Paris sa grand'ville, [i-f
Et qu'il m'eût fallu quitter ' ' '-'
'. L'am-!ur de ui^ mie. { i - e) ■■
« 11 manque assurément quelque chose j)Our que les mois iù/k el wie riment bien ensemble; mais il n'est pas moins vrai qu'il y a enlr'eux un certain rapport, une affinité qui a suffi pour faire illusion à l'auteur du couplet, et pour recommander ses vers à la mémoire.
« Néanmoins, dans cette rime imparfaite, on ne verra probablement d'abord que son imperfection, el les premières idées ne seront pas favorables à noire assonante. On trouvera que c'est bien peu de cliose pour un artifice harmonique ; disons jusqu'à quel point on supplée par la quanlilé à ce qui manque par la qualité : l'usage, dès qu'on emploie l'assonante, veut des monorimes. Ce n'est ni trop ni trop peu; il n'en résulte pas de monotonie; le rapport harmonique prend assez de caractère pour èlre saisi, et suffit aux genres ou l'assonante est en usage; c'est-à-dire à la pastorale, à la poésie erotique, aux chansons populaires et aux romances de tous les tons. Plus l'artifice de la versification a besoin d'être dissimulé, plus l'assonante est convenable ; le théâtre ne veut plus d'autre rime ; et quelque faible que paraisse l'accord, la plus petite négligence du poète serait remarquée par tout l'auditoire.
« Quant à la rime parfaite que notre poésie cultive également, on l'y voit traitée avec une grande recherche, d'autant plus méritoire que l'espagnol est la langue qui présente le plus de difficultés au rimeur un peu sévère ; nulle n'offre, à beaucoup près, autant de divergences dans les terminaisons. Don Thomas Iriarle en compte près de Sgoo.
tr Le luxe des rimes de la versification ancienne, modéré dans le couplet d'«r/ majeur, obligeait encore la deuxième partie à répéter deux fois les sons du début et du quatrième vers de la première. Dans les vers moyens rimes, on a toujours aimé les combinaisons où une rime se trouvait répétée : la petite starice encore en usage appelée décima, du 'Jiombre des vers, ou espinela, du nom de son inventeur, dans laquelle se ■ renouvelle, deux fois cet agrément, a obtenu des éloges tout particuliers de Lope de Véga.
" Avec le vers endécasyllabique, nous prîmes des Italiens l'exigeant sonnet, qui paraît avoir dégoûté la plupart des versificateurs par ses difficultés. Nous adoptâmes son diminutif Moctaoe, instrument harmonieux du Tasse et de l'Arioste : nous avons aussi le tercet, employé par le Dante, enchâssement laborieux, vrai travail de Sisyphe; enfin, nos versificateurs ont combiné, d'après Pétrarque, les longues strophes coupées de vers courts, rhythme d'une composition lyrique appelée canc'um, laquelle devient une ode lorsqu'on s'affranchit de l'usage d'une espèce de couplet d'envoi qui détruit l'ordonnance et le prestige.
« A l'instar de la poésie italienne, et comme l'a fait la poésie anglaise , notre poésie s'est exercée , mais moins que les deux autres, sur les oers sans rime. Celte versification n'est pas à la portée de tou! le monde; il faut en avoir la clé, non-seulement pour y réussir, mais pour y prendre goût ; elle est demeurée étrangère au système français; on en trouvera la cause dans les. ronditions qu'elle exig«'.
