‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés relativement aux principes des connaissances humaines (volume 2)Chapitre 29 sur 37 · IV · texte numérisé non relu

IV

dire , l*activité d'un être présent dans la nature , laquelle né produit jamais que des individus(i). ft On voit que Durand n'était Réaliste que de nom.

Durand distingue la relation réelle et la relation logique, a Le mouvement des corps , l'union de l'accident au sujet , appartiennent à la première ; l'égalité , l'analogie à la seconde.

» La diversité des degrés d'intension repose: dans une certaine latitude de V essence ; elle a ses principes, en partie dans la propriété de la cause , en partie dans celle du sujet modifié. La qualité forme un continuum divisible ^ sans cependant se confondre avec l'extension matérielle , c'est-à-dire , sans se composer de parties surajoutées les unes aux autres (2). »

Durand affirma contre les Thomistes que les âmes ne sont point égales par leur nature ; il chercha les caractères des facultés de l'âme dans les témoignages de la conscience irwtime , et sépara ces facultés de l'essence de l'âme , en montrant qu'elles ont des intervalles d'inaction^ Il répandit quelque lumière sur les démonstrations de l'existence de Dieu ; il en distingua

(i) Ibid., distinct. 3, quaest. 2.

(2) Ibid. , distinct, i; , quaest. 5,6, 7.

trois principales; la première, qu'il appela via ermnentiœ , déduite de l'idée de l'être souve- ' rainément parfait ; la seconde , qu'il appela via causalitatis , déduite de l'impossibilité d'une progression de causes à l'infini ; la troisième , fondée sur la notion de Vétre néces-^ s aire (i).'

A la fin du i5* siècle et au commencement du i4s paraît sur la scène l'un des hommes les plus extraordinaires par la singularité de sa vie et celle de ses travaux, que l'histoire de l'esprit humain ait jamais signalés; c'est ce Raymond LuUe, condamné par les uns comme un hérétique, accusé par eux de tous les vices , vénéré par les autres comme un saint et un martyr , traité d'insensé par les uns , ad- * miré par les autres comme un esprit supérieur; tour à tour soldat , court' san , marié , moine , érudit , philologue , mystique ,- théologien , philosophe , écrivain , missionnaire ; ce Lulle, qui parcourut l'Europe et l'Afrique , voulut entreprendre des croisades; assiégea les rois et les papes de ses sollicitations constantes pour la double cause de la conversion des Sarrasins et de la propagation d'une science nouvelle,

(i) Ibid. , distinct. 3^ qusest. i.

étudia l'arabe, provoqua dans les universités, et spécialement à Paris , l'érection des chaires pour l'enseignement de cette langue ; s'initia dans les doctrines des Arabes et celle des Juifs ; introduisit les mystères cabalistiques chez les Chrétiens; auteur si fécond au milieu d'une vie si active, qu'on lui attribue quatre mille ouvrages, et que ses seuls écrits imprimés forment dix énormes volumes in-folio , créateur enfin de cet art combinatoire qu'on appella l'art merveilleux, qui long-temps a passé pour tel, de cet art qui a exercé les Rircher , les Leibnitz , et tant d'autres ; ce Raymond Lulle qui , après avoir étonné son siècle , est tombé ensuite dans un tel oubli, que son nom a même échappé à quelques-uns des plus savans biographes (K).

Les admirateurs de Raymond Lulle n'ont pas hésité à déclarer que son grand art lui a été révélé par une inspiration céleste et miraculeuse ; mais son origine véritable , quoique naturelle et terrestre, se montre assez par la filiation des traditions et par les aveux de Lulle lui-même. L'idée sur laquelle cet art repose , les linéamens du dessin d'après lequel il est conçu , dérivent des Juifs et des Arabes , et probablement même d'une source encore plus lointaine , des Gnostiques , de Pythagore , des

prêtres égyptiens (i). Lulle ne paraît guèreavoir eu d'autre mérite , si toutefois c'en est un aux yeux de la saine raison que de donner une nouvelle forme , ou plutôt mille formes diverses , de nouveaux développemens et une multitude d'applications à ce bizarre système, de le tirer du secret sous lequel on le tenait soigneusement gardé , et de le produire au grand jour dans nos écoles.

