III. l
toine^ des Octave , il reconnattra , avec la plupart des sages de l'antiquité , les avantages d'une monarchie sagement tempérée ; il présentera^ avec Aristote y comme le modèle d*un gouvernement parfait , celui qui se forme par la combinaison et l'harmonie des trois formes monarchique , aristocratique et populaire (i)(D),
Il y a une singulière analogie entre les deux hommes qui introduisirent la philosophie grecque sur les deux théâtres d'Alexandrie et de Rome. Tous deux, orateurs illustres, citoyens considérables, gouvernèrent avec éclat leur patrie, en virent expirer la liberté , se condamnèrent à un exil volontaire , associèrent l'étude de la philosophie au mouvement des affaires publiques, cherchèrent en elle leur refuge, la mirent eh honneur par leur vie et leurs écrits. Aussi l'orateur romain profes5e-t*il une fréquente admiration pour Dénoétrius de Phalère.
Si maintenant nous voulions suivre la destinée des anciennes écoles grecques dans la , suite des siècles qui compose cette péiîode, et da^ toute l'étendue de l'empire romain , nous j
(i) De Republ. , liv. I et II.
verrions la doctrine de Pythagore cultivée à Rome par Nigidius Fîgulus^ ami deCicéron , qui à l'étude de l'astronomie joignit, 3^il en faut croire les historiens ^ les superstitions de l'astrologie ; ressuscitée , mais altérée y plus tard, en diverses contrées, par Ananilaiis de Larisse , Moderatus , Secundus , etc. ; celle de Platon, propagée par Thrazylle, par Théon de Smyrne, par Calvisius Taurus; celle d'Arisiote enseignée par Cratippe , Xéuarque t Athénée; celle des Cyniques, trouvant encore des sectateurs dans un Démétrius , un Demonax, un Crescens , un Saluste , et dans un Peregrin , si cet homme qui s'arrogea le titre db philosophe ne s'en était pas montré aussi indigne par ses vices que par la mobilité de son imagination et les extravagances auxquelles le porta le délire de la vanité; celle d'Ëpicure^ quoique devenue l'objet de tant de censures^ quoique chaque jour plus altérée sons les Césars^ trop souvent complice de la corruption des mœurs , continue cependant à trouver encore des sectateurs illustres , des hommes fidèles & 9on véritable esprit, un Atdcus, ami de Gcéron, un Celse , non le médecin ^ mais celui qui éleva contre le christianisme une si vive controverseï et qui fut réfuté par Origène; un Diogène Laërce
compilateur malheureusement trop peu jadi^ cieux de l'histoire de la philosophie ; celle des Stoïciens, enfin, se perpétuant avec éclat ^ cultivée par cet Athénodore de Tarse qu'Auguste s^honora d'admettre dans son commerce intime avec Arrias d'Alexandrie ; par ce Musonius Rufus dontStobée nous a conservé quelques passages et que saint Justin martyr a cité avec éloge; par ce Thraséas Poe tus que louent et sa vie et sa mort; par ce Tacite^ juge austère et suprême^ qui punit les tyrans quand il les peint, et par tant d'autres Romains illustres qui soutinrent pendant trois siècles l'honneur du Portique.
En général^ à Ronae, le petit uombred'hommes livrés à la méditation et à l'enthousiasme préférèrent Pythagore et Platon; les hommesdn monde et ceux qui cultivaient les sciences naturelles s'attachèrent à Epicure ; les orateurs et les hommes d'Etat^ à la nouvelle Académie; les jurisconsultes^ au Portique.
Mais ces recherches nous entraîneraient hors de notre plan, et nous devons nous borner ici à quelques considérations sommaires qui se lient essentiellement aux vues que nous nous sommes proposée» ; elles embrasseront les applications que la philosophie reçut par les soins des Stoïciens , la direction que suivirent les
(^97) Platonicieas avant de se rallier aux dociiines mystiques, les commentaires dont Arîstote devint Tobjet, enfin les combinaisons diverses qui furent essayées par les Eclectiques.
Les doctrines de la morale n'étaient point identifiées cbez les Païens au culte religieux; il était réservé au Christianisme d'établir cette alliance intime entre les cérémonies extérieures et les sentimens de l*âme > eotre la croyance et les acùons delà vie. C'était donc aux philosophes qu'il appartenait alors de tracer la règle des devoirs,' d'en établir les principes. Les Stoïciens ne négligèrent rien pour remplir cette honorable misâon; ils luttèrent avec une persévérance iicroïque contre l'oppreâsion de la tyrannie et la dépravation générale; ils maintinrent la vertu CD honneur; ils donnèrent a»Ie à tous les sentimens généreux. Si leur morale fut empreinte . duoe exagération marquée, s'ils donnèrent à lenrs préceptes une rigueur trop absolue, s'ils parurent vouloir appe' de la vertu, si ces tor parbe leur source dan; que renfermait la doct dateur du Portique, si, < [lersDDnelle, si ces torts
ce qne les Stoïciens ne s'étaient point assez attaches ii chercher le premier et le plus naturel auxi- ' liaire de la morale dans le sentiment religieux, et s'écaient trouvés par là contraints à forcer les conséquences de leurs principes ^ à employer quelquefois des motifs d'une nature presque factice^ une juste impartialité doit faire reconnaître aussi que ces mêmes torts furent en partie la conséquence et la suite des circonstances dans lesquelles les Stoïciens étaient placés , de cette lutte courageuse dans laquelle ils étaient engagés^ des obstacles dont ils étaient appelés à triompher; voulant réhabiliter la dignité delà nature humaine, trop dégradée par les mœurs de leurs siècles, ils s'élevèrent au-dessus d^s justes proportions; combattant à la fois contre toutes les séductions, cohtre les exemples^ contre les abus du pouvoir , ils accordèrent un roériie trop exclusif aux vertus fortes et énergiques^ Excusons donc ces écarts dansSénèque, comme nous lui pardonnons ses erreurs en physique et la recherche de son style, et rendons-lui grâce d'avoir apporté à Phumaniie tant d'armes puissantes contre les atteintes de la douleur. Expliquons par les mêmes causes la teinte de la doctrine d'Epictèie, doctrine que désavoue souvent la nature, lorsque ses maximes
Ï99 ) oondamnent les plus justes afièctions do cœur, mais doDt la pureté , l'élévation paraissent d'autant plus admirables lorsqu'on aç' rappelle la situation de son auteur. Les écrits dans lesquels Arrien renferma, sous le nom d'Ëpictète, le résumé de ses leçons , n'appartiennent qu'à cette partie de Ja doctrine que les' Sloïdien» a[^aient Panérétiquey c'est-à-dire à la préparation philosophique; mais ils ont dû à cette ârcoostance un méiîte particulier, celai d'une utilité plus générale^et les conseilsqu'iU offrent pour la culture de l'esprit et de Téduoetion de la volonté sont dégagés des subtilités dialectiques qui étaient trop ordinaire» à cette école (E). Ces écarts , cependant , se . montrent moins seosibles dans im autre Stoïcien illustre , dans ce Marc Aur^Ie qui fut le modèle des princes et qui honora la philosophie par le cours entier de sa vie, observation qui justiBe l'excuse qu« nous venons de présenter. La philosophie de Marc Auréle fut d'ailleurs éminemment relîpeuse, et cette circonstance confirme égale-
( ^^o ) c'est à la divinité qu'il rend grâce d'avoir pu la , pratiquer fidèlement (i). Aussi quelle modestie, quelle aimable bienveillance , quelle indulgence , quel amour ardent pour l'humanité!