u La différence entre les vers rimes el les autres vers, que les Anglais appellent blancs, et que les Italiens et les Espagnols ont nonimé vers libres, ne consiste pas seulement dans l'accident de la finale. On dirait que par égard pour la seconde de ces deux versifications, et pour la dédommager de la privation d'un agrément très-réel , la première s'abstient jusqu'à un certain point de quelques ressources de l'art dont l'autre use largement. Les vers rimes, par exemple, de Pope ou de Métastase, se rapprochent assez de la manière française; tandis que la versification non rimée du même Métastase, dans des récitatifs, ou celle de Cesaroti, <lans la même traduction que l'Homère de Pope, ou bien celle de Millon, ou de Thompson, ou de nos espagnols Moraiin el Quintana, recherche précisément les manières proscrites par la poétique et par la syntaxe des Français. Ce sont les inversions et les enjamheniens qui, avec des coupes multipliées, varieront le J
plus possible et la phrase poétique , et la période rhythmique, et les repos, el les sons, et le langage en général. « La poésie française ne saurait abroger aujourd'hui les lois prohibitives sous l'empire desquelles sont nés pour elle tant de chefs-d'œwre ; dès-lors il y aurait un trop grand désavantage pour les vers français non rimes en rhythme vulgaire ou métrique. » • '
(^.ette dernière considération est remarquable dans la bouche d'un poète étranger; quelques tentatives récentes ont démontré qu'il eût été sage, avant d'engager la lutte avec les grands poètes du dix-septième siècle, rie ne pas se faire des armes trop inégales.
Don Maury a oublie dans sa noinenclaiui c les vers de pic (jiiebradu (de i)ied rompu), qu'affectionnait Christoval de Castilléjo. Ce mètre inégal et rude abonde, il est vrai, dans les anciennes poésies; mais on aurait pu opposer à Castilléjo, défenseur si absolu du passé, qu'en remontant au berceau de la poésie castillane, il aurait trouvé, chez Berceo Gonzalo et chez Lorenzo, un mèlre beaucoup plus long et plus lourd que celui de l'endécasyllabe.
(lo) Garcilaso de la Véga.
Ce poète naquit à Tolède en i5o3. Il était fils de Garcilaso de la \éga, commandeur suprême de Léon, et de dona Sancha de Guzman, dame de Batres. Son père avait joui de la plus grande considération sous les rois catholiques ; on l'avait vu successivement conseiller d'Etal et ambassadeur à Rome, pendant le pontificat d'Alexandre VI.
La naissance de Garcilaso lui faisait un devoir d'embrasser la carrière des armes ; il suivit, très-jeune encore, l'empereur Charles-Quint dans sts principales expéditions. 11 prit part à la défense de Vienne contre les Turcs, à la prise de la Goulette et de Tunis. Il fut blessé devant cette ville. Plus tard, lorsque la maison d'Autriche, rêvant la conquête de la France, osafranchir nos frontières, il eut à soutenir de cruelles épreuves ; l'armée espagnole, arrêtée parla glorieuse résistance de Marseille, fut livrée aux ravages d'une maladie épidc -
inique. La reirailc, dirigée sur Nice et (iénes, ne pui se faire qu'avec peine ; Garcilaso marchait à l'arrièregarde ; arrivé près de Fréjus, il fut chargé d'enlever un petit fort occupé par cinquante paysans ; il monta le premier à l'assaut, et fut renversé par un coup de pierre. La hlessure était mortelle, il expira après vingt un jours de souffrance. 11 n'avait que trente-trois ans. ' ,\ -
L'empereur, irrité, fit passer les cinquante prisonniers au fil de l'épée, comme si, dit un auteur espagnol, une atrocité pouvait réparer un malheur. Garcilaso était mort à Nice ; son corps fut transporté, en i538, d'Italie en Espagne, et inhumé dans l'église de Saint-Pierre-Martyr, à Tolède, où était la sépulture de ses ancêtres, les seigneurs de Batres. Il avait épousé dona Hélène de Zuniga, dame de la reine de France, dona Eléonore, et il en avait eu trois fils.
Rien n'avait manqué à la gloire du soldat, rien ne manque à la gloire du poète ; l'Espagne l'a même traité avec une prédilection qui oblige la critique à ne I)as s'associer à tous les éloges qu'il a reçus. Ses poésies ont été imprimées tant de fois, et dans un si grand nombre de recueils, qu'il serait difficile d'énumérer toutes les éditions; la plus ancieime et la plus incomplète est celle que nous avons déjà citée à l'occasion de lioscan. ( Obras de Boscan y ulgunas de (iarcilaso de la Véga, en Léon, por Juan Frellon, iS^y.)
