CHAPITRE XIX
Derniers dépehppemens du Scepticisme.
Là nio;eDne aca^mie s'éteint □□ ae confond STec le Pyrrhoniime. — Aneiidèine ; — Sci écrits. ^— Discuuioii aur h théorie de la ciuialitë. — Critique dc> bïpothèaeaj-atioii' ncllei «ir la nature de» cauies. — Doutci lur les principe! dei connainancei. — ^nwidème admet le tjstème dBtradite, — Comment ille lie au Scepticiime.
Ariatoclèi réfute Timon et lEnesidéme, — Sept laisonnimens employé] contre tes Fj^nhoniens,
Autres Sceptique» : Agrippa ; ses cinq trnpei— PhaTorin. — Deux nouveaux tropes ajoutés au code PjrrhoDicn.
SextuB l'Empirique. — Caractère et utilité de ses écrilj, — Il admet la subjectivité des perceptions ; — Du vrai ; —Si le Trai existe. — S'il j a des critérium pour le faire reconnaitre. — Des trois esnècea de critérium. — Sceoticisme universel. — De» idé l'argumentatian de
De» *ectes médii
part des Sceptique
, Le Sceplicisme <
De tous les philosophes qaî ont passé succasivemooL sous nos yeux , dans les deux citapitres précédëns , il n'ei) est qu'un seul qui ait porte de nouvelles lumières dans la théorie des principes de la connaissance humaine, ou tfui même att paru en faire un objet séneux de ses rechecches} c'est Galien. Les successeurs de Pyrrhon furent d'ailleurs les seuls qui, pendaat cet intervalle, se livrèrent à l'investigalion da ces grands problèmes , et c'est pour ce moUf que nous btods réeervé leurs travaux pour en faire maintenant l'objet d'un chapitre parliculier. Un examen plus approfondi de leurs idées sur ce sujet semble être réclamé et par rimportatice de ees questions et par leur rapport intime avec le but qne nous nous proposons dans cet ouvrage.
La moyenne académie avait promptement «iccombé sous les efforts du Portique; Philoo, Auiiochns, en fondant la noHvelle académie, afùent dû transiger avec les vainqueurs ; les . «Obrt» de Cicéron pour ressusciter l'académie d'Arcésilas et deCarnéade ne paraissent pas avoir produit de résultat durable. Cette philosophie qui flottait entre le doute absolu et te do^mâ-
UsDMC
leshon
études philosophiques avaient besoin d'alimens plus substantiels et d'opinions plus prononcées. D'ailleurs 9 les disciples des Académiciens, profitant de la liberté que leur laissaient leurs maîtres, de choisir ce qui leur paraissait le plus conforme à la vérité , suivant le témoignage de Galien, venaient se ranger sous les enseignes des autres écoles.
Ce furent donc principalement les Sceptiques qui continuèrent à exercer une critique générale contre les systèmes dogmatiques , et cette censure les conduisit à &ire subir de nouvelles et plus sévères épreuves aux principes fondamentaux de la science.
iEnesidème donna le premier avec éclat un nouveau développement aux doutes de Pyrrhon (i). Il était contemporain de Cicéron; il naquit en Crète ^ vécut et enseigna à Alexandrie. Sextus l'Empirique nous assure à diverses reprises que^ si^nesidème embrassa et professa le Scepticisme, ce fut pour en faire une préparation et une introduction au système d'Héra-
(i) Sextus l'Empir. , Pyrrhon* Hypot. , lîy. I.
cKte(l). Avant de discuter l'explication que donne Sextos de cette singulière corrélation, et de chercher nous-mêmes une explication plausible, il convient de réunir les fragoiens qui nous sont parvenus sur les idées propres à ce philosophe. Ses écrits se sont perdus ; nous ne possédons que quelques citations éparses dans Sextus^ dans Diogène Laërce et dans la Bibliothèque de Photius.
Des huit livres qui composent l'ouvrage d'^nesidème, le premier avait pour objet de marquer la' diSereuce qui sépare les Académiciens et les Pyrrhoniens. Si l'on en croit Photius (2), il faisait consister cette différence en ce que les Académiciens étaient, au fond, de véritables dogmatiques : <x Ib admettent , disent- » ils, certaines propositions comme des vérités B indubitables j d'autres comme absolument "a dusses. Les Pyrrhoniens, au contraire, dou- » tent de tout universellement; non-seulement B ils n'adoptent aucun dogme; mais ils se gar- » dent même d'affirtner soit que les choses
(i)S«tu»I'Emp;r.P^rMon. hypô^pMv.t.,^. 210.
Conlra Logicos, I, 349<i Coatra Phystcos. , I|58?,
Il,.3l6.
(a) Pholiu. Biàl. p. 54a, 546, 548.
quoique également probable; le septième^ contre ceux qui admettent des explications qui répugnent non-seulement aux pLénomèues^ Hiais encore à leurs propres suppositions ; le huitième enfin ^ contre ceux qui, lorsque les phénomènes et les points mis en question paraissent également douteux^ veulent cependant expliquer les seconds par les premiers.
dSnesidéme ajoutait que souvent ^ en voulant rendre compte des causes , on s'^are en réunissant à la fois plusieurs de ces modes erronés d'investigation (i).
Jusqu'ici ^nesidéme parait faire plutôt la critique des systèmes de quelques philosophes, qu'établir des maximes générales contre toute théorie de la causalité. Il fait évidemment allusion à plusieurs des systèmes de l'antiquité , et il s'exprime de telle sorte » qu'en blâmant la manière dont on a procédé ^ il semble indiquercelle dont on devrait procéder pour atteindre à de meilleurs résultats. Mais, dans le premier de ses livres contre les physiciens , Sextus lui prête d'autres raisonnemens qui auraient des conséquences plus absolues. En
(j) Pyrrhon. H^potyp.^ I. 180. à i85.
