‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés relativement aux principes des connaissances humaines (volume 2)Chapitre 28 sur 37 · IV · texte numérisé non relu

IV

( 498 ) de Réalisles, par égard pour l'opinion dominante de leur temps, les 'deux docteurs sont-ils en iîfïet autre chose que de véritables Conceptualistes ?

Une autre question s'était élevée : les rapports sont-ils dans les objets , n'existent-ils que dans l'entendement? Les deux docteurs y répondent par une distinction analogue , et accordent aux rapports l'une et l'autre existence, suivant qu'ils sont envisagés dans leurs termes ou dans le nœud qui les constitue. On demandait enfin si la matière et la forme avaient une existence réelle? Ils répondent affirmativement , mais seulement en tant que la matière et \ajbn?ie sont réunies.

Les deux docteurs ont, d'après Aristote, séparé de nouveau la métaphysique et la logique, si longtemps confondues ; ils ont assigné aussi, d'après le Stagyriie et d'après Avicéna, à la première de ces deux sciences, sa nature et ses limites. Ils réfutent à l'envi l'un de l'autre le système des émanations, et les hypothèses principales des nouveaux Platoniciens. Ce qu'il y a de plus remarquable dans Albert , ce sont ses investigations sur t unité, ce grand principe élémentaire qui a tant occupé les philosophes , non qu'il soit parvenu à discerner exactement

les diverses acceptions de ce terme, mais parce qu'il a du moins signalé les difiicullés mieux que ne lavaient fait ses prédécesseurs , même en s'y perdant , avec tous les efforts qu'il fait pour en sortir (i). Il ne peut parvenir a séparer , par une distinction précise, la notion de V unité de celle de la simplicité j et l'unité maihémafique de l'unité meta physique ou logique. Ce qu'il y a de plus remarquable dans S. Thomas, ce sont ses recherches sur \q principe de Vindividuation, problème qui avait déjà occupé Avicéna, et qui avait exercé depuis peu les. spéculations de S. Bonaventure. On conçoit comment ce problème naissait naturellement du principe général qui réduisait tous les êtres à deux principes : lamatière et là forme. En vain avait-on invoqué le secours de l'agent suprême appelé à combiner entre eux qcs deux élémens; en vain lui avait-on donné une Jin qui pût le déterminer à former celle combinaison ; en vain avait-on de la sorte créée des essences; on n'avait pu produire, à l'aide de tout cet appareil, que des genres et des espèces; (Comment, toutefois, la malière revêtue d'une forme pouvait-elle constituer un

(i) Metaphysîc. Lib. I, Iracf. IV, cap. 7 et suiv.

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individu? En quoi cei individu pouvait- il obtenir son existence propre , séparée et distincte ? Comment s'isolait-il, où étaient ses limites? qu'y avait -il en lui qui ne fût pas dans son espèce ? a Le principe de l'individuation ; répond » S. Thomas est dans la matière , mais dans la » matière caractérisée ( materia signala ). » Mais quel est ce caractère ? quel est ce signe ? « J'appelle matière caractérisée, répond encore » notre docteur, la matière considérée sous di~ » verses dimensions (i).» On voit ici l'équivoque commise sur le terme matière , mais on ne voit pas que la solution soit plus avancée. S. Thomas nous donne, il est vrai, pour exemple, que « l'individualité deSocrate se détermine par ce* » os, cette chair; » mais l'exemple n'est ni heureux, nilumineux: quoi! l'individualité humaine ne résiderait-elle donc que dans ces portions du corps qui sont multiples etqu se renouvellent? S. Thomas a senti la difficulté. « L'essence des » substances composées est à la fois dans la » forme et dans la matière; celle des substances » simples et spirituelles n'est que' dans la forme » seule ; d'où il suit que les premières peuvent

(i) Z?e Ente et essentia^ cap. a, tome IV de ses œuvres , p. 526.

( 5oi ) » être à la fois les mêmes dans l'espèce, et dlver- » ses quant au nombre ; il n'en est pas de même » polir les secondes ; en elles, l'espèce est iden- » tique à l'individu ; il y a autant d'individus M que d'espèces (i). » Voilà donc l'individualité enlevée aux intelligences? « elle réside ce- » pendant dans l'ame humaine , réplique notre » docteur ; mais à cause du corps auquel elle » est unie {2). » Certes, nous aurions attendu une solution absolument opposée. L'ame après sa séparation du corps va donc perdre son individualité? « Nullement : quoique son individua- » tion dépende occasionellemient du corps , )) quant à son inchoation, par la raison qu'elle » n'acquiert son existence individuelle que dans » le corps auquel elle est actuellement unie, ce- » pendant, comme elle a une existence absolue, » l'individualité qu'elle aacquise luidemeure du » moment où elle est devenue la forme de ce M corps. » C'est une conquête qui ne peut plus lui être ravie. Le cardinal Cajetan a jointun long commentaire à ce traité de S. Thomas, comme à plusieurs autres de ses écrits ; mais le commentaire , quelque diffus qu'il sçit, est loin de

(i) llfid. , cap. 5, p. 665.

