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dont il a été fait mention plus haut, don Juan Manuel a composé plusieurs livres d'histoire, de politique ou de morale, qu'il a laissés au monastère de Saint-Paul, de l'ordre des prédicateurs de la ville de Penafiel. En voici les titres : i° Cronica de Espana, 2° Libro de lus sahios, S" Libiv del caoallero , 4" LiLro det escudero, 5° Lihro del infante , G" Lihro de /os caoalleros, 7° Lihrn de caza, 8° Lihro de los enganos, g" Libro de los cantcircs, 10" Libro de fos ejemplos, 11" Libro de los consejos. Don Juan Manuel, né vers 1267, mourut en i34.7- ï' éidUl fils de l'infant don Manuel et de Béatrix de Savoie. Son père était le sepilènie fils du roi Sainl-Ferdinand. Cette illustre origine n'eut pour effet que de le mêler plus activement aux troubles de son époque.
Dès j3o6, on le volt se séparer du roi son oncle, Ferdinand IV, pour se jeter dans Algésiras, assiégé par ce prince, qu'on avait surnommé et Emplazudo. Une réconciliation a Heu en i3io; il est nommé maynrdomo-mayor , et membre du conseil. L'année suivante, Ferdinand meurt à Jaen, laissant pour successeur son fils, Alphonse XI, âgé seulement de treize mois. Une lutte s'engage aussitôt pour la tutelle du roi mineur; il y avait huit prélcndans; cinq finissent par être écartés, et don Manuel reste maître de l'administration du royaume, de 1820 à iSaS, avec l'infant don Philippe et don Juan [el Tuerto) le borgne, fils de l'infant don Juan. Alphonse avait quatorze ans; les tuteurs furent obligés de résigner leurs pouvoirs dans les cortès de Valladolid; mais leurs rivaux n'attendaient que ce moment pour se venger; ils unrent le jeune roi de
icnr parti, et l'excitereni a punir les excès de la tutelle. Don Juan Manuel prit les armes, et fit alliance avec don Juan el Tuerio.
Alphonse voulant les désunir, fit des ouvertures à don Juan Manuel, pour épouser sa fille Costanza : les fiançailles furent célébrées , mais on n'alla pas plus loin. Sur les entrelaites, don Juan (el Tuertoj avait été assassiné traîtreusement par ordre du roi; don Juan Manuel re*^ut de plus un affront dans la personne de sa fille, qui fut répudiée pour faire place à une infante de Portugal; rompant alors tout serment d'allégeance, il n'hésita pas à se coaliser avec un de ses anciens concurrens, don Juan de Lara, et les rois d'Aragon et de Grenade; toute la partie de la Castille située entre Almanza, Chincilla et Penafiel, fut ravagée par ses troupes.
Le roi envoya contre lui son favori don Alvar Nunez, qu'il fit comte de Trastainara, de Lemos, etc. En même temps, il fit attaquer don Juan par Garcilaso de la Vega, merino-mayor, à la tête des gens de Soria. Don Juan Manuel eut l'adresse de faire soulever les raoallcros qu'on lui opposait, et le malheureux Garcilaso fut massacré pendant qu'il entendait la messe dans le monastère de San-Francisco. Le roi se mit en personne à la tête de son armée, et investit la ville d'Escalona, qui appartenait à don Juan Manuel. Au lieu de voler au secours de cette place , don Juan Manuel, par une diversion habile, se dirigea sur Toro, Zamora, Valladolid et d'autres villes du roi, qu'il fit soulever. Les révoltés demandaient, d'une voix una-
nimc, le renvoi d'Alvar Nunez, le favori d'Alphonse; l'insurrection gagna jusqu'à l'armée commandée par Nunez; et celui-ci, abandonné à son tour, passa dans le camp opposé ; la guerre, alimeniée par ses richesses, dura jusqu'à sa mort. Le roi s'accommoda ensuite avec don Juan Manuel; de nouveaux nuages survinrent; don Juan Manuel, redoutant une trahison, se ligua avec <lon Juan Nunez de Lara, seigneur de Biscaye, et recommença les hostilités; de nouvelles concessions amenèrent une nouvelle trêve; Costanza fut fiancée à l'infant de Portugal, puis le roi prétendit rompre encore ce mariage, et l'on courut aux armes. L'allié de don Juan Manuel, vaincu par Alphonse, fut contraint de se rendre à merci; don Juan Manuel lui - môme, enfermé dans Penafiel, y fut serré de si près, qu'il s'estima heureux de pouvoir fuir en Aragon ; sa mère obtint sa grâce, et il rentra au service du roi, pour ne plus le quitter. Ce fut lui qui dès -lors dirigea toutes les opérations militaires contre les maures de Grenade ; pendant vingt années de guerres continuelles il ne fut pas battu une seule fois. La réputation qu'il laissa était si grande, que l'infant don Fernando s'écria, au milieu d'un siège difficile: «Certes, mon bisaïeul don Juan Manuel nous fait ici grand défaut ! »
Don Juan Manuel était âgé de soixante-dix ans lorsqu'il mourut; il fut enterré dans la grande chapelle du monastère de Saint-Paul, à Penafiel ; à ses pieds on mit son aiférez Diego Alfonso 'i'arnayo, qui avait été tué devant Algésiros, en défendant sa bannière.