En partant de l'hypothèse que les combinaisons logiques des idées représentent l'empire des réalités, que les êtres se forment, comme nos conceptions , par une dérivation progressive des notions les plus générales, en distribuant la nomenclature des idées abstraites d'après le rôle qu'elles jouent dans ces combinaisons , on peut représenter d'avance le tableau de tous leurs élémens possibles , et composer ainsi à priori une sorte d'arsenal (Je la science. Qu'on affecte ensuite à chacune des divisions de la nomenclature , des signes conventionnels , tels que les lettres de l'alphabet , par exemple ; qu'on trace des tableaux figuratifs , propres à exprimer toutes les évolutions que

(i) Voyez ci-dessus , chap. 23 , page

( 534 ) pes termes peuvent subir en s'associant entre eux , en obliendra , par un artifice tout mécanique , un nombre indéfini de formules qui composeront une sorte d'algorithme métaphysique : tel est le grand art de Raymond LuUe.; il place sur autant de colonnes distinctes ce qu'il appelle les principes ou Prœdicats , divisés en deux ordres , absolus et relatifs ; il y range les questions possibles , les sujets généraux , les vertus et les vices ; à chaque colonne il assigne neuf termes. 11 construit ensuite des cercles concentriques les uns aux autres et mobiles , dont chacun correspond à l'une des colonnes de son tableau , et dont les rayons correspondent aux différens termes de ces colonnes. Ces cercles , dans leurs positions respectives , placent ces termes en regard suivant des corrélations variées , et engendrent ainsi toute sorte de propositions. On ne peut mieux comparer ce jeu qu'à la machine imaginée par Pascal , pour exécuter les quatre règles de l'arithmétique. C'est un moyen de parler et d'écrire sur toute sorte de sujets , sans se donner la peine de. penser : les révolutions des figures emblématiques remplacent les méditations de l'esprit; il n'est pas besoin de dire qu'elles tiennent lieu également de la Connaissance des faits ; car ,

( 555 ) d'après la supposition fondamentale , une telle connaissance est absolument oiseuse. Cette réflexion nous explique comment Lulle a pu composer un aussi grand nombre de livres; il eût pu certes les composer même pendant* son sommeil, à l'aide d'un moteur qui eût mis sa machine en jeu. Cet artifice une fois imaginé , Lulle Va varié en raille manières, lui a donné mille développemens. Tantôt ce sont des tableaux synoptiques , tantôt des arbres généalogiques , auxquels il ne manque pas de donner le nom d'arbre de la science. Seulement, il lui fallait une symeirie rigoureuse, des nombres déterminés; et, comme la région des idées ne se prêle pas ainsi aux caprices du mécanicien, il lui a fallu contraindre , bon gré mal gré , toutes les notions à s'arranger dans ses cases , à se réduire aux comparllraens qui lui étaient nécessaires.

Un tel système , conçu dans sa simplicité et dans sa vraie nature, pourrait offrir quelques secours à la mnémonique , à l'improvisation , et il a été employé en effet dans ce genre d'applications ; il peut aussi fournir quelques données pour la composition d'une langue universelle , si une telle langue est en effet possible ; il peut surtout satisfaire aux besoins d'unu

vanité pédantesque jointe à l'ignorance et à la paresse de l'esprit, en leur offrant les moyens d'afficher un vaste appareil de savoir, avec une absence totale d'idées; et l'on doit convenir aussi que, sous ce rapport, il n'a obtenu que trop d'accueil. Majs, l'auteur, entraîné par une imagination exaltée, par un mysticisme ardent, trompé aussi par les opinions de son temps sur la valeur objective et réelle des termes logiques, a donné à son système un bien autre caractère. Il a cru répandre les flots d'une lumière toute divine, alors qu'il se livrait à des jeux de mots puérils. E^comment en douter? C'est la cabale eUe-mème , cet art antique et sacré, qu'il croyait exploiter, et dont il exploitait en effet une branche. Il faisait revivre les nombres mystérieux de Pythagore , il faisait revivre les formules symboliques dont se composaient les traditions des sciences occultes. C'était la magie de la philosophie elle-même.