(2. Ibid. , cap. 6 , p. 625.

faire jaillir la lumière qui manque au texte." La métaphysique d'Aristote a naturellement conduit Albert et S. Thomas à établir la théologie naturelle sousja forme d'une science. Ici, en s'attachent aux traces de leurs guides , ils ont eu soin de mettre la théologie naturelle en harmonie avec l'enseignement de l'Eglise , et ils lui ont imprimé le caractère qu'elle a dès lors conservé dans les écoles.

Depuis que la philosophie avait été complètement incorporée dans la théologie , on avait négligé de rechercher dans les lois de la nature humaine , l'origine des notions morales et des principes des devoirs; ou plutôt on n'avait pas eu de motifs pour entreprendre une semblable recherche; la législation positive donnée par l'enseignement religieux devait suffire. L'éthique d'Aristote rouvrait cette cprrière à l'investigation des philosophes , et les deux docteurs s'y engagèrent encore , mais , en se tenant fidèlementattachésà la morale religieuse comme au fil qui devait les conduire, et associant le plus souvent les deux ordres de notions. Albert et Thomas, à son exemple, considèrent la conscience comme la loi suprême de la raison ; ce^ pendant ils distinguent de la conscience proprement dite, ce qu'ils appellent avec quelques

pères de l'Eglise, la synderèse ; la première est une disposition morale , une puissance ; la seconde est une habitude. « La synâerèse , dit » Albert, est l'étincelle de la conscience. La >i synderèse peut être considérée sous deux rap- )> ports : l'un supérieur, l'autre inférieur; sous » le premier rapport, elle est gouvernée parles y> principes régulateurs de la conscience , prîny) cipes universels qui sont innés en nous; sous » le second rapport elle régit les applications. » La conscience est la loi de la raison et de » l'entendement; parce qu'elle oblige à faire ou » à ne faire pas, par des règles universelles. » Cette loi est donc une habitude naturelle , » quant aux principes; acquise, quant aux appli- )) cations (i) » suivant S. Thomas, la synderèse estrhabitude, la conscience est l'acte (2). S.Thomas occupe un rang éminent parmi les moralistes chrétiens, moins cependant par des vues qui lui soient propres sur les notions fondamentales delà théorie des devoirs, que par le développement qu'il a donné à la nomenclature de

{t)Summa Theol. , pars II , tract. XVI , quasst. 99,^ membr. i.

(2) De F'eritate , quaest. i6, 7, tome XII de se^ œuvres, p. i74ctsuiv.

ces devoirs, aux soins qu'il a pris d'en déterminer avec soin toutes les espèces dans l'application , et suivant la variété des circonstances ; il a mérité ainsi de devenir le guide de ceux auxquels on a donné proprement le nom de casuistes. « La félicité suprême , telle est , à ses yeux, la fin de l'homme. Il ne peut la goûter que dans la vue, la compréhension et la jouissance du souverain bien, c'est-à-dire, deDieumême.» C'est à la métaphysique que S. Thomas demande le caractère qui dislingue le bien et le mal dans les actions humaines : (( toute action en général a précisément en bonté ce qu'elle a en être; tout ce qui lui manque en êtrela rend mauvaise. Le bien , pour l'homme , coiftiste à être suivant la raison. En particulier, cela est bien pour une chose, qui lui convient selon sa forme ; cela est mal, qui ne se trouve pas en harmonie avec l'ordre de sa forme (i). V

Albert se livra avec ardeur à l'étude des sciences physiques. On raconte qu'il avait exécuté un automate non-seulement animé, mais même doué delà parole, automate que S.Thomas brisa, dès la première vue, à coups de bâton, le

(i) Summa Theol. Prima secunda. Quaest. 2, art. 7 , 8. Quaest. 3 , art. i ; quscst. 18 , art. 3,4)^-

prenant pour un agent du démon. Nous avons de lui un traité d'alchimie assez curieux, en ce qu'il indique les erreurs et les vices des procédés employés de son temps dans les expériences; il déclare qu'il n'a épargné ni voyages, ni lectures, ni recherches, m essais, pour perfectionner cette science, et qu'il a fait dans la même vue des dépenses considérables. Ce traité, qui n'est au fond qu'une suite de prescriptions empiriques, telles qu'on pouvait les composer alors, est cependant précédé par des considérations mystiques , comme si le chimiste attendait d'une sorte d'inspiration surnaturelle les lumières qu'il va demander à l'expérience (i ) (F). On ne doit pas s'étonner qu'Albert ait été accusé de magie j mais on peut s'étonner à bon droit de l'entendre lui-même avouer cette qualification , et déclarer que, dans ses expériences magiques , il a réconnu la réalité des enchantemens(2)(G). Ce qui caractérise plus spécialement S. Thomas , ce qui le distingue essentiellement parmi les Scolastiques de cet âge, c'est sa méthode. La coordination générale qui préside à sa Somme

(i) Voyez ce traité à la fin du XXP tome de ses œuvres.

