‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie: considérés relativement aux principes des (volume 2)Chapitre 9 sur 20 · DU DIX-SEPTIEME CHAPITRE · texte numérisé non relu

DU DIX-SEPTIEME CHAPITRE

(A) Depuis l'époque à laquelle nous avons composé la première édition de cet ouvrage , la direction qu'a prise la philosophie dans certaines écoles d'Allemagne, les vues qu'ont exposées en France plusieurs "hommes distingués , ont donné une importance toute nouvelle aax doctrines qui prirent naissance vers le commencement de notre ëre , sous le nom de nouveau Plato« sisme, d'Eclectisme, de Syncrétisnie ou de doctrines de l'école d'Alesandrie. On a attribué à ces doctrines une origine plus ou moins reculée , un mérite plus ou moins éminent. Nous avons donc^jugé nécessaire , non - seulement de revoir , mais de refaire même en entier toute cette partie de l'ouvrage , afin de mettre le lecteur impartial en mesure de se former une opinion sur ces graves controverses , et indiquer les sources à ceux qui désireraient approfondir les questions qu'elles ont fait naître. Le phénomène que pré-> sente à cette époque l'histoire de l'esprit humain est extrêmement complexe ; nous nous sommes attachés k en faire une décom^sition exacte , d'après les mojitt>-

mens de l'histoire. Le nouveau Platonisme est nn agrégat : pour le bien faire connaître , il faut déterminer avec soin de quels élémens il s*est formé , et quelle cohésion s'est établie entre eux.

(B ) Telle est , par exemple , la marche suivie par le a vaut Brucker , et telle est aussi la cause pour laquelle le second volume de son Histoire critique j quoique si riche d'érudition , offre en général peu d'intérêt.

(C ) Voyez dans Diogëne Laërce (liv. VII , pag. 177) comment Ptolomée Phîlopator se joua du Stoïcien Spbéras , en lui demandant k table si le sage se laisse tromper par Vapparence , et lui faisant servir ensuite des fruits artificiels. Voyez dans le même auteur, livre II y part. 3 , la fin tragique de Diodore, qui mourut de chagrin pour n'avoir pu répondre, en présence du rpi Ptolomée^ à une subtilité de dialectique proposée par Stilpon. «« Ptolomée , dit Diogëne , s'irritait lors- M que les sophistes ne satisfaisaient pas aux réponses » des questionneurs* »

(D) Il faut distinguer ce Posidonius de celui qui est connu sous le nom de Posidonius d'Apamie ou de Rhodes , parce qu'il naquit dans la première de ces deux villes j et enseigna dans la seconde. Ce dernier , dont nous avons parlé au chapitre précédent , et qui vint a Rome en 668 ( A. U.) , eut pour auditeurs Cicéron et Pompée. M. Jai^us Bake a réuni tout ce qui nous reste de celui-ci dans une dissertation imprimée à La

Haie en 1810 , sous le titre de Posidonii Rhodii re- Jiquiœ doctrinœ.

(E) Sur quel fondement a-t-on considéré Potamoit comme le prédécesseur d'Ammonius Saccas , comme le premier fondateur du nouveau Platonisme d'Alexan<drie? Diogène Laôrce et Suidas sont les seuls, écrivains de Fantî^ité qui aient fait quelque mention de lui ; car le Potamon dont parle Porphyre est probablement un autre personnage. Porphyre, au reste, non plus que Suidas, ne nous donnent aucune notion de sa doctrine , et nous avons littéralement traduit tout ce qu'en dit Diogène Laerce. Or , on ne trouve rien dans ce texte qui justifie le moins du monde Thypothëse admise par les historiens inodernes. Il y a plus : Diogène Laërce n'a traité exclusivement que des écoles grecques ; c'est après en avoir fait l'énumération qu'il cite Potamon comme ayant fait un choix entre ces héritages. Diogène Laerce ne fait nulle part mention des nouvelles doctrines, mystiques. S'il en avait connu la naissance , si Potamon les avait adoptées , comment eùt-il passé sous silence un phénomène si important et si nouveau?