Aussi LuUe , quoiqu'il n'ait fait qu'employer les nomenclatures d^Aristoie , qui lui offraient les élémens de son art, quoique le plus souvent il n'ait même fait que les corrompre , s'élèvel-il avec chaleur contre le fondateur du Lycée, contre son moderne commentateur Avcrrlioës, s'indigne-t-il de l'aulorilé qu'Averrhoës venait

(537) d'obtenir dans les écoles, et prêle-t-il à la philosophie , dans des allégories qu'on pourrait appeler poétiques, si elles n'étaient revêtues dulangage le plus barbare , des plaintes amères sur la profanation à laquelle on l'expose, et lui faitil solliciter à elle-même l'honneur de rentrer sous l'empire absolu de la théologie.

Celte bizarre conception flattait aussi , comme nous avons eu déjà occasion de le remarquer, cette secrète disposition de l'esprit humain , qui se complaît à chercher le secret de la vérité dans les abstractions , et la réalité de la science dans les signes.

Et de là sans doute est résulté ce prestige inconcevable qui , pendant près de quatre siècles, a attiré sur les pas de Raymond Lulle une foule de sectateurs, de commentateurs , d'imitateurs, parmi lesquels on compte des hommes assez distingués , mais presque tous livrés au Mysticisme. De là aussi l'embarras , l'incertitude qu'ont montrés, dans les jugemens qu'ils ont portés sur lui, quelques esprits supérieurs parmi les modernes, prévenus d'une haute estime pour la fécondité des méthodes synthétiques , soupçonnant quelque mystère profond caché sous ces emblèmes, et disposés à croire qu'il est possible en effet de représenter d'avance les

ihéorèmes de la région transcendantale de la science, dans des formules qui expriment toutes les combinaisons possibles des applications réelles , de transporter ainsi dans la métaphysique les méthodes qui ont ouvert une nouvelle et immense carrière à la théorie du calcul.

On comprend comment Leibnitz , qui s'est tant occupé de Lulle, a quelque temps hésité à prononcer, s'est laissé aller enfin à des éloges; comment Bacon, Gassendi, les écrivains de Port- Royal ont fait justice de ces artifices frivoles.

Un autre phénomène attire maintenant nos regards, phénomène plus extraordinaire encore, en ce qu'il nous offre le spectacle inattendu d'une raison saine, supérieure, ouvrant subitement une voie inconnue à son siècle, à peine soupçonnée des siècles antérieurs , d'un génie qui ose, à la fin du treizième siècle, pressentir les brillantes découvertes de la physique moderne , et signaler d'avance les méthodes qui devaient les faire éclore. C'est un successeur d'Hippocrate et de Galien , c*est un philosophe qui a su démêler dans Aristote quelques vérités fécondes négligées par son école ; c'est le prédécesseur de Galilée et de Bacon ; c'est un philosophe réformateur sur lequel on a accumulé bien des fables, et dont le mérile réel.

(539) feconnu depuis peu d'années, ne paraît pas ^voir élé rais dans son véritable jour.

Roger Bacon naquit en I2i4, et mourut vers la fin du treizième siècle ; nous l'avons réservé cependant pour couronner ce tableau du troisième âge de la philosophie, parce qu'il semble étranger à ses contemporains , parce que ceuxci ne l'ont point compris, ne pouvaient guère le comprendre, alors même qu'ils lui donnaient le litre de docteur admirable. Le célèbre évêque de Lincoln , Robert , qui fut son premier maître, et qui lui-même avait cultivé avec ardeur et succès les sciences mathématiques, paraît être le seul qui ait apprécié le mérite de ses travaux. Dans le grand nombre d'écrits qui lui sont attribués par Leland , un petit nombre seulement a vu le jour , et encore sont-ils extrêmement rares. Les Dominicains, auxquels il appartenait, Im avaient interdit d'en communiquer aucun , soua peine de perdre le livre et d'être au pain et à Veau pendant plusieurs jours. Clément IV, élevé au trône pontifical, lui renouvela cependant la demande qu'il lui avait adressée déjà étant cardinal , et en obtint XOpus majusy le plus important de tous, et le seul que nous ayons pu examiner. 11 a pour but de procurer dans l'élude des sciences une ré-

forme qui malheureusement ne fut pas même tentée.

