CHAPITRE XVIL
Troisième période. — La Philosophie grecque transportée d Alexandrie. — Alliance des diverses écoles y — Application de la Philo--^ Sophie aux sciences^
SOMMAIRE
C4mACTiKxs essentiels de la troîsîèiDe période : — La philosophie devient sUtionnaire ; ses lumières se dissémiiient ; -^ Ces deux circoDStances liées entre eUes.— Méthode particulière qu*eju^ re]qK>sitîon de cette période. — De r£clec» tîsme et du Syncrétisme. — L*ordre des combinaisons successires ^*ont subies les doctrines philosophiques , prises pour base. — Sous-diyisions de cette période. ^- Utilité qu'on peuLse promettre de son étude.
Causes qui ont rendu la philosophie stationnaire chez les Grecs, après la naissance de la nouTclle Académie. — Circonstances générales et extérieures k la philosophie. — - Circonstances inhérentes à la philosophie elle-même. — - Pourquoi les critiques de? Sceptiques et des Académiciens ne lui ont pas lait obtenir de nouveaux progrès.
La philosophie grecque transportée à Alexandrie; — Circonstances qui l'y ont appelée» et qui Ty ont environnée. -^ Pourquoi le génie de Tinvention n a pris aucun essor dans le Musée ; — Esprit caractéristique de cet institat.r—
h* pofMB et l'éloquence n'j obtimneot que de fiiîbln
Comneot le> divenei doctrinei philiMt^hiijaea Undaunt à a'aUier entre elleij — Deitiaée dei diTcnea écolea grec- ^aei à Alexandrie ; -- Premiera Eclccciquet ; — Potaman.
Le* (iTaDi d'Alexandrie appliquent la philoBophie fi^ acieocn. — Progrès des icïencci mathématiques dana le Muaée ; — Progrii ie* actencca natorellei j — Lea science* inonle* u^gé^.
I^ux circonstances esseniielles marquent le commencement de la troisième péiiode del'faistoire de la Philosopltie : l'une est prise des circonsiaoces extérieures, l'autre est inhérente à la science elle-méuw (A).
La Philosophie , long-temps concentrée dans le» écoles de la Grèce , est portée sur un nou~ T6BU théâtre; elle est transplantée successivement à Alexandrie, à Rome , et dans tome retendue de l'empire Romain.
La Philosophie, qui, pendant la première p^ riode, avait produit tant d'essais originaux , hardis, bnllans, quoique imparfaits; qui, pendant la seconde période, avait donné le jour à de si Vastes conceptions, à des cor^» de doctrine complète et systén et bientôt dé
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cieint. On reproduira, on commentera^ on combinera les vues des philosophes grecs; on les fera fructifier par des applications diverses ; onles corrotnpra par des mélanges adultères ^ jusqu'à ce que ces études philosophiques disparaissent dans le grand naufrage qui engloutit toutes les sciences et tous les.arts. >
Ces deux circonstances qui ont concouru à la même époque ne sont point sans quelque liai- , son entre elles.
D'une part « les phUosophes grecs ^ ne pouvant aspirer à fonder de nouvelles éooles, n'aperoevant devant eux aucune route encore ignorée qui pût les conduire k rivaliser avec les fondateurs de l'Académie^ du Lycée, du JPortique, devaient saisir avec empressement les occasions qui s'offraient à eux pour obtenir un autre genre d'illustration et de succès, en transportant leurs doctrines nationales chez des peuples dispdsés a les recevoir 9 en leur procurant au dehors de nombreuses conquêtes, sortoutdans un temps o jt, les copies des ouvrages étant fort rares , l'ex- ))Osition orale était presque le seul moyen de propager un enseignement*
D'un autre côté, les natiops chez lesquelles les doctrines grecques furent ainsi transportées trouvèrent dans leur adoption tous Jcs charmes
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teoUps ce qui nous reste des ouvrages ou des traditions, parcourir la longue série des homtnes qui 9 dans chaque école ^ répétèrent en les commentant les leçons des premiers mattres(B); Thiartorien de la Philosophie^ celui qui se borne à observer les révolutions de l'esprit ktimain , qui cherche à en pénétrer les causes, qui, dans les doctrines elles-mêaies , s'efforce de découvrir surtout le principe des variations qu'elles ont subies , de rinfiuence qu'elles ont exercée; cet historien , dis-je, ne pourra suivre la même marche. Epuiser la nonyendature des professeurs de philosophie ( car ce nom leur convient mieux que celui de philosophes ) qui ont formé la filiation de chaque école , repro^ duire saûs cesse les mêmes idées sous d'autres termes ^.serait une étude sans fruit pour le but qu'il se propose. Il devra s'efforcer de détacher d'un tableau trop uniforme tous les phénomènes nouveaux qui marquent quelques pas dans la marche progressive ou rétrograde de la raison.