( 345 ) voici le résamé : « Un corps ne peut éire une cause à Végatrà d'un autre corps ; car , il agirait , ou par lui-même , ou à l'aide d'un second , comme intermédiaire ; par lui-même ^ il ne peut' produire que ce qui est déjà dans sa propre nature ; à l'aide d'un second , il ne le pourrait pas davantage ; car, il faudrait pour cela que deux ne fissent qu'un , et cette producùou d'ailleurs s'étendrait à l'infini , ce qui est absurde. Ce qui est incorporel ne peut davantage être cause d'un autre être incorporel ; par la même raison que des êtres ne peuvent produire plas que Ce qu^ls renferment en euxmêmes ; d'ailleurs , ce qui est incorporel , ne pouvant être en contact , ne peut ni agir , ni éprouver d'action. Un corps ne peut être cause d'un être incorporel et réciproquement ; car l'un ne contient point la nature de l'autre ; il ne peut sortir de cbacun que es qui y était déjà contenu. Ce qui est en repos ne peut être la cause de ce qui est également ea repos f ni ce qui est en mouvement , de ce qui se meut ; étant absc plus fondé à I'du qu'à davantage
celui qui se meut , ni réciproquement ; car , on ne peut dire que le contraire est la canse de son contraire , que le froid , par exemple y produit le chaud , ou que le obaqd produit le froid. Les choses qui coexistent simultané-* ment ne peuvent être causes Tune^e l'autre; ear chacune d'elles aurait un droit ^1 à exercer cette prérogative. Une chose antérieure ne peut être la cause d'une autre qui survient plu$ tard ; car la cause ne peut exister sans que son effet existe y puisque ce dernier doit y être contena^'et qu'ensemble^ d'ailleurs, ils constituent un rapport dont les termes se correspondent ; il serait plus absurde encore de dire que la cause puisse être postérieure à son effet. Admettrons-nous une cause par&ite, absolue y qui opère par sa propre énergie et sans aucune . matière étrangère ? alor» y agissant par sa nature , et jouissant toujours de sa vertu y elle devrait produire incessamment son effet et ne pas se montrer active en certains cas, oisive en d'autres. Supposerons^nous^ avec quelques dogmatiques y que la cause a besoin d'une matière étrangère sur laquelle elle s'exerce y en sorte que l'une produise l'effet et l'autre le reçoive ? alors , l'expression causalité n'exprime qu'un rapport combiné de deux termes y et la
prapriélé de cause ne peut p«s plus être at« trîbuëe à l'un qu'à l'autre ^ puisque l'un n^ saurait se passer de l'autrQ. 3upposerons*nouq qu'une cause opère par une seule et unique force ? alors elle ne pourrait produire qu'une seul effet toujours et entièrement semblable à lai-méme. Dirons-^nous qu'elle opère en vertu de plusieurs forcés combinées et réunies? alors, toutes ces forces réunies devraient à la fois agir sur toutes choses et produire encore un même effet sur chacune. Or^ toutes ces conséquences «ont démenties par l'expérience. La cause est-elle séparée de la matière sur laquelle elle agit ? elle ne pourra opérer , puisqu'elle sera privée de-la condition sur laquelle elle s'exerce. Estelle réunie à cette matière? l^un et l'autre à la fois sera alors effet et cause ; il y aura action et réaction réciproque. Le contact et la cornpénétration sont également inhabiles à expliquer une action véritable. Si quelque chose éprouve un effet , ce ne peut-être que par addition, par soustraction 9 ou par ^Itération. Or , ces trois opérations sont Clément impossibles, (i) B Nous supprimons toutes les subti-
(t) U. Advenus Physic. L aig. à 3f2o.
( a48 ) lités à Taide desquelles j£nesidéme essaye d'établir ces paradoxes ; on peat les apprécier par celles qu'il accumule à l'appui des propositions précédenles , et que nous avons essayé , autant qu'il était possible, de réduire à leur substance. Nous nous bornerons à faire observer que le disciple de Pyrrhon emploie constamment • dans sa manière de raisonner , des faits empruntés à l'expérience y ou des dé* ductions mathématiques , opposant les unes et les autres aux hypothèses imaginées pour expliquer la causalité , prêtant ainsi à ces deux ordres de vérités une autorité reconnue. Nous remarquerons encore qu'il raisonne toujours dans la supposition que là théorie de la causa-^ lité expliquerait la nature même de l'action ou du rapport réel qui existe entre la cause et son eSèt, et qu'ainsi son argumentation pourrait bien être dirigée seulement contre ce qu'une théorie de ce genre a naturellement de téméraire« JEnesidême aurait attaqué ainsi le vice fondamental delà physique des anciens , et son doute aurait paru absolu , parce que ce vice était universel. Les anciens, en effet, ne s'oc* cupaient point de reconnaître Tenchaînement des causes , d'après la succession régulière des phénomènes , telle qu'elle est donnée par l'ei^-
(M9) périence; îl^ prétendaient p^n^trer le mystère , . sai^r le nexus qui unit la cause à son efifet, et ïe découvrir par des méthodes rationnelles.
CTest pourquoi ils confondaient la physique avec la métaphysique, et nous avons vu qu'Aristote lui-même n'a pas su échapper à ce reproche.