a Dans les moindres actions ^ dit-il, aïe sans D cesse sous les yeux la liaison des deux ordres D de devoirs : Révérer Dieu , faire du bien )) aux hommes i car, tu ne feras rien de bien » dans les choses humaines, si tu^ oublies le » rapport qu'elles ont avec Dieu^ ni rien àe )> bien dans les choses divines , si tu oublies » leur rapport avec la société (a). )> Cependant, loin qu'il retire à la morale l'appui qu'acné doit trouver dans la raison , c'est à une raison saine^ et éclairée qu'il attribue le gouvernement intérieur et le noble privilège d'ouvrir le commerce entre la créature humaine et son auteur (S).
Bfarc Aurèle d'ailleurs ne s'est point excluàvement renfermé dans la philosophie du Portique j
8; XXI, 12; XXXI, 1, — Tradnction de Joljr, XXXIV, 20.
(1) Ibid.^n, 3.
(.»)Ibid., Pensées, XIX, a8 ; XXVH, m
xxxn, „.
(3) Ibid. , III , » j Vil , 10 ; XI, a, 3 , 5 ; Xn, 9; XIV , 6, 9 , ; XV, a , 7 , ïo , e«c.
( aoi )
on croit souvent reconnaître en lui le disciple de Platon, comme lorsqu'il rapporte à Funité , et les lois de l'univers et celles de la morale, lorsqu'il subordonne à une seule harmonie le système des êtres (i). a La cause universelle^ » dit-il, est un torrent qui entraîne tout ; tout » ce qui se Ëiit n'est qu'un changement de for- D mes. Tout ce qui existe est comme la I» semence de ce qui arrii^era, afin que le » monde soit toujours jeune (2). » £t Marc Aurèle ne professait point ces maximes pour le public, il ne les destinait point à la postérité ; il les avait seulement méditées pour son propre usage ; elles renfermaient le dépôt de ses sendmens les plus intimes. Le secret lui en fut dérobé après sa mort. S'il est beau de voir, sous des princes vicieux ou cruels, la philosophie former dans de simples citoyens des défen-* seurs intrépides de la justice et de la liberté, il n'est pas moins beau peut-être de voir la philosophie soumise encore à un antre genre d'épreuves, à celle de la prospérité, du pouvoir, et de quel pouvoir ! le plus immense qui exista jamais sur la terre. Quel théâtre d'applications
(0 X* pensée , I ; VII, 16 ; XIV , 16.
(a]XXXUI,8, 16; XXXIV, K
vraiment dignes d'elle , lorsque , par une rencontre trop rare, elle se trouva ainsi appelée à verser les bienfaits d'une sollicitude vertueuse et éclairée sur toute l'étendue du genre humain!
Le zèle que les Stoïciens avaient porté dans l'étude de la morale pratique^ les conduisit à rendre un autre genre de service à la société humaine^ service éminent dont l'influence a traversé les siècles et se répand aujourd'hui encore sur toute la terre; ils furent les créateurs de la jurisprudence théorique et raisonnée^ et par là^ non-seulement ils éclairèrent d'un flambeau précieux le code de ces lois qui ont régi le monde , le régissent encore en partie, tnais ils concoururent à porter dans le texte même de ces lois une foule de décisions qui sont comme l'expression d'une sagesse et d'une équité éternelle, ce On trouve encore , dit Gra- » vina, dans notre droit une foule d'expressions» » de règles , de principes , tirés des Sloï-
» dens (i). »
L'école du Portique ne s'interdisait point, comme la plupart dès autres, de s'appliquer
( f ) De Ortu et progretsu JurU civilis.
( m5 ) aux affaires, et ce fut san^ doute l'une des causes qui déterminèrent le succès qu'elle obtint à Rome et la préférence qui lui fut généralement donnée par les hommes ptlblics. Ghrysippe avait même recommandé que le sage employât ses lumières au service de son pays. Déjà, ainsi que nous l'avons remarqué, les premiers créateurs de la nouvelle jurisprudence romaine* an temps de Cicéron* Rutilius BuCûs, Tuberon; lesSccevola, Lucjlius Balbus, Servius Sulpidus, éuient pénétrés de la doctrine Stoïcienne. De celte école sortit la secte des Procul^ens qui eût rendu déjà un assez grand service à la science par cela seul qu'elle y introduisait le raisonnement et la discussion. On reproche à celte secte d'avoir embarrassé la jurisprudence par les subtilités de la dialectique Stoï- ■ cienne,de s'être bissée trop facilement entraîner aux nouveauté^ et aux interprétations arbitraires , d'avoir appliqué aux règles du droit les maximes trop absolues du Portique et Pexagé- ration qui L même niveai ^utes , comi Tenus.. Mais de rappeler i étudier l'espr
est leur naturel et légitime fondemeut, de ^affranchir d'une aveugle superstition pour les textes, de rechercher l'origine et la propriété des termes. Les Stoïâens cultivèrent donc avec soin le droit naturel^ y cherchèrent la source du droit positif. c(La loi, suivant eux, était la recommandation naturelle de l'humanité (i), l'expression de la consanguinité qui unit tous les hommes , et de la bienveillance mutuelle qui dîoît les porter à se secourir entre eux. » C'est là ce qui a inspiré à l'auteur de l'Esprit des Lois une si haute estime pour cette école, a Elle seule, dit-il, y> savait faire les citoyens; elle seule disait les » grands hommes ; elle seule faisait les grands » empereurs... Nés pour la société, les Stoïy> ciens croyaient tous que leur destin était » de travailler pour elle , d'autant moins à )) charge que leurs récompenses étaient toutes » dans eux-mêmes , qu*heùreux par leur phi- » losophie seule, il semblait que le bonheur » des autres pût augmenter le leur (2). »
Parmi les Platoniciens qui dans les diverses parties de l'empire romaià tentèrent de pro-
(i) Gravmâ,^4^vi. ^ ^ Philosoph. jurisperitorum^ (2) Wontesqnieu , EspHi des Lois , livre XXIV , chap. 10.
pager et d'éclairer la doctrine du fondateur de l'Académie, sans l'associer encore aux doctrines mystiques de l'Orient, nous devons distinguer Alcinoùs et Maxime de Tyr.
1/ Introduction à la philosophie de Platon y qu' Alcinoùs nous a laissée, justifie son titre ; elle résumé avec ordre et netteté les principes fondamentaux de cette doctrine. Il nous semble difficile d'exposer plus clairement les fon-^ démens donnés par Platon au système des connaissances humaines, que ne le fait Alcinoùs , lorsqu'il distingue les deux fonctions de la raison , l'aune appropriée aux choses intelli* gibles, l'autre aux choses sensibles.
