‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés relativement aux principes des connaissances humaines (volume 2)Chapitre 22 sur 37 · IV. a · texte numérisé non relu

IV. a

( 4o:^ ) , l'esprit d'Aristole : on y irouvera des développemens particuliers sur les grandes questions des universaux (H).

« Abailard et ses disciples , dit Jean de Sa- » lisbury, regardaient comme une absurdité » qu'on affirmât une chose d'une autre chose » (c'est-à-dire qu'on rangeât les attributs au nombre des réalités qui ont une existence propre ), » quoique cette absurdité ait eu Aristote pour » auteur (i). » Cependant il ne les classe ni parmi les Nominaux proprement dits , ni parmi les Conceptualistes; car il distingue expressément trois opinions à ce sujet ; a Les uns font M consister les universaux dans les simples ter- » mes; d'autres dans les discours; d'autres )) encore dans les notions de l'entendement , » suivant en cela les traces de Cicéron et de y) Boëce. » Il attribue à Abailard le second de ces deux systèmes. Abailard n'adopta point le premier; c'est ce qu'on ne peut révoquer en doute , quand on le voit s'élever avec une sorte d'indignation contre les idées de Roscelin ,* mais en quoi le second de ces trois systèmes se distinguait-il en effet du premier ? Probablement

(i) Métal. II , cap. 17.

Abailard entendait que les universaux , sans avoir une réalité objective , propre et indépendante , sont une conception de l'esprit ; mais que cette conception a besoin, pour être formée et soutenue dans l'esprit, de s'appuyer sur les signes du langage : il leur donnait pour pivot , non le terme simple, comme Roscelin , mais la proposition , parce qu'elle exprime le rapport et la connexion du sujet et de l'attribut tels qu'ils sont saisis par l'entendement j et c'est ce qu' Abailard lui-même paraît faire entendre, lorsqu'en donnant de la Divinité cettebelle définition qui se compose des trois attributs : a La suprême puissance , la suprême sa- » gesse, la suprême bonté , » il ajoute : « Nous « considérons ces trois attributs , non comme » autant de choses, non comme autant d'es- » sences diverses , mais comme autant de re- » lations diverses dans une même essence, qui » n'existent point en elles-mêmes , mais seule- » ment en Dieu et avec Dieu (i). »

Si les écrits du célèbre Abailard nous fournissent peu de lumières sur les vues qu'il avait

(i) Abailardi Theolog. christ. Lih. i, p. 1157, n58. — Lib. IV, p. i34i. Dans donMartenne; Thésaurus novus anecdotum , Tome V.

portée* dans l'élude de la pliilosophie raiioniielle, les circonsiances de sa vie nous font du moins 'bien connaître quel était l'esprit du temps. Cette vie si orageuse , consatrée tout en lière à l'étude , à l'enseignement , à la pratique des vertus religieuses , et troublée cependant par une suite non interronjpue de persécutions, est comme une scène sur laquelle se montrent et les mœurs et les idées de ses contemporains. Nous y voyons que les maîtres autorisés à enseigner retiraient' de leurs leçons des rétributions individuelles. Nous y voyons quelle était des lors l'émulation qui se manifestait pour l'étude dans la jeunesse française, quel intérêt passionné excitaient les lalens du maître et les controverses qui s'élevaient, quel caractère prenait la rivalité des chefs d'école. Des milliers d'auditeurs entourent le professeur, le suivent dans .sa retraite, viennent camper pour l'entendre encore, jusque dans les forêts du Paraclet. Des théologaux, jaloux de ses succès, le traduisent devant un légat du pape, à plusieurs synodes, obtiennent sa condamnation. Des moines irrités de ses réprimandes, ou prenant l'exemple de ses vertus pour des reproches, ou révoltés par les réformes qu'il conçoit, le tourmentent, menacent sa vie par le poison et l'assassinat. Des

