IV
( i62 ) était inconnu, tt L'imagination n'est, suivant lui, ic qu'une faculté de la partie irraisonnable » de l'âme, qui opère par les organe» des sens. » Lorsque l'âme perçoit les objets extérieurs » par les organes des sens, elle se forme une » opinion; lorsqu'elle connaît, par la pensée, » les choses qui appartiennent à l'entendement, » elle conçoit une notion. Ces notions ne peu- )) vent provenir des sens ; elles ne peuvent être » obtenues que par l'instruction. La mémoire » est l'image qu'ont laissée les objets otTerts aux » sens, et saisis par l'action de l'âme, ou la » conservation de ce qui a été perçu par les » sens et par la pensée (i). »
- Nous n'avons pas besoin de dire que la physique de S. Jean Damascène, empruntée à Aristote , partage toute l'imperfection de son modèle. 11 suppose que l'apparition des comètes, que d'autres phénomènes célestes peuvent être de fâcheux présages ; il accorde , avec les Pythagc^riciens , une puissance de divination aux songes (2). Ses Parallèles sacrés ^ quoique seniiellement dirigés vers les notions tbéolo-
(1) Ibid.f cap. 17, 19, ao (a) Ibid.f cap. 7,17.
giquGS^ conùeimeiit cepe)iclaut quelques documens précieux pour l'histoire de la philosophie. Théodole, son disciple , dvéque de Cura, écrivit des ouvrages polémiques contre les Juifs , les Mahoniélans, les hérétiques, dans lesquels il montre mie élude assez étendue des sciences philosophiques.
Depuis cette époque jusqu'au lo' siècle nous cherchons eu vain , parmi les Grecs du Bas- Empire, quelques traces des investigaiions philosophiques. Une profonde ignorance couvre, pendant cet intervalle, les contrées qu'avaient éclairées les beaux génies de la Grèce. Paul Diaere nous raconte les persécutions que Léon l'Isaurien fit éprouver à tout ce qui restait d'hommes instruits , les supplices qu'il leur faisait subir, a II éteignit, dit cet historien, il M éteignit, avec les écoles où se conservaient » les connaissances, cette instruction religieuse » elle-même qui s'était conservée depuis » Constantin (i). » Gonare, écrivain qui ne mérite, il est vrai, qu'une médiocre confiance, dit que ce farouche empereur détruisit le collège de savans qui était entretenu des fonds du
(i) Lib. XXI, cap. 19.
trésor public , ainsi que la riche biblioibcque qui y était jointe, et livra aux flammes les savans eux-mêmes avec les manuscrits , sur le refus que firent ceux là de souscrire à ses opinions (i). Constantin Porpbyrogenèle essaya de réparer ces désastres, de restaurer la culture des sciences et des arts, et surtout l'étude delà philosophie, recherchant et rassemblant les documens^épars , rétablissant les chaires pubHques et leur donnant des professeurs (2).
La doctrine des nouveaux Platoniciens reparut alors sur la scène avec Micliel Psellus l'Ancien. Psellus joignit à l'élude des ouvrages des anciens Grecs uu goût et une élégance qui ne le rendaient point indigne d'être compté parmi leurs successeurs. Suivant Léon Allatius , il serait probable que ce Psellus fut le véritable auteur des écrits qu'on attribue ordinairement à l'écrivain du même nom qui vécut au 1 1" siècle , et spécialement du traité sur les Démons (3) , et des paraphrases sur divers écrits
, (i) Ann. tom. III, pag. laS.
(a) Comingius, Ant. Acad. Supplem, XXIV, pag. 5,58.
(3) Ce Traité est imprimé à la suite du Traité des mystères, attribué à Jarablique. Lyon.
( i65 ) d'Aristole. Le traité sur les démons respire le mélange des opinions des Platoniciens et des traditions orientales; l'auteur expose les opérations des génies supérieurs , en déduit les pratiques superstitieuses de la magie.
Psellus eut pour disciple Léon le Philosophe, que quelques-uns ont confondu avec ^empereur Léon le Sage. Léon fut le restaurateur de l'enseignement classique dans l'empire de Byzance ; il acquit une grande renommée par l'étendue de ses connaissances, spécialement dans les études philosophiques et mathématiques. Zonare raconte qu'un autre disciple de PsçUus ayant été fait prisonnier par les Sarrasins , et ayant résolu à la cour des kalifes im problème qui avait vainement exercé les savans Arabes, le kalife écrivit à Léon pour l'engager à se rendre auprès de lui.