Nous ne pouvons donc adopter , pour cette troisième période, la même méthode qui nous a guidé dans l'exposition des deux précédentes; nous ne pouvons suivre exclusivement la classification par écoles; nous ne pouvons nous attacher
( "7 ) d'une manière absolue , ni à là suîlQ iim VÊm\\èf ni aux diTÎsions géc^raphiques de la «oi^ne êW I laquelle la Philosophie s'est montl^^e. Ntms dm» voDs chercher le principe de lu clttlKiflrtitiutl dans des points de Yue plus géncSraui. ChAque école particulière ne doit nous occuper d^ior-» mais que sous le rapport des applications que sa doctrine aurait reçues^ des accroissenii^ns smi» sibles qu'elle aur^iit obtenus I ou des allvriitions qu'elle aurait subies* Chaque ige^ chaque ri« gioa ne doivent être «goalés que par les dr* consunces qui kor sont propre* ei âiêùfMmfti CeqnTà importera maintefiaiit mnOM de nMUë
maieDi lea doctrine* ^ytie t^ inatttrétê iKtir m» $i$$ffë
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Antérieurs. Mais ^ quoique^ aux yeux d'une raison éclairée , ces deux phénomènes philosophiques soient dit-ectement opposés l'un k l'autre , ils ne se distinguent point aux yeux de l'histoire par des signes sensibles et extérieurs j et ceue distinction ne peut être appliquée aux &its^ aux doctrines réelles, avec une précision rigou- * reuse.' L'Eclectisme est un choix éclairé qui permet d*emprunter à divers systèmes ce qu'ils ont de bon et d'utile, pour en former un tout homogène; le Syncrétisme est un mélange aveugle qui réunit au hasard les notions empruntées çà et là, pour en composer un tout sans harmonie et sans accord. Ainsi , de la même matière, un bon esprit, un esprit faux , pourront, chacun de leur côté, faire sortir ces deux résultats contraires ; ainsi , l'un se distingue de l'anire , comme la vérité se distingue de l'erreur, et la sage9$e de l'ignorance. Il sliit de là qu'il faut apprécier et juger le mérite d'une production philosophique , pour la ranger sous l'une ou l'autre catégorie, et que la place que nous lui assignons sous l'une ou l'autre exprime le jugement que nous avons porté. Le même philosophe pourra donc être un Eclectique pour tel historien, un Syncrétiste pour tel autre. De plus , enti'e un choix parfaitement judîiàeux et
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une confusion complètement absurde , il y a une foule de nuances intermédiaires ; aucun philosophe n^éme ne s'est absolument clovo à l'un des extrêmes , ou précipité dans l'autre ; chaque combinaison a plus ou moins de perfection ou de défauts ; chacune est une sorte d'association où l'Eclectisme et le Syncrétisme sont réunis daas des proportions différentes, plus ou moins favorables ou fâcheuses. La classification des sectes^ d'après eette distinction fondamentale, pourrait donc paraître arbitraire, être toujours contestée; et, la plupart du temps, on ne pourrait même en &ire usage en demeurant fidèle à impartialité et à l'exactitude historique.
En nous jJaçant dans im autre point de vue , nous obtiendrons peut-être des distinctions \Au^ certaines, plus rédles , plus fécondes en conséquences.
CMïserTons de quels ëlémens les diveri»c.> GombinaisDns nouvelles se sont successivenicri t. kaaks. En les voyant naîrre de ces associa* tioDs graduelles , nous les verrons se âkiw^uf^f cqMnwïï^ , d^eSes- mêmes, par ia nature des eojfratOi qui les com|K>sent.
D'abord, b {iiil^sophie s^^ale fournît t/yji c^ ♦
grecques ; senlement , l'une ou l'autre de ces traditions étant prédominante dans l'eilsemble du système nouveau , lui donne son caractère, sa physionomie particulière.
Ensuite y on introduit dans un domaine oà la raison seule jusqu'alors exerçait son empire ^ un élément emprunté à un wtre ordre de choses ; on va le chercher hors de la nature ; on le demande à l'inspiration mystique invoquée sous des formes diverses; une dirçcticm ju^u'alors inconnue s'ouvre aux spéculations de l'esprit humain.
Enfin, la philosophie est appelée conmie auxiliaire par le Christianisme; elle s'allie à une re* ligîon positive ; elle reçoit de cette alliance son but, ses formes, ses limites.
La seconde de ces trois combinaisons ofiEre ^lle-méme à son tour une sous-division naturelle | suivant que, dans la combinaison qui s'opéra , ce furent les traditions orientales ou la philosophie grecque qui conservèrent la prééminence et devinrent le pivot du système* En suivant pas à pas la formation de ces assoôations successives, nous pourrons nous appuyer constamment sur \^^ témoignages de l'bis- ' toire, et peut-être nous pénétrerons plus fidèlement CTicore le véritable esprit des nouveaux
systèmes de cet Âge ; nous discernerons mieux la coanexion des effeu et das causes, et lorsque nous rencontreroas l'erreur ou la vérité, nousdémélerous, daus l'encbainement aoême des faits, la source de laquelle ont découlé l'une ou l'aulre. .
Cette classification a l'avantage de se renconirer ■ peu près d'elle-nhême avec l'ordre chroiiolojjique , du moins en ce qui concerne la naissance et la cliute des sectes nouvelles ; car elles subsistent assez long-temps contemporaines. La combinaison d<a doctrines grecques se produit la prenùère , et la première aussi disparaît. Quoique l'apparition des doctrines mystiques coïncide à peu près avec la naissance dnChristianisme, elle ne se confond point avec elle, elle en est indépendante; elle précède Tépoque où lo Cbmùanisme adopta les études philosophiques.
Enfin, la philosophie religieuse introduite par les Pères de l'Eglise , se montrant la dernière , occupe à peu près seule la scène pendant lés derniers siècles de ceue période.
Cette classiGcatioQ , il est vrai , ne se prête guère au cadre di " " ' mais s'il est digne la philosophie s'int et àBom^, et de chacun de ces deu
en prit possession ^ nous n'apercevons plus d'utilité à suivre ces distinctions de lieux ^ lorsque toutes les nations civilisées furent réunies sous les lois de Rome, admises au même commerce d'idées et d'intérêts, soumises à l'action des mêmes causes morales. Alors les destinées de la philosophie sont à peu près les mêmes dans toutes lès portions de ce vaste en:ipire. Les mêmes , doctrines régnent et se combinent partout à la fois. Il nous suffira donc d'avoir, ^au commencement de cette période, remarqué sous quelles circonstances et quelles conditions diverses la philosophie grecque fut d'abord adoptée en Egypte et à Rome; par là nous éviterons les embarras où se jettent ceux qui veulent concentrer à Alexandrie, contre le témoignage des faits ^ le développement des doctrines mystiques.