«e Celle qui a pour objet, dîtH-il, les choses )) intelligibles, est la science ou la raison soien- » tifiqacj; cdle qui embrasse les choses sensii> Mes où les sensations, est une raîston doxas^ » tique oa d'opipion. »
y^ Il suit de là que tout ce qui est du ressort » de la raison scientifique est solide et immuay^ ble, parce qu'elle est elk^-cneme fondée sur 1» des bases qui ont ces deux qualités , au lieu » que la raison factice, ou d'opinion , «'offre » eu général que des probabili««»> des vrai- » semblances , parce qu'elle ne s'app^ue que yi sur des fondemeos incertaioa.
(ao6)
9 L'eotendemeDtestleprincîpedelasdenoe >i qui a ponr objet les choses intelligiUes; et j» les sensations sont le prinâpe de oe ^ se D rapporte anx sens.
9 lot sensation est une impression que Fâme D reçoit par rentremise du corps, et qui 1 aver* n tit principalement de sa propriété passive.
n Lors donc que Fâme reçoit par le niinin stère des sens une affection senâble, c'est-à- B dire une sensation , et qu'ensuite l'effet de 9 cette sensation 9 au lien de se détruire et de » s'évanouir avec le temps , reste dans l'âme et » s'y conserve , cette continuation d'etistence D de la part de la sensation produit la mémoire.
D L'opinion est le résultat commun de la mé- B moire et de la sensation.
D Lorsque nous rencontrons un objet sensi^ D ble, lorsque la présence de cet objet produit B sur nous une sensation et que cette sensation 7^ s'imprime dans la mémoire, si ensuite nous » rencontrons de nouveau le même objet seny> sible, nous comparons la sensation précé-' B dente, qui s'est conservée dans la mémoire^ )) av^Q^la nouvelle sensation ; ei nous disons en » nous-mênteft^ par exemple .• Socrate, chepal, » Jeu 9 ou toute autre chuse.
D Lors donc que nous comparons une sensa*
C ao7 ) » tlon précédente avec une sensation rëcem- » ment éprouvée , l'effet de cette comparaison « s'appelle opinion f lorsque les deux objets de » comparaison conTiennent^ s'accordent en- » semMe, l'opinion qui en résulte est une » véi'itë; lorsqu'au contraire il y a entre eux de M la disoordance , l'opinion est fausse, et COD- » sûtue l'erreur ou le mensonge (i) (F). »
Alciaoiis nous représente l'idée de Dieu contmë le médium au travers duquel la lumière de la vérité se transmet à l'intelligence; aussi recommande- t-il ta contemplation comme l'exercice le plus propre à l'instruction (2) (G)> Du reste, il distingue avec son maître les deux méthodes principales : « L'objet le plus étémen- » taire de la dialectique, dit-il, est d'abord N d'examiner l'essence de toutes les «choses V quelconques , et ensuite tes accidens. - Elle B recberche la nature intrinsèque de chaque » chose, ou en descendant.par voie de division » et de définition, ou en remontant par voie B d'aualyse.
» Elle juge des accidei
(,t) IiumtiâelioH à la phiios Vojet la Tradactioit ^ Caca2>fr {a] Ibid. , ch. a et 3.
( ^8 ) y> accessoire à l'essence des choses^ bu par ttûe )) induction prise du contenu , ou par un 7) raisonnement déduit du contenant. Les 7> parties de la dialectique sont donc la divi- » sion, la définition^ l'an^lyse^ l'induction et » le raisonnement. »
Il distingue ensuite avec sagacité trois espèces d'analyse : a La première , qui procède en mon- )) tant des objets sensibles aux choses intelH- » gibles du premier ordre; la ^conde^ qui » part de ce qui ^t clair et démontré pour )) démontrer des propositions qui ne le sont » pas^ et qui n'admettent point de milieu; la » troisième, qui emploie l'hypothèse pour ar- » river à des principes certains (i). »
On trouve dans Alcinoiis plusieurs applications qui paraissent empruntées à Aristote; mais il s'attache avec une prédilection marquée aux hypothèses spéculatives du fondateur de TAcadémie, et se complaît spécialement dans celle des génies intermédiaires ', qui avait acquis à cette époque une importance toute nouvelle (2).
Les mêmes traits caractéristiques se retrou-
ribM
(1) Introduction à la philosophU de Platon^ ch. 5»
(2) lùid.j ch. II.
veot dans Maxime de Tyr : (K Recherchons » ce que c'est pour Thomme que sapoir^i y> connaûre y apprendre y et toutes les autres » expressions de ce genre par lesquelles on » place rame dans un état de contempla^' » tion : appellerons-nous du nom de science » ce que les sens rassemblent dans un cadre D étroit de contemplation, ce qu'on appelle D expérience, ce qu'ils soumettent aux yeux » de l'âme , cette matière à laquelle la raison p » après avoir examiné , imprime ensuite son » sceau..? Cette science serait commune aux » brutes ; car les brutes aussi reçoivent des 9 sensations 9 acquièrent de l'expérience et B une sorte de sagesse. La supériorilé de n l'homme conâste dans la raison ^ et sons » ce rapport la science n'est autre chose qne i> la raison qui soomet long-temps ei sans » diatiacdon les mêmes dbfets à ses opâratiaos^ B qui cherdie dans les choses leê rapprodie* meos divws, sépare oe qoi CiC diiiemM»-' Ue, réomteeqni escanaiogoe^ disiiogoe^ £%ise, eoordonoe et éiabfic Phaarmooie entre les choses les plus coofoies. Uhoe de rhomme est on mébi^e de sol^»iaMe m^/r^ idk et i—um telle. La semode kfmm sdi
les Ken»^ 1/im6m;$ sai
UL li
» )e don de la première^ riniellîgencé celui. )> de la seconde y il recueille rexjpérience. La )) prudence tient le sailieu entre Tune et l'autre^ ]> et fonde l'empire de la substance immor- )) telle sur celle qui nous est commune avec y> les brutes. I/expérience a créé les arts de » la vie ; la prudence gouverne les passions » de l'âme; V intelligence représente lés lois » de cette cité intérieure y lois que Dieu même » a promulguées (H). Jf appelle «c/^ncé la com- » binaison harmonique de ces trois &cul- » tés (i). ï)
ce II n'y a que cette partie de notre âme, la plus belle, la plus pure, la plus intelligente, la plus délicate, la plus ancienne, qui puisse voir et comprendre l'essence divine, à cause de son homogénéité, de sa syngénésie^ et saisir dans soq ensemble l'idée de cet immense tout... Comment l'esprit voit»il, entend-il?
