‹ Histoire comparée des littératures espagnole et françaiseChapitre 24 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

( I ) Le père Nidhard.

Nidhard ou Nithard (Jean Everard) était né en Autriche, l'an 1607. Il entra dans la société des Jésuites en i63i. Apple à la cour de l'empereur Ferdinand III, il fui confesseur de l'archiduchesse Marie, qu'il suivit en Espagne lorsqu'elle épousa Philippe IV. Après la mort du roi, la reine-mère lui donna la charge d'inquisiteur-général, et le fil entrer dans le ministère. Dès-lors son arrogance égala sa nullité. Don Juan d'Autriche forma un parti contre lui, et, malgré la protection de la reine, il le renversa. Le favori disgracié se retira à Rome avec le titre d'ambassadeur; le pape Clément X l'éleva au cardinalat, en 1672. Il mourut en i68i. L'abbé Millot n'a pas traité avec plus d'indulgence que les autres historiens Vincapacité orgueilleuse de ce ministre autrichien, sous lequel, dil-U, fout empira en Espagne.

(2) Prélèoement au profit des pauvres sur la recette des spectacles.

Ce n'est pas seulement l'idée de cette taxe charitable qui nous est venue d'Espagne; nous lui devons le droit de timbre {pape! srdilio), invention dont nous

sommes beaucoup moins reconnaissaas, car elle est toute fiscale.

(3) Villalohos. — Ferez de Oliva. — Simon de Abril.

— Don Francisco de Viilalobos avait été médecin de Ferdinand et d'Isabelle; il fut maintenu dans son office sous Charles- Quint et Philippe II. C'était une position de haute faveur; aussi jouissait-il d'un immense crédit, et sa réputation s'accrut en même temps que sa fortune. 11 fit plusieurs voyage avec la cour, ce qui lui donna l'occasion de se lier avec les savans les plus illustres de l'Europe. Moraliste distingué, il a écrit plusieurs morceaux qui sont lus encore avec plaisir, notamment, los cortesanos et tormentos de los aoaros. Son ouvrage est intitulé : Problemas naturales y morales; il a écrit aussi sur la physique et sur la médecine; moins heureux dans ses œuvres dramatiques, il traduisit, en i5i5, l'amphytrion de Plante, avec toute l'inexpérience d'un auteur qui ne comprend qu'à demi son modèle. Cette traduction, cependant, qui ne manque ni de correction ni d'élégance, était une véritable résurrection; elle le mit à la tête du parti des érudits, et répandit dans toutes les écoles le goût du théâtre de l'antiquité; elle fut imprimée en iSi.'î à Saragosse, en i543 à Zamora, et en i574 à Séville, où elle fut jointe aux autres productions de Villalohos.

— Fernan Perez de Oliva, néàCordoueen i494» Ira-

ïlucleur (le Pljutc, de Sophocle el d'Euripifle, étail vecteur He l'Cn'iversité «le Salamanque. Il avait été professeur He :héologie et de philosophie à Rome et à Paris; Charles-Quint et Léon X l'honorèrent de leurs faveurs. Préoccupé de ses études habituelles, il a joué îe même rôïe à la tête des érudits d'Espagne, que remplit vingl-cinq ans après lui, au milieu des érudits de France, Jean Dorât, ce professeur de grec qui fut le maître de Ronsard, el que Charles IX décora du titre de poète royal. Jodelle, helléniste et latiniste avant tout, suivit l'impulsion de l'organisateur de la Pléiade.

IJ Amphitrion d'Oliva parut en 1529, c'est-à-dire quatorza ans après celui de Villalobos. Ce n'est pas une traduction, c'est une imitation et presque une parodie. La gaielé de l'original est noyée dans les aphorismes, les réflexions el les dissertations; la transfiguration de Jupiter, si nécessaire au dénouement, n'a pas lieu; Plaute, en faisant apparaître le maître des dieux, rend possible la soumission d'AIcmène; mais Oliva ne s'occupe que d'apostropher le paganisme dans la personne de Jupiter; il traite ce dieu de mauvais sujet, d'infâme, et lui prédit que le Christ va venir le mettre bientôt à la raison, lui et les siens. N'est-ce pas terminer, d'une manière bien solennellement ridicule, une fiction comique?