Nous retrouvons encore dans Sextus le résumé du traité d'^aesidème sur les signes. t< Si les ^gnes, disait-il, se montraient en efièt à l'observateur, ils se montreraient semblables à tous les hommes disposés de la même manière; mais il n'en est point ain5Î(i).» Ailleurs, il paraît refiiser à la fois sa confiance au témoignage des Sens et à l'autorité de la raison (2). « ba vérité, dit-il, ne peut résider dans les choses sensibles ; car, les notions générales dérivées , . des sens ne sont que les qualités communes aux objets particuliers; les sens ne peuvent les apercevoir, parce que, dépourvus de raison, ^ ils ne peuvent embrasser ces relations communes; ils ne peuvent saisir davantage les propriétés' particulières . puisque la vérité ne peut
(aSo)
ém perçue que par la raison. La raison elleméme ne peat être plus heureuse; car , il £kudrait qu'elle prononçât de la même manière cheE tous les hommes ^ ce qui n'est pas; on n'a donc que la lutte des opinions privées et diverses. La yéiité ne saurait se tiouver également dans l'accord des sens et de la raison^ puisque le témoignage des uns est constamment opposé à l'autorité de l'autre. S les peroeptioas^ sensibles étaient vraies ^ pourauit*il^ elles seraient toutes également vraies ^ puisqu'elles sont également sensibles ; or ^ une portion d'entre elles est nécessairement vraie ^ l'autre fiiasse; il en est de même des propositions rationnellea qui rovdent sur les choses intelligibles (l). d rVotre Sceptique 9 en admettant ainsi qu'une* parue des perceptions et des propositions ra*donnelles sont nécessairement vraies ^ parait tomber en contradiction avec lui-même. U n'est guère plus favorable aux notions morales. « Tous les hommes, dit-il, donnant le nom de bien à ce qui leur est agréable, quel qu'il soit, en portent par là même des jugemens op-* posés (a). »
(i) Ibid. y ibid. irj.
(a) Id. y Àdsf. Ethic. 42.
Voici cepcDiJant Maesldême qui revieai »
des opinions plus affirmatives, le voici qai arrive an système d'Héraelite, et <]tii en adopte certaines idées, a jïlnesidéme, Heraclite etEpicure, quoique différant dans, les application» spéciales, ont cependant un sentiment commun sur les sens , dit encore Seitus (i). » Des pbéaoïuènf s sensibles , les uns, suivant ^nesidéme, se montrent généralement à tous; d'autres seulement à quelques-uns; les premierssont Tnis, les second», faux, ^nasidême, d'après Heraclite, et en accord avec lui, plaçait la pensée liOT* de la substance du corps , et concevait le» seas comme autant de canaux qui serrent à recevoir les connaissances (2). Il considérait le •temps comme une substance réelle et mater rielle (5J. Il adoptait l'opinion d'Heraclite sur fiuiivers, prétendant avec lui que le tout était distinct de ses parties, et cepeudaot identique avec elles, car l'essence est commune à I'ub et anz antres (4). Il embrassait aussi les idées de
( !àSa )
ce philosophe sur Tair^ comme principe des choses (i). 11 distinguait deox mouvemens, l'un intérieur qui produit les altérations des corps , l'autre extérieur qui n'en opère que le déplacement (2).
Gomment concilier ces propositions dogmatiques avec le Scepticisme absolu? Quel serait le lien du Scepticisme avec le système d'^Héradite ? Sextus , sans adopter à cet égard les vues d'iEnesidéme^ essaye de nous les expliquer, (c Ayant d'admettre que les mêmes objets sont soumis à des accidens contraires , il Ëiut établir qu'à l'occasion des mêmes objets , nous sommes frappés par des apparences contraires : or , la première de ces deux propositions' est le fondement du système d'Heraclite ; la seconde^ celui du Scepticisme (3). » Rappelôns*nous qu'Heraclite lui-même avait copsidéré le doute comme la préparation à la vraie philosophie (4). Si nous nous reportons à la doctrine d'Heraclite telle que nous l'avon^ exposée (5) ^ nous trouvero^
(1) Id, Ibid. j 333.
(a) Id, y Adv. physic* II. 38.
(3) Id^ , Pjrrhon. Hyp, , 1. 1^9.
(4) Diogène Laërce , IX , §. 8.
(5) Tome i*' , ch. VI , pag. 48q et suiv*
( "55 ) de noaTelles et frappantes analogies entre se» points prÛKÛfKiux et les fragmens qui nous restent du Sceptique Alexandrin. Son Sceptinsnie tendait essenûellement k justifier cette mobilité de toutes choses qui formait la vue dominante du système d'Heraclite et cet idéalisme qui en . était la suite naturelle (A).
Aiosi , ^nesidème aurait rempli', relativement à la doctrine d'Heraclite, un rôle semblable à celui d'Arceàlas et de Caméade relaiivement à l'enseignement de Platon.
Si le Porlîqne entreprit et soutint une latte persévérante contre le Sceptacîsme, ses disdples . ne titrent cependant poiot les seuls à servir cette cause. Parmi les Péripaiéticiens qui se proposèréBtlemémebut, on distingue Anstoclès de Messène» dont Alexandre d'AIpbrodîsée fut le disciple. Arisioclès ne s'était point borné à commenter Aristote; il avait écrit une histoire de la philosophie dont quelques fragmens nous ont été conservés parEusèbe. L'un d'entre eux a pour objet de réfuter le Scepticisme de Timon et celui d'jEnei
le combattre sept con
H l". On peut dem
ceux qui mettent un<
et le faux, sont dans
manquer de déclarer l'a£Girniaûvej en se réservant le privilège de n'être point dans l'erreur ^ ceux qui soutiennent le contraire. Des lors ils <lîstinguent l'erreur de la vérité , et se condamnent eux^^ntiémes.
f< a°. S'il n'y a aucune difiet ence entre les choses 9 comme le soutiennent les Pyrrhoniens^ eux-mêmes ne différant point des autres hommes , que devient donc alors leur prétendue sagesse, leur supériorité sur les autres philosopljes ?
« 3^ Si tout est indifférent, s'il n'y a aucune différence entre les choses y il n'y aura point de différence aussi entre ces deux choses : différer et ne pas différer^ penser et ne pas penser.
Alors pourquoi ces oui et ces non? Pourquoi les Sceptiques viennent*ils nous inquiétef *, nous interdire ou nous prescrire des opinions? Us disent ne rien savoir^ et blâment les autres, comme s'ils étaient plus éclairés.