(a) De Anima» Lib. I, tract. I , cap. 6.

Théologique esi vraiment remarquable; on peut l'apprécier par les deux lableaitx synoptiques placés en têie de ce volumineux ouvrage, et qui en font ressortir le système et l'enchaînement d'une manière fortlumineuse. S. Thomas adopte sur chaque sujet une marche absolument uniforme et qui dès lors a presque toujours été adoptée pour modèle. Il pose d'abord une question en forme de problème ; il présente ensuite trois ou quatre motifs en faveur d'une solution ; puis il propose ce qu'il appelle la conclusion qui renferme la solution contraire ; il développe cette conclusion parle raisonnement et l'autorité; il termine en opposant un nombre égal d'argumens aux motifs qu'il avait allégués d abordà l'appui de la solution rejetée. Sa conclusion est presque toujours, moins une proposition absolue , qu'une distinction à l'aide de laquelle il considère la question sous un double rapport, répondant affirmativement sous l'un et négativement S0US l'autre.

Ces deux grandes colonnes de la [)hilosophie scolastique ont droit sans doute à notre admiration, lorsqu'on considère l'époque à laquelle elles s'élevèrent. Albert et S. Thomas ont eu le mérite réel de tracer le cadre le plus vaste aux méditations de leurs successeurs ; ils ont en

(5o7. ) particulier celui d'avoir posé, dans leurs élémens les plus essentiels, les problèmes relatif;* aux principes de^connaissances humaines j- mais on retirera de la lecture de leurs volumineux écrits , il faut le dire , moins de fruits qu'on en espérerait •' ils sont, en général , vides de faits ; ime foule de questions oiseuses sont mêlées à celles qui cojumandent le plus d'intérêt j les distinctions y sont multipliées à l'infini et sont rarement lun^^neuses. Les solutions sont ordinairement déduites d'un genre d'argumentation étranger à la nature des choses, et fondées sur un simple artifice de mots. Quel fruit attendre de ces théories qui expliquent la nature des corps par la corporéité , et les objets réels par leurs formes prétendues, restituant à ces objets ce que l'esprit en a détaché? le style d'Albert est aussi obscur que prolixe. S. Thomas est plus clair; mais la sécheresse, l'uniformité, et la méthode syllogistique , la prodigalité constante des abstractions inutiles , le privent de tous les secours que la philosophie la plus austère peut trouver dans le langage pour rendre la vérité plus accessible et l'environner de quelques charmes

Quoique S. Thomas eût été le disciple d'Albert , quoiqu'il eût , comme on vient de le voir ,

( 5o8 ) à peu près suivi ses erremens, c'est S. Thomas qui a eu l'honneur de donner son nom à la nombreuse école quia embrass? et soutenu leurs doctrines; c'est sur le texte de S. Thomas que se sont exercés les nombreux commentateurs qui ont voulu les développer. C'est S. Thomas qui , dans la Divine Comédie du Dante , remplit la fonction éminente de présenter au poète tous les philosophes modernes. L'un des plus fidèles et des plus ardens sectateurs du docteur angélique fut cet iïLgidius Colonne , appartenant à l'illustre famille des Colonne, qui entra dans l'ordre des Augustins, et reçut le titre àc docteur très-solide { fundatissimus), La plupart de ses ouvrages sont restés inédits; il en est un qui avait pour objet de découvrir le véritable auteur du livre de Caiisis. iEgidius fait consister la vérité dans le rapport des objets à l'entendement; il en distingue trois sortes : la vérité logique, la vérité réelle, la vérité absolue et in finie. Dans la première, l'entendement produit l'objet ; dans la seconde, l'objet produit l'idée ; dans la troisième, un principe plus élevé, Dieu même , produit à la fois et l'idée et l'objet (i).» iEgidius distingue aussi Vêtre absolu

(f) JEgidiiquodlibeta^ p. 86, 2o3.

(5o9) et V être participant. Le premier est infini; pnr; il subsiste par lui-même ; le second se réfère au premier, comme Tespèce à son genre, ou comme la matière à la forme; il est fini, dépendant, conditionnel. Le premier est simple, par cela même qu'il est infini ; le second Irouvç dans sa limiiatation l'origine de sa variété (t).La matière n'est aux yeux d'j!Îlgidius qu'une simple puissance [potentia pura) , dans laquelle il n'y a rien d'actuel ( z'/z actu) (2).» Elle n'est pas la privation des nouveaux Platoniciens; mais elle n'a pas plus de réalité, a Ce qui constitue l'individualité, dit-il , c'est que la substance a une existence propre , qui ne peut être communiquée à aucune autre ; tout ce qui existe en soi , qui agit par soi , est individuel ; ce qui est général existe dans plusieurs. Le principe de l'individuation n'est donc pas dans la matière proprement dite , mais seulement dans la matière déterminée (3). »

^gidius Colonne n'eut guère d'ailleurs que le mérite de chercher à éclaircir la doctrine de

(i) Id. , Tract. De arle et essentia.