Moratin dit : « Lorsque Molière a transporté AmpMtrion sur la scène, i! s'est écarté souvent de l'original, mais pour l'auuMioror ; Oliva fail le contraire; chaque fois quil s'éloigne de Piaule, il exlravague »

Le beau nionologiic de l'époiix (VAlciuènc csl surtout méconnaissable ; Amphitrion ne s'écrie plus comme dans Piaule : « Entrons, et quels que soient ceux qui s'offriront à mes regards, servante, esclave, femme, amant, père, aïeul, j'immole tout à ma fureur ; ni Jupiter, ni tous les dieux ensemble ne sauraient m'en empêcher. »> ■■ ■ ; ■, ■

Le malheureux époux s'interroge , s'examine , se taie, et détaille les effets de sa colère comme s'il l'étudiait avec les yeux tranquilles d'un physiologiste ou d'un peintre :

«< Qu'est-ce donc, dit-il, toutes mes facultés sont altérées; mon âme par l'effroi, mon corps par des tremblemens, mon cœur par la rage; dans ma bouche je sens du fiel, entre les dénis de l'écume, de la moutarde au nez, un tintement dans les oreilles, des éblouissemens dans les yeux; j'éprouve l'envie de casser, de sauter, de battre et de faire des choses au-dessus de mes forces ; je ne pense pas que mes membres puissent se reposer tant qu'ils ne seront pas brisés de fatigue ; pour que ma colère s'apaise, il faut qu'elle s'assouvisse; le feu qui me consume veut du sang pour s'éteindre. » Pedro Simon Abril , originaire d'Alcaraz, est né vers i53o. Il était neveu d'un médecin très-instruit, qui lui enseigna le latin, et lui inspira l'amour des lettres. D'autres maîtres lui apprirent le grec, la philosophie et les mathématiques. 11 devint professeur, et occupa successivement les chaires de \illanueva en Castille , de Tudcla en Navarre, et de Sarragosse. 11 a fait de nombreuses traductions grec-

ques et latines; plusieurs sont encore manuscrites. Voici les principales :

Fabulas de Esupo eu lutin y romance traducldas del GriegOj Zaragosa por Lorenso de Robles, iSjS, in-8°.

Los ochos llhros de republica del filosofu Aristoteles tra~ duddos originalmente de lengua Griega en Castellana, Tidiragosa, Lorenzo i diego Robles hermanos, i584, in-4°.

La Medea de Euripidesy Barcelona, iSgg.

Progymnasmas de Ajionio traducldas de G ri ego en lalin, y en Castellano, Zaragosa, in-4''.

Accusationis in C. verrem liber primus qui dioinatio dicitur, etc., Pelrus Sanchez Ezpeleta, i574-

M. Tullii Ciceronis epistolarum selectarum libritres, elc , Tudelse per Thomam Porralis Allobrogein, ipsiusmet auctoris studio et opère correctum, 1572.

Los deziseis libros de las epistolas 0 carias de M. Tulio Ciceron, vulgarmente Uamadas familiares. Barcelona, por Jayme Gendrat, 1692.

Las seis comedias de Terencio escritas en latin i tradu-' cidas en vulgar Castellano , i^jy.

Los diez libros de las ethicas de Aristoteles tradiicidos originalmente de lengua Griega en Castellana , M. S. in-4**.

Don Thomas Tamayo, dont les assertions on! été reproduites par Nicolas Antonio, attribue à Simon Abril les traductions suivantes, qu'il avait, disait-il, dans sa bibliothèque : Deux sermons de saint Basile^ deux de saint Jean Chrysostôme , plusieurs dialogues de Lucien, le dialogue Gorgias et le dialogue Cratyle de Platon, le Pluton d'Aristophane, les harangues d'Eschinc contre Demosthi'ne et de Démusthènc contre Eschine, le,s

tjuatre discours de Cicéroii contre Catilinu, et diverses autres harangues du même orateur.