En étudiant les nouveaux phénomènes que va nous présenter l'histoire de l'esprit humain , les écarts où va l'entraîner une témérité jusqu'alors inconnue, nous réserverons, comme nous l'avons fait jusqu'à ce moment , un ordre particulier de recherches pour ce petit nombre de philosophes qui ont continué à exercer la censure du doute, aussi long-temps du moins que ^ le Scepticisme a continué d'opposer ses critiques à l'invasion du Dogmatisme.
T«i est le ptaD que nous nous proposons de suivre, et dont nous devions expliquer sucdnctetnent les motifs, en nous engageant dans une matière ditlicile; d'autant plus que la méthode suivie par la plupart des historiens en traitant cette période nous a semblé , nous de- TODS l'avouer , généralement peu satisfaisante.
Si nous parvenons ainsi à éviter l'aridilé naturelle à cette portion de l'histoire trop stérile en idées vraies , neuves et utiles , ù nous parvenons à en écarter les nuages qui l'obscarcissent, nous essayerons en même temps d'y faire entrer un ordre de considérations que les historiens nous ienj>lent avoir en général trop négligé , et qoi peut donner à ce sujet un intérêt nouveau et une utiMié réelle. Nous rechercherons comment les doctrines philosophiques conçues par les sages de la Grèce , arrivées une fois À leur mnturité , ont reçu des applications plus ou moin» fnictuoises, dans la n'gion des sdences , des ans , des aflàires de la vie et de la morale prattquo. (^ aocorde peat-éire une aiientloo trop exclu- MK an mente de l'invention ; on se laisse trop toaTcnt oiiraÎDer a ne chercher dan* llnsunrc de resartt bnmain qu'une saiie d<> ilm^nvcrte* uiéariqaes. 11 y a un terme néc« im 4cs systèmes orignaux j il
pour les bien juger , de les voir ensuite sur h terrain des choses positives ^ d'observer l'emploi qui en a été fait ^ de connaître ce qn'ils onl pro* duit de bon pour la société huBaaine. Car toutes les spéculations n'ont de valeur qu'autant qu'elles se résolvent définitivemcint en réalités^ qu'autant qu'elles entrent^ par leurs résultats^ dans la sphère d'une industrie active et fructueuse. Ces applications variées sont ellesmêmes un second ordre de découvertes qui^ Vil exige un moindre efiFort de génie ^ offre un intérêt plus prochain^ et qui renvoie un fiiisceaa inattendu de lumières sur les principes eux* mêmes qu'il a su féconder* vCe n'est pas asses d'avoir vu naître une doctrine ; il feut la voir vivre, et opérer. C'est ainsi que, de nos jours, l'hiâtoire des arts ii^ustriels e^t devenue un riche et beau commentaire de celle des sciences physiques et mathématiques.
Il a ces^é pour une longue suite de âècks, ee spectacle imposant et majestueux qui se d^ployn pendant le cours des deux dernières pémodeSi qui nous montra la rais<m humaine explorant la r^on des découvertes , pressentant d'abiord^ développant ensuite dans tout leur écls^ les pks liantes vérités , construisant de vastes et hanno-
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nieuMS théories, fondant la noinenolatore âta coDOÛssaBces , donnant des lois ji toutes, les branotiet des sciences et des arts. Mais ces belles prodactioBS étaient demeurées jusqu'alors oonc«trées dans une seule nstiau; c'était une sorte de privil^e dont les Grecs avaient eu la jotiistmct exclusive. Ce sera aussi un spectacle d'un grand intétèt pour l'ami de l'humanité que la dissùiÙDatioo de ces richesses ïutellectaolles; il , joaira d'y voir participer l'Europe entière, une parue de l'Ane et de l'Afiique un peu plus tard. Sil s'afflige de voir la raison humaine entrai néeà une bogue suited'écarts, et le Bambean dea Gannaissances s'éleiguant gradu^ement, il s'^ forcera du moios de recueillir dam ces tristes eipéfienses quelques instructiom utiles.
Lorsqu'on se reporte aux causes qui avaient développé et entretenu chez les Grecs le génie de l'iavenlion, on volt s'expliquer- naturellemeot celles qui f vers le commencement du leptièmA siècle de Rome, arrêtèrent par degrés son essor, et le condamnèrent en6n  up assoupissement presque absolu.