( 4o5 ) monastères, desaLbés, se dispùlent l'honneiiir de le posséder, afin de s'approprier l'éclat de son enseignement. La ville de Paris tout entière est émue de ses malheurs. Des princes, cultivent son amitié. Les souverains pontifes se font rendre compte de sa doctrine» Une femme, objet de ses affections, première occasion de ses disgrâces , une femme qui le surpasse en sensibilité, en délicatesse, en vertus, semble presque l'égaler en connaissances et en talens. Elle a été son disciple; devenue abbesse du Paraclet, elle dirige ses feunes compagnes dans les études les plus relevées. Les lettres d'Abailard et d'Hé;loïse, qui ont mérité d'être conservées à la postérité, et dans lesquelles les modernes ont trouvé tout l'intérêt du roman le pluis attachant, sont, aux yeux de l'historien , un monument sérieux et instructif du développement qu'avaient acquis les idées et l'instruction , et de la direction qu'elles avaient suivie. Au centre de ce tableau se montre Abailard lui-même, supérieur à un siècle contre lequel il eut sans cesse à lutter, joignant à la tendre piété d'un Fénélon , une élévation, une indépendance qui étonnent à cette époque, allant jusqu'à déclarer que « le » Christianisme est une réformation de la loi « naturelle, que les philosophes de l'aniiqtiké

» ont en quelque sorte pressenti l'Evangile , )) qu'ils ne s'éloignent point ou s'éloignent peu )) des Chrétiens, auxquels ils s'unissent par le » lien de la morale (l). » Il marque avec précision les limites qui séparent le domaine de la foi et celui de la raison ; il soumet le premier à l'autorité ; il en affranchit le second (2). 11 s'élève avec force contre les préjugés que les moines opposaient à l'étude de la philosophie , de la littérature profane (3). Il est^ssez singulier d'ailleurs , qu'en recommandant la lecture des anciens philosophes, il déclare lui-même n'avoir jamais lu les écrits d'aucun d'eux , et n'en avoir recueilli les idées que dans Augustin (4).

La carrière d'Abailard avait commencé par sa lutte avec Guillaunae de Champeaux j elle s« termina par une controverse plus sérieuse avec S. Bernard. Celle-ci offre quelques traits semblables à celle qui s'est élevée entre Bossuet et Fénélon. Abailard fut condamné comme Féné-

(1) Abailardi Theolôg. christ. Lib. II, p. i2o4, 1 a I o , 1211. — Voyez austî sa lettre 1 4*.

(2) Theol. christ. Lib. II, p. 1202, 1245, laS^.

(3) Lettre I. Hist. calamitatum. — Prologus intr. ad Theolog.

(4) Theolog. christ. Lib. II, p. 1202.

( ^07 ) Ion, et se soumit avec une docilité aussi exemplaire. Quel que fût le respect qu'il professât pour l'autorité dans les matières religieuses ^ les idées philosophiques qu'il tenta d'introduire dans la théologie l'exposcrenl à ces censures. Mais il- n'en conserva pas moins une grande autorité sur les esprits ; il concourut à faire de Paris la métropole de la philosophie pendant cet agej et l'émulation générale qu'il avait excitée pour l'étude de cette science , se perpétua après lui.

Abailard contribua plus qu'aucun autre à concentrer toute la philosophie dans la dialee-r tique, ou du moins à subordonner entièrement l'une à l'autre. Il déclare lui-même qu'il considérait l'art de la dialectique comme V instituteur de toutes les sciences. Cependant , indépendamment de ces docteurs , qui , suivant lui , n'en rejetaient l'emploi que parce qu'ils étaient incapables d'en apprécier le pouvoir (i), il se trouva parmi ses contemporains quelques bor^s esprits qui aperçurent l'abus et lui opposèrent dès lors des réflexions judicieuses. Adam, Anglais et péripatéticien , était de ce nombre, au

(0 Abailardi, Epist. IV.

rapport de Jean de Salisbury (i). Mais il n'osait s'affranchir de la méthode reçue , de crainte de perdre ses auditeurs; plusieurs partageaient encore l'opinion de ce dernier, mais n'osaient l'exprimer. «Guillaume de Soissons, suivant le même auteur (2), semble avoir entendu que le principe de la contradiction, établi par Aristote comme la clé de la science, ne peut engendrer de vérités positives j et que , de ce qu'il est impossible que la même chose soit et ne soit pas tout ensemble, on ne peut légitimement conclure l'existence réelle d'une chose quelconque. »