(4) Allégorie dramatique et morale de don Enrique de Villena.

Dans celte allégorie figuraient la Justice, la Vérité, la Paix et la Miséricorde. Il en est fait menlion par don Blas de Nasarre, dans le prologue qui précède les comédies de Cervantes, et par Vélasquez, dans les Origines de la poésie castillane ; tous deux se réfèrent au témoignage de Gonzalo Garcia de Santa Maria, auteur de la chronique du roi don Fernando !'='■ d'Aragon. La représentation qui eut lieu à la cour est fixée par l'historien à l'année i4-'4-; il ^st présumable que dans cet essai de comédie ou plutôt de moralité, le marquis de Villena s'était plus rapproché, comme dans ses autres ouvrages, du goût des troubadours que du goût national; mais, assurément, il avait dû ne rien emprunter à l'antiquité. {Voir plus haut, chap. IV, note (5), tout ce qui est relatif à la vie et aux œuvres du marquis de Villena.)

(5) Rodrigo de Cota et Juan de la Ençina, considérés comme les pères de l'art dramatique en Espagne.

Voir plus haut, chap. IV, et les notes correspondantes (3) et (4).

Le dialogue »ie Rodrigo «le Cola, cutn' /'.Inidur ri un Î^ieî/Iard, est de 1670; les essais de Juan de la Ençiiia embrassent une période de vingt-deux ans, de i-lgs à i5i4- C'est pendant ce temps là que la Célesline avait paru. La première pièce de Torrès Naharro n'est que de 1517.

■ , . ', (6) La Célestine.

La vogue de la Célestine a surpassé, dans le seizième siècle, celle de Don Quichotte, dans le dix-septième; elle a eu vingt-huit éditions; la première est de i5oo. Jacques de Lavardin la traduisit en français, en iStS. C'était, disait-il, pour la plus grande instruction de la jeunesse qui « fuîsoît meivellle de se jeter sur l'amour, et le professoit ouvertement. »

Un argument ou sommaire résume chaque acte; voici celui qui précède la pièce entière : Calixte, jeune homme de noble naissance, d'un esprit distingué, d'agréable tournure, d'une éducation peu commune, d'une fortune moyenne, est pris d'amour pour JVIélibéc, jeune fille d'une grande beauté, d'une naissance haute ei pure, possédant une grande fortune, unique héritière de son père Plébère, el tendrement aimée par sa mère Alisa. Calixte poursuit Mélibée des plus vives instances, et aidé par (Célestine (femme rusée et méchante à laquelle se joignent deux serviteurs de Calixle, (ju'elle a séduits el rendus infidèles par rap[)ât du plaisir et du profit;, il parvient à vaincre la chaste résistance de la

jeune fille. Les amans, et ceui qui les assisien(, oni une fin malheureuse, etc.

L'opinion générale était que Ferdinand de Rojas n'avait pas composé le premier acte de Célestine, mais qu'il était auteur des vingt autres, on devait le croire d'après son propre témoignage ; car voici comment 11 s'exprime dans la lettre à un ami, qui sert de prologue à l'ouvrage :

« Je remarquai que le premier acte ne portait pas de signature d'auteur. Et, en effet, les uns l'attribuent à Juan de Mena , et d'autres à Rodrigo Cota. Mais quel que soit celui qui l'a écrit, sa subtile imagination, la grande quantilé de stances heureuses et profondes, qu'il a semées dans son travail, le rendent digne d'un éternel souvenir. C'était un grand philosophe ; et cependant, dans la crainle des détracteurs et des méchans, il voulut cacher son nom. Ne me blâmez pas, si je n'ai pas signé le mien après avoir achevé ce qu'il avait commencé; mais je suis juriste, et quoique ce soit une œuvre discrète, elle est étrangère à ma faculté. »

Moratin ne tranche pas positivement la question dans le sens contraire: mais il fait observer qu'il n'existe aucune différence entre le premier acte et les actes suivans; tandis que le style entier de la pièce ne ressemble ni à celui de Juan de Mena, ni à celui de Rodrigo Cota : d'où la conséquence, selon lui, que sans l'affirmation de Rojas, il serait impossible de ne pas tout attribuer au môme auteur. ( Tesoro dcl teatro espanol. Disrurso historico, page 35.)