Tous les aru, dans le brillant essor qu'ils ■vaieot obtenu dtez les Grecs l'origine un bnt éminemment i fojer da patricrtiame qu'ib av
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înàpiradons; la poésie célébrait les souvenirs des taups héroïques , les triomplies des jeux Olympiques; la peinture, la sculpture, l'architecture, la musique elle-même consacraieot à l'envi l'image des actions glorieuses ; les monnmens élevés à leurs auteurs excitaient les sentimens propres à faire reproduire leurs exemples ; l'éloquence était étroitement associée aux affaires publiques, agitait les grandes questions de la politique extérieure ou de l'administration du dedans ; toutes les productions du génie con-^ couraient en un mot à représenter sur la scène une sorte dé drame tontinuel dont le sujet était pris dans les destinées de la patrie. Mais lorsque les Grecs n'eurent plus de patrie, lorsqu' Athènes, cette métropole des arts , assujettie , dès la cent quarantième olympiade , aux volontés des rois de. lytacédoine , cessant d'être le centre de l'action politique^ n''offrit plus à ses citoyens que le faible intérêt d'une administration municipale ; lorsque ensuite la ligue Acbéenne , après avoir conservé quelque temps les restes de l'^antique liberté , ifut dissoute par le contre-coup dç la fatale guerre d'Etolie; lorsque Rome, étendant sa puissance dans ces belles contrées, fut devenue l'arbitre suprême de leurs destinées j et que la Grèce , cessant ainsi d'avoir une
( i'27 ) existence propre , vint se confondre et se perdre dans le vaste système dont le. foyer était ao Ca* pîtole 9 dont la circonférence tendait à enfbrasser rimivers ^ alors tous les mobiles qui ^ chez les Grecs , avaient mis en jeu les plus belle» facultés de l'esprit humain , s'arrêtèrent à la fois. La philosophie j qui, dès son berceau ^ s'était ^ comme nous l'avons vu» étroitement associée aux arts d'imagination y la philosophie ^ qui y dans la plus importante de ses branches , dans l'étude de la morale , en fondant , discutant , cherchant à améliorer les institutions civiles > avait pris aussi un caractère national , avait payé aussi sa dette au patriotisme ; la philosophie^ qui , sous des rapports essentiels et spécialement propres k l'esprit de ses travaux y était habituée à se nourrir des idées d'indépendance, dut subir paiement les effets de cette influence générale ; la pensée, ne pouvant plus suivre les nobles et spacieuses routes où elle s'était exercée jusqu'alors, tomba dans un engourdissement inévitable. Justement fiers encore du glorieux héritage qui leur avait été légué, les philosophes grecs se contenteront désormais de le faire valpir , et croiront avoir assez fait en donnant à un Platon, à un Aristote, à un Zenon , à un Epicure , des successeui s dans les chaires qu'ils avaient occu-
f)ees9 en maintenant ces brillantes et célèbres écoles dont ils avaient été les fondateurs.
Il feut le reconnaître d'ailleurs : indépendamment dias circonstances extérieures, la philosofibie, par le cours natui'el des choses^ tendait a s'arrêter et se fixer d'eile-rnéine au terme où l'avaient portée ces illustres génies. Il y a , en (iliilosophie, ou des problêmes à poser, ou des solutions à découvrir ; la position des problèmes est peut-être| des inventions, la plus difficile } et nous avons vU qu'elle avait été portée très-loin dès la première période, qu'elle s'était avancée dans le cours de la seconde période presque jusqu'au point où nous la voyons de nos jonrs; nue foule de penseurs profonds s'étaient exercés a l'envi ^ur les solutions ; il semblait qu'il restât seulement à opter : on était même revenu par un accord à peu près unanime à adopter pour les problèmes fondamentaux une solution commune qui était , on doit le^ dire , à peu près satisfaisante 9 comme nous Pavons remarquée la fin du chapitre précédent. Il y a , en philosopliie , ou des principes qui sont les élémens plus ou moins féconds des systèmes , ou des combinaisons coordonnées d'après un plan systématique ; or , pendant le cours de la première période y une grande abondance de vues avait
( "9) été répandue sur la recherche des principes iU^ meolaires « et Socrate • au cominencement do la seconde, avait fixé définuivement ces mdmos principes en les ramenant k leur véritablo source. Les coordinations systématiques ovaiont eicité Pémulation dés penseurs pendant le cours entier de la seconde période. En pouvait-il être de plus vastes , de plus complètes, de plus harmonieuses que celles dont Platon avait tracé le dessem » dont Aristote avait exécuté rensemhie et toos les détails ? La raison et l'imagination étaient captivées à la fois par le spectacle d'on » majesmeQx édifice. Déjà on avait pu re-* marquer qa'Epicare, Zenon, survenant aprè»
de teb maîtres , n'avaient point espéré en am^ stroire de ncNiveanx sur nn pJanatfMiétenda; 9s B'avaîeDC préiendn an coalrai re qtjCk Mtt\A^ fier , à olMeoir des résriltats d'on asdge pins /a^ die dams b pratique* La pkilov>pbi^, eriff/i, m coinpase de tliéories et de niM^hotU» ; ^>r ^ 1^ spénfaiBODS de Fesprit hmeam .«^ml/Uietim ;)rfrovr épMé so«ae b spbère des toctJ^;pCifiKA farfvxa^ odes ; 1» ttmraeaclAtnre^ <^aienf. inAth^Â^^ et
tt|4es par les nmtr'îs [i:«hili^ ^ f^^fHn^nf, fi^hw^f^
Cita, «ic <tiut: i' <»o^.nrut: ^ Im^ldW
les régies (fidacUques sont définies et réunies en code est ordinairement celle à laquellje les arts sont en qaelque sorte fixés. Il devait résalter aassi de la division des sciences , heoreusement introduite par Aristote^ que rémulation des hommes éclairés devait se porter vers les branches des connaissances humaines qui jusqu'alors avaient été à peine explorées ; là s^ouvraient de nouvelles carrières.; là on pouvait aspirer à de nouveaux succès. La philosophie, en se séparant des autres branches des connaissances humaines 9 pouvait 9 à raison de cette distinction elle-même , former avec cellesHÛ une alliance d'un autre ordre, leur prêter d'utiles secours. Ainsi , la philosophie semblait ellemême inviter ses adeptes à se porter désormais sur le terrain des applications, à tacher de le mettre en valeur»
Doit-on s'étonner au reste que la philosophie, parvenue chez les Grecs à son apogée, y demeu-rât désormais stationnaire, lorsqu'on considère que, parmi les modernes, elle n'a pu, pendant le cours de plusieurs siècles , que reproduire à peu près les mêmes vues , quoiqu'en les expri* ttiant sous de nouveaux termes?