Par la force, par la rectitude de l'âme, qui contemple cette lumière pure sans éblouissement, sans ténèbres.... A mesure qu'on avance dans cette carrière et qu'on s'éloigne des cho—
■■ ■ ■' ■ ■ ■■■ I I ■ ■■ mm m n — — — ^ti^i— i^— ^i—
(i) Dissertation XII*. Voir la traductioQ àft Combe^Douaoui , an ii.
( ail )
ses d^ici-bas^ celles qui se découvrent de-* viennent successivement plus . claires , plus resplendissantes, et offrent les notions préliminaires de l'essence de Dieu ; pendant qu'on s'élève^ on reconnaît définitivement ce qui la constitue; lorsqu'on est arrivé au terme, on la contemple (i). »
Maxime de Tyr met tous ses soins à développer , par la célèbre hypothèse de Platon , que nos connaissances ne sont que des rémi^ niscences, et à rassembler les motifs qui peuvent faire présumer une existence antérieure de l'âme (5).
11 explique , par le commerce des hommes avec les divinités inférieures, le récit du démon familier qui guidait Socra te (3). Il explique de même les oracles et les présages. S'il ne rappelle point d'une manière explicite le système des idées y du moins il en suppose toutes les conséquences* Que , s'il s'arrête avec une complaisance marquée sur la Daimonologie de son mattre, si avec lui il invoque la contemplation de l'Etre des Êtres , comme la source de toute
{1) Dissertation XVIP.
{n) Dissertation XVP.
(3) Dissertation XIV*.
tâîlé , il égale presque Féloquenee et l'élévation du fondateur de FAcadémîe, ïorsqu^I s'arrête'a la notion du Dieu unique, du Dieu suprême de l'intelligence universelle, et rallie à ce foyer sublime toutes les notions de la vertu.
u Cependant la raison humaine , » ajoute # Maxime, (( esl exposée à être entraînée dans i> des directions contraires, non-seulement » par les passions y mais encore par la philo- D Sophie elle-même , qui semblait être par sa )> nature la chose là plus stable ^ mais qui ne w laisse pas d'admettre la diversité des sectes » et la rivalité des chefs. Pythagore Fentraîne }) vers la musique, Thaïes vers lastronomie, )i Heraclite vers la solitude , Socrate vers les y> affections , Carnéade vers Tignorance , Ko- )) gène vers le travail, Epicure vers la vo- » lupté. Combien de chefs , combien de sys- » tèmes ! Auquel s'adresser ? auquel croire ? '> Cest ainsi que Maxime termine sa trentecinquième dissertation.
La plupart des historiens ont rangé ces deux Platoniciens dans la classe des Syncrétisies qui sortit d'Alexandrie. Cependant, nous n'apercevons rien dans leurs écrits qui suppose le mélange des traditions orientales, et quelle que soit l'affection qu'ils témoignent pour les vues
, (2,5) mystiques de Platon , nous ne vovotis rien en eux qui s'éloigne d'une consiante fidélité à la doctrine de leor maître.
Nous hésiterions à en dire autant d'Apulée , quoiqu'on le range ordinairement au rang des Plafbnidens ; non -seulement il a confondu les idées de Pyitiagore avec le Platonisme, mais il y associe souvent les traditions' de la tbéui^ie orientale.
L^obscuriié trop commune à Aristote, l'cxtrême laconisme de son style , appelaient naturellement les commentateurs j - et l'esprit qui caractérise les siècles qui passent en ce moment sous nos jeux devait les lui procurer. Deux Alexandres , l'un d'Egée , l'autre d'Aphrôdisée, se firent remarquer dans cette carrière, Andronicus de Rhodes revit et corrigea le texte des écrits du Stagyrite y les mit en ordre ; ou lui attribue la paraphrase de l'Ëiluqueà Nicomaque, publiée par Dan. Heinsius.
Alexandre d'Aphrodisée donna sur les diverses branches des oi commentaires qui sont Il recueillit les opinioi destin, il écrivit lui-r tratié que Grotius a ti discutant la grande qu
( ai4 )
en combattant les opinions des Stoïciens sur la néeessité y Aleicandre a eu le mërite de mettre en lumière ce caractère de cause qui se manifeste dans la volonté de l'homme, et qui même ne se montre réellement , dans la sphère de l'expérience , que sur le théâtre des libres déterminations, ce Tout ce qui arrive » par une cause , dit-il , ne dépend pas pour » cela d^une cause extérieure ; il est des choses » qui sont en notre pouvoir, en vertu de » Pempire que nous exerçons sur elles ; une » action est spontanée . si elle a lieu d'après » une impression reçue ^ mais avant l'exa- » men et l'approbation ; elle est libre si elle » résulte d'une approbation préparée par l'exa- » men et le jugement. Voilà le privilège de » l'homme ; ses actions sont en son pouvoir.
» Il est raisonnable^ parce que sa raison est y> juge des impressions qu'il reçoit , des actions D qu'il doit exécuter. User de sa raison n'est » autre chose qu'être le principe de ses » propres déterminations. »
Pendant que chacune des anciennes écoles de la Grèce trouvait ainsi dans l'empire ro*main des continuateurs et des commentateurs^ la plupart de ceux qui cultivaient la philosophie se composaient , à l'exemple de
Gcéron^ un choix libre et plus ou moins éclairé entre les doctrines diverses. Dans leur nombre il faudrait compter Tite-Live qui avait écrit des dialogues où la philosophie était associée à l'histoire , et des ouvrages où la première de ces sciences était traitée d'une manière doctrinale (i) ; on pourrait y compter le bon Plutarqne ^ quoiqu'il excelle mieux à peindre le caractère des grands hommes qu'à pénétrer le véritable esprit des systèmes philosophiques^ qui montre plus d'érudition dans ses recherches historiques que de discernement dans ses opinions ; qui, dans, son Eclec-^ tisme, refuse cependant toute faveur à Zenon^ à Epicure, et accueille avec une facilité aveugle les traditions superstitieuses: on pourrait y compter Lucien^ bien qu'il soit ordinairement rangé parmi les Epicuriens 5 et que souvent il se rapproche des Sceptiques; Lucien 9 dont les censures ingénieuses, élégantes, mais sévères, poursuivent sous toutes les formes les prétentions du Dogmatisme et l'orgueil du Pédantisme; on pourrait y compter ce Sextius que Sénèque cite souvent avec tant
(i) Sen^ae , EpisL , i4>o. — Fabricias , Bib. Lat. ^ tom. I, pag. 199,
( ai6)
xl'âoges^ et qui, suivant le même auteur ^ u avait formé à Rome une sorte d'école na- A> tionale ouverte avec tant d'enthousiasme^ D mais qui s'éteî^it presque eu naissant (i). ^ On y retrouverait surtout les hommes qui cul* tivèrent alors les sciences naturelles et donné* rent de l'éclat à cette étude ; les deux Plines, explorateurs infatigables des phénomènes de la nature, et conduits par cette exploration à se défier des systèmes exclusif de& sectes, si toutefois Pline l'ancien ne doit pas être plutôt parmi les Sceptiques^ lorsqu'il dit : w Tout sui> » prend l'imprévoyance des mortels j il n'y a )) qu'une chose de certain , savoir qu'il n'y a » rien de certain , et que Textrême misère de » l'homme égale son extrême orgueil (2) j »
Celse, appelé l'Hippocrate latin, parce qu'il traduisit ce père de la médecine , qui se montra digne d'être Vun de ses successeurs, et qui avait été introduit par la philosophie à l'étude de Part de guérir y Galien enfin qui porta cet art au plus haut degré de perfection qu'il ait atteint dans l'antiquité.
