DU SIXIEME CHAPITRE
(A) Le professeur Fuîleborn, dans uue dissertation latine (Halle , 1789) sur les fragmens du traité d'Aristote , qui porte le titre De Xcnophane , Zenone et Georgiu , a établi sur des preuves assez plausibles que les deux premiers chapitres de ce traité sont dans leur entier un abrégé de la doctrine de Xénophane.
Le même professeur a publié , dans son recueil de Mélanges pour servir à l'histoire de la philosophie , deux autres dissertations , l'une dans laquelle il résume avec beaucoup de sagacité cette même doctrine, d'après les nouveaux points de vue qui naissent de l'état actuel de la science; l'autre, dans laquelle il rassemble tous les textes épars dans divers écrivains de l'antiquité et rapportés par eux comme appartenans à Xénophane, en les accompagnant d'observations critiques ; c'est une sorte de restauration^ pour employer le langage des antiquaires. ( Beytriige , tome P' , 1 *' cahier, pag. 69, tome II , 3* cah. , pag. 1.)
fB) Saint Clément d'Alexandrie et Eusèbe ont eenservé quelques vers de Xénophane , dan< lesquels
il s'exprimait assez librement sur les superstitions vulgaires : « Les hommes se représentent ies dieux en— » gendres ainsi qu'eux , révélas des mêmes formes. Si » les lions et ies taureaux étaient pourvus de mains et » savaient peindre cemme l'homme, ils peindraient >» aussi les dieux semblables en tout à eux-mêmes... » mais il est un Dieu supérieur à tous les dieux ainsi » qu'aux hommes, qui ne ressemble aux mortels ni » parles formes, ni par l'intelligence. » Joignons à ce passage deux autres vers rapportés par Scxtus l'Empirique et Simplicius : «« Dieu voit tout , entend » tout, connaît tout ; sa sagesse conduit toutes chose» • sans efforts. »
(C) Voici le parallèle que le professeur Fulleborn établit entre Xénophane et Spinosa.
« Quoique le système de Xénophane n'ait pas été » conçu avec la même habileté et la même profondeur » que celui de Spinosa, on ne peut méconnaître dan» » tous deux la même marche, les mêmes principes... » La différence qui les distingue consiste essentielle— » ment dans les preuves qu'ils ont employées. Le pre- » mier, appartenant à une époque où les études philo- » sophiques , comme la langue philosophique , étaient » encore très-imparfaites, après avoir déduit d'ua » principe l'idée essentielle de son tout universel, » emprunte à d'autres principes les attributs qu'il lui n affecte, et la plupart du temps suit une marche » apagogique ; le second , au contraire , procède » toujours par la voie directe. Le premier raisonne » exclusivement «r ^nori, s.ins tenir compte de l'ex—
ra përiencc sensible ; le second emploie lour à lour la " méthode a priori et les preuves tirées de Texpé- » rience.