Un disciple qui ne lit pas ^oins d'honneur à Psellus, fut le patriarche Photius qui joue un si grand rôle dans l'histoire ecclésiastique et dans l'histoire littéraire du Bas-Empire. Orateur et poète, Photius avait cultivé aussi la philosophie et la médecine; il fut le principal restaurateur des études à Constantinople. Sa Bibliothèque , ou Actes des Savans , atteste l'immense étendue de son érudition; clic est un trésor d'un
grand prix pour l'hisioire de îa philosopliie ; elle nous a conservé les fragraens d'une foule d'écrits de l'antiquité, dont nous avons perdu les originaux (D). C'était le temps des compilations , et nous devons en quelque sorte nous féliciter qu'elles eussent eu lieu précisément à l'époque du grand naufrage qui nous a enlevé tant de richesses. Nous retrouvons aussi , dans Jean Stobée, une foule de passages extraits de divers ouvrages originaux des anciens, sauvés par lui de ce naufrage, classés avec méthode , quoique le choix n'en soit pas fait avec beaucoup de discernement. L'esprit qui a présidé à ce choix nous fait connaître que Stobée penchait vers le nouveau Platonisme.
L'empire grec, dans sa décadence, vit encore un philosophe revêtu de la pourpre, dans Léon fils du Macédonien Basile , et surnommé le Sage; il s'était formé à l'école de Photius, Au milieu des éloges que Zonare donne à l^étendue de ses connaissances , on remarque que cet empereur était livré aux superstitions de . l'astrologie, et aux mystérieuses pratiques de la divination (i).
La succession des commentateurs d'Aristole
^i) Tom. III, pag. T4r.
( i67 ) se prolongea pendant les derniers siècles du Bas-Empire : on compte dans leur nombre un- David, qui n'est point le même que Nicétas David, disciple de Léon le Philosophe, qui traita de diverses questions philosophiques , des Catégories d' Aristote , et des Prédicables de Porphyre j un Eustfate, qui vécut sous Alexis Comnène, qui travailla sur les traités dialectiques et moraux, et qu'Anne Comnène n'a pas craint d'élever au-dessus des Stoïciens et des Académiciens, pour son talent dans les discussions philosophiques (i) ; un Nicéphore Blemmède, qui réunit l'étude de la philosophie profane à celle de la théologie, et qui rédigea , pour l'usage de Jean Ducas , des Epitomés logiques et physiques dans l'esprit du Stagyrite ; un George Pachymère, dont nous avons un Epitomé sur la philosophie d^ Aristote, et un Compendium sur sa logique (2), et qui paraît s'être exercé avec ardeur à la méditation contemplative ; un Théodore Métochyie , célébré par ses contemporains pour son éloquence autant
(1) Alexiad. pag. i53.
(2) Publiés par Edouard Bernard, à Oxford, 1666^ in-8.
( i68 ) que pour son (îrudilion, qui fut la gloire de l'école de Constanlinople , et dont nous possédons une paraphrase sur les livres d'Aristote, relatifs à la physique, à l'âme, au ciel, etc. Fabricius a donné les titres des chapitres qui composent ses Mélanges philosophiques et historiques y conservés en manuscrits dans plusieurs bibliothèques, et qui roulent presque tous sur l'histoire de la philosophie (i) ; Aristete en est le principal sujet; mais Théodore s'occupa aussi de Pythagore, de Socrate, de Platon, d'Hermogène , de Philon , de Synésius, etc. L'un de ces chapitres a pour objet de montrer que tous les philosophes 5 que Platon et Aristote en particulier , ont dédaigné l'autorité de leurs devanciers. C'est précisément le reproche contraire- à celui que leur ont adressé tant d'autres érudits modernes.
Quelle que fût la préférence accordée, dans ces derniers temps, au fondateur du Lycée, Platon ne fut point entièrement négligé ; mais il fut de nouveau associé à Aristote, et cette association fut généralement conçue d'après l'esprit de la nouvelle école. Ainsi, Magen tin, qui emprunta à Ammonius les commentaires sur les livres de
(i) Bibl. Grœca , loin. IX, pag. 218.