{p^jld.., In magistr. , sentent. II, distinct. 12, quaesf. 8, g.

(3) Id. j ibid., I; distinct. 3, pars I, qusRSt. ^.

( 5io ) l'ange de l'école ; on lui a attribué des Commentaires physiques et métaphysiques , publiés en i6o4, et qui donneraient de lui une idée plus relevée, comme philosophe et comme écrivain ; mais cet ouvrage est évidemment d'un auteur beaucoup plus récent.

Cependant l'ordre, de S. François s'était aussi voué à l'étude de l'enseignement de la théologie, et cherchait à donner à ses écoles, le relief et l'éclat des doctrines philosophiques. Jean de Fidanza , né en Toscane , en 1221 , plus connu sous le nom de S. Bonavenlure , cultiva avec une égale ardeur ces deux sciences, et subordonna surtout étroitement la seconde à la première. Il fut l'émule d'Albert, en suivant une* autre route. S. Bonaventure fut revêtu de la pourpre romaine, et mourut à Lyon en 1274, pendant la tenue du concile. Il était fort éloigné de rivaliser avec le philosophe de Cologne , pour l'étendue des connaissances : la lecture des écrits d'Aristote , de S. Augustin, de S. Anselme, de Pierre Lombard , composait son érudition ; il avait aussi étudié Hugues de S. Victor , et c'est peut-être à cette source qu'il puisa le Mysticisme que sa doctrine respire. Ce Mysticisme, joint à de hautes vertus , à une piété ardente, et entretenu par elle, lui donna

( 5.1 ) toute fois sur les esprits un ascendant presque égal à celui qu'Albert obtenait par son savoir. Gerson le place , par ce motif, au-dessus de tous les Scolastiques , mais se plaint cependant de ce qu'il n'est pas assez étudié. «11 existe pour l'homme , suivant S. Bonavenlure , quatre modes d'illumination : le premier est extérieur; il enseigne les arts mécaniques : le second est intérieur; il montre les formes naturelles , et enseigne les connaissances sensibles : le troisième, intérieur, enseigne les vérités intellectuelles et philosophiques : le dernier est supérieur; il révèle les vérités divines. Tous dérivent d'une seule et même lumière primitive , la lumière céleste. Les arts sont une représentation du grand œuvre par lequel le Créateur a donné l'être à sa créature. Les perceptions des sens s'opèrent à l'aide d'un médium, de certaines espèces sensibles qui se détachent des objets et s'unissent aux organes et à la faculté de sentir ; elles font ainsi concevoir, cotnment de l'intelligence éternelle est émanée cette image qui s*est unie à la chair (i), »

« Il y a une vérité dans le langage, une vérité

(i) S. Bonaventure. — Opuscula^ tome I , p. 66.

dans les choses , une vérité dans les mœurs. Là métaphysique embrasse la connaissance de tous les êtres , la réduit à un principe duquel ils sont dérivés, d'après les types idéaux , c'est-à-dire à Dieu qui est à la fois le principe , la fin et l'exemplaire . »

« L'univers entier est une échelle qui conduit à la Divinité. Cette échelle a trois degrés : les objets extérieurs doivent ramener l'âme en ellemême; elle doit, en concentrant la pensée sur elle-même , y découvrir le reflet de la vérité suprême ; elle doit enfin s'élever aux choses éternelles, pour y contempler le premier pnncipe. Chacun de ces degrés est double à son tour, suivant que la Divinité est considérée cojnmfiVjdlphaovLV Oméga f suivant qu'elle est considérée par le miroir, ou dans le miroir qui la réfléchit. Ces six degrés sont la sensation , l'imagination , la raison , l'entendement , le sommet de Tintelligence et la synderèse (i). » S. Bonaventure emprunte le langage des nouveaux Platoniciens et du pseudo-Denis l'aréopagite ,

(i) Ibid. , tome II , p. i aS. — Magist. sentent. II , distinct. 3, art. 2, quscst. 3, distinct. 12, art. i^ quxst. I.

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comuie il reproduit leurs idées en les adaptant aux vues ascétiques. Il reproduit aussi, en les rao- ' disant, les raisons séminales des anciens. Il voit en elles les formes générales, encore indéterminées. Il rejette l'ame du monde, l'émanation universelle ,' il admet l'influence des astres sur les phçrio mènes terrestres , §ur le corps, l'âme, la pejisée , la volonté de l'homme (i). Il soi^d^ le grand problème du principe de l'indiyidualion ; mais , il n'est guère plus heureux pour le résoudre que S. Thomas ne l'a été après lui. tt L'individ nation résulte de la conjonction actuelle de la matière et de la forme , conjonction dans laquelle l'un de ce$ deux principes s'approprie l'autre. C'est ainsi que plusieurs sceaux s'impriment sur la cire. Où est cependant l'origine de cette alliance ? L'individu tient^, de la forme , la propriété d'être quelque chose ^àe la matière, celle d'être précisé-^ ment cela y parce que la matière lui donne sa position dans le temps et dans le lieu. La matière donne l'existence à la forme j la forme donne à la matière l'acte éHètre. La matière dé-