(i) Qu0st. Nat. , VII , 32. — Epiu. , 69, 64 » gft. (a) tiisL Nat., Hy5.
Galien méritait^ comme Mippocra te, d'occuper uue place distinguée daus l'histoire de la philosophie. S'il ne l'a point obtenue j usqu'à ce jour^ s'il a même été à peine indiqué par les historiens de cette science y serait-ce parce qu'il accorda peu de faveur aux liypoihèses spéculatives , parce qu'il n'accrut point le nombre des théories rationnelles en&ntées par L'antiquité ? Pour nous , qui considérons aussi comme une doctrine légitime la philosophie de l'expérience , qui jugeons éminemment utile d'observer Iqs doctrines philosophiques dans leur rapport avec les applications et avec le progrès des sciences positives y nous essayerons ici de réparer par un aperçu sommaire un oubli aussi universel et aussi injuste.
Galien avait approfondi , en Philosophie comme en Médecine, les systèmes de toutes les écoles , sans s'asservir à aucune d'elles : il professe pour Platon une haute estime , il le commente souvent; mais, souvent aussi il le réforme , il adopte la logique d'Aristote , et commente sa théorie des sophismes; il suit quelquefois les traces des Stoïciens. Jusqu'à lui^ cette partie de la Psychologie qui embrasse les nipports d^ opérations de l'âme avec le jeu des organes qui ont été affectés à son service ,
(ai8)
élak demeurée dans Feobnce. L'élat (Pimper-
tecàxm daos lequel élaîeni encore les codnaissaooes physiologiques et anatonûques n'avait pas permis de concevoir des idées justes sur celte partie mystérieuse et délicate de la consdtution humaine ; on <x>nfondait les nerk avec les muscles; tour à tour on supposait au principe intelligent une action immédiate^ oq l'on matérialisait ce même principe en le confondant avec ses instrumens ; les hypothèses les plus absurdes avaient été, à Tenvi, prodiguées pour expliquer ce mystère. Gafiea, le premier , a essayé de le pénétrer en prenant Tobservation pour guide f il a réfuté avec un soin particulier les hypothèses de Platon sur la distinction des trois parties de l'âme y et de leurs trois séjours séparés en diverses parties du corps. ^1 a développé la théorie dont le principe avait été déjà posé par Erasistrate^ et qui distingue le principe pensant y de la vie or^ ganique ou animale ; il a considéré ce dernier comme un instrument intermédiaire destiné à fournir au premier ses moyens d'action ; il a éclairé par ses recherches toutes les opérations des sens,
Galien avait écrit un traité sur tart de la démonstration y il ne nous est point parvenu ;
maisDÔus pouvons^ en partie, y suppléer à l'aide de ceux qui nous restent , quoiqu'il n'y traite ce sujet que par occasion. Il s'élève incessamment contre le vice des méthodes anciennes qui cherchent dans la dialectique les propositions fécondes pour la science , et qui abusent des notions générales ^ en les substituant à la lu-« mièredes faits; (i de là une foule de questions oiseuses; de là l'intempérance des recherches sur les choses inconnues (i). n
Galien , le premier ^ a donc reconnu et mis au jour le vice fondamental de la logique des anciens, considérée comme instrui;nent d'inven* lion.
En définissant avec netteté la synthèse et Tanalyse , il montre les inconvéniens attachés à l'emploi exclusif de l'une ou de l'autre de ces deux méthodes , et la nécessité de les combiner sagement pour leur donner une véritable utilité (2).
Galien distingue quatre genres de démonstrations : ce Le premier mérite seul véritable-
(1) De cujusque animi peccaiorum cogn. atque mcdeldf ch. 3. — De Hipp. decretisy II, cap. 3 ; IX y cap. I.
(1) De Hipp. et Plat. , décret IX , cap. 5 et 5.
( aao )
x» meot œ titre; seul il esX productif pour la 9 science y seul il saiât la réalité ; seul il pé- 9 nétre dans la snbstanoe des choses ; le se- » oond y oelni qo'eiii|Joient les dialecticiens , 9 ne sot vérit^ement qu'exercer l'esprit \ le 9 troisîèiiie j qui se fonde sur les témoignages % étrangers , fonde la ample probabilité ; le 9 dernier, qu'on appuie sur les opinions corn* » munes , a plus de valeur apparente que de » solidité réelle (i). d
a En quoi conâstera donc le premier de ces quatre procédés, le seul véritablement utile et Intime? Quelle est la source de la vérité? quel est le principe de l'invention ? Il y a^ répond Galien, ime ftculté de juger commune à tous les hommes; elle est un don de la nature ; c'est le sens commun , la faculté de connaître f elle s'exerce par les sens sur les objets extérieurs; la cr(^nce à ces jugemens n'est point le produit de l'art ; elle est naturellement attachée aux perceptions sensibles. Elle s'exerce par l'entendement sur les choses intelligibles , c'est-à-dire en prononçant sur ce qui est conséquent ou contradictoire, sur la cooi'
(i) J9e Uipp. et Plat. , décret II, 3.
position et la divisîoQ , sur les ressemblances et les diflerences. Les sens sont donc le crite~ riam des objets ùmples et qui se montrent d'eux-mêmes , l'entendement , des choses rationnelles et complexes. Mais, ces deux ordres de connaissances ne sont point isolés , iodépendans l'un de l'autre ; il fant s'exercer d'abord aux choses particulières , pour atteindre ensuite aux généralités, imiter pour les déductions la forme des déiuonslrations mathématiques , recouiîr ensuite, pour vériâer les résultais , aux épreuves de l'expérience. L'observation donne tes signes , l'ent^idement danue les vérités abstraites : l'observation est l'origine de l'invention ; elle conduit à découvrir les principes de la science. L'entendemeut seul fonde et établit ces principes. Les sens, source de toute instruction , se conigeni eux-mêmes par les répétitions de l'expérience. La nature a fourni la matière ; le jagement est l'instrument qax les met en œuvre (i). »
(i) De Optim. Sect. , cap. a. — De Opiimo docendi génère. — De cujustfue anim alquemed., cap. 3, 6 , S. -r- De Hipp cw.VII,8îIX,I,8.