On pourrait se demander toutefois comment les critiques du Scepticbme et celles de la nou-
vcUe Académie oe servirent pas d'aîguUlons ïi l'esprit humaÏDj ne remplirent pas leur vraie desiinatioD, en excitant à des eatrepnses nouvelles. Il semble en effet que c'était à ce but qae tendaient tous leurs efforts.Mais, d'une part^ les Pyrrhooiens et les Académiciens , dans leur . censure des systèmes eùslans, se laissèrent entrataer, ainsi que nous l'avons remarqué, aux maximes d'un doute trop absolu; tout en paraissant invoquer la vérité, ils ne laissaient aucun espoir de l'obtenir, n'indiquaient aucune voie pour y attendre. D'un autre côté , les Pyr» rlioniens et les Académiciens s'étaient Créé des motifs d'agir qui leur paraissaient suffire dans la pratique, et qui, calmant ainsi l'mquiétude naturelle au doute, rendaient mcnns nécessaire la recherche de la vérité , enlevaient k cette recherche l'intérêt qu'y attache le besoin des
applications utiles.
Tel était donc l'état de la philosophie grecque
lorsqu'elle commença à se propag
répons nouvelles.
Déjà, à la suite d'Alexandre, elli
tré à son tour dans cette même A
Grecs autrefois avaient reçu plus
lion. Elle ne put, il est vrai, laisser
gerows dans les Indea où les conq
de Macédoine eurent peu de staHilité^ oh l'auto^ rite des Brames leur opposait d'ailleurs trop de résistance. Mais elle obtint plus de faveur dans la partie occidentale de l'Asie, et du moins elle y prépara le développement des lumières. Ce fut surtout l'Egypte qui, plus tard, sous les capitaines grecs héritiers de cette portion des vastes domaines d'Alexandre , adopta cette philosophie avec l'accueil le plus empressé^ et lui offrit en même temps le théâtre le plus favorable pour une semblable propagation. Alexan- -drie , centre d'ua commerce immense, devint ^ne nouvelle métropole des sciences; Athènes aembla revivre dans le Musée. Là s'élevèrent , par les soins et sous la protection des Lagides, •dé nombreux et magnifiques établissemens : un înstitut^oi] les savans étaiept réunis , entretenus , formant entre eux une association du même genre que nos Académies modernes; une bibliothèque enrichie de tous les manuscrits qu'avait autrefois rassemblés Aristote; des collections de tous les genres. La Grèce fournit tous les matériaux de ces établissemens ; elle envoya les hommes chargés d y présider. Jamais la puissance n'avait rien fait de semblable en faveur du ^énie. Les Lagides ne se bornèrent pas à encourager ses travaux ; jouissant eux-mêmes du com-
( '33 ) merce des savans , ils aspirèrent plus d'une fois à obtenir UQ rang au milieu d'eux.
Mais ces libéralités et cçs faveurs, quelque abondantes qu'elles fussent, ne pouvaient faire revivre le génie antique , le génie origîual des Grecs; elles ne poiiviiient produire qu'nne sorte d'ombre et d'imitation de la Grèce primitive: Cette littérature transplantée n'avait point de I acines propres , manquait de ^ève nourricière; Les savans rassemblés au Musée pouvaient jouir de leur commerce réciproque; mais, isolés d'ailleurs , ils n'apercevaient point autour d'eus un auditmre convenablement préparé, un pu- ' blic qui s'intéressât à leurs trava» f ils vrvaient ' an milieu d'un peuple étranger à leurs idées comme â lew langue^ l'Egypte, sonnûse depuis loDg-ieœps au fatal régime des castes , docilement soumise à t'autorité de ses prêtres, était liabituée à se contenter de la part grossière des traditious que ceux-ci daignaient lui communiquer. Il y a plus, et la faveur même des princes devait plutôt contrarier que seconder , parmi les savans du Musée, le déveloDoementdu vrai génie philosophique; cegéni ^pirations de commuid dans les vestUmles des o que les Attales, en foiu
comblèrent de tant de bienfaits les éradits qu'ils * j avaient appelés ; ils purent y Toir fleurir une littérature; ils ne purent y posséder de philosophes. Les Ptolomées avaient beau se complaire • épuiser les discusssions des Sophistes , applaudir aux réponses improvisées qui demandaient des questions subtiles (C) ; ils favorisaient les jeux de l'esprit; d'autres encouragemens eussent été nécessaires pour alimenter l'énergie de la pensée. D'ailleurs , il n'entrait point dans l'esprit de la mission donnée aux savans du Musée de tenter des créations nouvelles ; ce qu'on leur demandait essentiellement^ c'était d'importer sur ce théâtre nouveau les créations de leur patrie ; aussi est-ce à la fondation du Musée que BOUS voyons naître pour la première fois dans l'antiquité les travaux de l'érudition proprement dite j la critique littéraire , l'art d'interpréter j de commenter ; et jamais les études grammaticales n'acquirent une si haute importance , n'excitèrent une aussi grande émulation : cette circonstance nous peint mieux que tout le reste l'esprit qui régnait dans cet institut ; nous oserions presque ajouter ^ celui qui doit régner dans tout institut de oe genre. On dissertait sur les chefs-d'œuvre des maîtres ; on ne songeait guère i les reproduire*
DVilleurs, leMas^ n'était point iiae ^c(4« enseignante. Les philosophes {[ai y étaient reçoft n'ëprouvaient donc point cette émulation , cette <^ialeur qu'avmt fait ressenùr aux Grecs la pré~ tfence d'un concours de disciples déjà exercés; ils n'éprouvaient point l'influence de cette réaction secrète ^ui, au milieu da tels ^sciple», conduit le mattre à sWtruire lui-même en^ cherchant à instruire les autres, le contraint d'approfondir pour mieux convaiacre, et qui.
lui fait trouver dans l'enseignement une sortede contrôle pour sa doctrine.