« 4^. Celui qui avance une chose l'expose clairement • ou la laisse dans l'obscurité. Dans le second cas ^ il n'y a pas lieu à disputer avee lui; dans le premier^ il faut qu'il admette an principe , ou qu'il remonte à l'infini. S'il se perd dans l'infini^ nous devons l'abandonner encore; car^ c'est une région qui nous est inconnue.
S^ admet an principe , il noos donne g^ de caose. *
m S*. On peoi demander encore anxPyrrliomens dV>n ils savent qiie tout est incertain 7 Us docmnt cependant savrâr ce que c'est ^qne le certain avant de proncmcer , qne tout estinœr^ tain; car tonte notion native suppose nëcessairenient une notion poâtive antédenre. Lor»qal£nesidême dans s<m JEfypoiypose a présonéses neuf tropes on méthodes pour démon*trer llncertitiide des choses y la connaissait-il oo ne la connaissait-il pas lui-même? Il prétend cependant qu'il y a une différence entre les animaux, entre les hommes; entre les états> entre les genres de ^ne, les lois, les mœurs ; il prétend que les sens sont faibles; il oppose de nombran obstacles aux connaissances : l'éloignement, la grandeur des objets , leur mobilité; il s'appuie sur ce que les jeunes gens et les lieillards y les hommes endormis ou éveillés, sains oo malades , ont autant de manières di* verses de sentir, et en condot que nous ne percevons par les sens aucun objet dans sa pureté réelle, tel qu'il est en lui-même, mais senlement confondu dans un mélange et d'une ma* nî^e relative. Lorsqu'il expose avec tant d'art tontes ces objections et d'autres encore, on peut
cinq nouveaux Ueiix ou tropes ajoutes au code de Pyrrhon (i). Le premier était déduit de la dissidence des philosophes, de la contradiction qui s'est éleVée entre leurs écoles; te second , de la rétrogradation à l'infini que nécessiterait le besoin d'appuyer chaque preuve sut une preuve nouvelle ; le troisième , de la relativité , c'est-à-dire , de ce que les qualités qui nous paraissent résider dans les objets ^ ne sont cependant que nos propres manières d'être, et ne nous révèlent point la nature des choses; le quatrième , de l'abus des suppositions gratuites , admises comme des principes; lo cinquième^ enfin, de ce que Sextus appelle le dialellsy ou de l'emploi du cercle vicieux j pour emprunter le langage de la Logique mo« derne, lorsque, pour démontrer une chose mise en question, ou recourt à une seconde, et venant ensuite à justifier celle-ci, on revient à la première pour lui emprunter le même secours (2). On voit que ces tropes étaient une sorte de nomenclature pour enregistrer et classer les sources des erreurs humaines.
On a rangé ordinairement au nombre des
■ Il n* * ■■■! 111 II — -
(1) Diogëne Laêrcc , IX , 88.
(2) Sextui TËmpir.^ Pyrrhon, Hyp. I, 164 a \'\^-
Plalomciens le preixiier philosophe connu qu'ayant produit les Gaules , Phavorin ou Fa- Torîn; oiais, privée de ses écnts-, réduits à juger par leur titre seul de l'esprit de sa doctrine^ nous ne pouvons reconnaître en lui qu'un Sceptique , et même en le considérant comme attaché à l'Académie moyenne , il n'en prend pas moins sa place parmi les commentateurs de Pyrrhon. Il avait écrit sur la pulsion compréhensive ; sur la Proposition académie que ; mais il avait aussi développé les dix tropes [^rhoniens (i); Philostrate dit que ce traité était son meilleur ouvrage (2). Aulu- Gelle assure qu'il avait exposé ce sujet avec beaucoup de sagacité et avec une dialectique trèsexercée (3).Galien a cru devoir diriger expressément contre Phavorin l'écrit qu'il a composé contre le Scepticisme^ de manière qqe nous connaissons eu quelque sorte Phavorin par la réfuiation que ce dernier philosophe en a faite. « Quelques écrivains réceus, dit Galién^ et d(Cns leur nombre est Phavorin , portent jusqu'à un tel point la suspension du doute 1 qu'ils
(1) Diogëne Laêrce, IX, 87.
(2) fitije sophisU pag. 495, éd. de Paris.
(3) Aula-Gelle, XI,I.
nient même reiisteiice du soleil. Une seuk chose lui parait probable ^ c'est qu'on né peat rien savoir avec certitude. » Galien cite encore quelques autres traités de lui dans le même esprit ; èependanty il ajoute que^ dans celui qui porte le nom de Plutarque^ Phavorin avait J)aru accorder que l'on peut parvenir à Calque connaissance certaine des choses (i).
Le code Pyrrhonien reçut encore l'addition de deuK derniers tropes , dont nous ignorons les auteurs^ ce qui compléta cet arsenal du doute jusqu'à Sextus l'Empirique. « Rien ne peut être compris par soi-même ; lai preiïve en est dans dette controverse interminable qui s'est élevée au sujet des choses sensibles et intelligibles^ entre les hommes livrés à l'étude de la science dé la nature y lorsqu'ils refusent tour à tour l'autorité et aux sens et à la raison; puisqu'ainsi tout prête sujet à contradiction , rien ne peut recevoir la sanction de la certitude. D Voilà le premier trope ;vôici le Second: (( On àe peut non plus comprendre une chose par le moyen d'une autre ; car quelle lumière pourrait apporter celle-ci? D'après ce
(i) Deopu doccndigen. contra Faiforinum,
( 26i ) qu on vient de dire, elle ne pourrait être comprise par elle-même; elle devrait donc à son tour s'expliquer par une troisième; on remon-trait ainsi de proche en proche^ rencontrant toujojars la même difficulté^ sans jamais pouvoir la résoudre (i)^» On voit que ce dernier trope se confond avec le second de ceux djéjà ajputés par Agrippa y ou plutôt avec Targu-* ment le plus ancien et le plus ordinaii^e des Sceptiques. Us appliquaient essentiellement ce dernier genre de raisonnement à la théorie de la causalité^ ou^ pour parler leur langage ^ à la théorie des signes.