{i)Jbid. y distinct. i4; art. 2 , memb. 2, quaest. 23. IV. 35

pend de la forme et en reçoit sa coordinaiioti nécessaire j et, quoiqu'elle soit antérieure à celleci dans la production ou génération, elle lui est postérieure selon X accomplissement (i). P

La région qui venait , au milieu du 1 3« siècle , de s'offrir aux spéculations des Scolastiques , était si vaste , le but qu'on espérait atteindre en la parcourant, était si élevé, les moyens de la parcourir paraissaient si faciles , les exemples étaient si propres à exciter l'émulation, qu'on devait s'attendre à voir se multiplier de toutes parts ces explorations philosophiques, dans un siècle où l'ardeur des études était portée à un sj haut degré de perfection. En effet, les docteurs se présentent en foule , embrassant le même cadre , suivant les mêmes méthodes , traitant les mêmes questions , cherchant à les approfondir , mais , on est forcé de le reconnaître , ajoutant plutôt à la masse des volumes, qu'à l'étendue réelle des connaissances.

En Espagne, nous distinguons Pierre , fils du médecin Julien, d-e Lisbonne, qui associa

( I ) Comment, in magistr. sentent. , lib. II , distinct. 9, membr. 2, quacst. 3, 4> distinct. 12, art. i, <{uaest. I.

(5.5) lili-méme l'étude de la médecine à celle de la philosophie et de la théologie , qui fut successivement évéque de Braga, cardinal et évêque de Frascati, en layS, et qui occupa la chaire de S. Pierre, en 1276, sous le npm de Jean XXI. Indépendamment de ses écrits sur l'art médical, il composa un Manuel de Logique qui paraît emprunté en grande partie à celui de Michel Psellus, mais dans lequel il ajouta quelques perfeciionnemens à l'artifice mécanique du syllogisme.

Genève donna le jour à Henri, qui obtint le litre de docteur solennel y qui mourut en 1 293 , laissant une grande renommée , et non sans avoir exercé sur son siècle une influence utile à plusieurs égards. Henri était Réaliste; mais son réal"*^me était celui des nouveaux Platoniciens , qui rapporte tout à l'unité absolue , et conçoit les formes des êtres comme les idées exemplaires de l'entendement divin. II prêtait aux idées une existence réelle et distincte de la raison divine à laquelle elles servent d'exemplaires , se fondant sur ce motif que toute idée doit avoir un objet (i). Il eut îe

(1) Henrici Gandavensis sumina Ht, quxst. 25. — Quodiibet YIH, quxst. i.

n]|erit6 en psycolbgie , de justifier par quelques observations, le concours de l'acliviié de Fârae dans la sensation et dans la pensée. En souscrivant à l'hypothèse desPéripatëiicienssur le double ordre à^ espèces intermédiaires qui se placent entre les objets et l'esprit humain, pour fonder leurs rapports dans la perception sensible et dans la pensée, il admit cependant certains objets qui s'offrent directement à l'entendement, sans le secours de ces sortes de figures. Avec Platon et S. Augustin , Henri pense que l'entendement humain ne peut rien connaître sans le secours d'une illumination spéciale qui émane de la Divinité. L'individualité n'est point à ses yeux un principe positif, mais négatif ; il n'est qu'un accident ; Henri n'en trouve point la raison dans l'essence. Les rapports, genre de notion dont la réalité donnait tant d'embarras aux Scolastiques , ne se distinguent point , aux yeux de Henry, de leur fondement; ils n'en sont aussi que des accidens. Faute d'avoir su déterminer exactement les notions de l'être , on demandait alors si Vêtre de l'essence était différent de Xêfre de l'existence. Henri répond en distinguant une certaine réalité qui subsiste indépendamment de la manière d'être actuelle, à laquelle celle-ci vient se joindre, qui lui sert

(5.7) de pivot , comme le corps à la couleur , el une certaine abstraction indifférente à l'êlre et au non- être, qui n'existe point en elle-même, mais qui a cependant dans l'eniendement divin une idée correspondante , et que la plhssance divine peut réaliser (i). Henri s élève quelquefois à des abstractions fort subtiles , mais se perd aussi dans les nuages. Il ose critiquer Arislote et S. Thomas.