Gilbert de La Porée , évêque de Poitiers , contemporain d'Abailard, subit, comme lui, une condamnation rigoureuse , destinée qui fut commune, du reste, à la. plupart des scolastiques de ce temps. Du Boullay, en le justifiant , explique cette sentence par la fausse interprétation que les Réalistes donnèrent à sa doctrine , en supposant que Gilbert attribuait une existence réelle et distincte à des notions qu'il avait seulement distinguées dans le domaine de

(1) Metalogic.j lib. III, cap. 3.

(2) nid. , lib. II, cap. 10,

( ^OÇ) )

l'abslraciion inlellecluelie (i). Nous avons de Gilbert de La Porée un traité intitulé des Six Principes; ce nest qu'un résumé fort médiocre des Catégories d'Arislote, dont il a voulu, sans en expliquer le motif, réduire ainsi le nombre (2). Ce qui eét le plus important à remarquer, c'est que Gilbert commenta le livre de CausiSf et l'un des livres attribués à S. Denis Taréopagite.

Disciple d'Ab.ailard , Pierre Lombard , l'auteur du Maître des Sentences , fut plus lieureux , et appartint au petit nombre de ceux qui écbappèrent aux censures ecclésiastiques. Il fut le prince des Réalistes, Son livre obtint des applaudissemens universels , devint en quelque sorte classique pour l'âge suivant, et exerça un grand nombre de commentateurs et d'interprètes; c'est une sorte de collection de problèmes tbéologiques, dans l'exposition desquels Pierre présente tour à tour les argumens pour et contre, et donne ensuite la solution. 11 mérite d'être noté, comme ayant contribué à déterminer la forme des discussions

(i) Hist. univ. Paris , tome II, p. 240. (2) Imprimé dans les œuvres d'Aristote avec les commentaires d'Averrhocs : Venise, i552, folio 3i.

( ^lo ) de l'école (i). Pierre était natif de Novarre, et devint évêque de Paris. On remarque qu'il ne Cite jamais Arislote.

Pierre Lombard trouva cependant un adversaire dans ce Walter ou Gauthier, abbé de Saint -Victor, qui dans son livre des Quatre Labyrinthes attaqua à la fois Abailard, Gilbert de La Porée , Pierre Lombard , Pierre de Poitiers , et en général tous les docteurs qui s'efforçaient d'introduire la dialectique dans la théologie. Son entreprise, qui fut sans succès, qui a été blâmée par les historiens de la philosophie, et qu'il ne soutint pas par d'excellentes raisons, était cependant peut-être moins condamnable qu'onne l'a pensé. Elle eût du moins épargné de nombreux écarts aux scolastiques.il y a aussi un mérite très-réel dans sa réflexion sur la valeur' des résultats qu'on peut attendre de la dialectique. (( Cet art, dit-il, ne peut légitimer que la » forme des déductions j il ne peut fournir les » principes fondamentaux sur lesquels ces déî) ductions doivent reposer. La déduction la » plus légitime peut conduire à une fausse con*

(i) Pétri Lombardi Scntentiarum librilV- Paris, i539, in-4°.

(4ii)

» séquence, si elle part d'un faux principe (i). » Il eût pu faire reconnaître à son siècle l'erreur essentielle dans laquelle les esprits étaient engagés, lui montrer qu'il ne suffisait pas d'élatorer, qu'il fallait posséder avant tout une substance, une matière, si son siècle eût pu le comprendre, et ajoutons aussi , s'il se fût compris lui-même.

Parmi les commentateurs de Pierre Lombard se signala Alexandre de Haies qui , le premier des modernes , connut le traité de 1 âme par Aristote, et essaya de l'éclairer par une glose.