Il existe une édition in-B" de Barcelonnc, iSo^. — ïjne autre édition in-12, cxp. de Madrid, 1817. Otte dernière est sortie dos prcssfs de Sancha.
Presque Ions les £;rands poêles espagnols, italiens et portugais onl consacré Ja mémoire de Garcliaso dans leurs vers. Lope de Véga l'a chanté dans sa Philomène, et Herrera dans sa seconde élégie.
(il) Hernando de Acuna.
Contemporain de Garcilaso , poète el militaire comme lui, Hernando de Acuna naquit à Madrid au commencement du seizième siècle. Il était d'origine portugaise, et appartenait à l'illustre famille dont les comtes de Valence et de Kuendia ont pris le nom. L'époque de la mort de Hernando de Acuna n'est pas mieux précisée que celle de sa naissance ; on la place vers l'année i58o. Elle eut lieu, dit-on, à Grenade, pendant qu'il plaidait pour le comté de Jiuendia.
Le premier maître d' Acuna fut Ovide. 11 traduisit les Héro'ides et divers passages des Métamorphoses, notamment la querelle d'Ajax et d'Ulysse pour les armes d'Achille. Il traduisit plus tard, et avec un talent que les Italiens ont su reconnaître, les quatre premiers chants de Roland amoureux,, de Boyardo ; ce ne fut pas le seul tribut qu'il paya au goût de son temps pour les livres de chevalerie. 11 fit une élégante version du Chevalier délibéré, d'Olivier de la Marche, sous le titre de : El Caballero determiiiadu.
Ses poésies ont été recueillies en un seul volume iu 8". Madrid, i8o4
(12) Gutierre de Cetîna.
On ne sait presque rien sur ce poêle. II était de Séville et d'une faaiille honorable. Il embrassa l'étal ecclésiastique, et vécut à Madrid; son compatriote Herrera en a fait l'éloge dans un commentaire sur Garcilaso.
Lope de Véga, dans la récapitulation poétique de sa Filomène, a nommé un Gutierrez après Garcilaso et Gregorio Hernandez. Est-ce une erreur de désinence? On peut le supposer, car l'édition est de 1621; et le nom ne se trouvant pas à la fin du vers pourrait être terminé indifféremment par un e ou un z. Voici le passage ; nous le citons sans en tirer aucune conclusion :
Tu pues que al flocto Sanazaro hcredas, ' -
( No se dlga que es tu palria ingrata ) •
O Frapcisco Gutierrez viva, y viva . ,
L» corona de llorcs
Que entre laurel y oliva
Musas latinas a tu frente ofrcccn, ^
Pues si las ay mayores, '' ' ^
Mayores tus virtudes las mereceii.
« Digne héritier du docte Sannazar, qu'on n'accuse pas ta patrie d'clre ingrate, ô Francisco Gutierrez ! Puisses tu vivre, puisse vivre avec toi la couronne de laurier et d'olivier dont les muses latines ont paré Ion front! s'il y avait des couronnes plus belles encore, tes vertus les mériteraient. »
On voit qu'il s'agit ici d'un pocle qui aurait composé des vers latins dans le genre de Sannazar; la couronne de laurier et d'olivier annonce des œuvres d'un genre élevé , mais erotique. Cela ne peut être l'auteur de V Aus/riada, Juan Rufo Gutierrez, qui d'ailleurs était de Cordoue. (^Voir chap. VI, note (27).
Gutierre de Cetina s'est distingué surtout en imitant Anacréon ; ses madrigaux sont aussi les premiers que l'on connaisse en espagnol. On reproche à ses cansoni un peu d'afféterie et beaucoup d'exagération.