. Nous passerons sous silence les Sceptiques dont nous ne connaissons que les noms^ et nouf arriverons à celui qui^ dans toute l'antiquité , parait avoir porté ce système au plus haut degré de perfection^ qui semble avoir épui^ le sujet, et qui termine ainsi la série des successeurs de Pyrrhon.
ce A peine connaissait-on dans nos écoles le » nom de Sexios Empiricus, dit Bayle(3)* Les y> moyens de V^^poqise qu'il a proposée si sub- I» tilemeot n'y étûeot pas m<Mas inconnus qnc
<i) Se&tnsrEo^ir. — Pyrrhon* Hyp. I^ 178* (a) Dicàoru^ art. Pyrtkon*
» la terre australe, lorsque Gassendi en a donné D un abrégé qui nous a ouvert les jéux. » On ne peut assez s'ëtonner d'un oubli aussi général et aussi prolongé. Les ouvrages de Sextus ne sont pas seulement le traité le plus complet du Scepiîcisme , ou plutôt le seul complet que les anciens nous aient laissé ; ils sont certainement aussi ceul qui renferment les documens les plus nombreux y les plus Variés y les plus précieux, sur la philosophie entière de l'antiquité. Cet homme extraordinaire avait étudié toutes les doctrines , les avait examinées^ discutées ^rapprochées et comparées entre elles. Sou exactitude et sa fidélité inspirent la confiance pour son témoignage; sa pénétration et sa sagacité le dirigent sur les points essentiels de chaque systèiQe. Quoique souvent diffus et sujet à se répéter , il exprime quelquefois d'un seul trait l'esprit d'une doctrine entière ; quoique s'abandonnant trop souvent à des argumentations subtiles , il est d'une clarté rare chez ce genre d'écrivains. Il procède avec une singulière méthode. Enfin , et ceci donne encore un mérite particulier à ses travaux, il les rapporte constammment aux grandes questions qui ont pour objet le principe des connaissances humaines, trouvant à la fois, dans ce point de
▼ue, le moyen de les caractériser, de Wol%'i5Wit>r de les juger. Quelle immense et vaslo galerie de toutes les ojHnions qui se sont succodoe»
{>endant un^grand nombre de siècIeS| dans les niions les plus éclairées de la terre i Quelle revue des productions do lout gonro qui ont successivement enrichi les scionces et les ans! Quelle critique universelle , inépuisable de tous les travaux do l'esprit humain ! Ce ne sont point les épigrammos do Lucien; c'est Lucien sérieux, armé de logique et d'érudidon. On croit voir en lui le Baylc de l'antiquité. Rien n'échappe à la sévérité de flos arrêts. Il censure les grammairiens sur leur manière d'enseigner et conteste l'utilité de cet enseignement ; il étend les mêmes censures aux rhéteurs^ aux professeurs de cet art musical si estimé des anciens et qu'ils asso'* ciaient presque à la morale (i). En blâtnant là manière dont ces connaissances ont été exposées, en opposant continuellement les dogcnatiipies entre eux , et faisant ressortir leurs nombreuses contradictions, il nous fait connaître
(i) Adv, grammai. — Adi^. rheloric. — Ad\f.
musi€os ,t\c»
^^Gonment elles avaient été traitées jusqu!!alors^ et ses reproches semblent souvent. provoque^ de meilleures mëthodes. Le Scepticisme semble être un Cadre qu'il a choisi pour embrasser l'histoire encyclopédique des^ copnaissancçs humaines, '
On ne connaît point la patrie de cet illustre, médecins et l'on n'a point de donnée précise sur l'époque à laquelle i} vécut; quelques savans on( pensé qu'il était le même que ce SesLtus de Ghéronée^ neveu dePlutarque^ et l'un des in-*
stituteurs de M^rç-Aur^le ; mais cette suppo*
sition est inadmissible» Sextu$ cité £^u nombre
des Sceptiques qui l'ont précédé^ IVIénodote qui
vivait sous le règne de cet empereur ; on ne
peut donc le placer lui-même avant la fin du
m^me règne ; d'un autre côté , il est antérieur
k Diog^ne Laërce qui l'ja mentionné à son tour.
S|e:itus avot|e que le Scepticisme avait atteint
son plus haut degré de perfection et formait
ùir système complet^ par la suite des travaux
exécutés avant lui , et notâmqaqnt depuis Mne-
^deme; il ne prétend point y avoir rien ajouté ,
. et on ne le voit jamais occupé de faire valoir ses
jpropres recherches. Il a donné le nom d^Hy-
po^poses pyrrhoniennes au traité dans lequel
il a méthodiquement exposé l'ensemble de ce
( a65 ) tystème. Mais, îadëpendamment de ce qa'il y a réuni les obsenratioiis d'un grand nombre de Sceptiques qui , sans lui , nous seraient restées inconnues, il les a comtnentées, éclairées par de nombreux développemeus.