Nous avons vu que Jean de Salisbury distingue trois opinions diverses parmi les Nominaux, celle qui faisait consister les universaux dans les termes seuls; celle qui les faisait résider dans les propositions; celle qui les plaçait dans les notions de l'entendement; qu'il attribuait la première à Roscelin, la seconde à Abailard. Il ne nous fait point connaître les partisans de la troisième ; il se borne à nous dire (( qu'ils » avaient été conduits à l'embrasser par les ■» écrits de Cicéron et de Boëce , qui fondaient Tè cette doctrine sur l'autorité d' Aristote ; car » ils considèrent la notion comme la connais-

(i) DuBoullay, Hist,univ., § 1 1 , p. 645.

» sance de la forme perçue dans cliaque objet y "» et détachée de cet objet par l'abslraction. » C est une conception pure de l'esprit. Elle » renferme donc tout ce qu'il y a de plus uni- » versel dans les choses. »

Les Réalistes, au rapport de Jean de Salisbury, se soudivisaient en six sectes différentes : la distinction qu'il établit entre elles peut paraître assez subtile : «la première, dit-il, sous la diy> rection de Gautier de Mauritanie, prétend que » les universaux sont identiques aux êtres par- » "ticuliers, quant à l'essence. La seconde em- » prunte les idées de Platon, à l'exemple de Ber- » nard, de Chartres, et ne reconnaît qu'en elles » seules Texislence des genres et des espèces. » La troisième, avec Gilbert évéque de Poitiers, » suit les traces d'Aristote, attribue l'universa- » lité aux formes naturelles, et s'évertue à en éta - » blir la connexion. La quairième,avec Gauslen, » évéque de Soissons, accorde l'universalité à )) la collection de toutes choses réunies en un » tout, et la refuse aux individus. La cinquième » recourt à une langue nouvelle, n'étant point » assez familiarisée avec le latin , et appelle les )j universaux les modes des choses ( manne- )> nV5).La dernière enfin s'attache aux états des

)) choses , et y voil les genree elles espèces (i)» » On trouve à la bibliothèque du roi deux manuscrits de Godefroi, chanoine de S. -Victor, dont l'un est intitulé Microcosmus (2), et le second Fons philosophiœ (3). L'idée du premier paraît empruntée aux nouveaux Platoniciens, et offre en effet une teinte marquée de mysticisme. « Les pbilosophes,ditGodefroy, s'accordent avec » les théologiens à considérer l'homme comme » un petit monde ; de même que le. mQnde » est composé de quatre élémens , l'homme est » doué de quatre facultés : les sens, l'imagina- >i lion , la raisoji et l'intelligence. » Le second présente un tableau assez curieux des écoles de .Paris, de l'enseignement qui y était donné, des doctrines qui y étaient professées. L'auteur déplore l'avilissement dans lequel étaient tombés les trois arts libéraux qui formaient le tripium. Il s'élève ensuite contre les Nominaux (1). Comme Jean de Salisbury,il distingue plusieurs sectes de Réalistes. Il blâme celle qui avait pour chef Gilbert de La Porée, et qui avait , dit-il , triplé le nombre des Catégories. Il traite d'in-

(t) Métalogic, lib. II , cap. 17 , pag. 99,

(2) Sous les numéros 783 et 918.

(3) Sous le n^ 912.

( 4i4 ) sensés les disciples d'un Alberic qui était Tun des adversaires les plus ardens des Nominaux ; il adresse enfin les plus fortes injures aux disciples de Robert de Melun, qui se réunissaient sur la montagne Sainte- Geneviève , et il justifie ces injures en remarquant qu'ils se rappro^ chaient des Nominaux , « ce qui suffit , dit-il , » pour qu'ils ne soient comptés pour rien ( i ) . » Il accorde la palme aux parçipontanis (J) , ceux de tous les Réalistes qui , suivant lui y avaient obtenu le plus de succès et de crédit (2). La philosophie se trouve tellement entrelacée avec la théologie, dans les écrits^des scolastiques de cet âge, qu'il n'est pas aisé d'en dégager, pour nous renfermer dans les limites de notre plan , ce qui appartient exclusivement à la première. En essayant cependant d'opérer cette séparation , nous commençons à découvrir dans les scolastiques du 12^ siècle, quelques indices d'un comftiencement de communicatioMs avec les Arabes; nous découvrons aussi que pendant ce règne presque exclusif de la dialectique d'Aristote , la doctrine de Platon n'était point

(t) Igiturpro nihilo licet hos censere.