(i3) Don Diego Hurtado de Mendoza.
Nous aurons à parler plus d'une fois de ce grand homme, et nous l'étudierons comme prosateur, après l'avoir étudié comme poète ; l'influence qu'il a exercée sur son époque appelle loute notre attention. Il ne s'agit ici que de préciser les principaux faits de sa vie, et de donner une liste « xacte de ses ouvrages.
Don Diego est né au commencement du seizième siècle, à Grenade, en i5o3 ou i5o4-; il était fils de don Inigo Lopez de Mendoza, comte de Tendilla et marquis de Mondéjar et de doua Francisca Pacheco. 11 fil ses études à l'université de Salamanque, passa ensuite en Italie, et prit du service dans l'armée. Il se relirait chaque hiver, soit à Rome, soit à Padoue, et s'y livrait avec ardeur au travail. Ambassadeur de Charles-Quint à Venise, puis à Rome, puis à J'rente, il fut chargé des affaires les plus importantes de l'é -
poque, et les conduisit avec autant d'habileté que de vigueur, pendant douze ans, de i54-2 à i554. Il s'agissait de placer dans les mains de l'Espagne la dominalion de l'Europe. Le pape Paul III , engagé dans l'alliance française, refusa de rompre l'équilibre établi, et ce ne fut qu'après lui, sous le pontificat de Jules III, que la cour de Kome consentit à se ranger du parli espagnol. Mendoza, triomphant, fut nommé alors gonfalonnier, ou porte-étendard de l'Eglise. Gouverneur de Sienne, et forcé chaque jour d'étouffer les séditions que la haine des garnisons espagnoles faisait éclater, il déploya une rigueur qui l'exposa aux plus graves dangers; on essaya de l'assassiner; une balle, dirigée contre lui, tua le cheval qu'il montait; mais il n'en continua pas moins à gouverner avec une sévérité inflexible. Charles - Quint ne le rappela qu'en i554, c'est-à-dire k une époque où déjà ce prince songeait à se démettre de la couronne, et où son unique désir était d'exciter les regrets de tous ses sujets espagnols, flamands ou napolitains.
Philippe il, qui n'aimait pas les hommes trop influens, n'accorda ni sa faveur ni sa confiance à Mendoza ; il le laissa vieillir dans les fonctions de conseiller d'Etat; Mendoza mourut à Valladolld en iSy.^, âgé de plus de 70 ans. ^ ' ■ '
Aucun écrivain n'a rendu plus de services à la littérature espagnole, sous le règne de Charles -Qnint, et n'en a mieux exprime le mouvement. Il avait appris à Salamanquc le grec, le lalin, l'hébreu, l'arabe ; il avait ('tudit- <'ii outre la philosophie scolaslique , la
théologie et le droit canon. Il pouvait donc puiser à toutes les sources, et il ne laissa échapper aucune occasion; il mil à contribution les universités italiennes, acheta des manuscrits grecs, en fit copier à Constantinople, en obtint de Soliman, envoya de savans hel lénistes jusqu'en Thessalie, fouilla dans les archives arabes de Grenade, et forma une riche bibliothèque, qu'il légua en mourant à Philippe II ; c'est encore Ih une des parties les plus importantes de la bibliothèque de l'Escurial. L'Europe lui doit les plus célèbres auteurs grecs, profanes et sacrés, saint Bazile, saint Grégoire de Nazianze, saint Cyrille d'Alexandrie, tout Archimède, tout Joseph, Héron, Appianus, etc.