M. Gcrmond de Lavigne, qui a publié une trèsbonne traduction de la Célestlne, n'hésite pas à penser que Rojas n'a répudié l'invention du sujet que par un scrupule de position.

Les continuateurs et les imitateurs de la Célestine tombèrent presque tous dans l'immoralité la plus dégoûtante.

Feliciano de Sylva publia un drame intitulé Segunda Cekstina. (Venise, i53o.)

Domingo de Gastega ajouta une seconde comédie de Célestine à plusieurs éditions de l'œuvre première. (Anvers, i534..) Gaspar-Gomez, de Tolède, composa une troisième partie. (Tolède, iSSg.) Le docteur don Manuel de Urrea et Juan Sedena la mirent en vers.

Les imitations furent innombrables : le public en fut inondé pendant la première moitié du seizième siècle; outre une comédie en prose, de Selvaga, intitulée Sehagia ou Florinca, de Rodriguez Florian, on peut citer la Sorcière (/a Ilechicera et Perseo et Tihaldîa)^ et la tragédie dont voici le titre : Tragedîa policiana en (fue se tratan los amures executadas por la iiidustrla de la diabulica nieja Claudina. Tragédie polilienne dans laquelle on traite des amours servis par l'industrie de la diabolique vieille Claudine.

Plus tard vinrent V Ingénieuse Hélène , fille de Célestine^ de Juan Herrera; V Ecole de Célestine, d'Andrès Parra, et des rêveries licencieuses telles que Lamentation sur le summeil du monde , de Pedro Hurtado de la \éga. La doleria a el sueno del inundo , <jul fui appelée comrdia Iradadti f)or i^ia dr filosofni mimil ., comédie dans la ma-

iiière de la phiiosophie morale; mais ce qui est plus surprenant, c est que le même sujet, traité il est vrai d'une manière plus décente, ait pu être transporté sur la scène au dix-septième siècle, avec approbation et privilège. M. Ternaux-Compans possède deux comédies, l'une d'Agustin de Salazar, intitulée /a grande comédie de la seconde Célestine ; la seconde d'Alonso de Salas Barbadillo, intitulée l'Ecole de Célestine, ou l'Hidalgo supposé ; et il est expressément attesté dans la licence qui les précède toutes deux, qu'elles n'ont rien de contraire à la religion et aux bonnes mœurs. 11 y a plus, la comédie de Barbadillo est jointe à un autre ouvrage du même auteur, portant pour titre : Triomphes et miracles de la bienheureuse sœur Juana de la Crux. ]-.'approbation donnée par le docteur Andres Aresti, et confirmée pardon Luis Varone Zapata, est de 1620.

(7) Torrès Naharro. ' •

On sait peu de chose sur Torrès Naharro, dit Moratin, si ce n'est qu'il était ecclésiastique, qu'il vécut à Rome, et qu'il était attaché à la famille de Fabricio Colona, général des troupes du pape ; la première édition de ses œuvres, intitulée Propaladia, fut imprimée à Rome, en iSiy, sous Léon X, et dédiée au marquis de Pescaire ; on la défendit aussitôt, parce qu'elle renfermait des attaques contre la cour pontificale, et l'auteur dut fuir de Rome.

Suivant lîoiilerwek, Torrès Naharro n'aurait clé que l'imitateur des Italiens; selon iVloratin, au contraire, ce sont les Italiens qui auraient imité le comique espagnol. « En dépit de l'assertion de Signorelli, dit-il, les pièces de Torrès Naharro ont été jouées à Rome ; c'est un fait que constate l'épître dédicatoire de l'édition de iSiy. »

Ces deux opinions peuvent, ce nous sensble, être aisément conciliées ; les Italiens faisaient alors aussi bien et aussi mal que Torrès Naharro ; ils ont donc pu être imités par lui, d'abord, et l'imiier ensuite.