La poésie et l'éloquence ne précédèrent point k Alexandrie les recherches philosophiques;.. elles s'exercèrent simultanément avec celles-ci.. La philosophie ne put donc en recevoir le genre d'uoBuence qu'elle avait ressenti chez les Grecs.. La poéue et l'éloquence n'obtinrent d'ailleurs que de médiocres succès sur le sol de cette littérature artificielle produite par la 'protection des Laides; l'éloquence y fut encore plus stérile que la poéûe, et cela devait être; car c'est l*élo« ,
( i2^6 ) elle explitjue beaucoup de choses dans la direc-* tiôn qui y fut adoptée et suivie. '
Il est digne de remarque que les poètes du Musée cherchèrent leurs principaux sujets non dans l'histoire dé leur patrie adoptive, mais dans celle dé leur pren^ière patrie. Apollonius célébra l'expédition des Argonautes , Lycophron fit reparaître dans sa Gassandre le tableau des destinées de Troie i Callimaquie composa ses hymnes en honneur des Dieux de l'Olympe ; plus tard Tryphiodore chanta le triomphe de Marathon ^ et redit encore la chute de l'empire de !Çriam. Maison ne retrouvait plus, chez ces. imitateurs, l'unité admirable des conceptions antiques^ l'aSectation et la recherche avaient le plus sou-' Tcnt remplacé dans ces copies les grâces simples et naïves des originaux. La poésie didactique prit naissance ; Aratus sortit du sein du Musée;
Démétrius de Phalère, qui, l'un des pren^iers^ introduisit la philosophie dans la capitale des Ptolomées, était, au jugement de Cicéron , un orateur d'un rare mérite; mais il s'était formé lui-même à Athènes , et, homme d'état non moins distingué , il avait joué un grand rôle dans les affaires publiques; il n'eut point de successeurs dans la carrière de l'art oratoire. La matière, le théâtre manquaient à la fois, et le
( i57 ) Masée n'a légué à la postérité qu de rhétorique de Théoo ^ qui i gaère eux-mêmes qu'à la théoiïf
Tout accusait donc à Alexaoc de l'appareil et de la pompe ( académiques , tout accusait une pour les alimens de l'imaginaùi
Lorsqu'on voit réunis au Musc des philosophes attachés à chac qui s'étaient formées en Grèce, loi hommes vivre dans un commer< s'attend à voir naEtre une allianci trines diverses , à voir se produi mixtes formés par le choix ou principes qui appartenaient à < Toutefois, ce résultat n'eut tiei ei encore , pour que l'Eclectist crëtisme obtinssent un succès nécessaire que des causes étranj concourir. Fendant long-tem] phes d'Alexandrie restèrent a écoles respectives avec une fidéll vile; on ne vit même chez eux i table pour perfectionner les sys on eût dit qu'ils étaient chargés < et de les transmettre comme im
La doctrine d'Aristote fut h
en honneur à Alexandrie. Elle y fii^ apportée par Démétrius de Pbalère, qae Gicéron se complatt à citer avec tant d'éloges, et dont les talens^ la réputation durent promptement l'accréditer. Stratonde Lampsaque^ qui , après Théophraste, avait occupé la chaire du Lycée > parut aussi à la cour des Lagides. Le Péripatéticîsme était éœi* nemment approprié à la direction que suivaient en général les Alexandrins, et à l'esprit de leurs travaux. Plus tard, Xénarque, Boëthus de Sidon , Ariston y rendirent à cette école un nouveau lustre, au milieu d'Alexandrie. Nous voyons que Boëthus essaya de modifier la Psychologie d'Aristote, modifications que Porphyre eut pour but de réfuter en composant son Traité sur Vârfie.
Il est fort curieux de remarquer que la doctrine de Platon , destinée à jouer plus ^rd un rôle si important sur le même théâtre , y obtint peu d'attention jusqu'à l'époque où l'irruption des idées mystiques vint lui donner un nouveau genre d'intérêt , et lui offrir de brillantes destinées. On rencontre peu de Platoniciens dans le tableau des savans qui occupèrent successivement le Musée , et ceux que l'on rencontre ont à peine laissé quelques traces dans l'histoire de cet institut» Cette circonstance, en
( i59 ) ce que nous avons dit de Tesprit qui dominait an Masée , justifie d'avance les vues qoe nous présenterons bientôt sur la série des causés qui produisirent le nouveau Platonisme.
La nouvelle Académie devait obtenir plus de laveur i Alexandrie; aussi nous y voyons bnller Heraclite de Tvr, qui avait suivi pendant longtemps les leçons de Philon et de Clitomaque, « homme très-exerté, dit Cicéron (i), dans » celle philosopbie, et l'un de ses plus dbtinn gués apologistes. » Noos y voyons Dion jouir d'une si haute considération que les Egyptiens lui confièrent le schii de défendre à Rome leur cause contre Ptolomée Aulète.