La meilleure vie de Mendoza se trouve en tête de la nouvelle édition de sa guerre de (irenade (Valence, 1776). Elle nous apprend que la nature, si prodigue envers lui des dons de l'esprit, l'avait traité moins favorablement sous d'autres rapports ; cela ne Tempâcha pas d'obtenir de bruyans succès auprès des dames romaines, et de se piquer de galanterie jusque dans un âge irès-avancé. On raconte qu'une rivalité de cœur l'exposa à être tué dans le palais même du roi. Il n'imagina rien de mieux, pour se débarrasser de son adversaire, que de le jeter par la fenêtre. On le mit en prison, et il se consola en faisant des vers pour sa belle ; ces vers sont ainsi intitulés : Carta en redondillus, estando preso ; redondillas estando preso por una pendencia que tuoo en palacioF
Ses ouvrages sont :
La Vie de Lazarille de Termes. — (La Vida del
Lazurillo ilel Tonnes ). Ce roman picaresco, qui parut sans nom d'auteur, iut attribué par Fr. Josef de Slguienza à Fr. Juan de Ortega, de l'ordre des Jéronimites; mais cette opinion a été réfutée. Une traduction française eut lieu dès l'année i56i ; elle est de Jean Saugrin. Paris, Vincent Sertenas.
La Guerre de Grenade ( Guerra de Granada Jiecha, par el rey don Felipe II, contra los moriscos de aquel reino, sus rebetdes (Valencia).
Les poésies de Mendoza ont été publiées séparément et dans divers recueils. Il existe une ancienne édition de loio, faite par Fr. Juan Dîaz Hidalgo, et portant ce titre : Ohms del insigne cahallero don Diego de Mendoza, embajador fiel emperador Carlos V. Madrid, in-4°-
- . { 1 4-) i« baclielier Francisco de la Torre.
Dans la première note de ce cbapître, nous avons distingué le bachelier Pedro Alonso de la Torre du bachelier Francisco ; nous renvoyons le lecteur à la note consacrée à Quévedo, pour l'explication relative aux deux Francisco de la Torre. {Voir plus loin, chapitre VIII.)
Il ne s'agit ici que du poète comparé par Quintana à une femme naturellement belle, et qui n'a pas besoin de se martyriser pour plaire, il ne s'agit que de l'auleur de l'églogue de Tirsi, des cancions de la Torlota (M dt' ta Cietvu ; des odes ; i\lira, Filis fiiriosa, elc,
'■^n^ /^iî.i -^-^
TirsisP ah Tirsis :' vueliH'. y enderrzti, de, Viste, FI IL., herida , etc., Sale de la sagrada , etc., des neuf sonnets et des quatre Endechas rajjporlés dans le Tesoro delParnaso espanol; grâce, pureté, douceur, voilà les qualités qui donnent à ce poète un charme inexprimable. 11 s'est modelé sur Horace pour les odes, sur Pétrarque pour les cancions, et il a imité Benilo Varchi dans un de ses sonnets. Celte dernière imitation est précieuse pour l'histoire ; elle prouve que Francisco de la Torre n'appartenait qu'à la seconde moitié du seizième siècle, puisque les sonnets de Bénito Varchi ne furent imprimés qu'en io55.
On ne connaît aucune particularité de la vie de Francisco de la Torre ; on ne sait même ni le lieu de sa naissance ni le rang qu'il occupait dans la société; et cependant, on retrouve ses poésies dans presque tous les recueils. Cette ignorance absolue n'a pas peu contribué à la confusion que le temps avait opérée entre lui et ses homonymes.
'' '-. [iS) Sua de Miranda. V- " '
Francisco Saa de Miranda, né en ilg^, mourut en i558. La plupart de ses poésies sont en portugais. 11 a excellé, en outre, dans les chansons populaires, appelées en Portugal cantigas. Ses œuvres ont été recueillies par ses compatriotes, et publiées sous ce titre : Ohms de Fr. de Saa de Miranda. Lisboa , 1614, in-4''. .
(16) Montemayor.