I^a dernière des huit comédies citées par Moralin {Comcdia rahimita) est de iSao.

Geronimo Bermudez, que l'on a nommé le père de la tragédie espagnole, n'existait pas encore; sa Nisc Lastirnusa n'est que de 1577. ^^^ immense intervalle prouve qu'on a pu, en toute justice, appeler Torrès- Naharro le père de la comédie. Lope de Ruéda, <pn fut son principal successeur, n'a rempli la scène que de 1567 à 1570, c'est-à-dire près de cinquante ans après lui.

Torrès Naharro affectionne singulièrement les noms allégoriques; ainsi, dans la comédie dont nous avons présenté l'analyse, le jeune amoureux est appelé Iménée (hyménée), parce qu'il veut épouser celle qu'il aime, et la jeune fille qui donne des rendez-vous la nuit porte le nom de Phœbé; ce mauvais goût vient de l'Italie; cl notre théâtre Ta subi comme le théâtre espagnol; <l(i moins Molière a l-il délourné le sens du mol, quand, pai exemple, il a nommé un huissier

M. Loyal; et P»aciue a mérité, en créant le type du plaideur, qu'on lui pardonnât de l'avoir nommé Chicaneau.

(8) Christooal de Castitlejo.

Voir plus haut, p. 44-4i et plus bas, p. 494-

(g) Alliai lié d'Augustin Rojas de Villandrando , comme historien du théâtre espagnol.

Peiiicer, Moralin et Villanueva invoquent sans cesse Je témoignage de cet auteur, et appuient leurs assertions sur des preuves empruntées à son roman comique ; El viage entrelenido. On trouvera plus loin, dans le tome 2, chapitre V, page 178, et dans la note correspondante, une appréciation du livre et de l'auteur.

(10) Confréries de la Passion et de Notre-Dame-de-la -

Solitude. .^ , .

(11) Emplacement des premiers théâtres de Madrid, i'" '

(12) Recette des premiers théâtres. Part des confréries et

des acteurs.

Voir tome 2, chap. 111, note (il. .. , ,., -

• / (i3) Loges des théâtres. ;

Si dans l'origine les fenêtres ayant vue sur le théâtre étaient les seules loges qui existassent, plus tard, les divisions établies dans l'intérieur des cours se multiplièrent; et lorsque l'on construisit des salles couvertes et fermées, il y eut, outre la partie réservée pour les femmes, des places distinctes pour les grands; ces places privilégiées devinrent l'objet de locations à long terme.

(i4-) Mosqueteros.

Cette justice populaire et désintéressée ne pouvait appartenir qu'à l'enfance du théâtre : depuis lors, directeurs, auteurs et acteurs se sont entendus pour fausser les balances. Ils veulent, disent-ils, préserver l'art des erreurs d'une justice ignorante, et ils nous imposent l'invariable enthousiasme d'une bande de mercenaires. Quelle admirable sollicitude pour la gloire du théâtre!

Pellicer explique le mot mosqueteros par analogie avec le nom des soldats qui avaient quitté, depuis peu, l'escopette pour le mousquet. Nous pensons qu'au lieu de l'escopelle, il veut parler de l'arquebuse.

( 1 5 ) Lope de Rueda.

Il élail né h Séville, et, comme nous l'avons dit. il

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y exerçait la profession <le balteur d'or, quand il liii jn'il envie de se iaire acteur et auteur. Pellicer nous apprend que Lope de Rueda étant parvenu à former une petite troupe, se mit à courir l'Espagne, et qu'il joua successivement à Séviile, à Cordoue, à Grenade, à Valence, à Tolède, à Madrid, à Ségovie, à Valladolid, et que partout il obtint un succès prodigieux. Son ami Juan de Timoneda, libraire, avait fait imprimer ses ouvrages avant l'époque de sa mort; mais ses colloques en vers, qui étaient très-eslimés, furent perdus; il n'en est resté qu'un seul {Las prendas del amor). L'édition de Timon-eda, faite à Valence, en 1667 el 1570, contient les quatre comédies, les deux colloques en prose , les dix pasos et le colloque en vers. Il paraît que l'impression de ces divers ouvrages eut lieu partie à Séviile et partie à Logrono.