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(i6) Juan Poiiz, urchiprêtre de Hita.
Dans les deux plus anciens manuscrits qui exisleni, le manuscrit de Salamanque et le manuscrit de (Tayoso, le nom de l'archiprêtre est écrit ainsi : Joan Roiz. Ce poète était natif de Guadalajara. Une ancienne histoire de cette cité , rédigée par Francisco de Torres , et conservée en manuscrit, le revendique comme une des célébrités de la ville ; on ignore cependant l'époque de sa naissance et celle de sa mort ; mais, à l'aide même de son poème, on peut suivre sa trace jusqu'en i35i ou à peu près ; on rencontre alors dans une eharte du saint Siège un archiprétre de Hita, du nom de don Pedro Fernandez. Qu'était devenu Juan Ruiz? Avait-il cessé de vivre, ou bien avait-il seulement changé de résidence? aucun document n'éclaircit cette question.
Notre poète, dans sa jeunesse, avait fait le voyage de Rome ; il rappelle cette circonstance, qu'il accompagne d'un trait de satire contre la cupidité des habitans de la ville pontificale :
Yo vi en cort de Roma do es la sanlidat Que todos el dinero fasian grand homildat. ,
(Copia 4^17.)
« J'ai vu à la cour de lAome, ce centre de la pit'te', tout le inonde rendre de grands hommages à l'argent.» , , >,
Sanchez., qui a recueilli les œuvres de Juan Ruiz .
<laiis sa collection des poésies antérieures au quinziènie siècle , s'est cru obligé de supprimer quelques passages trop licencieux; ainsi, tout en malntenanl une suite apparente de numéros , il a retranché vingt-deux strophes, de4-4-ï à 4-64-
Don Juan-Antonio Pellicer, dans son Ensayo de una Biblioteca de traductores espanoles, ouvrage que nous aurons plus d'une fois l'occasion de citer, indique la source où Juan Ruiz a puisé le sujet de son principal poème : c'est la Vetula, qui avait été d'abord attribuée à Ovide, et qu'on a reconnu pour appartenir à Panfilo Maurillano, moine du moyen-âge. Le poème dont il s'agit eut plusieurs éditions en 147O1 i47ii et notamment en i55o, à Paris, sous ce titre : PampJdlus, de amore cum commento fumiliari, in-ltP ( trente-quatre feuilles, avec texte et commentaire ). Le véritable auteur est Antonio Proto ; quant à Ovide, il suffit de lire quelques lignes de cette basse latinité, pour demeurer convaincu que si c'est son esprit, ce n'est pas son style ; en réalité, c'est plutôt un drame qu'un poème, et il n'est pas impossible qu'il ait servi de modèle à la Célestine. 11 est divisé en cinq actes ; les personnages sont Vénus, Panfile, une vieille et une jeune fille du nom de Galatée. Juan Ruiz a conserve le nom de Vénus, mais il a changé tous les autres; Panfile s'est appelé don Melon de la Huerta, la vieille 'JVota Coventos, et Galatée dona Endrina. Dans les deux ouvrages, tout finit par un mariage.