Jorge Montemayor était né en iSao à JVlontemor, dans les environs de Coimbrc (Portugal). Saa de Miranda, son coinpalriole, a chatellanisé (castellanizado) le nom du village qui lui a donné le jour. Cet ennoblissement poétique ne changea rien à sa condition sociale. Il fut d'abord soldat, puis chantre de la chapelle de Philippe II. Il accompagna ce prince en Italie, en Allemagne et dans les Pays-Bas. Ce ne fut qu'après tous ces voyages qu'il composa la Diana, roman pastoral en prose mêlé de vers. De tendres et douloureux souvenirs l'avaient, disait-on, inspiré ; il s'était peint sous les traits du berger Sireno, et toute l'Espagne, mise dans la confidence de son amour pour l'infidèle Marfida, lui accorda le même inlérêl qu'à l'écuyer Macias. 11 y avait dans son livre l'élément de succès qui a fait la fortune du roman de la lio<>e et de rAmadis, une théorie de l'amour telle que le voulaient les golits romanesques de l'époque ; néanmoins, il est présumable que cette grande vogue ne se serait pas soutenue sans la continuation de Gil Polo.
On suppose qu'il mourut en i56i. La première édition de sa Diane est de i562; elle commence par une élégie consacrée à sa mort prématurée, arrebatada y presurusa; l'auleur est Fr. Marcos Dorantes; on trouve dans la mêuje édition ['Histoire d'A/dda et Sihano^ V Histoire des Amours 1res- constants ( wwy constantes)
de Pyrame el Thisbé, et une lettre à Marfida. Une réimpression a eu lieu en 1795, à Madrid.
Les traductions françaises ne se sont pas fait attendre long-temps. Il en existe deux qu'on peut appeler contemporaines, l'une de Nicolas Colin, et l'autre de Gabriel Chappuys, traducteur à'Amadis, de Luzman et Arbofea et de VHexaxeron d'Antoine Torquemada. La première a été imprimée à Rheims, par Jean de Foigny, en iSjS.
(17) Luis de Léon* ''
Né en 1.^27, il mourut en iSgi. Les Espagnols ne sont pas d'accord sur le lieu de sa naissance. Bermudez de Pedraza, dans ses Aniiguedades y exceleiicia de Granada; Luis Munoz, dans la Vida de fray Luis de Granada; le maestro Herrera, dans son Historiu dcl conoento de S. Augustin de Salamanca , et Capmany, dans son Teatro historico - critico , désignent Grenade ; mais l'érudit D. Tomas Tamayo veut que ce soit Belmonte dans la Manche, et Nicolas Antonio balance entre Belmonte et Madrid. En cet étal de dissidence, nous n'avons pu que nous en tenir à l'opinion la plus accréditée.
Luis de Léon prit, en i543, l'habit religieux dans l'ordre de Saint-Augustin de Salamanque ; la chaire de Saint-Thomas-d'Aquin étant venue à vaquer à l'université de celle ville, en l'année i56i, il concourut et fut nommé. Sur six compétiteurs, trois étaient déjà professeurs ; et l'élection fut doublement honorable,
car elle fut faite par les étudians, selon le privilège qui leur appartenait encore à cette époque.
Luis de Léon parvint ensuite à la chaire d'écriture ^
sacrée ; mais il en fut arraché en iSya par l'inquisition, sur la dénonciation d'un de ses collègues, jaloux de l'éclat de ses leçons. Le prétexte de cette violence fut la traduction et la paraphrase en langue vulgaire du Cantique de Saloinon ; traduction et paraphrase si orthodoxes, qu'elles furent accueillies avec empressement en Italie, et réimprimées deux fois. Nous en possédons j
un exemplaire imprimé à Milan par Philippe Guisolfi, j
sur l'ordre du duc de Féria, alors vice-roi, et d'après l'édition que Francisco de Quevedo avait fait imprimer à Madrid dans la même année i63i. Elle est intitulée: Ohras proplas y traducciones , con la parafrasi de algiinos psalrnos de Daoid y capitulas de Joh.
L'emprisonnement de Luis de Léon dura cinq ans; il reprit ensuite ses fonctions et ses travaux avec la même ardeur. L'amour de ses élèves devint une sorte d'idolâtrie, lorsqu'on le vit, toujours calme, modeste, généreux, s'élever au premier rang des prosateurs et des poètes.