Lope de Ruéda ne se fit connaître que vers i544- On perd entièrement sa trace en i5Go. Il joua à Madrid et à Ségovie, en i558; et c'est vraiseinblablenicnl n cette époque qu'il fit tant d'impression sur Antonio Pérèz et sur Miguel Cervantes. Il mourut à Cordoue, Cl on lui accorda une sépulture dans le principal vaisseau de la cathédrale, entre les deux chœurs. Celle sépulture somptueuse, qui fait foi de l'enthousiasme de ses contemporains, a disparu entièrement; l'Espagne ne pourrait plus dire où reposent les restes de l'homme qu'elle a si long-temps applaudi ; mais à dé faut de mausolée, chaque génération a payé à sa mémoire un nouveau tribut d'éloges.

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(i6) Contemporains et successeurs de Lape de Ruéda; auteurs qui étaient acteurs comme lui.

Les premiers auteurs comiques de l'Espagne sont, d'après Rojas : Lope de Huéda, Baulista, Juan Correa, Herrera et Naharro; les seconds, (]isneros, Vélasquez, Tomas de la Fuente, Angîilo, Alcocer, Rios et Gabriel de la Torre {Viage entretenido , p. 80 et 36 1). La comédie passa des mains de ces derniers dans celles de Juan de la Cueva, Cervantes, Loyola, Lope de Véga, etc.

Les premiers écrivains dramatiques remplissaient pour la plupart les fonctions de directeurs de troupes, sous le titre A^ auteurs ( autores ); ils s'appelaient aussi maestros de hacer comedias ; et en effet, ils composaient eux - mêmes presque toutes les pièces de leur répertoire. On assure que Ganasa était auteur, et Pellicer place dans la même catégorie Ribas, Alonso Rodriguez, Hernan Gonzalez, Cisnero's, Juan Granados, Francisco Salcedo, Alonso Vélasquez, Saldana.

(17) Alonso de la Véga et Gil Vicente.

Alonso de la Véga, acteur et auteur, mourut à Valence, vers i566. 11 n'a laissé que trois pièces qui ont été imprimées par les soins de Timoneda, savoir : Gomedia Uamada Tolomea. — Tragedia llamada Serafma. — Comedia de la duquesa de la Rosa.

Gi/ yitentr composa les pièces suivanles : en i54-9, Aulo sobre les muy allos y muy diilces amores de Amatlis (le Gaula cou la princesa Oriana, hija del rey Lisuarte. — En i55o, Comedia Rubena. — En i55i, El templo de Apolo. — En iSSa, Romeria de agra viados, comédie. — En i553, La nao de amores, comédie. — En i554-i Al parto de la reina, Iragi comédie. — En i555, La fragua de amor, tragi-comédie. • — En i556, La floresta de enganos, comédie. — La première de ces pièces figure, comme défendue, dans l'Index de l'inquisition de iSSg. L'auteur composa, en portugais, d'autres ouvrages dramatiques. Son fils, Luis Vicenic, a lout édité en 1557.

- (18) Jitaii de Tinioncda.

Le nom de Timoneda est di^vcnu inséparable de celui de Lope de Ruéda; la louchante amitié qui les unissait lui assure un long partage de célébrité. Poète et prosateur, il avait trouvé, dans la profession de libraire, un moyen de plus de satisfaire sou goût pour les lettres. On ignore l'époque de sa naissance et de sa mort; mais on sait qu'il a survécu à Lope de Ruéda, et qu'il a même atteint uii âge très-avancé. Son portrait, qui existe à la bibliothèque royale de Paris, en tête de son ouvrage intitulé : Memoria Jiispanica, le représente avec une barbe longue et touffue, el la tête ceinte d'une roinonnc de chêne. Cervanlè.s,

flans sa comédie Ei trato de Arge.l, a dit qu'il avait vaincu le temps en vieillesse.