Roger Bacon s'élève dès le début contre les méthodes de son temps , en signale les vices. (( L'ignorance humaine, dit-il, a quatre causes générales : les exemples indignes de servir d'autorité, les habitudes de la coutume, l'opinion du vulgaire , et l'ostentation d'une fausse science ; ce sont autant d'obstacles à la découverte de la vérité et aux progrès dans les voies de la sagesse (i); mais , le dernier est le plus général et le plus funeste. De là les contradictions qii'ont rencontrées tous ceux qui ont entrepris de ramener l'esprit humain dans de meilleures routes, et le peu de fruit qu'ils ont obtenu. Les anciens, intimidés par la puissance des préjugés, ont eu le tort de couvrir souvent d'im voile les vérités les plus utiles pour les soustraire au commun des hommes (2). » ~

Roger Bacon est frappé de voir qu'à une époque où les écoles se sont multipliées de toutes parts , où une foule d'élèves s'y réunissent , où une si vive émulation , où de si

(1) Opus majus. Venise 1750. Pars I, cap. i , p. 1 , 2.

(a) Tbid. , cap. 4 et ïo.

( Hl )

vastes travaux sont entrepris, les sciences n'obtiennent cependant aucun progrès réel. Il trouvé dans le vice des méthodes employées, la cause de ce contraste.

La réforme qu'il propose consiste dans quatre points principaux qui correspondent à ce qu'il appelle les racines de la science : ce sont la grammaire, c'est-à-dire , la philologie ou l'étude approfondie des langues savantes ; l'application des sciences mathématiques, ce qu'il appelle la perspective , et enfin l'expérience.

L'imperfection des traductions dans lesquelles on étudiait de son temps les écrivains de l'antiquité, les nombreuses erreurs nées d'une fausse intelligence des texies , avaient singulièrement frappé notre philosophe; il se plaint surtout de voir Arislote entièrement dénaturé et méconnu par ceux-là même qui professent pour lui une sorte de'^' culte; il fait ressortir l'inconséquence de ceux qui négligent toutes les lumières de la critique, alors qu'ils prétendent décider toutes les questions par l 'autorité des maîtres. On voit par les recherches auxquelles il s'était livré lui-même, qu'il avait le droit de faire ce reproche à son siècle , et qu'à ime vaste érudition il ava?t joint une critique judicieuse. On voit qu'il avait lu un grand nombre

(542) clés écrivains de la Grèce et de Rome, ainsi que les plus distingues des auteurs arabes.

Roger Bacon avait la plus haute idée des sciences mathématiques ; il a entrevu la fécondité des applications que les sciences physiques pe iivent en recevoir; mais il n'est pas également heureux dans les preuves qu'il essaie de donner de l'utilité de ces applications, ni dans le choix de ses exemples, (i) c( Nous pouvons, dit-il, atteindre directement et par nos seules forces à ce que ces sciences ont de plus intime ; c'est en elles qu'il faut chercher l'origintj de notre connaissance ; c'est en elles seulement que nous pouvons obtenir une vérité exempte d'erreurs, une certitude exempte de doutes, parce qu'elles fournissent seules la démonstration tirée de la cause propre et nécessaire. Elles seule» ont le privilège de pouvoir réduire toutes choses à l'exemple sensible de l'expériencç, par les figures et les nombres; voilà pourquoi les connaissances privées du bienfait de ces applications sont sujettes à tant d'incertitudes , de contradictions et d'erreurs. La métaphysique ne peut fonder ses démonstrations que sur les effets , en remontant des corps aux

(i) Jlnd.j tertia par» , p. 33.