» A l'époque où a vécu Spinosa , les idées de la » simplicUé , de la substance , étaient mieux déve— »» loppées , déterminées avec plus de précision , surtout ♦> par les recherches de Descaries ; Spinosa lui-même » avait conçu d'une manière plus complète la notion » de la nécessité. Xénophane n'avait pu qu'entrevoir » ces notions , sans les concevoir dans toute leur pu— » reté» sans les exprimer avec rigueur, et sans pou- » voir, par celle raison, en suivre toutes les déduc- » tions. Celle forme ma thématique dont Spinosa a usé » avec tant d'avantage pour l'exposition de son sys- » tème , manquait aussi à Xénophane. »
(D) Le professeur Fulleborn a publié aussi, dans ses Mélanges , une sorte de restauration du poème de Parménide, semblable à celle qu'il a donnée de Xénophane , a^ec des notes critiques ( tome II , 6" cahier , page 34), et il l'a fait précéder d'une introduction sur la vie et les écrits de ce philosophe Les fragmens qu'il a réunis forment un ensemble beaucoup plus complet que celui qui a été donné par Henri Elierme, dans sa Poésie philosophique. {^V^oy. aussi les observations critiques du même professeur , tome I"^ des Mélanges, 5e cahier, page igi , et tome II, 7" cahier, page 16. )
Le poëme de Parménide commençait par les vers dont voici la 'raduction , et. qui sont rapportés par Sextus l'Empirique. { Advenus Logic. , VIT , § laS. )
( ^96 ) ' « De fougueux coursiers m'enlraiaent à leur gre' ; » Ns me portent dans cette voie renommée qu'a tracée » le génie divin , et qui conduit le sage à la connais- ■ sance de toutes choses. Ils entraînent mon char, ces » coursiers célèbres, et deux jeunes vierges les guident. » L'axe brûlant décrit , avec les deux roues armées de » rayons , des cercles rapides. Ainsi les Héh'ades s'é- » lancent hors des ténébreux palais de la nuit, dans le » séjour de la lumière , écartant de leurs mains vi- >• goureuses les voiles épais qui couvrent les portes du >> sombre palais ; ces portes séparent les deux régions. » Voici que les vierges célestes viennent et s'appro- » client du seuil; Dice ^ la vengeresse , qui inflige de » justes peines, tient les clefs; les jeunes vierge», la » fléchissant par leurs paroles , obtiennent qu'elles » ouvrent le passage. La porte tourne sur ses gonds M d'airain ; mon char entre dans l'enceinte. Une déesse »• joyeuse me reçoit , me tend la main et m'adresse la » parole en ces termes : Salut , mon fils , toi que les » divins coursiers ont conduit à mon palais ! réjouisn toi! un destin heureux t'a conduit dans la route M que n'ont jamais frayée les mortels j Thémis et « Dice t'ont guidé, etc. »
Voici maintenant l'explication que Sexlus donne de cette allégorie.
Sextus , à la suite du passage de Xénophane sur l'incertitude des connaissances, que nousavons eu occasion de citer dans ce chapitre , ajoute : « Parménide , son » ami, condamna celte maxime qui n'admet que la » simple opinion fondée sur de faibles conjectures. » Mais, il donna pour règle et pour autorité au juge-
■ ment cette certitude fonde'e sur *a scieuce , qui ne
• peut être ébranlée , rejetant même le témoignage
• des sens. »
Ici Sextus rapporte les vers dont nous venons de donner la traduction ; puis continue ainsi :
« Parménide entend certainement, par ces cheifaux » qui l'entraînent, les passions et les appétits d'une » âme privée de raison, et par la voie du génie » divin , celle de la contemplation philosophique. Car » la raison , comme un génie conducteur , guide à la » connaissance de toutes choses. Elle fait marcher ea
■ avant ses filles , c'est-à-dire les sens. Il désigne les » yeux sous le nom de ces Héliades qui abandonnent " le séjour de la nuit, parce que les yeux ne peuvent
■ ofirir }eur service qu'à l'aide de la lumière. Dice ,
• ou la justice vengeresse , qui porte les clefs , repré- » sente l'entendement qui a des notions certaines et
• fixes des choses. La Déesse, après avoir reçu le poète , » lui promet de lui enseigner deux choses : la vraie
■ science qui ne change pas, et la mobile opinion » d'un homme qui ne mérite aucune confiance. En » terminant , elle déclare expressément qu'il ne faut » point consulter les sens, mais la raison seule. » ( Adversus Logic. , VII , §§ 1 1 1 , i ip. , 1 1 3 , n4)
(E) Platon, dans le dialogue intitulé Parménide , introduit Socrate arrivant chez Pythodore , accompagné de plusieurs personnes qui désirent connaître les écrits de Zenon qu'on venait d'y apporter. Zenon lui-même en fait la lecture. Socrate reprend : « Mais , " comment, noui dis-tu , 6 Zenon , que si les ehose«