IV
« Deniquè proindë inquirendi iniliis , quoniam vul- )) garis logica fide aliéna recipit principia ; haec verô » in dubiuin examenque ipsa principia revocat ; undè » et prsejudicia omnia exui vult , remque à funda- » mentis excitandam con lendit , incipiendo nempè ab » ipsis primis rerum notionibus, seu quasi idolis , quse >> aut veluti innata expurgentur, aut ex philosophoruni 1) sectis placilisque , et ex perversis demonstrationum » legibus in mentem adscita immutentur ; nam restât, » inquit , unica salus , ac sanitas, ut ojius mentis uni- » versum de integro resumatur; atque idcircô queri— » lur quôd ncnio adhuc tantâ mentis constantiâ et » vigore inventus est, ut decreverit et sibi imposuerit » theorias, et notiones communes penitùs abolere , et i> intellectum abrasum et œquum ad particuîaria de » integro applicare. »
(B) Un seul exemple sufilt pour juger cette légèreté que nous reprochoiiks à Deslandes. Voici l'unique
article qu'il consacre dans tout le cours de son ouvrage) au restaurateur de la philosophie moderne , avec uti aperçu rapide et superficiel de sa vie :
« Pour ce qui regarde les ouvrages philosophiques )) du chancelier Bacon, dit-il, j'avoue qu'ils sontpcu lus » aujourd'hui , non qu'ils n'aient été Irès-uliles dans » les commencemens , mais parce qu'ils ont cessé de » l'être à mesure que la philosophie a fait des progrès » si considérables. Je compare volontiers ces ouvrages » aux échafauds des architectes lorsqu'ils élèvent de » grands bâtimens, et qu'ils détruisent dès que ces » bâtimens sont élevés. On ne peut nier que Bacon 33 n'ait fourni des vues et des idées nouvelles à ceux qui » sont venus après lui , et qu'il ne les ait animés à penj) ser courageusement en leur faisant voir qu'il y a M des hardiesses d'esprit qui conduisent au vrai, j) Histoire critique de la philosophie^ tome IV, page 142. On peut comparer ce passage avec ce qu'avait dit Gassendi du Noviim Organum un demi-siècle auparavant, et dont nous venons de rapporter un fragments on peut le comparer aussi avec le chapitre que Brucker aconsacréà Bacon, et où il rend une éclatante justice aux travaux de ce grand homme et à l'influence qu'il a exercée. ( Histoire critique de la Philosophie^ tome V, page 90.) Quelle appréciation des philosophes des derniers siècles peut-on attendre de l'historien qui croit avoir en ce peu de mots jugé le premier d'entre eux ? quelles vues en peut-on attendre sur la marche et les révolutions de la science?
Deslandes se contente de témoigner que V Histoire de la Philosophie de Brucker , dont la première édi-
lion avait déjà vu le jour , ne peut se lire à cause de l'ennui qu'elle fait éprouver. Le laborieux et modeste Brucker, après avoir été l'objet d'un traitement aussi étrange , cite à son tour Deslandes , dans sa deuxième édition, au nombre des historiens de la philosophie, et ne parle de l'écrivain français qu'avec une extrême indulgence.
(C) Condillac, comme Diderot , n'a pris ses mate'riaux que de la seconde main , et même, nous le présumons, les a empruntés au même recueil : il a cédé trop souvent à une certaine disposition épigrammatique qui l'entraîne quelquefois même à de surprenantes exagérations, à une prévention habituelle contre la philosophie de l'antiquité ; il a franchi presque entièrement celle du moyen âge ; il a commis enfin une grande erreur, celle de se placer avec toutes les idées des temps modernes au milieu des systèmes de l'antiquité , loin de s'identifier comme il aurait fallu à l'esprit de leurs auteurs. Cet esprit analytique , sans cesse entouré de notions exactes , de méthodes rigoureuses , juge d'une manière trop sévère et trop absolue. Du reste ses expositions ont un mérite éminent de clarté dans leur concision , et s'il n'est pas toujours juste envers les auteurs des découvertes , il démêle avec une sagacité parfaite l'origine des erreurs et les vices des mauvaises méthodes.
