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et (le lui donner pour principe vital ce sentiment sublime qui rapporte l'âme à Dieu comme au terme de toutes ses aflfeclions, comme au modèle suprême de toute perfection. Dès lors, ils avaient rarement l'occasion de continuer les recherches spéculatives des philosophes sur le fondement naturel de l'obligation morale, sur le caractère du vrai bien , sur les rapports de la morale privée avec les principes des institutions sociales. Toutefois , cette remarque demande quelques exceptions mémorables : Synésius traita les sciences politiques , assemblant dans un même foyer les lumières verséee sur ces sciences par Platon et par Arislote , étonnant un siècle asservi et corrompu , par les maximes emprmilées à ces nobles et généreuses théories , osant^ censurer les vices des princes et des courtisans dans un langage libre et prudent tout ensemble, et traçantle modèle d'une sage et bonne administration; Zacharias le scolastique associa l'étudedela jurisprudence à celle de la philosophie; S. Ambroise, dans son Traité des Devoirs, semble se proposer pour modèle les ouvrages des Stoïciens et particulièremenlle Traité des Offices de Cicéron , mais en accommodant la doctrine des sages de l'antiquité à l'esprit du Christianisme. « Ija dénomination de devoirs ^ dit-il ,
« n'appartient pas seulement aux écoles des » pliilosophes; elle appartient aussi à l'ensei- » gnement du christianisme , avec celte seule » diflerence que les philosophes puisent dans » la vie civile la raison et la règle des actions » utiles et honnêtes , tandis que les Chrétiens )) mesurent la vertu sur l'avenir plutôt que sur i) le présent , et ne reconnaissent d'utile que » ce qui se lie aux intérêts de la vie étery> nelle (i). » L'Enchyridion d'Épictète fut introduit dans l'église et accommodé à ses préceptes par un auteur chrétien qu'on a supposé être Nilus, moine Égyptien.
Les travaux des pères de l'Eglise et des docteurs chrétiens se recommandent essentiellement aux moralistes, par l'admirable développement qu'ils ont donné au principe fondamental de toute moralité, à cet empire de l'homme sur lui-même que fonde l'emploi du libre arbitre , le généreux désintéressement de toute vue personnelle, le détachement de tous les objets extérieurs , de tous les plaisirs sensibles, comme aussi par la lumière abondante qu'ils ont répandue sur la pratiques des devoirs. Le philo-
(r) S. Âmbroise , De Officiis^ lib. I, cap. 8.
( "3) sophe leur doit surtout un juste tribut d'élogeâ pour le prix éminent qu'ils ont attaché à la véra!* cité , à cette vertu qui , commandant à la fois d'être vrai envers soi-même envers les autres > devient une sorte d'exercice habituel pour réducalion de la raison elle-même, favorise et seconde la propagation des lumières, et fonde la sécurité des relations sociales , en même temps qu'elle ennoblit le caractère individuel : ces éloges sont dus spécialement au savant évêque d'Hyppone (i) , justement considéré comme le premier des moralistes chrétiens.
Enfin , nous ne craignons pas de reproduire encore ici une considération qui ne peut être assez méditée. Le sentiment religieux lui-même est comme un principe de vie pour la moralité humaine , principe dont l'énergie et la pureté donnent à cette moralité le plus haut degré de développement ; le sentiment religieux, l'ordre des devoirs qui s'y rattachent, sont une portion essentielle de la morale naturelle; ils composent son plus beau domaine, et sous Ce rapport, les docteurs Chrétiens ont
(i) S, Augustin, De Libero Arbitrio , lit. I,' cap.' 6; iib. II , cap. 9 et ig; Contra mendacium , cap. i5, i8.