‹ Histoire comparée des systèmes de philosophie considérés ..., Volume 8Chapitre 19 sur 27 · IV · texte numérisé non relu

IV

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dans les notions kantiennes ^ qa' ua acddeot ^ qu'une modification du styet; le m^i lui^mên^t appelé à soutrair ou semblable jugeiiieot,»'éva^ nouit comme une ombre légère. Après avoir expliqué la natore par le moi^ le moi luinxiêmd par une apparence , les apparences par les foiv mes, il ne reste plus qu'une forme de forma (1), ou qu'un échafaudage de formes, auquelles apf)a«i renées servent de base , quoiqu'elles empruntent d'elles, d'une autre part, toute leur solidité.

Jacobî interrogea, avec la même sévérité, cette raison pratique qui a le privilège de faire croiw ce que la raison théorique rejette comme dépourvu de réalité. Il analysa , avec une exactitude nouvelle, la nature de la croyance; il ne lui accorda pas le droit de suppléer aux démonstrations , encore moins celui de les contredire ; il la fit consister , au contraire , dans le sentiment de cette vérité , de cette réalité absolue et primitive qui doit être antérieure à toute démonstration , parce qu'elle doit servir de point d'appui aux leviers de la raison.

En un mot , pressant de toutes parts les maximes du criticisme avec une sagacité égale à sa patience, ce philosophe montra que, pour être conséquent , le criticisme ne peut éviter de se

(1) L'auteur d'iEnesidemus propose as&ez plaisainmeat de subaii* tuer le nom de formalisme à celui de crUicisme que Kant a (Juiiiié & 10(1 sy^^tèine.

PHIL080PBIE liCH>£U!IE. CÎHAP^ XXVI. 323

réfugier dans une sarte ^idicdi$me subjectif produit par un retour absolu de la raison sur ellemême, enrenpnçaat à tout appui étranger; que cet idéalisme, à soa tour, se convertit en un scepticisme très ûomplet, quoique déguisé, et qu'ainsi le système tout entier est une théorie scientifique et transoendantale de rignorance raisonnée , ou de l'impossibilité d'une vraie science.

Cette vérité, c^te réalité absolue et prinûtive, source de toutes les réalités comme de toutes les vérités , qui doit conduire à la science par la croyance , Jacobi l'a trouvée , non dans la raison même ou dans le principe sttkjectif, non dans la nature ou dans le principe objectif, mais dans un principe élevé également au dessus de toutes deux , qui sert ainsi à fixer leur dépendance réciproque ; dans Fauteur suprême de la nature et de la raison , dans la Divinité , qui se manifeste à la fois dans l'une et dans l'autre, qui seule peut offrir, par cette manifestation, une garantie suffisante à la raison , et autoriser le légitime exercice de son activité.

C'est ainsi que Jacobi a restauré le platonisme moderne , en lui donnant un nouveau caractère , un caractère bien plus philosophique que celui dont Malebranche l'avait revêtu. On est frappé de l'analogie de ses opinions avec celles de Fénelon et de Bossuet , quoiqu'il y soit arrivé par une autre route ; elles ont surtout un étroit rapport avec quelques idées de Leibniz, que ce

J24 msT. coMP. nis stsT. db mil,

philosophe a peu développées , que ses succcesseurs ont méconnues. Jaoohi n'bésite point à penser que Leibniz a mkux saisi , mieux résda que Kant, le problème fondamental de la philosophie (B).

Salomon Maimon , adversaire Don moins redoutable dans la discussion , quoique bien inférieur au précédent dans l'art d'écrire , a livré au criticisme une autre attaque avec des armes différentes, celles du doute. Il a montré du moios que le criticisme bien entendu ne peut être qu'un scepticisme sur toutes les choses de l'expérience et de la morale , et qu'une préparation générale au scepticisme absolu.

•Tel est, en eflfet, dit Maimon, le caractère de la science (nmscendantalepvre^ c'est-à-dire dégagée de toute donnée d'emprunt, qu'elle ne peut admettre de réaliié objective , qu'elle ne peut prêter à celte réalité l'appui de la démonstration, qu'autant que celle réalité est fixée à priori et par la voie synthétique. Ainsi les calégories kantiennes ne peuvent obtenir le caractère de la réalité objective, que par le secours des formes pures de la sensibilité , l'espace et le temps ; celles-ci , à leur tour, ne peuvent tenir ce même caractère que des catégories on formes pures de Tentendement.