J)una Ludiiiia e don Melon en uno (a^ados son-
<lit Juan Ruiz (cop. 4-22), el il n'en est pas ainsi dans la Célcstine ; les deux amans périssenl. Du resle, bien que ces trois ouvrages soient presque également remplis de sentences morales , il ne faut y chercher aucune nioralllé sérieuse. L'usage était alors d'enlasser des exemples jusque dans les contes les plus libres, et Juan Ruiz s'y esl conformé. De même que lioccaec dans son Uécameron, don Juan Manuel dans le comte Liiraiior, et Jean de Capoue dans son Exemplarlo, il a prodigué les apophtegmes, les réflexions el les conseils. Les péchés d'orgueil, de vaine gloire, d'avarice,^ de luxure, d'envie et de gourmandise sont l'objet d'autant d'exemples qui se croisent avec les fables suivantes : le Lion malade, la Terre qui accouche d'une souris, la Constellation et l'Etoile, le Larron et le Chien, rtlomme qui voulait épouser trois femmes, les Grenouilles qui demandaient un roi à Jupiter, le Cheval et l'Ane, le Lion et le Cheval, le Paon et la Corneille. Phèdre et Ovide semblent les deux auteurs de prédilection de Juan lluiz ; mais au ntiilleu de tant d'imitations, il conserve une originalité puissante; et après tout, quoique l'ordre des dates lui refuse la priorité parmi les poètes espagnols , il est constant que personne avant lui n'avait fait œuvre de poésie comme lui. L'invention, Taclion, la couleur, tout ce qu'il ne pouvait trouver en Espagne, il l'a puisé dans son génie. Son livre n'est pas seulement utile à consulter pour l'histoire des mœurs, il est encore Imporlanl pour l'histoire de l'art. Seize mètres différens y figurent; et chose digne d'être observée, il nv s'est pas servi des octaves
A\irte - niayur employés par Alphonse X dans ses (Querellas.
Juan Ruiz a eu le sort d'Hurtado de Mendoza, de Luis de Léon, de Cervantes, et de plusieurs autres poètes espagnols ; c'est en prison qu'il a composé une parlie de ses vers, et peut-être les plus gais ; victime on ne sait de quelles calomnies, il priait la Vierge de faire que tout se tournât contre ses persécuteurs.
Fas que todo je torne sobre los mezeladores.
11 paraît que c'est à Tolède qu'il a subi sa détention.
(17) Romuncew.
On appelle ainsi tout recueil de romances.
Le romance, qui n'a rien de commun avec la romance française, est la plus ancienne forme de poésie de l'Espagne ; on entend par celte dénomination tout petit poème narratif sans couplets, et versifié en redondilles. Les romances se divisent en deux classes, dont la séparation n'a pas toujours été faite dans les romanceros : les romances anciens et les romances du seizième siècle, époque de la renaissance du genre. On ne peut les distinguer que par la différence de la langue poétique, mais cette différence est telle qu'il est difficile de s'y tromper.
Ainsi que nous l'avons dil, il y a des romances cIh*-
valeresques, liisloriques, mythologiques, bibliques, lyriques, moresques.
Les romances chevaleresques sont tirés des livres de chevalerie, tels que VAmadis de Gaule.
Les romances historiques sont généralement tirés de l'histoire nationale; le Cid, Bernard del Carpio, les Jnfans de Lara en sont les principaux héros.
Les romances mythologiques mettent en scène les héros grecs habillés à l'espagnole.
Les romance bibliques, moins nombreux d'abord, se confondaient avec les romances lyriques ; les poètes du seizième siècle en ont fait un genre à part.
Les romances moresques sont en partie historiques et en partie chevaleresques. Ils ont joui d'une faveur méritée à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle. Gongora leur doit son meilleur litre à l'indulgence de la critique ; mais il faut citer avec lui Lope de Véga, Quévedo, Villégas.
M. Charles Nodier appelle le romancero le grand poème du moyen-âge ; le spirituel Creuzé de Lesser, heureux imitateur des romances du Cid, ne pouvait, disait-il, se lasser d'admirer cette étrange Iliade qui n'a point d'Homère, création merveilleuse d'une multitude d'Alcées et de Pindares inconnus ; mais cet enthousiasme ne fut pas partagé par Dussaulx. Il soutint que c'était une œwre plate, rustique, sans art et sans portée. Dans le même temps, il est vrai, exalté par une lutte où le bon droit était souvent de son côté, il traitait Shakespeare de barbare, Gœthe Ae fou, M""^ de Staël A^écrivdin sans ^oût, et la littérature allemande
i\it fumier où il y a quelques perles. « Quand on a tant de goût, lui répondit Creuzé de Lcsser, on est bien près de n'en plus avoir. »
Dieu merci, la cause des romances n'est plus à gagner; on les réimprime, on les traduit, et chaque jour leur rare valeur est mieux appréciée.
Voici les principaux recueils, dans l'ordre chronologique de leur publication :
Cancionero gcncral, recopilado por Fernando del Castillo. Edicion golica in-folio. Valencia del Cid, i5ii.