u L'évidence est donc la source de toute | lumière ; s'il n'y a plus d'évidence ^ il n y a plus d'exercice pour l'entendement ; l'entendement est pour l'âme ce que l'œil est pour le corps. Percevoir , c'est comprendre , c'est connaître , c'est connaître avec certitude. Il faut donc ^ comme dit Hippocrate , commencer par les choses essentielles et fondamentales ^ par celles qui sont les plus faciles , qui sont a la portée de tous. Les jugemens naturels sont les fondemens de toute science ^ et Platon lui-même dans ses dialogues rend hommage à ce principe y le prend pour règle (i). »
c< La plupart des erreurs proviennent des assimilations précipitées. )) Galien revient souvent à cette observation ; il la développe par de nombreux exemples. La recherclie de la vérité consiste donc essentiellement, suivant lui y dans une investigation attentive et scrupuleuse , dans une comparaison exacte y qui enseignent à apprécier les justes analogies qui rapprochent les objets , les diSerences réelles qui les distinguent. Il donne de cette
{i)De Hipp. et Plaî.^ décret. IX, i
méthode on bd ei éloquent eranplo ^ «n mon« tranc comment die conduit le médedn à «d-* mirer les œuvres de Fauteur de toutes choses ^ et à reconnaître en pardcuUer sa providence dans les constitutioiis du corps humain (i).
a Si les discordes ne peuvent se terminer en philosophie , dit Galien , il ne faut pos s'en étonner, puisqu'on s'obstine à discuter sur des choses dont on ne peut juger avec le secours d'une expérience évidente* Le véritable éclectisme n'a pas besoin du secours dos académiciens ; il s'obtient par l'observation et non par la dispute (a). D
Galien a combattu le Scepticisme de Favo* rin ; il a réfuté la Ic^que de Chrysippe# Il a dévdoppe la pliilosopbie dHippocrate^ commo sa dodiioe sur fart de guérir ; comme ce grand créateur des sdencf» natordlef , il premenùi Baoao;<» platôc , il e6t été pour scvix Méde ee qoe GaUée ci Bacon fm^ent poor le leur ^ ai le» esprits siasc&t csé môeia £sposÀ à lecom^feri^ dre, si Face suivant cAt âe pin* tseft^iÀe 4e
r l i ra a jaw£ embrasse la pfUIoer^f^ m^ 'i} AidL , oir. IX, 3^
raie j et indiqué les moyens de connaître et de guérir les maladies de Tâme, lés passions (i). On a donné sous son nom une bistoire de la Philosophie ^ qui ne paraît point être son ouvrage; mais ses nombreux écrits renferment pour cette bistoire une foule de documens précieux ; on voit que toutes les doctrines de l'antiquité lui étaient Ëimilières , qu'il les avait examinées , disculées , et qu'il en avait tiré ce qui lui semblait pouvoir servir aux progrés de la science. Galien fut le plus grand des philo* sopbes de cette époque; seul il ajouta des perfectionnemens notables aux anciennes doctrines; il n'eut point de successeur.
On le voit , les philosophes les plus distingués qui aient illustré l'empire Romain sous les Césars^ se réunissent presque tous dans le beau siècle des Antt>nins; mais ce beau siècle re^ cueillit les derniers rayons de la science et du génie. Dès lors les anciennes doctrines grecques cessèrent d'être enseignées dans leur pureté, ou d'être l'objet d'un choix judicieux.
Il est digne d'attention que ceiiîx'de ces progrès qui furent obtenus dans l'étude des sciences naturelles pendant cette période, se
(i) De Dignoscendis cùrandisque animi morbis-
C 335 ) lieni, comme ceux qui avaient signalé la précédente , à une même doctrine philosophique.
Si nous avons dû considérer Alexandiie et Borne comme formant , au commencfflnent de celle période , deux foyers distincts et séparés , successivement donnés à la science^ nous devons lescunfondre dans-vn même tableau , lorsque Alexandrie a passé sous les lois de Rome ; ou plutôt Rome alors reçut indirectement, par Alexandrie, une seconde communication des iuDiières qu'elle avait empruntées à la Grèce ; au troisième siècle , ces deui bianches se conrondireot même presque enlièrement en une seule , pour se sous-diviser plus tard en deux autres, lorsque Athèn,es fut redevenue le théâire (l'une école nouvelle. ( Voyez ci-après, chapitre ai. )Mais ^ quoique favorisée en tant de manièrea par sa situation centrale , Borne dte-méme , eut une part moins marquée à la Culture des connaissances humaines que les autres' parties de l'Empire romain ; et l'ou ne voit pas sans surprise que , jusqu'à la fin , la plupart des hommes qoi professaient avec distinction , à Rome, la philos(^hle et les
NOTES
DU DIX-HUltlÈMB CHAPITRE.
(A) LoRBQv'oir 86 reporte au descrifitioDS quinons ont étë laissées des monoiaens élerés par les premier» rois de Rome, aux traditions qui ont subsisté relativement à la législation de Numa , on est porté à croire queB.ome, à son berceau, neTut point étrangère à la sagesse et «ux arts des anciens Etrusques* Cependant, celte époque de l'histoire est eticôre couverte d'épais nuages, et dès q«e des docnmen» positifs nous permeltent de nous former des idées positives snr les mœors des Romains, nous n'apercevons plus de vestiges de ce» traditions antiques. *
Dans les livres de la République nouvellement retrouvés I Cicéron , après avoir rapporté la tradition qui supposé que Numa avait été le disciple de Pjtbagore ou avait été pythagoricien , réfute lui-même cette erfeuk", et en montre TànaChroàièmé par lè rapprochement des dates, tel que Bmcker l'avait fait dans le siècle dernier ; il fixe à la quatrième année du règne de Tarquin-le-Superbe l'époque à laquelle Pjtha-
gore vint dans la grande Grèce. Cette date est précieose. £Ue confirme d'ailleurs que l'école de Pythagore ne s'est point étendue jusqu'à Kome. (De Repu* hUca y n. , i4 ).
(B) Cicéron ^ dans tous ses écrits philosophiques « nous offre les tableaux les ptus intéressans et les plus ▼ariés de ce mouvement des esprits qui se manifestait alors à Rome, et qui portait les hommes les plus dis«> tingués à venir s'instruire dans la doctrine dqs Grecs. On aime à voir ces grands hommes, dont les noms ont été consacrés par l'histoire , se délasser des victoires , se préparer aox afEsîres publiques dans le commerce des philosophes , dans ces entretiens qui roulaient sur l'étude de la sagesse , et se présenter avec respect aux écoles de Socrate , de Platon , d'Aristote f de Zenon» Gcéron , en avouant sans détour que les Romains dc« vaient aui Grecs tontes lenrs connaissances , ajonle cependant qa'ik ont perfectionné eux «-mêmes tout ce qu'ils ont reçu de ceux-ci. H ne pouvait refuser cette réserve à la fierté nationale.
(C) H. Miehaud jeune a bieli voulu nous eomitauniqner les feqîUes de cet important iraité i retrouvé en partie par M. Angelo Majo , et qui s'imprime en ce momeiit ches lui. L'impossibilité oh nous étions de retarder l'impression de cet ouvrage , ne nous a p^mis de consulter que les deux premiers livres , les au-» très n'étant point encore parvenus à Paris.