Un autre 'docteur, le docteur solide (solidus, copiosus y fundatissimus) naquit et enseigna à Oxford ; ce fut Richard de Middlelon , qui termina sa carrière dans cette ville en 1 5oo. 11 appartenait à l'ordre des frères mineurs ; il eut la réputation d'être fort habile à détruire les sophismes, et le mérite rare à cette époque, d'une certaine netteté dans les idées ; il sut, il est vrai," s'abstenir avec réserve des spéculations abstraites, et se dirigea spécialement vers la théologie naturelle et la psycologie. Les Scholasliques faisaient résulter la forme du corps de son union avec l'ame ; Richard lui attribua un principe dans la matière même , rapporta à ce principe les facultés inférieures de l'âme", et y renferma

(i) (^ucdlibel 1 j.qiuEst. 9.

rame des brutes. 11 réserva ainsi une origine dislincle et plus élevée aux facultés intellectuelles qui forment le privilège de l'ame humaine, en reconnaissant toutefois que cet ordre detfacullés est dépendant du premier. Il maint^f^t, contre les Thomistes, que les âmes humaines diffèrent entre elles (i). « L'ânie humaine a une certaine expansion qui se distingue de retendue des corps , quoiqu'elle ait quelque rapport avec elle; elle* est présente dans chaque partie du corps , comme Dieu dans chaque partie de l'espace (2). »

Du sein des îles britanniques s'éleva contre les Thomistes un adversaire puissant qui engagea avec eux une lutte vigoureuse , qui se plaça au premier rang des Scolasliques du temps; l'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande se disputent l'honneur de lui avoir donné le jour, ij'ordre de S. François a eu celui de le compter dans ses rangs. Ce fut Jean Duns îScot, 11 étudia à Paris, recueillit, sans s'y asser-

(i) Richard de. fl^ediayiHa : /« magist. sentent. II , distinct. 17 , quœst. i , n' 5 ; distinct. i5 , quaest. i ; distinct. 18, 19, quaest. a, n° 2 ; 3; distinct. 19, qusest. I , n° 2, distinct. 3i , quaest. 4» "" »•

(a) Ibid. , I , distinct. 8 , quaest. 4 , n". i.

( 5i9 ) vir, les leçons de S. Bonaveuiure cl de S. Thomas, et mourut, jeune encore, en i3o8, à Cologne, où il venait d'occuper une chaire. Ses ouvrages attestent qu'il avait beaucoup lu, et renferraentun résumé comparatif des opinion^ diverses sur les questions agitées de son temps. On lui décerna le litre de docteur subtil , et il laut convenir qu'il ne le justifia que trop. Il porta au plus haut degré l'art déjà si avancé des distinctions, mais sans lui donner ni plus de solidité, ni la clarté qui lui eut été si nécessaire. Toutefois , au travers d'argumentations qui ne roulent le plus souvent que sur des artifices de mots , on rencontre dans ses écrits quelques aperçus qui eussent fait espérer de plus heureux résultats , s'il se fut trouvé engagé dans une medleure route,

a Comment se fait-il , dit judicieusement Tennemann (i), que S. Thomas et Duns Scot, parlant tous deux des mêmes principes , suivant" tous deux les mêmes métliodes , subordonnant tous deux la philosophie à la théologie commp à son but et à sa règle , prenant tous deui; Aristote pour guide , arrivent cependant sur pres-

(i) Histoire de la Phil. , tome 8, 2" partie, p. 703.

que tous les points à des résultats diamétralement opposés ? >) C'est ce que nous examinerons daïis la seconde partie de cet ouvrage.

Duns Scot , Réïiliste prorioncé , a déduit les conséquences rigoureuses de ce système. De là réisultent sa théorie de la connaissance , ses opi- "ihioiis sur le principe de l'individuaiion , sur là nature des relations, deux questions dérivées naturellement de l'hypothèse qui prêtait ïme réalité objective aux notions générales , et qui n'étaient pas faciles à résoudre dans une hypothèse semblable.

V 11 y a une connaissance expérimentale. Quoique l'expérience n'embrasse pas tous les cas particuliers 5 et ce qui arrive toujours, mais seulement un certain nombre de cas, et ce qui arrive le plus souvent, toutefois, elle enseigne, 'par une connaissance certaine, que le même phénomène se répétera partout et toujours, en vertu d'un principe qui repose dans notre âme, savoir; qUe ce qui résulte en certain cas d'unecause non libre est son effet naturel (i) . Tel est le dernier terme de la connaissance scientifique ; elle n'obtient point la notion nécessaire de la connexion actuelle de la cause avec son effet , parce

(i)//t magist. sentent. I , quaest. 3.

qu'il n'y a pas de contradiction à les concevoir séparés dans la connaissance spéculative. Les sens sont l'occasion et non la cause ; car , l'entendement ne peut recevoir les notions simples que par les sens ; mais, il les combine ensuite par la vertu qui lui est propre ; il compare ces composés, en reconnaît l'identité, principe essentiel des vérités intellectuelles (C). » Sans adopter entièrement l'opinion de S. Augustin , de S. Bonaventure et de Henri, de Genève, qui considéraient la connaissance rationnelle comme un rayon de la lumière divine , Duns Scot suppose cependant que cet ordre de connaissances provient médiatement de l'illumination divine , en ce sens que l'esprit humain retrouve les idées divines dans les objets dont elles ont été les types. On peut donc accorder que les vérités pures sont connues dans la lumière éternelle , comme dans un objet éloigné, parce que la lumière sacrée est le premier principe des êtres appartenans à l'ordre de la spéculation, comme la fin dernière des choses pratiques. Ce mode de connaissance est le plus parfait} la science universelle appartient donc aux théologiens. Les propriétés hième du triangle sont connues d'une manière plus noble par celte participation divine, par les

noiions de l'ordre de l'univers, qui expriment Ja perfection de Dieu, que par les démonstrations ihéologiques. »