Les adeptes de l'école de Cyrèoe, les disciples d'Ëpicure , semblaient devoir être natnrellementattirésdansune capitale riche et florissante, près d'une cour brillante et voluptueuse. Tbéo- ' dore , Hégésias, issus de la première école, Colotès y de la seconde , répondirent à cette invitation ; ces doctrines déjà faciles , merles et reUcbëes, achevèrent de dégénérer à Alexandrie;
logie , et les plièrent sans effort' à leur propre corruption* -,
On voit cependant le premier des Lagides convier à sa cour l'austère Zenon, Mais le fondateur du Portique refusa le séjour du palais des princes. On croit que Sidonius introduisit s» doctrine à Alexandrie; après lui , Spliérus, Sotion^Satyrus^ Cbérëmoni furent les appuis du Stoïcisme ; mais cette doctrine ne put y obtenir un grand succès. Les Cyniques y furent à peine connus; ce théâtre n'était point fait pour eux.
Le Scepticisme fut, de toutes lesr opinions philosophiques, celle qui acquit à Alexandrie, sinon l'assentinient le plus général y du moins le plus haut degré de perfectionnement: ou, pour mieux dire ^ ce système fui le seul qui y fit de véritables progrès. Nous réservons Tua des chapitres suîvans pour en rendre compte avec les détails qu'ils exigent. >
Enfin ^ ces différentes écoles qui jusqu'alors avaient subsisté parallèlement avec le Musée, sans se confondre^ et> à ce qu'il paraît^ sans se heurter, commencèrent à tendre vers pne association réciproque. Eloignons pour le moment celle de ces alliances qui se fonda sur l'intro-* duction des doctrines mystiques étrangères a la Grèce ,. et bomonsrpous à considérer d'abord
( i4i ) comment les dootriaes grecques se rapprochèreat et se combinèrent entre elles.
Déjà Antîochus , qui fut Tanii cl'HéracUte de Tyr, et qui enseigna quelque temps à Alexandrie, avant d'être conduit à Rome par Lucullus, avait, en fondant la cinquième Académie, aiuù que nous l'avons remarqué dans le chapitre précédent, ofièrt le premier exemple d*ua Eclectisme indépendantet raisonné. Après lui, Strabon le géographe associa la doctrine de Zenon à celle d' Aristote ; Soûon le jeune essaya d'unir la première aux anciennes idées de Fyihagore ; un Ammonius établit entre Platon et Aristote un concert plus facile et plus utile tout ensemble. Potamon, que Suidas place sous le r^ne d'Auguste, que Diogène Laërce place à une époque peu antérieure à celle où il vivait lui-méme-j paraît être le premier qui donna i cet Eclectisme une forme régulière et systématique. Nous déplorons de ne connaître cette importante entreprise que par un passage de Diogène Laërce j mais ce passage , dans sa concision, exàtera du moins tout notre intérêt.
Après avoir présenté le tableau des diverses
» depuis peu une nouvelle secte Eclectique^ ou, » si l'on peut dire ainsi , élective y a été intro- » duite par Potamon d'Alexandrie qui a choisi » dans chaque seote ce quiluia paru le plussage ; D il a pensé qu'il y a deux Critérium pour la B yérilé , dont l'un réside dans la faculté même n qui juge , c'est-à-dire dans la raison qui pré- » side à tout le système des fonctions intellec-* » tuelles, l'Hégémonique / dont le second » consiste dans les perceptions qui servent de D moyens ou d'instrumens pour les connaissan-i» i> ceS| c'est-à-dire dans la certitude et l'évidence D des inipressions reçues. » Suivant le même historien y la métaphysique de Potamon reposait sur la distinction de quatre principes originaires de toutes choses ; la matière ^ la cause efficiente , la qualité , et le lieu. Sa morale y en rapportant la fin de toutes les actions à une vertu par&ite ^ n'en excluait point les biens extérieurs et les jouissances physiques , en tant^ que les uns et les autres sont conformes à la nature. On voit par ce fragment que Potamon cherchait à concilier la doctrine des StcHCiens avec celle d'Aristote y et qu'il n'admettait point les idées de iplaton. Non^eulement on n'y trouve rien qui justifie la supposition d'après laquelle les historiens modernes l'ont associé à Ammonius
{ l45 ) le Saceophore , et l'oQt considéré comme ^tabt avec celai-ci le pretoier fondateur du oouveaa Platonisme; mais il est évident à nos yeax, par ce passage lui-méoie , que Potamon n'avait embrassé dans son choix que les anciennes écoles de la Grèce , et n'avait rien emprunté aux doctrines mysùques de TOrient (E).
Le mérite qui distingua éminemment les s»> vans d'Alexandrie , et qui fait de leurs travaux une époque mémorable daus l'histoire de l'esprit humain , cousiste dans les rapides progrés qae leur durent les sciences positives. Ce phénomène n'est point étranger à l'histoire de la philosophie proprement dite; car on remarque qae la plupart d'entre eux avaient été introduits par l'étude de la philosophie à celle des autres scimces. Il était naturel en effet que la philosophie, ayant atteint sa maturité, tendit à fruclilier par les appUcations , et cherchât ainsi i remplir l'une de ses fonctions les plu» essentielles et les plus utiles; il était naturel que les sàsDces positives obtinssent un perfectionnement rapide ^ dès que , sénarées et classées nar une sage division , elles âambeau de la science m< «eooars du grand art r^ autres. C'est ainn que 1
comme nous l'avons déjà remarqué^ avait étudié Aristote et Zenon; c'est ainsi que deux autres géographe^, Eudore et Ariston, s'étaient formés à l'éc^zile d'Aristote, dont le premiet avait même Commenté les écrits. Sozygène , que César employa à la réforme du calendrier, était également Péripatéticien, et avait aussi commenté le Slagyrite; Claude Ptolomée avait écrit un traité sur Fâme; Eratosthène était Platonicien.