On peut voir dans le sixième volume du Cours d'études, le jugement que Condillac porte sur les philosophes de l'antiquité, et en particulier sur les trois qui sont plus justement célèbres, Platon, Aristote et Zenon.
Il va jusqu'à dire de Platon : Ses opiruuns ne paraissent qu'un délire qui mériterait peu de nous occuper ; il ue trouve dans la doctrioe de Zéuon que des absurdités et les effets d'une folle ambition et d'une basse jalousie : Zenon , dit-il, n'a ^«^ mieuxraisonné sur la logique : il a dit que les connaisscviccs viennent des sens ; mais il lïa eu aucune idée de ce principe , etc.
Le chapitre XXVI , sur la manière dont les anciens ont raisonné , nous offre ce passage :
« Si on put enfin reconnaître la nécessité d'ap- » prendre à raisonner , ce fut pour s'égarer dans des >» subtilités ou dans de vaines recherches. Raisonner 3) c'est comparer des idées , afin de passer des rapports » qui sont connus à ceux qui ne le sont pas. Or coin— » ment saisir exactement ces rapports si on ne déterj> mine pas les idées avec précision? et cotnment déler- » miner les idées si on ne les connaît pas parfaile- » ment? Il fallait donc remonter à leur origine, et en » développer toutes les générations ; il fallait scup- 5j çoNNER qu'elles SONT l'ouvrage DE l'expérience , re- » connaître qu'elles avaient été mal faites pour ia plu- 3j part, et oser former le projet de les refaire; c'est a » QUOI les anciens n'ont jamais pensé. »
Quoil Aristippe , Aristote , Epicure , Z non , etc., n'jr ont pas pensé I ils n'ont pas pensé à reconnaître que nos idées sont V ouvrage de V expérience .'Aristote, qui a dit dans le langage même de Locke : i»<r«:ro7 j
■Htm âiiu <}eivlu.a-fji.u.~ii<, i ■l>->'-»' (Dc Anim. 3. T.)
Zénott, qui a dit : Nihil est intelleclu qttin priiii J'uerit in sensu \
( iS3 )
Epicaie, qui a fonde sisr celte ni.'ixiine tous IcijC."^uoîjs de sa logique 1 > >
Ils n'ont pas annoncé qu'elles sont déduites des séhi à l'aide de la composition, de la comparaison, de l'extention , de l'abstraction et surtout à l'aide du langage ! on le verra bientôt ; on verra que Platon luimême ne l'a pas à beaucoup j.uës aussi oublié qu'on » coutume de le croire.
Si l'on est forcé de reconnaître qu'il manque encore à la France une véritable histoire de la philosophie , on doit rendre, du moins , à l'Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres; cette justice, que, depuis son institution , elle a produit ou provoqué une suite de travaux iraportans sur les diverses portions de celle histoire , sur les matériaux dont elle se compose. Le* mémoires de cette Académie renfermant un grand nombre de dissertations curieuses , nous nous bornerons à citer, relativement à la première période de cette histoire , celles du savant Fréret sur V Etendue de la philosophie ancienne^ sur Pythagore^ sur la Mythologie des Grecs; de de Guignes, sur la Philosophie des Chinois; d'Anquetil-Duperron eldcFoucher, sur celle des Perses ; de fiiignot ^ sur celle de l'Inde ; de La Bletterie , sur V Etude de la philosophie ancienne; de Souchay, sur les Sectes philosophiques; de Lanauze, sur Pyihagore; de Blanchard, sur Vy4me du Monde; de La Barre, sur Hésiode; de l'abbé de Canaye , sur Thaïes et Anaocimandre^ de Bonamy. sur Empedoclc; de Garnicr, sur Socrate et Platon; des abbés Arnaud et Sallier^ sur ce dernier philo- ^nphc; de Jauvin cl du comte de Caylus , sur Cebes r
de Gautier et Siberl, sur les Académiciens et tes Sceptiques , etc. Les concours ouverts par cette société savante n'ont pas été moius utiles. Dans les dernières années, trois de ces concours ont produit d'intéressantes recherches sur les Mystères de Bacchiis , Y Ecole d" Alexandrie ^ et V Influence exercée par la doctrine d'Aristote, relativement à la philosophie scholasiique.