Moralin cite de lui les pièces suivantes : en i55(j, une imitation des Ménechmes de Plante (Cornedia de los Menecmos piiesta en gracioso estitu y élégantes sentencias, Valencia, i55g). En i563, Entremes de un ciego , un mozo y un pohrc. C'est le plus ancien intermède connu. En iS66, auto de la l^rebis perdue {de la Oveja perdida). Cette pièce a été imprimée à Valence en 1597, dans un recueil intitulé : Cuaderno espiritual al santisimo sacrumenio y a la asuncion. Auto de la Oveja perdida y otras cosas. En iSGy, un colloque pastoral imprimé à Valence, par Pedro Mey, la même année. Tout le théâtre de Timoneda a été recueilli sous le titre suivant : Turiana en la cual se contienen <Ui>ersas cnmedlas y farsas muy élégantes y graclosas con muchas entremeses y pasos apacihles, agora nuevamente sacados a luz, por Joan Diamonle (anagramme de Juan Timoneda)^ impresa en Valencia, en casa de Joan Mey, con licencia de santo oficio, cou privilegio real por cuatro anos.

(^Foir plus loin pour le Patranuelo, ou Recueil de nouvelles de Timoneda, le chapitre Vil, p. 307.)

(19) Nahairo [de Tolède).

Nous avons écrit ce nom comme l'écrivent presque tous les critiques espagnols; mais le vrai nom de cet acteur comique est Pedro Nai>arru. Agustin de Rojas l'appelle ainsi dans son Fiage entretenldo, et le chro-

niste Rodrigo Mendùz de Silva dit, dans son Catalogo real de Espana : Pedro Navarro Invento les teatros (Pedro Navarro inventa les théâtres).

Voici comment Cervantes s'explique à ce sujet dans le prologue de ses comédies : Navarro fut le successeur de Lope de Ruéda; il était natif de Tolède, et il excellait à faire les fanfarons poltrons. Il opéra une révolution dans les costumes, plaça devant le théâtre l'orchestre, qui était derrière, abolit l'usage des barbes postiches, qui étaient jusqu'alors de rigueur pour tout comédien ; il n'en laissa qu'aux vieillards ou à ceux qui devaient déguiser leurs traits. Il inventa les décorations, les nues, le tonnerre, les éclairs, les défis et les batailles.

(20) Juan de la Cuéoa ou Cuéba.

Né à Séville, vers i55o, d'une famille distinguée, ce poète a composé un grand nombre d'ouvrages lyririques , épiques et dramatiques, qui ne sont pas tous arrivés jusqu'à nous; une partie seulement a été imprimée ; l'autre est restée manuscrite en la possession du comte d'Aguila, et l'on ne sait ce qu'elle est devenue.

La première édition des comédies de la Cuéva eut lieu à Séville, en i582. On pense qu'il mourut en iSg-i. Une notice spéciale lui a été consacrée dans le Parnaso espanol, t. 8.

Auteur A' un Art puétiquc , et aspirant à gouverner la

lilléralure An son époque, la (]uéva n'a pas peu cou-- Irlbué à relever l'arl drainalique ; mais, en le faisant monter jusqu'à la sphère de la haute poésie, il l'a jclé dans un vague funeste. On reconnaît aisément en lui l'imagination fougueuse d'un Sévillien : Il s'est insurgé contre toutes les règles du théâtre antique, et il a entraîné dans sa révolte les andaloux Guévara, Gulierre de Cétina, Cozar, Fuentès, Ortiz, JVIexia et Malara. « Nous avons rejeté, dit-il, cette condition d'unité qui obligeait à presser tant de choses différentes dans l'étroite limite d'un seul jour. » ...

