I.abro por pan e por vin
dit-il dans un de ses chants ( Cancioii'^ro deBaena ). Il a successivement quitté le connétable Ruy Lopèz d'Avalos pour le cardinal d'Espagne, et celui-ci pour le connélable ; puis, changeant encore de livrée, il a mendié la faveur des Luna, déchirant le lendemain ceux qu'il avait flattés la veille. Ses suppliques forment presque la moitié de ses poésies ; il en vint à faire pitié aux jongleurs et aux laquais. Cependant il était mêlé à tout ; il a échangé des vers avec las premiers poêles de son temps , Impérial, Manuel de Lando, Ferran Pérez de Guzman, Alphonse et Francisco de Baena, Fernandez de (ierena, etc. ; et toujours il a fait preuve d'un talent facile, mais asservi au goût recherché de l'époque.
Lorsque l'école des troubadours était arrivée à son plus haut degré d'influence, elle n'avait pas de poète
dont la répulation (àl au-dessus de celle de Villasandino. Ce mouvement s'étendil de i36o à i4-5, cl Tut renouvelé par Micer Francisco Impérial.
(19) Pedro Lopez de Ayata.
Ayala, seigneur de Salvatierra d'Alava, descendair de rillusire maison de Haro. Il fut grand-chancelier de Castille, et rédigea les chroniques de quatre règnes. Don Pèdre-le-Justicier, don Enrique II, don Juan I el don Enrique III utilisèrent ses talens et sa valeur. Mêlé à toutes les agitations de son siècle, il passa, comme don Juan Manuel, une partie de ses jours les armes à la main, et l'on peut s'étonner qu'il ait trouvé le temps de cultiver si activement les lettres. Il fut fait prisonnier dans deux batailles célèbres , la bataille de Najera en 1367, et celle d'Aljubarrota en i385. Il mourut à Calahorra en 1407 ; il avait alors 65 ans, ce qui reporte l'époque de sa naissance à i342. ^
Quoiqu'au premier rang dans les consistoires , comme dans les armées, Pedro Lopez de Ayala ne put maîtriser ni le mouvement politique ni le mouvement littéraire de son époque ; il suivit la fortune des partis el le caprice des opinions. C'est durant sa vie que l'école des troubadours parvint à son apogée; et lorsqu'il disparut de la scène, une sorte de renaissance ravivait le gai-savoir. La période de Jean 11 allait s'ouvrir. (3n a cru long-temps tous ses vers perdus ; Quinlana lui-même a reproduit à cet égard l'er-
reur des critiques qui l'ont devancé ; niais le (Àiiuûinero de Baena renferme deux pièces portant le noit» d'Ayala ( el viejo) l'ancien, et il est souvent cité dans ce recueil manuscrit comme juge de tensons, ce qui prouve qu'il faisait autorité parmi le<^ troubadours. ( Voyez plus haut, note ( lo) , tout ce (/ni est relatif Cancionero de Baena. )
Les chroniques du grand-chancelier ont été accusées de parlialité ; on a prétendu, entre autres griefs, qu'il s'était montré beaucoup trop favorable à Henri de Transtamare dans le récit de la lutte fratricide qui renversa Pierre-le-Cruel. Zurila l'a défendu avec chaleur, et a déclaré qu'il le considérait, au contraire, comme un historien plein de sincérité.
On attribue à Lopez de Ayala diverses traductions du latin, savoir: Tito-Live, Valère-JVIaxime, la Chute des grands hommes de Boccace, les Consolations de Boëce, Saint-Isidore [de summo bono), le livre de Job d'après saint Grégoire-lc-Grand. 11 composa, dans le goût du temps, un livre de lignage et un livre de fauconnerie, qui n'ont jamais été imprimés ; mais ses chroniques restent, et l'on en doit m(*me une belle édition aux presses de Sancha. En voici le titre : Cronicas de los Reyes de Castilla, por D. P. Lopez de Ayala, Madrid, Sancha, 1779-80, 2 vol. in-4°. Les rois de Castille dont il s'agit sont : Pedro, Enrlque II, Juan I, Enrique III.
Le commentaire de Zurita porte le titre suivant : Enmiendas y adoertandas a las Cornnicas de los reyes de Castilla IJ. Pedro, l). Enrique el segundo, D. Juan el pri-
ttieru, y IJ. J'iniique cl terceru (fue escrmo Lopez de Ayalu, compuestas jior Ger. Zuriln. Zarae;osa, iG83, in 4°-
(20) Qbda Real.
Ferrian Gomez de Cibda Real paraît être d'une famille dépendante de la maison de don Pedro Estuniga ou Zuniga, comte de Ledesma ; c'est du moins ce qu'une de ses lettres, adressée à don Pedro, permet de supposer. 11 naquit en i388, reçut le grade de bachelier en médecine à vingt-quatre ans, fut médecin du roi Jean 11^ et jouit de toute la confiance de ce prince jusqu'à sa mort, arrivée en i4-54-. On voit, par sa correspondance, que le grand - chancelier chroniqueur don Pedro Lopez de Ayala le protégea ; que le connétable don Alvaro de Luna l'honora de sa faveur ; qu'il fut ami du célèbre poète Juan de Mena, et qu'il dut à la considération dont l'avait environné le roi son maître, d'être en relation iniiuie avec les plus grands seigneurs de la cour. On ignore du reste toutes les particularités de sa vie.