Ces travaux se continuent chaque jour, et M. Abel Remuzat , en particulier, a communiqué depuis peu à cette Académie des notices extrêmement précieuses sur la philosophie des Chinois, qui ne sont point encore imprimées.
Nous aurons souvent occasion de recourir à ces riches documens dans le cours de cet ouvrage.
(D) Brucker a divisé l'Histoire de la Philosophie en trois périodes.
Il embrasse dans la première période depuis l'origine de la philosophie jusqu'à la naissance de la Monarchie Romaine, et la sous-divise en philosophie antidiluvienne et post-diluvienne ; il comprend dans cette dernière d'abord la philosophie des barbares de l'Orient, du Midi, de l'Occident et du Nord, ensuite la philosophie des Grecs , distinguée en espèces ; la philosophie mythologique, politique et artificielle; enfinil distribue cette dernière en deux branches, qui, sous Thaïes etPythagore, comprennent toutes les écoles delà Grèce.
La seconde période s'étend depuis la fondation de la Monarchie Romaine jusqu'à la restauration des lettres; elle forme cinq grandes divisions ; les destinées de la
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phiiosophic chez les P».omains,chez les Orientaux, chez les Juifs, chez les Sarrasins, chez les chrétieqs; la fin du 7c siècle sépare en deux parties la philosophie propre à ces derniers.
Brucker rapporte essentiellement à Bacon l'influence qui a déterminé la réformation de la philosophie dans la troisième période. Il y distingue encore cinq classes ; les premiers efforts tentés pour réhabiliter les doctnnes de l'antiquité, en rétablissant seulement ses formes extérieures; les premiers travaux qui ont pour objet de faire revivre l'esprit des anciennes écoles; les tentatives qui ont pour objet d'ouvrir de nouvelles voies à la philosophie ; lesopinionsdeceuxqui rejettent toutephilosophie, parmi lesquels il comprend les Sceptiques modernes, les docteurs israélites et les théologiens chrétiens, les Théosophes, les Syncritistes; enfin ce qu'il appelle la restauration de la philosophie Ecciectique, c'est-à-dire les créations récentes des grands hommes qui ont véritablement régénéré la science et les travaux qui ont fécondé toutes les parties de son domaine.
Il termine par un appendice relatif à ce qu'il appelle \a Philosophie exotique , c'est-à-dire celle de l'Asie et de l'Amérique; un sixième volume renferme des additions et corrections aux cinq premiers.
On peut trouver un scrupule excessif dans le soin que Brucker a pris de rechercher une philosophie antidiluvienne. On a contesté aussi le titre de philosophie aux traditions des peuples barbares et des nations modernes dont la civilisation est encore imparfaite ; mais Brucker a réuni sous ce titre les dociimens qui existaient
de sua tejups sur les opinions de tout génie qui ont existe ou existent chez ces peuples.
En adoptant deux des éjîoques fondamentales sagement fixées par Brucker à la fondation de la Monarchie Romaine et à la renaissance des lettres , nous avons cru devoir sous-diviser ses deux premières périodes ; la réforme opérée par Socrate nous a paru trop importante pour ne pas marquer une période distincte , et cette époque est même , relativement à la science, bien mieux caractérisée que celle qui la suit; la philosophie des Arabes et celle des scolastiques a une physionomie tellement particulière qu'elle nous a sembléaussi demander à être détachée à la fois, et de la période de décadence qui occupe les sept premiers siècles de notre ère, et de la période de renaissance qui commence avec le seizième siècle.