(D) Gautier de Sibert a inséré successivement cinq mémoiras sur la philosophie de Cicéron, dans le recueil
de racadémie des Inscriptions. C'e^t une exposition fidèle des opinions de l'orateur romain ; mais le savant académicien n'a peut-être point pénétre autant qu'on l'eût désiré l'esprit et le but des travaux de Cicéron , marqué d'une manière assez nette les traits essentiels qui les caractérisent , et surtout fait ressortir avec assez de soin les rapports qu'ils ont avec la marche générale I de la philosophie chez les Romains , ce qui est cependant le point de vue le plus intéressant pour considérer ce sujet.
'(£) La morale des Stoïciens était fondée sur ce principe : Agir conformément à la nature; et cependant l'exagération qu'ils y portaient tendait à démentir la voix de la nature. On peut voir en particulier , par les tnaximes m et 23 du manuel d'Epictète , qu'ils rangeaient au nombre des préjugés les affections les plas légitimes du cœur. «Aucun de ces malheurs ne me con- 9 cerne, mais plutôt ce corps vil, ou mon bien, ou ma » réputation, ou mes enfans, ou ma femme; mais pour » moi-même , il n'y a rien qui ne m'annonce du bon- » heur. »
Il parait que la logique de Chrysippe et ses opinions dogmatiques avaient dès lors perdu un peu de leur crédit parmi les Stoïciens. {Ibid. , iQaxime'74)
L'abbé Gamier a inséré dans le tome XLYIII da Recueil de l'académie des Inscriptions , un mémoire qui tend à détruire l'opinion généralement reçue, qui attribuait le célèbre tableau de Cébès à Cébès le Thébain , et à faire reconnaître pour son auteur Cêiié^ de Cy rique , qui appartient à l'époque que nous traitons dans ce chapitre. Il montre avec beaucoup de saga-
cité que cet ouvrage porte éTidemmeat l'empreiate de )a doctrine stoïcienne.-
(F) ■ Platon compare à une table de cire l'organe dn corps humain dans lequel s'opère la mémoire el la sensation,
■ Lorsque l'âme a composé dans la pensée son opinion da résQltatde la sensation elde la me'moire, et qu'elle contemple les c^jets de son opération comme les vraies causes dont elle est l'efTet , Platon appelle cela délinéation, dessin, et quelquefois imagination, fantaisie. i
B II appelle pensée la conversation de l'âme avec eUe>méme.
■ Il appelle discours ce qui émane d'elle par la bouche et par le moyen de la voix.
» L'intelligence est l'action de l'entendement qui contemple les choses intelligibles du premier ordre. Il parait qu'on pent la considérer sous un doublerapport : le premier , dans cet état de l'âme , lorsqu'elle contemplait lea choses intelligibles , avant d'être renfermée dans le corps ; le second , da^s cet état de l'Ame depuis qu'elle y est renfermée.
» Dans cette primitive situation de l'âme avant son union avec le corps , c'était proprement l'intel ligence ; mais depuis cette union , ce qa'on appelait auparavant intelligence n'est plus qu'une connaissance naturelle, me espèce d'intelligence de l'Ame déjà soumise au corps.
■• Lon donc que nous disons que l'i le principe de la raison scientifique, no
( aSo ) . -
p^ft cette dernière inielligence dont i)pus venons de parler , mais celle qui existait dans Vkme af^nfc. 8Q3 union avec le corps , qui s'appelait alors,, somme nous <Favons dit , intelligence^ et qui maintenant se nomme connaissance natureUc* Platon la dësigué sous le nem de science simple , d'ai/e de l'ame , et quelquefois sQiis celui de mémoire.
9 De toutes cet connaissances simples résulte la raison naturelle,- qui produit la sciencei et qui est Touvragede la nature.
M Puisqu'il existe une raison aaientifique et une raison doxastîque , puisque l'intelligence et la sensibilité existent aussi , il existe donc des chpses q^i en sont l'objet, et ce sont les choses intelligibles et les choses. sensibles. Dans la classe des choses intelligibles , ce $ont les idées qui tiennent le premier rang ; le second est pour les formes relatives à la matière , considérées dans un sens abstrait. L'intelligence a donc deux braiH ches , selon qu'elle a pour objet ou le^ idées ou les formes.
» D'un autre c6té , les eboses sensibles étant de deux ordres , savoir les qualités , comme la couleur , la blan* cheur; l'accident, coniMie la chose blftnehe, la chose colorée ; et , outre cela , le concret , comme le feu , le miel : de même , la sensibilité est du premier ou d» second ordre , selon qu'elle sVxerce sur ces différens objets.
u L'intelligence, en s'eccupant à juger la prcHÛèfe classe des eboses intelligibles , se sert de la r;|isoB scientifique , et celi^ pa^r une opéralioo collective el %^QS détails.
• Les choses iateltigibles de la seconde cla>sè sont ûnaiédîalemeat jugées par la raîsoo scientifique aidée de l'inlelligence.
» Le premier, le second ordre 4e% choses sensibles sont jugés par la sensibilité avec le secours de la raison doiastique, et c'est cette même raison doxastiqoe qui juge les choses concrètes à Taide de la sensibilité.
« La première parlie du nionde intelligible étant composée de choses intelligibles , et la première partie du inonde sensible étant composée de choses concrètes, l'intelligence juge le monde intellectuel par le secours de la raison , c'est-4*<lire qu'elle ne le £sit pas sans employer la raison; et la raison doxastique juge le monde sensible, mais non sans s'aider de la sensibilité.
» Pour, ce qui est de la contemplation et de l'action , la droite raison ne |uge pas de la même manière les choses de leur ressort respectif. Dans les premières , elle cherche à discerner ce qui est vrai de ce qui ne Pest pas ;' dans les antres , elle considère les actions dans un sens intrinsèque, dans leurs rapports avec celui qui agit et avec autrui.
» Par ridée naturelle que nous avons do beau et du bon , par l'usage que nous fiusons de la raison , en la ramenant atn idées natuielles , comme à une mesure , â une règle déterminée , nous jugeons si les choses sont d'une manière ou d'une antre. » ( Alcinoiis ,. luirod. à la phiL de Platon , ch. 4*)
(G) Voici conm^ent Aiciaoils expose le système de Platon sur les idée* , et cherche â 1 appuyer §ur des preuves :
( aSa )
i> Apres avoir parlé de la matière , Platon passe anx autres principes* Le premier est un principe prototy* pique , c'est-à-dire celui des idées et de Dieu y le përe et l'auteur de tout.
» L'idée est par rapport à Dieu son intelligence^ vor^c; ctuTov 'j par rapport à nous le premier objet de l'entendément vo» tov Trpûrov ; par rapport à la matière , mesure , ftôrpov ; par rapport au monde sensible , le type on le modèle ^ Trapa^stypz; par rapport à elle-* même , lorsqu'elle se considère , V essence , oûo-ia. »
» En général , tout ce qui se fait avec intention doit avoir une fin , comme lorsque quelqu'un fait quelque chose. Par exemple, lorsque je fais mon image, il faut que le modèle ait été précédemment conçu , et si le modèle n'existe point au dehors, chaque ouvrier, ayant en soi son modèle , en imprime l'image à la matière.