Nous avons eu souvent ocçaûon de remarquer que |e Çceptiosme des andens n'était, à plosïeurs égards , qu'une sorte d'Idéalisme } qa% contestaient essentiellement les principes sur lesquels repose la réalité des connaissances^ plutôt que l'existence des •ventés subjeclÎTes. Un passage curieux de Seztns-fera ressortir cette analo^. a On reproche aux Sceptiques, dît-il , de rejeter les pliénomèaes ; mais, on ne saisit pcnnt en cela notiie véritable pensée ; nous ne rejetons nullement les impressions faites sur' nos sens, qui obdennent un assentiment involoQtaira^ c'est en cela que consistentles phénomènes ou les apparences. Lorsque nous demanr dcms s'il existe réellement un siqet confornte à cette apparence , nous reconnaissons sans dontQ ^ue cette apparence se montre j nos qnesiions et nos doates ne portent donc pas sur le phénomène, mais bien sur ce qu'on attribue à la réalité. Nous accordons que le nûel par^ parce cpie'^nous recevons par les sens la tion d'une saveur 4ouce ; mifis nous '
qu'il y ail en effet une qualité, une proprlélé semblable dans les objets , autant que la raison et l'intelligence peuvent la concevoir et la connatlre. Lorsque nous élevons des questions sur les perceptions sensibles, ce n'est pas que nous voulions renverser cet ordre de phénomènes; nous nous bornons à critiquer la témérité des Dogmatiques. Car, si les écarts de la raison sont tels qu'elle nous égare sur les choses mêmes qui se montrent à nos yeux , comment ne la tiendrions - nous pas pour suspecte dans les choses incertaines ? Il y a deux sortes de critérium , ou d'instrumens pour la &culte de juger : l'un en vertu duquel nous nous croyons autorisés à prononcer qu'une chose existe ou n'existe pas ; c'est celui des Dogmatiques ; l'autre qui sert à régler les actions^ qui s'appuie sur les perceptions sensibles, sur la confiance et l'adhésion que nous leur accordons sans le vouloir, et qui s'applique à la vie commune; c'est celui qu'admettent les Sceptiques (i). »
Sextus se distingue donc essentiellement des autres Sceptiques, en ce qu'il a reconnu et avoués d'une manière plus expresse^ que nous
(i) Pjrrrhon. hypotjrp. , I, 19 à 23.
avons la conscience de nos propres sensations | se bornant à leur refuser toute valeur objective. On a vu que les objections d'Aristodès contre les Sceptiques se fondaient principalement sur leur hésitation à admettre au moins ces percep-* tioQs subjectives ; peut-être auront-elles fait sentir à Sextus que telle était la partie la plus vulnérable du Scepticisme , et Tauront-elles déterminé à se mettre à couvert sur ce point | en s'exprimant d'une manière plus' positive.
Ailleurs , il semble condamner non pas pré« cisément le témoignage des sens et Tautorité de la raison, mais les hypothèses imaginées pour justifier l'un et l'autre : a Nous n'examinons point conmient les choses sensibles tombent sous les sens y ni conunent les choses intclli* gîbles perçues par Fentendement sont en effet perçues par loi: nous recevons les unes et les autres simplemeu et d'une manière dissolue ^ comme en qodqoe sorte indéfinissables (i). »
Les divers traités qne Sextos a dirige contre les profiesseors des sdenees^ contre les jg^éo-^ mètres, eontœ les arithmétideiiis^ cooire U$ ubtronomes, oootre les lo|^d«ns^ eonire l»
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physiciens , contre les nK)ralistes , et que l'oq comprend ordinairement sous le titre commun sAdversua JUathemaiicos, à raison de celui qui y occupe le premier rang^ ne sont qu'un commentaire des Ifypo^poses jyyrrhomen" nea. Bornons-nous a en réwmer rapidement la substance en ce qui concerne les quçsûons fondamentales de ta philosophie.
« Y a-t-il quelque chose de vrai ? Y a-t-U un D critérium de la vërité?x> Ces deux questions font l'objet du second livre Contre les Ltogidens) eUes sont examinées aussi à^ms les chapitres III à IX du second livre à^s Hypotypoaes pyrrhoniennes : mais, Seitus traite de la seconde avant la première. Après les avoir séparées, il les réunit et les confond cependant de souveau ; l'une et l'autre sont discutaes y moins 4'après une étude approfondie des facultés humaines^ qui e&.t pu conduire à d'intéressantes recherches^ que d'après les argumens d'une dialectique souvent subtile et captieuse.
C'est ainsi, par exemple, qu'il • argumente pour prouver qu'il n'y a rien de vrai : c( Celui qui prétend qu'il y a quelque chose de vrai , s'il l'affirme sans démonstration, n'obtiendra aucun crédit; s'il veut le démontrer, supposera la questioui puisqu'il faudra avant tout que sa dé-
( =69 ) nioiiGtnitionsoitvraieelteinôme.IHra-t-ODqaelà proposiùon la plus géoërale est Traie, ou qu'elle est&usse, ou qu'elle est vraie et fausse tout k la fois ? Si elle est fausse^ tout sera fadi ; si elle est vraie et fensse , chaque chose particulière sera vraie et lausse en même temps ; si elle est vraie, cette proposibon sera doue vraie ausû : U n'y a rieh de vrai , puisqu'elle est contenue dans la proposition la plus générale, celle qui embrasse tonte proposition possible.S'il y a quelque chose de vrai , c'est ou ce qui est apparent , ou ce qui est obscur, ou ce qui est mélangé de Pun et l'autre. Or , on ne peut le dire de Ce qiù est apparent; car, alors tout ce qui est apparent serait vrai; cependant, il est apparent pour plusieurs qu'il n'y a rien dé vrai ; on pént bien, moins le dire encore des deux autres.