Quelque immenses qu'aient été les travaux de Brucker, nul écrivain n'a pris plus de soin de faire valoir les travaux de ses prédécesseurs, de leur rendre justice, d'indiquer ce qu'il leur a emprunté, d'exprimer la reconnaissance qu'il leur conserve. Il est juste qu'à notre tour nous lui payions le même tribut, et nous aimons d'autant plus à l'acquitter que son infatigable persévérance , sa rare impartialité , ne nous paraissent point encore avoir reçu tous les éloges qui leur sont dus.
Nous sommes portés à croire qu'on a puisé dans son ouvrage la plus grande partie des articles insérés dan'« l'Encyclopédie sur la philosophie ancienne; on reconnaît du rrioins dans plusieurs de ceux-ci un extrait tué dii |ir(*iiiiei.
(E^ Tiedemann n'a poinl divisé l'iiisLoirs de la pliilosopiiie en périodes; ii n'a point établi et suivi la généalogie des écoles; la chronologie seule détermine l'ordro aucpiel il s'est attaché. Il ne rapporte aucun passage dps écrivains: il se contenta d'analvser leurs opinions; il résulte de cette méthode que les philosophes ont tous dans son ouvrage r.nc physionomie commune, et le lecteur ne peut les juger que d'après le jugement de l'auteur. jSous disons Jugemens , car Tiedemann ne se home pas à raconter; il juge : ses jugemens sont en générai portés avec sagacité, ses observations sont concises mais souvent profondes ; il les accompagne de rapprocheraens judicieux. Le résumé qu'il fait de la philosophie moderne peut donner une idée de sa manière et de l'esprit qui le caractérise.
« Pendant le dix-septième et le dix-huitième siècle n la philosophie a fait de plus grands jias que dans les » plus beaux temps qui la virent fleurir en Grèce; elle » a produit plusieurs systèmes nouveaux, dont la soli- » dite et l'éclat surpassent de beaucoup ceux qui avaient » précédé; elle a porté dans ses conceptions plus d'har- » monie, une meilleure coordination et une plus juste '• analise , en reculant les limites de son domaine et fai- )' sant naître le besoin de distinguer avec plus de soin >' les principaux objets de ses recherches EUeaobtenu, » par le secours des méthodes mathématiques, plus d'u- » nité et de précision dans ses notions fondamentales; » ses premiers principes, mieux dégages, ont pris la » place que leur assigne la nature de la science. Elle a » reçu dans toutes ses parties de grands accroissci> mens par l'eflet de la clarté qui s'est répandue sur
» les idées, par les efforts qu'on a faits pour tout de'finir, » par diverses découvertes que cette clarté même et » l'ordre systématique ont dû amener à leur suite. » Combien l'ontologie, la psychologie, la théologie >> naturelle n'ont-elles pas atfquis de développemens ^ M combien n'ont-elles pas gagné sous le rapport de » l'exactitude et de l'enchaînement.
» D'abord, à l'exemple des Grecs, elle inclina vers » le matérialisme, auquel conduisaient les succès qu'elle » avait obtenus dans l'étude de la nature ; Descaries la » ramena ensuite au spiritualisme; Leibnilz et Berk- » ley l'ont enfin presque entièrement idéalisée : plus » les notions de l'entendement obtinrent do netteté , » et plus l'esprit s'accoutuma à tout considérer dans la » région de l'entendement, et plus aussi ccgenrede vues >» dut prévaloir, et bannir les vices purement sensuels.