» Platon définit l'idée , le modèle de ce qui est naturellement éternel. La plupart des Platoniciens ne regardent pas comme idée les modèles que se forment les artistes , tel que celui d'un bouclier , d'une lyre; ils ne l'appliquent pas non plus aux choses qui sont coutre la nature « telles que la fièvre , la colère ; ni anx choses qui n'existent que partiellement, comme Socrate , Platon ; ni aux choses de peu d'importance , comme une ordure , un fétu; ni aux choses qui se rapportent à d'autres , comme le plus grand , l'extrême : ils pensent que les idées n'appartiennent qu'aux opérations éternelles et innées de l'intelligence de Dieu.
M L'existence des idées , Platon l'établit ainsi : Que Dieu soit esprit ou qu'il soit intelligence , il a des pensées y et ces pensées sont éternelles et immuables. De
cela mit l'existence des idées ; car si la malîëre est sans meiiire par rapport àelle-méme , elle doit être mesurée par quelque chose de plus ezcelleat qu'elle et d'immatériel. L'antécédent est vrai j le conséquent l'est donc auisi : les idées sont donc quelqae chose d'immatériel qui ■ la faculté de mesurer.
■ De plus , si le monde tel qu'il est n'existe point par lui-même , non-seulement il a été fait de quelque choie , mais encore par quelque chose ; et non - seulement cela, mais encore il a été fait pour une certaine fia. Or, la fin pour laquelle il a été fait, qu'est-ce autre chose qu'une idée ? Les idées existent doac. .
• D'un autre cèté , si l'esprit est ana chose différente d'nne pensée vraie , si l'intelligence est une chose différente de l'objet de ses opérations , si cela est , ce qui cit susceptible d'intelligence est donc différent de ce qui en est l'objet. II y a donc un premier ordre de choses intelligibles et un premier ordre de choses seniibles : il existe donc des idées. L'esprit et la vérité lont des choses différeate» : il existe donc des idées. • [Ibid., ch. 9.)
(H) ■ Cette (acuité de l'Ame qui trouve le savoir éUnl il
ootiouj
•le s^ù eiitten tu que
6e manière que l'idée de l'ime tfaîiie à sa suite ViAée de l'autre , ou sous le rapport du temps , comme dans la succession du jour et de la nuit , de la jeunesse et de la vieillesse , de l'hiver et du printemps i ou sons le rapport des a£fections. C'est ainsi que la beauté produit l'amour , l'injure la colère , la prospérité la volupté, et l'infortune la douleur.... De la mâme manière que si les sens étaient placés dans le yestibnle de l'âme , aussilAt qu'ils ont commei|cé à recevoir quelque impression , et qu'ils l'ont transmise à l'entende^ ment, celni«-ci, en la recevant, promène ses yeoKj passe en revue les autres objets qui ont avec celui dont l'impression le frappe quelque iielation , quelque affinité j ou sous un rapport de temps , ou sous un rapport de manière d'être , ou sous un rapport politique , ou sous un rapport de localité , ou sons un rapport d'autoriiié , ou sous un rapport de talens. Car , de même que celui qui donne un coup à l'extrémité inféférieure d'une lance longue et déliée fait passer l'impression de ce coup dans toute la longueur de la lance, jusqu'au fer tranchant qui la termine, et que celui qui ébranle le bout de plusieurs cordages tendus dans une grande longueur transmet l'ébranlement d'un bout à l'autre, de manière que toute la longueur s'en res- ' sent; de même l'entendement n'a besoin que d'une lé- ' gère vibration pour s'étendre' à tout ce qui constitue les rapports d'une même chose. » ( Ibid. , Dissertalion xyv: )
(I) «ii'àme de l'homme est intelligente. Elle exerce cette faculté par le mojen de deux organes , l'un sim-
port s'^Mt pv.z'sLcsc fw |^uâ bn^» «»;^y>Mr 1 nbMK snv : cw is -'■■™^-" . ks ^ ."satm . h* p>aiei,bMM.lBBPKn. ta «tlMn. 1» f-iraiK^
miranéi , cf imt la agM^àws w ciMA-ftlMl JbM tou )(• MaMtM ^ Mfav «xùtcMC* . ImI ùn^nv* tim mr l^w, d fad y m— J tu t de pwcr tfttM M'y > rien am-i^. Les choses intelligibles , »b rcMilmt!^ tlnngèrei à em Ici conUct , à de ^larall» im)wr««»)>>at> ><«( Certifiées k se coatempler clic* - m^n par It moTni de rentendemeat. M»is ce dernier , tmpUulrf itai rème, est toarmenlé, «gitê , troobU l>ar Im irw, qui ne lui laissent pas vn iostanl d« retflchv , □'il ne Toit pai les objets qui lui lolit
(J) Paganino Gaudenzio a écrit un traité en latin sur l'origine et les progrès de la philosophie chez le» Latins ( Pise , 164 3, in-4*' ) ; ™<^s il est demeurées* trémement au - dessous d'un si grand sujel. Il manquait lui-même des vues philosophiques nécessaires pour la concevoir dans son véritable esprit. Blessig a été plus heureux dans sa dissertation ( De Origine philosophiœ apudRomanos jStrsLshourg^ i^yo, in-4^) Voyez aussi Meiners ( Histoire de la Décadence des mœurs ei de la Constitution des Romains* Leipsick, 1782, in-8*.)
Le recueil de l'académie des Inscriptions renferme une suite de mémoires précieux sur les philosophes indiqués dans ce chapitre. : Burigny , sur Publicus Nigidiiis Frigulus (tome XXIX), sur Sextius ( tome XXXI } , sur Musonius ( ibid. ) , sur Plutarque . (tome Y, X, XIV); l'abbé Serin sur Athénodon (tome XIII ]; Gapparonnier sur Pérégrin ( tome XXVIII ).
Indépendamment des cinq mémoires de Gauthier de Sibert sur la philosophie de Gicéron, et de celai de Burignj (tome XXVII) , ce sujet a exercé un grand nombre d'érudits. Facciolati ( F^ita Cicerow litteraria , Paris , 1760) ; Midleton ( yie de Cicéron), Hulsemann ( De Indole philosophicd M. Tullii CiceroniSj etc. Luxembourg, 1799» in-4^) > Meiners ( Oratio^ de philosophie f Ciceronis ^ etc., dans ses mélanges , tome I«' ) ; Bricgle ( Progr. de Philos. Ciceronis, Cobourg , 1781 ) } le même ( De Cicérone cum Epicuro disputante , ibid. , 1779); A^dam Bursius {Dialectica Ciceronis j Tor
( aS? ) mosck, i6ô4); Jaton de Varts {Brevis et Mstincia Instil. ût Cieeronis phUosophùS , etc. Pavie , j5g7]; Waldin {Onuio de fAU. CictroHts ptntO' lûcd, léaa , 1753 ) , etc. , etc.