( 543 ) itîlelîigences , de la créature an créateur (l). )i Roger Bacon , à l'exemple des Arabes, s'était beaucoup occupé de l'optique et des phénomènes de la vision. C'est l'objet de cette science qu'il appeîle la perspective, et dont il s'est fait une idée assez singulière ; car, a c'est » par elle, selon lui , qu'on parvient à savoir » toutes choses. » Aussi lui a-l-il consacré la plus grande partie de YOpus majus. Pour comprendre sa pensée sur ce sujet, il faut remarquer qu'il avait adopté l'hypothèse d'Arislote, développée depuis par Avicena et Averrhoës , sur les images ou espèces qui, dans leur sys* tème , sont les intermédiaires entre les objets et l'esprit humain, et servent ainsi de moyen à la connaissance. Le sens de la vfle étant celui par lequel l'homme perçoit le plus généralement et le plus constamment les objets extérieurs f celui qui embrasse tout le théâtre de la nature , c'est aussi dans les opérations de ce sens qu'il cherche à étudier la nature de ces images, la manière dont elles se forment, se transmettent, sont reçues, et les lois qu'elles suivent. Elles sont en quelque sorte pour lui les compagnes

(i) Ibid. , 4*- pars, distinct, i , cap. 3 , p. 4^, 47*

de la lumière(i). Cependant, ces espèces ne sont pas émises par l'objet agissant, comme le croit le vulgaire j elles ne consistent pas non plus , comme on le suppose souvent, dans une sorte d'impression semblable à celle qu'un sceau produit sur la cire; elle résultent d'un certain changement , de l émanation de la puissance active du sujet qui les reçoit (2). Comme il y a, dit-il, des choses universelles et des choses particulières , il y a aussi des espèces de l'une et de l'autre sorte. Mais, comme l'universel n'est que dans les individus, et que l'individu ne peut être privé de son universel , l'espèce universelle conserve avec V espèce particulière, le même rapport que celui du genre à l'individu. La première se réfère donc %. la seconde ; et , comme elle et avec elle, elle se transmet d'abord dans le milieu, puis dans le sens, et enfin dans l'entendement.)) Roger Bacon ajoute au reste qu'il a puisé cette théorie dans l'Arabe Alhacen , dont il invoque souvent l'autorité. aU espèce , ajoute-t-il encore , n'est pas précisément un corps , mais une chose corporelle (3) (L). ))

(i) Ibid. , pars V , distinct, i , cap. i , p. 191.

(2) Tracta tus de multiplicatione Specierum , c. 3. Ibid., p. 281 , 282.

(3) /A., ib. , c. 2, p. 280, — Pars III, C. a,p. 3i6.

( 54à ) )î lia quatrième racine de la science est l'expérience; car, sans l'expérience, on ne peut acquérir aucune connaissance suffisante". Le raisonnement conclut, mais il n'établit pas; ladémonsUation mathématique elle-même ne donne point une conviction certaine et complète, si elle ne reçoit cette sanction. Mais, celte science expérimentale est entièrement ignorée par le vulgaire de ceilx qiii étudient (i). Elle a trois grandes prérogatives , relativement aux autres ordres de connaissances. La première consiste en ce que l'expérience éprouve et vérifie, par ses investigations, les propositions les plus relevées que les autres sciences puissent présenter (2). La seconde consiste en ce que cette méthode, qui seule mérite le nom de maîtresse des con-^ naissances spéculatives, peut seule aussi atteindre à des vérités magninques auxquelles les sciences ne pourraient parvenir par aucune autre voie; dans les vérités expérimentales, l'esprit humain ne doit point chercher la raison des choses avant le témoignage des faits, ni repousser ces faits parce qu'il ne peut les justifier par des

(i) Pars scxta , cap. 1 , p. 336.

(2) Ibid , ibid. , cap. 2.

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