Candoneru de Romances en que estan recopilados la mayor parie de los romances Castellanus que Jiasta agora se han compuesto. i6°. Amberes., i555. — Cest dans ce recueil que se trouvent les plus anciens romances po[)ulaires. Ceux qui ont été compris dans le Cancionero-générat , ou dans les autres Cancîoneros, ne sont que du quinzième siècle, comme les diverses poésies contenues dans ces collections.
Floresta de oarios romances sacados de las hisîonas untiguas de los Jiechos Jamosos de los doce pares de Francia, agora nueoamente corregidos por Damian Lopez de Tortajada. 16". Valencia, sin ano ; l'édition parait être de la fin du seizième siècle ou du commencement du dixseptième. Ce recueil reproduit un certain nombre de romances du Cancionero de romances^ avec une ortographe plus moderne et les changemens de désinences survenus dans la langue, de sorte que leur caractère d'ancienneté serait effacé si l'on ne le reconnaissait [)as au lour de la phrase et à la marche de la narration.
Sih>a de l'ufio.s Runnmces : agora de iiuayo recopilados lus majores Bomanres de /os très libros de Siha y anadi dos /os de /a /iga. En esta ultima impresion i:>an ananidos el de /a muerte del rey Fe/ipe II, etc. Barcelona, i6g6.
Romances Nuevamente sacados de historias antiguas de /a Cronica de Espana, por Lorenzo de Sepulveda, oecino de Sei>i/la. Van anadidos de muchos nunca vistos rampuestos por un Caballero Cesareo, cuyo nombre se guarda para mayores cosas. 16°. Amberes, i566.
F/or de oajios y nueoos romances, primera y segunda parte, ahora nuevamente recopi/ados y puestos en orden por Andres de Villalta, natura/ de Va/encia. Anadiose aJiora nueoamente la tercera parte por Felipe Mey, mercuder de /ibros. 16°. Valencia i5y3.
Romancero gênerai, en que se contienen todos los romances que andan impresos, etc. 4°- Madrid, i6o4-
IcL — id. ahora nuevamente anadido y enmendado por Pedro Flores, 4°- Madrid, 16 14.
Segimda parte del romancero General y jlor de diversa poesia recopilado por Miguel de Madrigal. l^P. Valladolid. i6o5.
Romancero e historia del muy oaleroso Caballero el Cid Ruy Diaz de Vivar, en lenguage aniiguo, refopilado por Juan de Escobar. 16°. Cadiz. 1702. La première édition de ce recueil eut lieu à Lisbonne en 161 5. Depuis lors, diverses réimpressions parurent en Espagne, en France, en Angleterre et en Allemagne. Creuzé de Lesser a travaillé sur l'édition espagnole d'Escobar, et c'est fàcbeux ; car cette édition est loin d'élrc rnmplèlP.
Sarmiento portait le nombre des romances du Cid à 102. On en a retrouvé un tiers de plus ; l'édition allemande de A. Keller, Stuttgard, i84o, en donne
Uria coleccion de romances espagnoles recopilados y arregludos par Ch. B. Depping. 12". Altemburg, 181 7.
Floresta de rimas antiguas Castellanas , ordenada por don Juan Nicolas Bohl de Faber, de la real Acadcniia espanola, lonio primero. 8°. marca mayor. Hamburgo 182 1. Au dire des Espagnols, celle collection est du plus haut prix pour l'histoire de l'art, et l'on s'élonne qu'un étranger ail pu en classer les nombreuses matières avec tant de discernement et de goût.
Guerras civiles de Granada, o historia de los handos de Zegries y Ahencerrages, etc. y pur Gines Pérez de Hila. i6». Barcelona, ijSj.
Romancero y caruiionero por don Augustin Duran. Madrid, 1882.
Enfin, Tesoro de los Romanceros y cancioneros espanoles historicos, cahallerescos, moriscos y otros , recugidos y ordenados , por don Eugcnio de Ochoa. Paris, i838. Cet excellent recueil peut suppléer à presque tous les autres. C'est le plus complet et le mieux distribué. V > . ^
(i8) Villasandino.
Alfon Alvarez de Villasandino de Illesca, né vers 134.0, mourut vers 1424. La vie de ce troubadour peint aussi fidèlement que ses œuvres la situation déplorable de la poésie à une époque de guerres civiles. Voilà un homme d'un mérite reconnu, puisque Séviile, qui tenait alors un haut rang littéraire, payait ses éloges au prix de cent doubles ; eh bien, cet homme a vécu et est mort misérable; on l'a vu passer d'un parti à l'autre pour avoir du pain.