( i69 ) t interprétation et sur les premiers anal^ tiques, avait aussi travaillé sur Jamblique et sur les nombres pythagoriciens (ij. George de Chypre , qui prit ensuite le nom de Grégoire , lorsqu'il l'ut porté au siège de Constantinople, et qui acquit, au i3* siècle, une assez grande renommée , cultiva à la fois les deux pères de la philosophie grecque ; enfin le second Michel Psellus, appelé le Jeune, sembla vouloir renouveler, au 1 1' siècle, sous Michel Ducas, l'école des nouveaux Platoniciens ; il rendit un moment quelque éclat aux sciences et aux lettres , dont le flambeau allait bientôt s'éteindre dans l'empire de Byzance. Il cultiva à la fois la philosophie, la médecine et les mathématiques, et obtint le titre pompeux de Prince des Philosophes. Il écrivit des paraphrases sur la logique et la physique d' Aristote ; un Recueil de questions et de réponses pour l'usage de Michel Ducas ; une Exposition des Oracles chaldéens^ un Traité des Facultés de Vâme. En parcourant ces écrits, nous y reconnaissons l'empreinte du Mysticisme alexandrin , et les traces des doctrines orientales. Pensant, avec Platon,
(i) Fabricius , ibid. , tom. VI , pages 4 > 7» 38.
( 170 ) que les princes ne peuvent bien gouveiner les peuples qu'avec le secours de la philosophie , il entreprit de former à ses leçons Tempère nr Michel Ducas ; mais le témoignage des auteurs de l'histoire byzantine nous apprend que les résultats répondirent mal à une si haute espérance , et que Ducas , loin de trouver dans les théories spéculatives du Platonisme nouveau , les forces et le génie dont il avait besoin pour relever l'empii-e grec aux jours de sa décadence, ne fit qu'en accélérer la ruine, s'égarant lui-même dans de frivoles et subtiles abstractions, au milieu des dangers qui l'environnaient de toutes parts.
Nous nous réservons de rappeler les noms des illustres Grecs qui se réfugièrent en Occident à la chute de l'empire de Byzance , lorsque nous arriverons à la 5* période de cette histoire, dont ils occupent l'entrée. Au petit nombre de travaux que nous venons d'énumérer , se borne d'ailleurs toute l'histoire de la philosophie dans l'empire grec , pendant le cours de près de huit siècles, jusque vers l'époque de la prise de Gonstantinople par les Turcs. S'ils attestent une sorte de continuité dans l'enseignement et la culture des lettres, ils sont à peu près stériles pour la science, et Fon y cher-
(17- ) cherait en vain quelques vues qui eussent pu contribuer à ses progrès ; ils caractérisent même plutôt une sorte d'érudition scolastique, que la culture de la philosophie proprement dite ; et comment s'en étonner? Dans cette longue décrépitude de l'empire grec, les esprits étaient épuisés au même degré que les âmes étaient énervées; les études étaient à peu près concentrées dans les monastères. La foule des moines, lorsqu'elle ne s'ébranlait pas pour prendre part aux révolutions politiques, ne savait occuper son oisiveté que par les discussions les plus subtiles et les plus oiseuses. L'abus de la dialectique avait remplacé tous les arts. Les sciences positives étaient à peu près abandonnées. Encore en possession de tous les ouvrages d'Arislote , les Grecs négligeaient précisément ceux qui eussent pu entretenir l'étude des phénomènes de la nature. Ainsi privée de l'appui qu'elle peut trouver dans les connaissances fondées sur l'observation , la philosophie était privée également du principe de vie qu'elle doit recevoir des affections généreuses et des influences morales. Les Grecs n'avaient plus ni institutions, ni lois, ni patrie; une superstition puérile , d'oiseuses abstractions théologiques avaient même pris la place de la noble puis-
sance qu'exercent les idées relig ieuses. On discourait encore, on discourait même à l'excès; mais on semblait laisser incultes tous les domaines de la pensée (D). Un seul irait qui a acquis une triste célébrité , suffit , parmi tant d'autres , pour peindre l'esprit du temps : Léon Allatius rapporte que les moines de Palamite, assis, immobiles, les yeux dirigés et attachés sur leur nombril, attendaient avec persévérance que les rayons de la lumière divine vinssent les éclairer (i). Tels étaient les exercices qui tenaient lieu des nobles travaux de la méditation!
(i) Lib. II, cap. 17.
NOTES