‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés relativement aux principes des connaissances humainesChapitre 20 sur 25 · IX · texte numérisé non relu

IX

Saint AiTgustiu a résumé avec beaucoup de clarté la doctrine de Diogène : Diogenes quoque Anaximenis aller audùor., aerem quidem diccit rerum esse maùeriem de qud omnia fièrent , sed eum esse compotem divince rationis , sine qud nihil ex eâ fieri posset ( de Civitate Dei , VIII , cap. 2 )►

J^oy. Sidonius Apollinaris dans ces deux vers :

J\Jateriam cunctis creaturis aéra credens , Judicat , inde Deum ^faceret quo cuncta , tulisse.

Voy. aussi Cicéron , De Naiurd Deor. , liv. I , cap. 14. — Saint Ciémeut d'Alexandrie, In Provrept. f etc.

( 376 ) 11 ne faut pas supposer , cependant , que la doctrine de ces philosophes fût un matérialisme absolu , tel que celui que nous concevons aujourd'hui,* ni qu'elle eût, relativement à la théologie naturelle et à la psycologie, l'importance qu'on serait tenté de lui attribuer. Ils n'identifiaient pas la cause première , le principe pensant, avec les corps tels qu'ils se présentent à nos sens; ils ne pouvaient concevoir cette cause ou ce principe que comme inhérens aune substance réelle ; ils en excluaient la forme , la couleur , les qualités sensibles; ils le supposaient éternel, incorruptible ^ infini ; mais ils ne savaient point encore s'élever à la notion de la simplicité exemple de toute divisibilité, de toute étendue ; ils imaginaient donc une sorte de substance d'une extrême subtilité , répandue dans l'espace , comme le plus haut degré d'abstraction qu'il leiir fût possible de saisir.

Lorsqu'en parlant de ces anciens systèmes on emploie le terme matière , il faut l'entendre moins comme substance corporelle, queconmie un clément quelconque préexistant , comvae la matière première d'un ouvrage^ les idées qu'on se créait de la formation de l'univers étaient des suites de l'analogie que fournissent les artsindus" Iriels. Seulement , au lieu de distinguer ces trois

( ^77 ) choses : la maiière qu'emploie l'ouvrier, le pro-^ duit qu'il en tire, et l'ouvrier lui-même, on supposait que la première était inhérente au troisième; ïhalès seul avait séparé ces trois notions d'une manière expresse.

De même , le panthéisme de l'école d'Ionie n'était point encore un panthéisme absolu j les Ioniens n'identifiaient pas le premier principe avec les choses telles qu'elles sont ; ils l'unissaient seulement à la substance élémentaire donc elles ont été composées; c'était ensuite à ce principe lui-même , en tant qu'intelligent , qu'ils attribuaient la grande opération par laquelle 1 élément primitif avait reçu sa forme présente; ainsi tout ce qui existe, sous sa forme actuelle , était produit à leurs yeux. Mais , Diogène paraît avoir été plus loin. Suivant lui 7\ ce qui est et ce qui a été sont identiques entre eux ; les changemens apparens ne sont que des modifications (i). Cette conséquence lui semblait résulter de ce que les êtres sont nés les uns des autres.

Nous avons vu que Thaïes et les Ioniens avaient voulu fonder leurs svstêmes sur une

(i) Diogène Laërce, IX , § 5^ . — Simplicius , in PJiys, Arist. ; § 3 1 ,

( 578 ) base logique. Diogènc exprima ouvertement cette pensée , et préluda ainsi à la création d'une logique artificielle. « Celui qui se pro- » pose d'enseigner quelque chose , disait- il , )) au rapport de Diogène Laërce , doit, avant ï) tout, établir un principe certain et indubi- » table, et l'exposer dans un langage simple » et exact (i). »

Arcbelaus de Milet fut le dernier des philosophes ioniens , et comme ses deux prédécesseurs , il enseigna à Athènes. 11 associa , ou plutôt il confondit la doctrine d'Anaxagoras et celle de Diogène , par un syncrétisme qui fait peu d'honneur à son jugement. On peut s'étonner devoir combien il était difficile à la raison humaine de suivre le premier de ces philosophes dans la région épurée à laquelle il s'était élevé. Cette observation du moins nous enseigne à reconnaître toute la puissance des obstacles qui arrêtent les premiers efforts de l'esprit humain.

Arcbelaus admit avec Anaxagoras les homoioineries,\e chaos etle principe de rintelligence(2); mais il plaça dans ce princrpe un mélange d'élé-

(i) Livre YI, §8i.

(2) Simplicius , in Phys. Arist, , § 6.

(379) mens héiérogènes , il attribua la pensée à la substance aérienne , la puissance motrice à la chaleur^ et ne reconnut point dans la raison la cause qui a forme le monde^ jtoç/xoTroioui/ , autant du \

moins qu'on peut juger son opinion par des té- j-^>^

raoignages qui sont peu d'accord entre eux (i) ; iX*^

c'est à l'univers lui-même qu'il affecta l'attribut 4. \j de l'infini (2). \

Ce pl)iloso[)liC est le seul des Ioniens qui so soit expressément occupé de la science de la morale et du droit naturel. L'opinion que lui attiibue Diogènc Laërce était le germe àv celle que Hobbes a développée dans les temps modernes, (c Les hommes sont nés de la terre; » ils ont ensuite établi les cités , créé les ans , )) institué les lois ; la différence entre le juste ]/\ » et l'injuste n'est point fondée sur la nature , )) mais sur les lois positives (3). »

(i) Plutarque , de Placilis PhiL ^ I, 5". — Pseucio-. Origèiie, Philosophum , cap. g. — Slobée , Ec'Lq^^ Phys. , § 56. .

(2) Dfogène Laërce, liv. I , § 14.

(3) M, liv. Il, § i6.

NOTES

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