L'histoire de cet homme, si justement célèbre, a été écrite par don Gregorio Mayans y Siscar, sous ce titre: ht Vida del maestro Léon. '
Ses poésies, comprises dans la collection de Ramon >
Femandez, forment un volume (Madrid 1808); mais outre tous ses ouvrages déjà imprimés, le P. Merino a recueilli divers manuscrits dans une édition de Madrid, 1804.-1810, formant six volumes in -8".
*' (i8) Herrrra (Hcrnando ou FernaïKlo}. • ^
On n'a aucune indication précise sur l'époque soit de sa naissance, soit de sa mort : tout ce que savent les Espagnols, c'est qu'il était de Séville; qu'il se fit religieux vers quarante ou cinquante ans; qu'il avait poussé Irès-loin ses éludes dans les mathématiques, le latin et le grec , et qu'il mourui à un âge avancé. La première édition de ses œuvres eut iieu en i6i[) : elle ne se fit qu'à grand'peine, grâce aux soins de Francisco Pacheco; et on doit croire qu'elle est loin d'êlre complète, d'après ce qu'en dit Henri Duarle, qu'elle contient seulement algunos cuadernns y hurradores , que escuperun de! Înuufrugio.
On a demandé souvent à quel événement ce mol de ;;; naufrage faisait allusion ; Duarle l'indique, sans oser S nommer les coupables. Il paraît qu'Herrera avait revu \ lui-même tous ses ouvrages, et qu'il les lenait sous clé pour les donner à l'impression; mais que la mort l'ayant surpris avant la réalisation de son dessein, le manuscrit fut dérobé. Evidemment, cette soustraction n'était pas un vol ordinaire: l'ignorance ou le fanatisme n'ont pris que pour détruire. Duarle le fait entendre assez clairement en disant : « Je me borne à déplorer cette perte, car je n'aime pas à divulguer les fautes d'autrui. { Por que soy rnemigo de sucar en publico ajenas culpus.) » L'amrur d'Herrera pour la comtesse de (ielves lui .-ivail inspiré de nombreuses poésies du genre erotique, cl c'est peut être le motif qui a déci<lc quelque supé-
rieur, aveuglément austère, à en arrêter la publication ; mais comme beaucoup de pièces avaient déjà circulé, elles ont vu le jour, et le seul résultat obtenu par cette déplorable mesure a été de n'offrir à la postérité qu'un recueil fautif et incomplet.
Les poésies d'Herrera forment deux volumes dans la collection de Ramon Fernandez de Madrid, 1808.
•'; (19) Antonio (le Guevaru.
Voir le tome 2, chap. II, note 'ao). v
(20) Luis de Grenade.
Fray Luis est né en i5o4 à Grenade, dans une condition obscure. Ses heureuses dispositions furent remarquées par le comte de Tendilla; ce seigneur, qui était alors revêtu de la dignité de gouverneur de l'Alhambra, se chargea de lui, et le fit élever avec ses propres enfans. A l'âge de dix-neuf ans. Luis prit l'habit de l'ordre des Jacobins dans le couvent de Santa- Cruz, que les rois catholiques venaient de fonder à Grenade. C'est là qu'il étudia la philosophie; il passa ensuite à Valladolid, et se prépara à l'enseignement dans le collège de Saint-Grégoire, et occupa successivement des chaires de philosophie et de théologie dans diverses universités. Nommé prieur du couvent S'Escala-Cœli, il connnença à s'y exercer à la prédication;
l'amitié éclairée de Juan d'Avila lui servit de guide, et sa réputation ne tarda pas à grandir. Il venait de fonder le couvent de Radajoz, lorsqu'il fut appelé en Portugal par l'infant don Henri, archevêque d'Evora, et comblé de bontés par don Juan III et dona Calherîne; celle-ci voulut, pendant sa régence, le nommer d'abord évêque de Viseu , puis archevêque de Braga. Mais Luis de Grenade, qui était arrivé au provincialat de son ordre, refusa toutes les dignités qu'on lui offrit^ Sa grande célébrité n'avait pas manqué d'attirer aussi l'altention de la cour de l\ome; Grégoire XIII lui écrivit en iSSa pour l'encourager à poursuivre ses travaux évangéliques. Sixte V ne s'en tint pas là; il songea, dil-on, à lui conférer le chapeau de cardinal, qu'il espérait lui faire accepter par l'entremise du cardinal Jionelo, ami du modeste prédicateur; mais la mort rendit ce projet inutile. Luis de Grenade fut enlevé à l'Eglise, le 3i décembre i588. Il était alors à Lisbonne, qu'il habitait depuis vingt-cinq ans. C'était l'oracle de la cour, l'apôtre du peuple, le maître universel; il avait réuni toutes les affections, il emporta tous les regrets.