( 2) Voyez Histoire littéraire de France, tome XV ,' pi 80 et suivantes.

entièrement inconnue , et que le Mysticisme des nouveaux Platoniciens continuait a exercer une haute influence.

Hugues de Saint- Victor , dans ses livres didascaliques{i) paraît donner à Platon la préférence sur Aristote. On peut douter qu'il eût reçu, par ce canal, quelques notions de la métaphysique des Arabes et de celle des Grecs ; il donne à la matière le nom d'^/e, d'après Wxn des Grecs, probablement emprunté aux Arabes.

Il avait également connu Galien , et sans doute par le canal des Arabes ; car il reproduit quelques-unes de ses vues sur la physiologie ; il reproduit rriême l'hypothèse singulière des différentes cellules du cerveau, affectées aux diverses facultés, qui, chez les Arabes, a déjà attiré notre attention. Hugues de Saint- Victor est le premier des scolastiques qui se soit ex-i pressément livré à l'étude de la psycologie ; on doute toutefois que les quatre livres de son traité de l'Ame lui appartiennent en entier* On y retrouve les vestiges des nouveaux Platonicien^, et de S. Augustin ; on y retrouve aussi des vues qui semblent appartenir à Avi-

(i) Hugonfs Eruditio didascalica , lib. II, cap. 6.-

céna el à Algazcl." a Les facultés de l'Ame sont les sens", l'imagination , la raison , la mémoire , l'entendement et l'intelligence. Les deux premières appartiennent à une substance composée d'air et de feu, dont le siège est dans le cœur, qui monte de là au cerveau, met en jeu les cinq sens dans leurs organes respectifs, et produit les sensations et les images; elle excite dans le cerveau l'éveil de l'imagination, a Le sens perçoit les » formes dans la matière; l'imagination, hors » de la matière. L'imagination se répand par- » tout , se meut, s'agite , erre , crée à son gré. » Elle ne sort point cependant d'elle-même ; » mais elle parcourt en elle-même un immense » espace; elle embrasse par la méditation toutes » 4es œuvres de Dieu; par la contemplation, )) toutes les choses célestes. La raison perçoitles » matières, les formes, les différences, lespro- V priélés et les accidens des objets; elle détache » les qualités des corps, non pas en action et )) en réalité , mais en abstraction , et par une » vue de l'esprit. L'entendement est la faculté » de l'a me qui perçoit les substances invisibles » et spirituelles. L'intelligence est celle qui » perçoit immédiatement la Divinité, car elle » voit ce qui est le sommet de toutes choses, » ce qui est vrai et immuable. L'intelligence

» ne se dirige que sur les principes des choses ;

>} c'est-à-dire Dieu, les idées, la substance ; elle

» en prend une connaissance pure et certaine.

» Le génie recherche ce qui est inconnu; la rai-

» son juge les découvertes du génie. La mémoire

a recueille ces jugemens, et conserve d'autres

» matériaux à des jugemens nouveaux. Ainsi

» se forme une espèce d'ascension et de pro-

» grès des choses inférieures aux choses supé-

)) rieures ; celles-là dépendent de celles-ci.

» L'entendement est une sorte d'image de

» l'intelligence; la raison , une sorte d'image

» de l'entendement , et ainsi de suite. Les sens

» forment l'imagination ; celle-ci la raison, et

» ainsi naît la prudence. La présence divine

» éclaire la raison, produit l'intelligence ; ainsi

» naît la sagesse. 11 y a donc deux mouve-

)) mens, 'et pour ainsi dire deux sexes dans

» l'esprit humain. Il y a un mouvement qui

w porte la raison aux choses célestes; et c'est

» la sagesse ; un autre qui la fait descendre aux

» choses terrestres, et c'est la prudence (i). » C'est ainsi que Hugues , à l'exemple des nou-

(i) Hugo : De Anima ^ cap. 6, 7. Id., Erudilio didascalicn , lib. II , c. 6.

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