Duns Scot dévelop{)e la juste et profonde distinction introduite par Aristote, entre la subordination des connaissances fondée sur leur dépendance logique , et la succession qui résulte de leur mode d'acquisition. Il distingue la connaissance actuelle , habituelle et virtuelle ; la conception absolument simple , qui jje peut se résoudre en d'autres, et la simple conception qui ne consiste que dans l'acte de l'inlelligence , sans le concours de l'acte du juge" ment. Il distingue ^intelligence confuse et rintelligence.de ce qui est confus ^ la première lient ce caractère des opérations de l'esprit ; la seconde, de la disposition de l'objet, ci La con" naissance actuelle et confuse procède du particulier au général ; la connaissance actuelle et distincte suit un ordre inverse.

» Quoique les notions générales aient une origine dans l'expérience , elles n'en sont pas moins réelles , parce que l'entendement ne les produit pas , mais les reçoit ; car l'objet préexiste à l'acte de la connaissance. Dans tout genre, il y a une première unité qui en est le mètre : celte uaité est réelle, car les objets me-

( 523 ) sures sont réels. Or, des objels réels ne peuvent être mesurés par un être de raison. Cette unité n'est ni individuelle ni numérique. Elle réside dans les choses , indépendamment des opérations de l'entendement (i). »

Quel est donc l'élément qui doit venir se joindre à l'universel , au général , existant déjà réellement, pour en former un individu? Tel étrfit le problème du principe de l'individuation. Duns Scot rejette l'hypothèse d'un certain j>ère Adam qui plaçait ce principe dans l'essence d'une substance matérielle en soi et par soi-même; il rejette à la fois celle d'Henri de Genève, qui avait considéré ce principe comme négatif, celles de Nicolas Bonnet, d'iEgidius Colonne , de S. Thomas , qui , accordant un principe positif à l'individuaiion, avaient tour à tour placé ce principe dans l'existence , dans la qualité , dans la matière ; il lui attribue aussi un principe positif; mais, ne le trouve ni dans la rtiatière , "ni dans la fbrnie , ni dans l'accident. Ce principe consiste , suivant lui , dans certaines e/z^z/^5/70szYiVé;^ qui déterminent la nature^ c'est ce que son école nomme les Hœcceités {Hœcceitates). «Ainsi Pierre est un individu,

(i) Ibid. , II ; distinct. 3 , quaest. i.

( 524 ) parce que la Pétréitè vient s'unir en lui à ï humanité (i). » C'est ainsi que les Scolastlques croyaient résoudre les problèmes de la nature des choses!

Duns Scot soutient, contre les Thomistes, que les facultés de l'ame n'ont point, dans la réalité, d existence distincte entre elles , ni d'existence séparée de l'âme elle-même. Sa définition de la volonté est remarquable ; il la considère comme une spontanéité absolue, comme une libre causalité (2).

La lutte entre les Thomistes et les Scotistes trouva son principal aliment dans les questions théologiques relatives à là liberté, à la grâce, à la prédestination, et leur dut aussi sa principale célébrité. Ces questions , étrangères à notre sujet, se liaient cependant sous quelques rapports aux doctrines philosophiques des deux partis : des questions du même genre , mais considérées dans le domaine de la théologie et de la morale naturelles, avaient aussi partagé les sectes de l'antiquité.

(i) Jèid, , ibid. , quœst. 2.

{7) Ibid.y I, distinct. 8, quœst. 5, 11 ; distinct. a5 , quacst. i , quacst. subliliss. , quœsl. 5 , §§ 4 > §> '^*

Parmi les nombreux disciples et seclaleurs de. Duns Scot, se signalèrent Jean Vassalis, Antoine André, Pierre Tartaret, mais surtout François de Mayronis , qui mérite ici une mention particulière, parce qu'il détermina avec plus de précision quelques idées de son maître; s'il y joignit trop souvent des subtilités nouvelles, il y ajoula cependant aussi quelques vues qui lui étaient propres. On lui donna les surnoms de docteur illuminé, délié, de docteur des abstractions. Recherchant, sur les traces de Duns Scot, le premier principe qui domine sur l'universalité de la science , il le trouva dans cette proposition : ce II y a sur chaque chose une » afhrmation ou une négation vraie , mais non » l'une et l'auti'e à la fois. » Les nouveaux Platoniciens, et Duns Scot après eux , avaient établi que la Divinité ne forme point un même genre avec les créatures; François de Mayronis admit l'opinion contraire. Il réalisa la notion de la relation , comme la plupart de ses contemporains , mais par d'autres motifs : en supposant que les sens perçoivent , non-seulement les objets , mais le rapport qui est entre eux , il ajouta que la relation est réellement distincte de ses termes ou fondemens. Il réalisa également les notions générales , sans les placer

cependant, ni dans l'essence de l'enlendemeiity ni dans celle des objets : elles n'élaient à ses yenx que de simples accidens (i). Ge qu'il y a de plus remarquable dans spn commentaire sur le Maître des sentences, ce sont les ràisonnemens qu'il oppose aux Sceptiques, pour justifier le témoignage des sens; il rejette sur le sens commun, ce foyer assigné par Arislote , les erreurs dont les sens externes sont accusés (2}.