(F)Cdlimaque,Aristonicus5 Calixtène, QBlius avaient écrit l'histoire du Musée d'Alexandrie \ mais leurs ouvrages ne nous sont pas parvenus. Parmi les modernes, Kuster, Gronovius {Thésaurus antiq.) ; Graevius, Geriidie {De Musœo Alea^andrino) ; Heyne {De Genio secuU Ptolomœorum) ; Manso, dans ses Mélanges , ont traité le même sujet. Bonamy a inséré dans le

tome IX des Mémoires de TAcadémie des Inscriptionr, une dissertation historique sur Ja bibliothèque d'Alexandrie , où il passe en revue les savaas auxq[uels la garde en a été confiée.

L*Académie des Inscriptions et Belles-Lettres avait proposé en 1 81 4 un prix sur l'histoire de l'école d'Alexandrie. M. Jacques Matter , qui a remporté ce pnX| a publié son travail en 1820 , sous-le titre d'Essai hÈstorique sur F Ecole iff Alexandrie , 2 volumes in-8*. Ce traité , le premier qui ait embrassé dans tout son ensemble le tableau de cette école célèbre, réunit le mérite d'une érudition riche et choisie^ à celui de l'exactitude scrupuleuse dans l'exposition des faits , et d'un ordre judicieux dans leur classification. On regrette seulement que les limites dans lesquelles l'auteur a cru devoir se renfermer ne lui aient pas permis de développer plus d'étendue aux travaux des savans, aux doctrines des philosophes , ce qui réduit trop souvent cet ouvrage à n'offrir presque qu'une simple nomenclature. M. M atter a fort bien montré combien était vicieux l'emploi qu'on fait ordinairement de la dénomination générale à' Ecole d'Alexandrie ; il a distingué avec beaucoup de netteté l'association scientifique dont le Musée était le centre , de la secte philosophique qui , 6OUS le nom de nouveau Platonisme , prit naissance à Alexandrie , et que les historiens ont souvent, pour ce motif, désignée sous le titre de Philosophie AlexaU' drine. Nous devons ici le laisser parler lui-même.

a L'expression d'école d^ Alexandrie a seule pu donaï ner lieu à beaucoup d'opinions inexactes : elle est » très-impropre, puisqu'elle peut s'appliquer égale-

I ment à Vécole des juifs , k celle des chrétiens et à

■ celle des Grecs d'Alexandrie. Ce n'est donc plus de

■ [école , c'est des nombreuses écoles de cette ville

■ qu'il doit être <{uestîon. Celles que nous venons de i> nommer se subdivisent même en un grand nom- » bre d'antres. ■

> Démétriusde Phalère, Zénodote, Aristarque , etc.,

■ ontfondé à Alexandrie des écoles de grammaire , de

> critique , de recension. Hérophile , Erasistrate, etc.,

■ des écoles d'anatomie , de médecine ; Timarque ,

■ Artstille, Hipparque et Ptolomée , des écoles d'ai-

> tronomie ; Euclide , Apollonius de Perge , Dio-

> pliante , etc. , des écoles de géométrie et d'aritfa-

■ métique ; Eratosthène et Slrabon, des écoles de géo-

> graphie; ^néaidème, Sexte l'Empirique, Potamoa

■ et Ammonint Sakkas, des écoles de philosophie;

■ les interprètes sacrés , Aristobnl* «tPhiloD , des éco-

■ lesjndaïques; lesapètres du christianisme, saint Pan-

■ thèiM i saint Clément d'Alexandrie, des écoles chré-

> tienoes.Outre cela, chacune des sec tes philosophiques

■ de l'ancienne Grèce formait une é<:ole ou atte famille • particalièreà Alexandrie. Les poètes mêmes se par-

■ tageaient en pléiades. En négligeant ces distinctions

■ importantes , ou n'a pu que se tromper et tromper

> SCS Icctenn. ■ ( Matter , préface , pag. 7. )

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