Les pièces analysées par Moratin sont : Comedia de la muerte del rey don Sancho y reto de Zamora, por don Diego Ordonez, tragedia de los siete infantes de Laïa. Comedia de la iibertad de Espana, por Hernardo del Carpio. — 11 est à observer que dans ces trois tragédies ou tragi-comédies, la Cuéva n'a fait (]ue mettre en action les romances sur le Cid, sur Bernard del Carpio et sur les Infans de Lara. L'exemple était bon et fut bientôt suivi avec plus de succès, [»ar Guillen de Castro.— Comedia del Degollado. — l'ragedia de la Muerte de Ajax. — Comedia del Tulor. — Comedia de la Constancia de Arceîina. — Tragedia de la muerte de Virginia y Apio Claudio. — Comedia del principe tirano fen <leux parties). — Comedia de El Viejo enamorado. - Comedia de la llbertad de Roma, por Mucio Scevola. — Comedia de Kl inlamador. f^a plupart de ces pièces furent représentées à Séville, en iSyg-iSSo et i58i, chez dona Elvira, soit par Pedro de Saldana, soit pai Alonzo

Rodrigue/., assislc du fameux Zapata âc Cisncios. Avec un talent mieux réglé, l'honiine qui avait su ennoblir l'art et ouvrir tant de sources fécondes, aurait certainement conservé une réputation plus brillante et plus solide j mais ses excès ont répandu partout une telle confusion, que, sans Lope de Véga, le théâtre espagnol n'aurait pu sortir du chaos.

(21) Farces de Taharin. — (Analogie avec les pasos, les , entremeses et les saynètes).

Les Espagnols appliquaient le nom de farce {farza) à des pièces de tout genre, même à des tragédies; en France, au contraire, on ne désignait ainsi que des pièces ou plutôt des parades burlesques. Selon Duverdier, « au temps passé chacun se mêlait d'en faire. La farce n'était que d'un acte, et la plus courte était estimée la meilleure. » Les auteurs de farces ne pouvaient imiter les Grecs et les Romains, puisqu'ils ne les connaissaient pas ; ils étaient donc entièrement originaux; l'esprit Français n'a pas eu de plus fidèles conservateurs.

La farce de l'avocat Pathelin est contemporaine de la Célestine. On l'attribue à Pierre Blanchet. 11 en existe une traduction en latin, d'Alexandre Cormibert, qui date de i5i2.

INos petites pièces en un acte, ou vaudevilles mis h la mode dans le dix-huitième siècle, sont nées des sotties et des farces; ainsi que les entremeses et les

saynètes sont nés des ruloifuios , des pasos et des /uns, du temps de Lopc de Ruéda ; ces deux filons nationaux méritent d'être attentivement suivis.

On a dit que la comédie française avait été tirée des échafauds, au commencement du dix-septième siècle, c'est qu'en effet elle ne pouvait être tirée que de là. Rien de semblable n'existait sur le théâtre. Or, le plus célèbre échafaud était celui de la place Dauphinc, occupé par Tabarin: les tréteaux de l'Estrapade ne s'élevèrent que plus tard, sous la direction de Gauthier Garguille, gros Guillaume et Turlupin, garçons boulangers de la paroisse Saint-Laurent.

Tabarin était le bouffon d'un charlatan, du nom de Mondor; il était chargé d'attirer la foule, et il s'en acquittait si bien, que long-lemps avant qu'il parût sur les planches, un auditoire nombreux l'attendait avec impatience.

Notre savant M. Leber a consacré à cet acteur populaire une notice très-curieuse, sous le titre suivant : Plaisantes recherches d'un homme grai>e sur un farceur, prologue taharinique pour servir à l'histoire littéraire et bouffonne de Tabaiin, Paris, Crapelet, i835.

Les farces de Tabarin ont été souvent imprimées. L'édition originale est de 1622. En voici le titre : Inventaire universel des œuvres de Tabarin, contenant des fantaisies, dialogues, farces, rencontres et conceptions. Paris, Pierre Recollet et Ani. i^stoc.

Un autre recueil, qui contient de plus cinquantedoux questions burlesques, est intitulé : Recueil génénil des rrncontres , demandes et réponses tabariniques , œuvn

autant fertil en gaillardises que reiuply de subtllitrz, composé en forme de dialogue entre Tabarin et le Maistre. Paris, Ant. de SommavilJe, 1622.

Il est à remarquer qu'une des farces les plus fameuses de Tabarin était le capitaine Rodomont, satire dirigée conire les Espagnols.

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