» On' distingue, dit Sextus, trois sortes de criteriamj c'est-à-dire, d'instrumena pour distinguer le vrai du faux ; le premier appardent à, celui qui juge, c'est-à-dire, à l'homme; le second au moyen qu'il emploie pour juger * c'est-à-^re, aux sens ou à l'intelligence ; le
troisième à l'action par laqur"-" '-' ~' '-
que aux objets , ce qu'on ap[ à quo, per quod, secundu\ troversesdes philosophes siit
( â7à ) pour les comparer ? comment cet instrument iitteindrah-il le second terme de Ja comparaison^ terme qui nous est inconnu? L'entendement se trouvera toujours borné à opérer ^ à prononcer sur la^ matière que les sens lui ont iivréy sans pouvoir fonder un rapport lé^time avea la réalité*
y) Je rejette enfin le troisième critérium qui consisterait dans la perception ou la vision. On comprend sous ce nom l'impression produite dans la partie principale de l'âme. jMais, toutes les explication^ qu'on a imaginées pour en rendre compte àe sont que des hypothèse arbitraires et inintelligibles. Cette opératioa, fût-elle même comprise/ ne pourrait iisiire con'nattre les objets réels. Car , elle ne s'applique point aux choses extérieures! par elle-même^, mais par le ministère des sens où de l'entenilement, instrumens dont nous avons démontré l'impuissance. L'impression reçue diffère de l'objet qui l'a produite ; elle ne peut donc le connaître : elle ne représente qu'elle-même.
C'est un portrait, une image dont rien ne garantit la fidélité ; il manque un moyen quelconque pour apprécier la similitude. Comme on reconnaît d'ailleurs qu'il y a des perceptiom qui nous égarent y il faudrait un guide pour
(="73) noiis eoseigaer à discerner celles qui méiitent notre confiance, n
Sextu& n'admet pas davantage la probabilité dcsÀcadémicîenSf.que la certitude des Dogmatiques, « Cette probabilité, dit-il, ne peut conduire à la découverte de la vérité ; car, lorsqu'on croit l'avoir obtenue , en parcourant les divers contours, les ditferens aspects des objets, on ne peut s'âssurer qu'on a fait une invesùgatioQ complète, et qu'on n'a négligé aucun des «lemens nécessaires. » On ne peut refuser à cette objection le mérite d'avoir pénétré dans la théorie de la probabilité, plus avant que les Académiciens eux-mêmes .
Nous avons cru devoir rapporter ici un réiiuné fidèle de cette argumentation, pour faire apprécier le mérite des armes que Sextus opposé le plus souvent aux Dogmatiques. Cest dans le même esprit qu'il traite de la démonstration , du roàaonnement, de l'induction , du genre et de Vespèce^ etc.
Il ajoate peu de cboses à l'argumentation d'£nesidéme contre la causalité. « La notion
cet aperçu , qui dans nntérét de sa causé eftt mérité quelque développement.
a On distingue y dit-il ^ deux espèces de signes; les uns simplement commémordUfs; les autres indicateurs. Nous admettons les premiers, qui ne sont qu'un secours pour la mé'* moire ; nous rejetons les seconds, qui seraient un guide pour le jugement. » Mais , encore ici , il se borné à reproduire ses dilemmes et ses subtilités accoutumées.
Nous chercherons en vain un mérite plus solide dans les doutes oppoâés aux principe»
sur lesquels reposent la géométrie et le calcul. On y retrouve plutôt l'imitation de Fécole de Mégare y qu'une discussion véritablement sérieuse. (D)
La question la plus importante de ta philosophie y celle de rexistence de Dieu , avait élé le sujet le plus essentiel des méditations des philosophes depuis Socrate ; elle a attiré aussi toute Fattendon de notre Sceptique. Rejetterat-il aussi cette auguste vérité P a Peut-être y dit-il, le Sceptique sera-t*il plus ferme et plus conSitant dans cette matière y que les disdples des autres écoles. Car , il reconnaît l'existence des Dieux 9 conformément aux institutions et aux usages de sa patrie;, il n'omet rien de ce
( a?? ) rah qae la rouie n'a pcnnt de terme , iiarce qull a lui-même succomba i la faiigoe (G).
Le somom à^tofnnqae lai Tenait , comme on le sait, de la secte médicale ^ laqoelle il ^aii aliaciié. GaGen a exposé arec son exactitude accommée ce qoï «aradériunt et distinguait eotre des b secte métbodiqoe et fa secte em* ptrï^ne. La pmmere donnait eteiasntthest sa»
tbéone» isdoaiielles ponr flEambean à fart <îe «aécîr; b Mcoude se goidaic escInsiv'>mtinC par Fe^énsice et r<ibaervatioa déduib> de k pnnqne ; GaCen a tré»-tiiea Éwt wîir «AmmeiU ces deox mviieres ije pmceder 94nt vicieiMw»
quand dl^ sont iaolées, «t doivent tîire fîombinéss par Le. médeâa sdMrt'. H -«st 3«kz im— lieux de rcmaroner ^Deàexuu avà^na une'Vjn* ungniiniê oaiiiiciLe aa .Seen'icisme, son a^^ec ceLteécoie isinpinmifl-ioni :i >)ii>~',ji .^ .i3fini*-r>>. mai» xrec l'Âiie :aifi'bài^C:ae. ' ??i;*»*^kv Ten— ient, (Ël-ii, Toe -a srtîi? fn^^r.y^ ^ yr: .-,.; irec la ptiiïo50r.;je :*■-"•'■ -'i-^af . .1-*.» *:>■ .'^ eette secte jErm* "■ •■■■•*« ^^i^.-.^».: .^k
à l'obseevaiios 3e se la reconnaissi:
Cette déoominauoi a la secte rufi-imii' '■ucbe [Kis :i- 'U^u<
elle se borne à déterminer les caractères généraux des .maladies ; elle se laisse conduire ^ comme le Scepticisme^ par les impressions passives (i) ». En général, la plupart des sceptiques de ce temps sortirent du rang des médecins ; cette circonstance s'explique, à ce qu'il nous semble, d'une manière naturelle. La médecine était , parmi les anciens , presque la seule science qui vint habituellement se terminer à un art , et subir par là l'épreuve rigide des applications. La pratique était pour elle ce que l'art d'expérimenter est chez les modernes. Elle offrait donc un théâtre sur lequel pouvait être vérifié le mérite des méthodes scientifiques jusqu'alors adoptées ; elle en devait faire reconnaître le vice fondamental ; elle devait mettre en çvidence la témérité des hypothèses si arbitrairement conçues, et la vanité de cette métaphysique spéculative imposée comme une loi suprême à l'étude de la nature. Si l'industrie manufacturière n'eût pas été , chez les anciens , abandonnée aux e^clares , si on eût tçnté de la mettre en corrélation avec lès sciences physiques , ceUes-
ci eussent éprouvé le bienfait d'une épreuve
(i) Pyrrhon» hypot. , lib. I , cap. 34»
( 279 > semblable , et l'on eût pu tenter une réforme générale. Mais , l'exemple isolé de l'art médical fut pei-du pour la direction commune du système des connaissances humaines.