Les sciences mathématiques avaient été déjà cultivées avec ardeur dans l'Académie, et les sciences naturelles dans le Lycée ; mais les unes et les autres s'enrichirent à la fois dans le Musée par de nouvelles conquêtes, i^uclide, dans ses élémens , posa avec tant de grandeur les fonde* mens des premières, qu'il parut les créer une seconde fois; Apollonius, son disciple, développa la théorie des sections coniques, et fut surnommé \e géomètre par excellence. Quelques siècles plus tard , Diophante inventa l'algèbre,
L'Astronomie et la Géographie éprouvèrent l'influence de ces progrès. Dyonîsius rapporta eii Egypte les observations des Indiens, et y joignit les siennes propres. Eratosthène décrivit les astres , écrivit l'histoire de la géographie , en explora toutes les branches , essaya dé mesu*
rer la cîrcpnférence de la terre. Aristsrrque et Séleucus rétablirent Je soleil au foyer des révolutions planétaires ; Hypparque traça la théqrie du soleil et celle de la lune^ dressa le catalogue des astres, mesura les longitudes et les la titu* des y et corrigea la carte d'Eratosthène; Strabon entreprit, de décrire le globe entier de la terre , tel qu'il était connu alors , et ajouta à ces connaissances par ses propres découvertes ; un siècle plus tard^Claude Ptolomée, aidé des travaux de Marius de Tyr ^ rectifia , étendit , compléta les descriptions de ce géographe ; Héron et le ' même Ptolomée appliquèrent avec succès la géométrie à la mécanique , et Foptique naquit entre les mains du second (i).
Pendant que ces illustres savans avançaient dans la carrière ouverte par les disciples de PlatQU j d'autres suivirent avec ardeur celle qu'Hippocrate et Aristote avaient entreprise avec tant d'éclat. Une ménagerie fut établie par les soins des Lagides dans la capitale de l'Egypte; ils autorisèrent la dissection du corps humain y et^ grâces à cette investigation jusqu'alors incon-
(i) Voyez VHistoire des Mathématiques par Mon** tuela , et celle de TAstrcftiomie ancienne par Delam«« bre.
nue aux anciens , Hérophile et Erasistrate créèrent l'anfttomîe. Cependant, et cette circonstance est importante à remarquer , les progrès des connaissances naturelles se ralentirent sensiblement dès que lés doctrines mystiques commencèr«nt à enTahir le domaine de la science en général y et malgré le rétablissement du Musée par Claude , l'école d'Alexandrie ne put conserver sous les empereurs cette al^ivité de découvertes qui Favait distinguée sous les Ptolomées ; elle obtint dès lors des succès moins briUans dans les études positives : elle obéissait a l^influence générale.
Ce qui achève dé confirmer que la philosophie, arrivée à sa maturité, tendait d'elle-même à se résoudre en applications pratiques, et que la classification à laquelle elle avait soumis les sciences devait naturellement déterminer l'essor des sciences positives , c'est qu'à k même époque , chez les Grecs , pendant que la philosophie devint stationnaire ^ ces mêmes sciences y obtinrent aussi des progrès sensibles; les écoles de Pergame , de Rhodes ^ de l^cile , cultivèrent les mathématiques , la^ géographi^e ; Archimède s'illustra par les applications de la géométrie et du calcul à la mécanique; Marius de Tyr perfectionna la géographie historique; Tliéo-
dose donna un traité de la sphère; Paosanias fut le Strabon de la Grèôe ; Denys mit en vers la description du géographe alexandrin ; Arrien publia plusieurs périples ; Damien Hélîodore perfectionna l'optique. Toutefois lès Grecs ne parent rivaliser avec les saVans du Musée , que • secondaient les faveurs des princes y <j[ue secondait surtout le commercé réciproque entretenu parmi eux dans cette grande et belle association* Lorsqu'on voit à cette époque l'esprit d'observation étendre le domaine des sciences naturelles, créer l'anatomie, &ire faire des progrès rapides à l'astronomie, et les sciences mathématiques s'appliquer en même temps à la méca* nique , on s'étonne de voir la physique proprement dite demeurer encore au berceau.
U semble en effet qu'il n'y avait plus qu'un pas à faire pour découvrir les méthodes qui eussent introduit à la connaissance des lois générales de la nature. U suffisait de composer des instrumens propres à interroger la nature par des expériences, et à transformer les phénomènes. Mais cette idée ne se présenta point aux anciens; ils connurent l'art d'observer; ils ne soupçonnèrent point l'art di expérimenter y et cette ignorance seule suffit pour leur fermer la ^oie des plus importantes découvertes.
Les sciences morales excitèrent moins d'ému* lation chez les Alexandrins; le droit naturel, la législation, la politique , la morale pratique elle-même^ ne paraissent point avoir exercé leurs méditations; privée de ce flambeau qui seul pouvait lui montrer son véritable but , l'histoire ne put à Alexandrie atteindre la dignité^ revêtir les caractères qui lui sont propres; ou se borna à des recherches chronologiques^ bior graphiques , archéologiques ; on recueillit des faits, on marqua des dates, on compulsa des annales ; on n'écrivit point l'histoire ; et cependant on avait sous les yeux les modèlesadmirables des Grecs. 11 faut rapprocher cette observation de celle que nous avons déjà faite sur la nullité de l'éloquence en Egypte. Ces deux phénomènes sont étroitement liés entre eux.
On retrouve ce caractère propre au Musée d'Alexaudrie jusque dans le style de ses écrivains. Us conservent la langue des Grecs, mais ils abandonnent l'élégante simplicité de leurs modèles ; Taffectation , la recherche , la subulité, la sécheresse ont remplacé les formes majestueuses, l'énergie , la chaleur des Platon et cies Pémosthènes.
NOTES