» Cependant, et quelles que soient les abondantes » lumières qui se sont répandues sur les principes et » les plus hautes idées de la science , elle n'a encore )> réussi à imposer entièrement silence à aucun des par- » lis les plus remarquables qui se sont, depuis l'anti- »• quité, formés sur son territoire , et à obtenir même » à cette époque brillante l'accord parfait et l'unité « d'assentiment dont jouissent les sciences mathéma- » tiques. Lessceptiques, les athées, les matérialistes, les » théosophes continuent à élever la voix à côté des « dogmatiques , des déistes , des spiritualistes , des » penseurs paisibles, et trouvent encore des partisans. « Il faut sans doute en reconnaître comme une des » principales causes que les grands hommes de ces der- >> niers temps ont encore laissé beaucoup de louche et
" d'incomplet relativement aux premières notions et » aux principes les plus éleve's, qu'on ne s'est point » assez attaché à déterminer les derniers fondemens de » l'édifice, à en faire reposer sur eux toutes les parties, « à les mettre ainsi en accord ; en un mot qu'on n'a » point assez cherché à reporter la critique de la raison » sur la raison elle-même. Une autre cause non moins >» digne d'attention consiste dans la variété des dispo— » sitions humaines; car, aussi long-temps qu'il y aura » d€S imaginations exaltées, on verra se produire des » théosophes et des contemplatifs; aussi long-temps i> qu'il y aura des esprits incapables de «aisir des ab- » stractions on rencontrera des matérialistes ; aussi » long-temps qu'il y aura des ennemis de l'ordre et » de la régularité les athées n'auront pas disparu. »
Il faut remarquer queTiedemann s'est arrêté àWolf et à Berckley.
L'auteur conclut ainsi : « L'histoire delà philosophie, >) considérée dans son ensemble , nous offre une per— » spective pleine de consolations et de joie : car dès que » la raison humaine a une fois reçu l'éveil elle n'a ja- » mais rétrogradé ; elle n'a même jamais été entière- » ment stationnaire ; ses accroissemens n'ont jamais » été interrompus au travers des siècles ; au moment oil » s'arrêta chez les Grecs le mouvement qui portait à » de nouvelles connaissances 5 la philosophie passa chez M les Arabes, et acquit de nouveaux domaines ; au » moment ou le zèle des découvertes s'éteignit chez les » Arabes il s'alluma dans l'occident et le nord de » l'Europe et répandit des rayons de lumière au travers » des ténèbres qui couvraient ces contrées ; enfin
» lorsque les, Eiiropt'ous se véduisirent à de vaines » disputes de mois, les trésors de l'aulic|ue sagess»? » des Grecs , rapportés de Conslaiilinople , vinrent >> donner un nouvel essor a leur esprit. 11 n'est aucua » siècle qui n'ait des philosophes célèbres, qui ne voie M s'étendre le domaine de la raison humaine. Celte )< raison avance sans relâche ; c'est un fait démontré ; » elle lend à ce qui peut tout ensemble l'ennoblir et » l'enrichir; voilà la vérité historique. Quelle vérité! » combien elle est consolante I combien elle élève » rame I aujourd'hui surtout que tant d'obstacles , que » tant d'imposturqs semblent vouloir à !a fois s'oppo- » ser à ses progrès I mais, appuyée sur ses généreux » serviteurs , elle a triomphé , elle triomphera , et rien » ne peut arrêter la marche progressive et maies-- » tueuse des choses vers le meilleur , dans l'univeis de » celui qui est souverainement bon : si donc la science » n'a point encore atteint la perfection qu'on doit dé- » sirer en elle, ne nous en laissons point décourager. Il » y a devant nous des myriades de siècles, et pendant » ces myriades que de voies nouvelles et lumineuses » s'ouvriront pour ellel que de trésors solides elle » pourra acquérir 1 ses progrès sont lents sans doute , 1) l'histoire nous l'enseigne; mais cet heureux avenir « qui nous promet tant de progrès encore , que saluent » nos justes espérances, cet avenir, quel que soit le n jour où il se réalise , ne peut manquer de se réaliser .) un jour. » (ïora.YI, page 644-)
En modifiant, comme nous pensons qu'on doit le faire , le tableau queïiedemann présente des progrès continus de la philosophie, on ne peut cependant que
«i'associer aux nobles sentimens qu'il exprima. Il le» peint dans tout sou ouvrage.