Les écrits de Seztus furent, avec ceux de Lucien , les derniers efforts essayés pour ramener , par une censure hardie, la raison humaine à des voies plus prudentes. Pendant ■ qu'un petit nombre de penseurs scrutaient encore avec soin le secret des opérations de l'es- . prit humain, et remonuient aux ùtres primitifs en vertu desquels peuvent s'exercer ses droits £ur le domaine de la science, de nouvelles spéculations avaient pris naissance; elles prenaient un essor plus hardi que jamais ; tontes les recherches relaûves anx principes des connaissances devenaient inutiles, importunes mêraes^ et bientôt Tesprit dominant du siècle » se portant à un autreexirème, devait faire non-senlement oublier et négliger les opinions des Sceptiques , mais faire dédaigner l'examen des questions que les censures des Sceptiques tendaient à faire mieux approfondir.
NOTES
DU DiX-NEUYIÈME CHAPITRE.
(A) Cette alliance du Scepticisme avec le système fl^HéracIite parait inadmissible à Tennemann ( Hist. ie la phil. tome Y, page 34 et 35) ; il suppose qu'JSne^ aidéme auca adopté l'un après l'autre, en chaugeaut d'opinion par déplus mûres- réflexions. Il n'y a cepenr dant pas plus lieu de s'étonner de voir le Scepticisme employé par iEnesidéme pour introduire à la doctrine d'Heraclite , que de le voir employé par la nouvelle Académie pour introduire à la doctrine de Platon. On .n'est embarrassé que de choisir entre ces deux suppo- 'sitions : ou c'était une sorte de scepticisme d'épreuve, ,|rbur préparer à l'adoption de la doctrine préférée, par la critique des autres systèmes accrédités ; ou c'était le résultat de l'affinité naturelle qui existe entre le Scepticisme et l'Idéalisme. Nqus ayons souvent remarqué que les Sceptiques anciens n'étaient réellement au fond que des Idéalistes ; ils se bornaient à refuser une valeur extérieure et objective aux perceptions. Or, telle était WSêi h tendance du système d'Héraelite.
(B) Noiu avocg cm devoir rapporter ici la sublUace des raijODQemens d'Arûtoclés, parce qne c'eit le leal exemple qui noui soit connu de t 'argumenta ttoa de) Pérîpatéticienj contre les Sceptiques , eC parce que cet exemple d'ailleurs parait avoir écliappe à tous les Lijtoriens de la philosophie, si nous en csceplons SCaiidlio dans son Histoire du Scepticisme.
(C) On pent voir celle longue argumentation dans ki" \ixre contre les logiciens (^ i58 à 156); elle se borne en substance k dire « qu'un signe ne doit sa propriélé qu'è ud rapport. Or, un rapport ne peut être sstti que lorsqu'on connait ses deux termes. Si donc l'objet signifié est lui— même inconnu, comment le sigDC pourra-t-il le faire reconnaître ? »
(D) Sexlus essaie de répondre aux reproches des adTcrsaires des Sceptiques , reproches qu'AristocIès arait rendus pins pressens et reproduits sous toutes les formes. ■ On nous accuse de contradiction, dit-il , en ce que dous affirmons cependant, tout en professant un doute absolu, quo ce doute [ùi-méme est légitime. Mais , nous n'avons point l'usage de rejeter ce qui est cammunément adopta; nous ne rejetons que ce qui est incroyable , et nous employons les mêmes efforts pour obtenir une garantie b ce qui est digne de confiance. Ainsi, nos objections n'ont point pour objet de détrnire tout critérium de la vérité ; nous roulons Seulement faire reconnaître que l'autorité des critérium- n'ett pi absolument inébranlable. D'ailleurs , nous ne donnoi ]>M même notre assenlimeat aux propositioos ne'gativi
paisque nous jugeons gue les raisonDemens qu'on leur oppose ont uoe force égale k ceax qui les justifient. Les dogmatiques prétendent qu'un criierium peut se juger Itti-niéme ; nous prétendons au contraire qu'il a besoin de recourir à un juge supérieur ( Adi^. log. I, §• 4o •445.)
« Il est nécessaire , disent les Dogmatiques^ d'admettre d'abord les phénomènes , parce qu'il n'est rien qui soit plus digne de foi ; tout raisonnement qni cbercbe à les attaquer se détruit lui-même, puisqu'il leur oppose des affirmations qui ne peuvent à leur tour reposer sur une autre base ; »— > à quoi Seztus répond : « Ce n'est • point par des affirmations que nous cherchons à attaquer la confiance réclamée pour les phénomènes. Si les
choses qui se montrent avec l'apparence de l'évidence aux sens ou à la raison, étaient d'accord entre elles , nou^ consentirions peut-être k les admettre. Mais, nous les trouvons en contradiction : les apparences sensibles ne s'accordent point , les apparences rationnelles ne se concilient pas davantage ; celles de la première espèce sont en opposition avec celles de la seconde. Nous voyons donc une sorte de lutte et de combat dans lequel nous sommes inhabiles à prononcer. » ( Ibid. , liy. 2. , §. 36o et suiv. )
(E) Les preuves que présentaient les anciens philosophes en faveur de l'existence de la Divinité « telles ' que Scxtus les expose , peuvent se rapporter à quatre
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