant-propos, p. 2 et 3.)