Une autre controverse plus fructueuse peutêtre s'élève , au commencement du i4' siècle / entre l'un des plus célèbres Thomistes, Hervey Natalis, Breton, qui devint général de l'ordre de S. Dominique, et Durand de S. Pourcain , Auvergnat , qui enseigna la théologie à Rome avec éclat, et fut promus à l'épiscopat. Dans cette controverse, l'Auvergnat eut le double avantage de porter à la fois plus de netteté • dans ses idées et plus de clarté dans l'expression. Le premier termina sa carrière en i522, le second, en i532.

(i) Fràncisci Maronis, iu-fol. Sentent, prœm. qusest. i,2,4>^»'<^>ïï>'^; distinct. 29, quaest. i j distinct. 79, quxst. i.

(2) Ibid j prœm. quxst. 19.

( 5^7 ) î)e{)ms que Dans Scot avait distingué les êtres de raison des êtres existans , plusieurs systèmes s'étaient élevés sur la manière de déterminer la nature des premiers. Hervey les expose , les compare , les discute : il rejette celui qui considère Vêtre de raison comme quelque chose de subjectif dans l'âme, et celui qui le considère comme quelque chose d'objectif transmis à l'âme du sein de la réalité , et reçu dans l'entendement comme l'objet d'une connaissance," il le fait naître de la connaissance même , et le considère comme quelque chose qui résulte seulement de la représentation objective (i). Le Réalisme allait jusqu'à attribuer une réalité distincte et séparée à l'espèce et aux différenfces ; en cela il était conséquent à lui-même; Hervey nie cette distinction; il nie également l'identité du rapport avec ses termes : « La relation , dit-il , exprime quelque chose de positif dans les ob jets j en cela, mais, en cela seument , elle est identique avec ses fondemens ; elle exprime aussi une vue de l'esprit qui réfère im terme à l'autre (2). » C'était encore un grand

(i) Htrvœi Natalis , quodiibet III, quaest. i. (2) Quodiibet I, quaest. 9.

sujet de discussion pour les Scolastiques que de déterminer les degrés cV intension j car, comment des qualités semblables, appartenantes à la même espèce , douées de la mêriie essence , peuyent-elles subir des degrés différens d'expansion ? Hervey résoud le problème en admettant dans V essence ou dans Vétre^ une certaine latitude sujette à varier , sans qu'elle change de nature constitutive (i). Avec les nouveaux Platoniciens et S. Thomas, il suppose la possibilité de l'éternité du monde , c'est-à-dire , de la création du monde avant le temps (2). Tels sont les traits principaux qu'on peut saisir au travers de l'obscurité de son style.

Durand avoit été dans sa jeunesse un ardent sectateur de l'Ange de l'école \ mais il quitta les rangs des Thomistes, et tenta de se frayer une plus libre carrière. On le nomma le docteur trèsrésolu y U eût mérité un titre plus honorable , celui d'ami sincère de la vérité. «Quelle que soit l'importance, dit-il, qu'aient voulu attacher les partisans d'Aristote à leur entendement actif, celte question intéresse moins que la vérité. Quelle nécessité y a-t-il d'ailleurs de distln-

(i) In magisl. sentent. I , distinct. 17 , quaest. 4- (2) Ibid , II , distinct. 3, qusest. i.

guer deux principes dans l'ame , par cela seul que tour à tour elle agit et n'agit pas , quoique ' conservant, dans ce dernier cas, la faculté d'agir? La vérité de la proposition , dit-il encore , est la vérité du signe ; la vérité de l'entendement ne consitant que dans son acte, n'a qu'une réalité subjective ; cet acte est toujours vrai, en ce sens qu'il est réel dans l'entendement. Mais , la vérité d'une conception consiste dans son r.1pport avec l'objet ; elle consiste dans la confor-». mité ou Vadœquatîon de l'une avec l'autre, de l'être subjectif avec l'être objectif. La vérité réside donc, non dans les choses , mais dans l'entendement , d'une manière relative où objective (i).

» Le général et l'individuel ne se distinguent que dans le domaine de l'existence : tout ce qui existe est individuel; ce qui ne réside que dans la pensée est général. Le général s'individualise en recevant une détermination par l'existence hors de la pensée. Le principe de l'individuation n'est donc autre chose que le fondement de l'existence d'un être, c'(ist-à-

(i) In magist. sentent. I , distinct. 3, quœst. 5; distinct. 19, quaest. i4-

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