(F) Dans le nombre de ces e'crits, dont plusieurs ne nous sont guère connus que par leurs titres, on pourrait citer Abraham Grssvius, qui donna dans la uïilieu du dix-septième siècle une esquisse en latin de V Histoire de la Philosophie ( Franck., 1764, in-8\); Mathias Sealter, quia renfermé dans six tableaux ( int'olio ) l'extrait du grand ouvrage de Brucker, de Windheim, FragmentaHistoriœ philosopliicce (Erlangen, 1^53, in-8 } ; Genlzken, Historiœ philosophicœ synopsis, sive de origine et progressa Philosophiœ, de witis , sectis et systematihus omnium Philosophorum , libri IV (Naples, 1728, in-4°); Lodtmanu, Esquisse abrégée de V Histoire de la sagesse d'après l'ordre chronologique^ à l'usage des leçons académiques, ( Helrastadt, 1754, in-S" ) ; ^nsclùn^. Fondement d'une Histoire de la Philosophie (Amsterdam, 1 760 , iu-S") ; Meiners , Fondement de l'Histoire de la sagesse (Lemgow, 1 789 , in-8" , deuxième édit.) ; Meiners, Histoire littéraire de l'origine et des progrès de la philosophie ainsi que des sectes et des systèmes (Gratz, 1788-1789,9, vol. in-8 ); Vollbeding, Coup d'œU rapide de l'histoire de la philosophie dans l'antiquité, dans son. Manuel de la philosophie théorétique (lierlin , 1790, in-8''); Werderœann, Histoire de la philosophie annexée à sonEccposition sommaire de la philosophie dans sa nouvellejbrme (Leipsick, 1793, in-8'').
L'histoire de la logiquc'en particulier a été traitée
parYossius (Gérard-Jean) J^na^ura e/ Conslitulione logicœ et rhetoricœ, libri II ( la Haye, 1^58 , in-4°); 'Keimann, Calendrier historique et critique de la logique (Francfort, 1698, in-8^); Walch, Historia logicœ, dans ses Parergis academicis (L,ei]^^\ck, 1721, in-8^ ) ; d'Eberstein , Histoire de la logique et de la métaphysique en Allemagne (ii^iUe ^ 1794» in-80); etc. etc.
(G) L'estimable Fulleborn , professeur à Breslau , qu'une mort prématurée a enlevé lorsqu'il donnait à la philosophie de si belles espérances, apublié sous le titre de Mélanges pour sentir à l'Histoire de la Philosophie (Beitrage ziir geschichte der philosophie , II cahiers in-8^ , léna et Leipsick, 1798) un recueil de fragmens d'un grand prix, et dans lequel nous avons trouvé d'utiles secours. Quelques-uns appartiennent aux philosophes les plus distingués de l'Allemagne , tels que Garve, Jacobi , etc ; d'autres lui appartiennent en propre. On y puise des éclaircisscmens et des remarques judicieuses sur divers passages des philosophes de l'antiquité , des dissertations lumineuses sur les points les plus importans de l'histoire de la sciertce, des rapprocheraens féconds. On remarqne dans le cinquième cahier, page i3i , quelques observations sur l'histoire de la philosophie française , qui sont empreintes d'une grande sévérité , mais qui n'en sont pas moins très-curieuses ; l'auteur cependant y range parmi nos. philosophes certains écrivains dont' le nom même nous esta peine connu, et celte erreur est assez ordinaire en Allemagne.
On trouve aussi , dans le Muséum allemand dé mai 1 765^ un parallèle de la philosophie française et allemande par Busch ( page p. 12 ).
(H) Nous ne saurions omettre au nombre des utiles auxiliaires le savant Struve et son continuateur {Biblio' îheca philosophica Siruviana continuata et aucta a L.M. Rahlio, 2 vol. Gœttingue, 1 740) , ni JMorhofFdont le Polyhistor re'unit tant de documens varies sur l'histoire litte'raire : on trouve dans le deuxième volume un traité sur les historiens de la philosophie, fort sommaire, il est vrai; on consultera avec plus de fruit, dans le premier tome, le traité intitulé Liber metliodicus , qui renferme des documens assez curieux sur les procèdes imaginéspourseconderles opéra tionsdel'esprithumain.