L'histoire de sa vie a été écrite par le licencié Luiz Munoz.
Après avoir traduit V Imitation de Jèsus-Clnist, le premier ouvrage que Luis de Grenade composa dans sa retraite d'Escala - Cœli, fui un Traité de la prière et de *a méditation (i544)«
L'inquisition commença par défendre certaines parties de V Imitation de Jésus-Christ, et des œuvres de Luis
de Grenade, telles que les IVailés de la prière, de la mcditalion, de la dévotion, et le guide des pécheurs en trois parties. (/«rA'r^, p. Sa.) Aucune explication ne fut donnée ni par l'inquisiteur-général Valdès, ni par son successeur Quiroga; ce dernier dit seulement que la prohibition ne porterait que sur ce qui avait été imprimé avant i56i. Or, cela comprenait à peu prés tout.
Un évèqae de Ségovie, don Francisco Sosa, voulant justifier la décision du saint Office, dit que bien qu'il n'y eût rien que d'excellent dans l'Ecriture sainte, tout ne convenait pas au peuple, et ne devait pas êlre misà sa portée par une traduction en langue vulgaire; el ce prélat, après avoir donné les plus grands éloges aux ouvrages de Luis de Grenade, arriva à celte étrange conclusion, que l'on avait très-sagement agi en les mettant à l'index. Celte opposition momentanée n'arrêta pas la propagation d'un seul traité de l'illustre écrivain. Ils eurent tous plusieurs éditions. Le Père Andres Scoto les traduisit en latin, et les traductions françaises se succédèrent avec rapidité. On peut citer sept traducteurs appartenant au seizième siècle ; savoir : (ieoffroi de liiily, Nicole Colin, Paul Dumont, Jielleforest, Nicolas Dany, (iabriel de Saconnay, Jean Cbabanel (de Toulouse).
L'édition la plus complète et la plus estimée est celle publiée sous ce titre : Ohras de Luis de Grenada^ précède su vida escritn por L. Munoz, Madrid, por la viiida de Ibarra, 1788, 6 vol. in-fol.
(21) Sonnet de sainte Thérèse.
Voici le texte :
Santa Theresa de Jésus a Cristo crueificatio.
-No me mueve, mi dios, para quererte El cielo que me tiencs prometido, Ni me mue've el infierno tan temido Para dejar por eso de ofenderte.
Tu me mueves, mi Dios, mueveme el verte Clavado en esa cruz y escarnecido; Muéveme ver tu cuerpo tan herido; Muevenme las angustias de tu muerte.
Mue'veme, enfin, tu amor de tal manera Que, aunque no hublera cielo, yo le amara, Y, aunque no hubiera infierno, te temiera.
No me tienes que dar porque le quiera : Porque, si cuanto espero no esperara, Lo mismo que le quiero te quisiera.
(22) Vie et œwres de sainte Thérèse.
Voir toine 2, chap 2, note (21).