Le recueil de ses lettres a été plusieurs fois réimprimé. La plus ancienne édition est en lettres gothiques ; il existe deux éditions modernes, l'une in-4", l'autre in-8°. En voici les titres :
Centon eptstolariu de F. Gomez de Cibda Real. Ma dridy 1775, in-li.°.
Jd. Id. — Madrid, 1790, /«-S".
{^2i)P érèz de Gusmaii.
ï'"'ernan ou Ferrant Pcrèz de Gusman, seigneur <le lîalres, était fils de Pedro Suarez de Gusman et de dona Elvire Ayala, sœur du chancelier chroniqueur. Il fut conseiller du roi. Il assista à la bataille de la Higuera, livrée en i^^i, par le roi Jean II au roi de (irenade Mahomad (el Izquierdo). L'année suivanle il fut mis en prison ; Jean II avait soupçonné le comte de Haro et don Gutierre de Tolède, évêquc de Palencia, d'entretenir des intelligences avec les rois d'Aragon el de Navarre. Or, Pérèz de Gusman était neveu de Gutierre de Tolède; la complicité qu'on lui reprochait n'était pas fondée sur de simples apparences, s'il faut en croire Cibda Real, qui assure, dans sa lettre LU, que les conjurés avaient excité les rois d'Aragon et de Navarre à se jeter sur la Caslille, taudis que Jean serait occupé du côté de Grenade. Les accusés furent, il est vrai, remis plus tard en liberté, mais la politique eut plus de part que la justice à leur élargissement; Mafaya, ambassadeur de Portugal, intervint en leur faveur. Pérèz de Gusman, dégoûté des intrigues par cette rude leçon, se retira dans sa seigneurie de Batres, et ne se mêla plus aux troubles qui agitèrent tout le règne de Jean II. Il mourut vers
Aussi bon prosateur que poète, il devait son instruction aux sages conseils de don Alonzo de Carlha-
gène, évêque de lîurgos. Il était l'ami du marquis de Saiilillane, mais beaucoup plus âgé; il lui a dédié son Traité (les quatre Vertus théologales.
Il composa, vers le milieu de sa vie, divers ouvrages de morale, dont les principaux sont les Sentencias et les Setedentas copias del bien Vivir, imprimées à Lisbonne en i564.. On a aussi de lui une chronique en vers intitulée : Laures de los claros Varones de Espana, et une Mer des Histoires en prose. Mais aucun de ces ouvrages ne peut être mis en parallèle avec ses chroniques; c'est là son véritable titre de gloire. Elles ont été plusieurs fois imprimées en Espagne. La plus ancienne édition est de iSiy.
Cronica del serenissimo rey don Juan el segundo deste nombre, por Fern. Pérèz de Gusman, impresa en la muy noble et real riudad de Logrono. Brocar, iSiy. Infol. goth. à deux colonnes.
L'édition de Valence de 1779 est un des chefsd'œuvre de la typographie espagnole. En voici le titre :
Cronica del rey don Juan, segundo de este nombre, en Castilla y en Léon, por Fer. Pérèz de Gusmau, Valencla, Montfort, 1779- In- fol.
Le cnncinnero de Baena nous a conservé plusieurs pièces de vers de Pérèz de Gusman. Une des plus remarquables est celle qui commence par ce vers : El gentil nino Narcisu, et que le père Sarmiento avait attribuée à l'écuyer Macias, que son rival tua d'un coup de lance. Elle fut composée à la fin du quatorzième siècle, et adressée à Léonor de los Panos.
On peul lire tout , ou à peu près tour ce qui est sorti de !a plume de Pérez de Giisman dans deux Manuscrits de la Bibliothèque royale qui portent les no» 7880 et 7822.
(22) Gutierre de Gamet. :
La vie de cet écrivain est entièrement inconnue ; sa chronique a élé d'abord réunie à d'autres chroniques, puis imprimée séparément. Nous indiquerons les deux titres qui suivent :
Cronica de don Pediv JSino cunde de Buelna, por Gutierre diez de Gamez. — Historia del gran Tamorlan, por Ruy Gonzalez de Clavijo. — Sumario de los reges de Espana. Madrid, 1781-2. In-^".
Cronica de don Pedro ni no. Madrid, 1782.
L'intéressante chronique de Gutierre de Gamez a élé refaite par un écrivain moderne, et imprimée à Madrid en 1807. Cet écrivain est D. J. de Vargas. L'ouvrage est intitulé : Vida de don Pedro Nino coiule de Buelna.