(I) On peut ranger encore dans la même classe : les Essais de Baldi pour servira Vhisloire de V homme, en italien ( Venise, 1767); Zumbaldi , Histoire nalii-relie et morale de l'homme , dans la même langue 5 Agger, Es(f uisse d^une histoire de Vhumanité ( Fiens^ bursg , 1 786 ) , etc. , etc.
Flbgel a donné une Histoire de la raison humaine^ XJn Discours sur les progrès des connaissances hu~ maines , lu dans une assemblée publique de l'académie de Lyon, et irapriioié en 17S1, n'est qu'un aperçu superficiel.
L'histoire du langage peut aussi être considérée à quelques égards comme un utile auxiliaire à l'histoire de la philosophie; en tant qu'elle offre des traces nom" breuses de la marche de l'esprit humain, elle éclaire le tableau des premiers âges de la civilisation : c'est un
monument antérieur à tous le« autre» ^laonumens, et qui renfefme des révélations importantes ; c'est une échelle sur laquelle on peut mesurer la hauteur à laquelle l'intelligence humaine est parvenue aux divers degrés de la généralisation , l'étendue des observations sur les objets extérieurs et des réflexions sur la nature de l'homme qui ont eu lieu chez les divers peuples ; c'est une sorte d'introduction morale à l'histoire du développement des idées dans le sein de la société. Voyez l'excellent traité du président de Brosses sur lajormation des langues (Paris, 1^65); Herder , sur Vorigine du langage ( Berlin , 1 77a ) ; Tetens , sur le même sujet et sur l'origine de l'écriture (Magdebourg, 1773) , Monboddo , sur V origine et les progrès du langage , en anglais ( Edimbourg, «773 ) ; Michaelis, de V influence réciproque de la pensée sur les langues et des langues sur la pensée ( Berlin, 1761 ); Sulzer, sur le même sujet , dans ses dissertations philosophiques; Adelung , sur V origine du langage { Leipsick, 1781 ) ; Tiedemann, recherches sut le même sujet (Riga, 1772;), etc.
(L) Le but que nous nous proposons dans cet ouvrage étant de le rendre utile , surtout aux élèves des écoles françaises , à ceux qui en France se livrent aujourd'hui aux études philosophiques, aspirent à en étendre et à en perfectionner l'ensemble , nous nous faisons un devoir de leur fournir les indications qui nous paraissent les plus efficaces pour les conduire à ce but. C'est dans ce dessein que nous avons donné quelques développeraens à cet aperçu sur cette branche de l'histoire littéraire. C'est par le même motif
encore que nous tasistoas particulièrement lur les écrivains étrangerset sur ceux qui sont le moins connus. Déjà nous avons saisi plusieurs occasions pour recommander en France l'étude trop négligée des écrivains de l'Allemague ; nous acquittions en cela la dette de la reconnaissance ; car nous aimons à le déclarer , nous avons souvent et beaucoup puisé à cette source. La littérature anglaise est en général bien plus familière aux Français que celle de l'Allemagne ; quoique nous ayons avec celte dernière nation des rapports plus étroits et plus multipliés sans doute, la forme trop ordinaire aux ouvrages allemands , surtout dans les matières philosophiques , contribue à en éloigner les lecteurs français; ils y trouvent rarement cette clarté, cette élégance qui sont pour eux l'un des premiers besoins de l'esprit , mais ils y recueilleront souvent des pensées élevées , des sentimens profonds , et presque toujours des recherches laborieuses. Au reste , cette cause a été plaidée par l'un de nos plus illustres écrivains avec une éloquence et un talent qui a commencé à triompher des préventions de TindifFérence. Il n'a manqué aux belles Considérations de madame de Staël, sur r Allemagne , que d'avoir été mieux guidées dans le tableau qu'elle a tracé de la philosophie de cette portion de l'Europe, et d'avoir été mieux dégagée de l'atmosphère de quelques écoles modernes.
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