» Les sensations, en venant se mêler à ces deux espèces de formes , comme conditions matérielles de l'expérience , peuvent bien leur enlever leur pureté^ et par conséquent ce qu'il y a de pur

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dans teur caractère de réalité objective ; mais elles ne peuv^sl leur apporter une réalité positive que le kantisme ne leur accorde point en elles-mômes*

» Quant à Funion de ces deux espèces de /ôrmes pures, celles de la sensibilité et celles de l'entendement, elle ne peut engendrer que les notions abstraites des mathématiques ; elle ne peut fournir que les objets intellectuels de la vérité géométrique.

» C'est donc en vain que le criticisme , uniquement appuyé sur ses principes à priori, voudrait prêter aux objets de Texpérience une réalité dont le germe n'est point renfermé dans cette génération synthétique , et le criticisme se contredit lui-même lorsque, affectant d'être une science entièrement transcendaniale et pure^ c'està-dire qui fait dériver tout principe de la science d'une source à priori , il vient cependant supposer, exiger, admettre quelque condition expérimentale pour la sanction de ses propres principes (1). »

Cette grande discussion a , comme on sait , partagé toute l'Allemagne , occupé depuis douze ans tous les esprits dans cette moitié de l'Europe, On s'attend à peu près qu'une querelle philoso-

(1) Die Kalegorie des Arîstoteles. — Aïs eine propadeuUk zur ehier neuen Thcorie des Denkens dnrgcstelhîy Berlin, i7î)4.

phique aura produit une foule de malentendus, dégénéré souvent en disputes personnelles , rallié à elle beaucoup de petites passions, et surtout qu'après des combats multipliés elle aura toujours plus animé les partis contraires , sans amener aucun résultat favorable à leur rapprochement. Mais ce qu'il a de particulièrement remarquable dans les circonstances de ce débat, c'est que , depuis la célèbre division des réalistes et des nominaux , on n'avait point vu d'exemple d'une querelle qui , occasionnée par des questions aussi abstraites , ait paru cependant se rattacher d'aussi puissants intérêts et faire naître d'aussi vives oppositions. Elle a étendu sa triste influence ^ur la morale, la politique , la jurisprudence , la littérature elle-même et les choses de goût. L'esprit de parti s'est reproduit sous mille formes, s'est armé de tous les moyens ; celui que la philosophie semblerait devoir prévenir plus effectivement, l'invective, a été prodigué avec une sorte d'acharnement ; les universités ont retenti de ces déclamations ; les gazettes littéraires ont été remplies d'attaques individuelles couvertes du nom de recensions. C'est que Kant a fait non-seulement des disciples, mais des enthousiastes , et que l'enthousiasme, dans des esprits étroits, se convertît bientôt en fanatisme; c'est que le criticisme, par sa nature même, doit inspirer de hautes prétentions, qui, dans des hommes médiocres, deviennent les synonymes d'au-

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tant de ridicules ; c'est qu'en appelant ses dtacipies à la dignité de censeurs de la science, il devait exalter la vanité des partisans subalternes de cette secte , autant qu'il dev^t blesser vivement celle de leurs adversaires. Une autre circonstance plus remarquable peut^tre encore , c'est que la défense des kantiens s'est appuyée le plus souvent , non sur la vérité de quelque principe en lui même, mais sur l'intelligence du véritable sens de leur doctrine ; que leur réponse à tout^ les objections a constamment fini et commencé par ces mots : vous ne nous avez pas compris. Cette réplique pouvait être assez fondée ; elle avait du moins l'avantage de donner une attitude très commode et très flére à ses champions; elle leur permettait d'appeler leurs adversaires sur leur propre terrain, et de tirer un grand parti de l'obscurité même de leur système. Cependant , à force d'être répétée» et surtout après avoir été opposée tour à tour aux opinions les plus contraires , une telle manière de résoudre les objections devait se convertir elle-même en une objection non moins terrible contre le système au secours duquel on l'avait employée; elle faisait supposer que ce système est absolument inintelligible , et n'échappe que par ses contradictions intérieures aux formes déterminées sous lesquelles on essayait de le combattre.

Loin que les Allemands aient droit de se plaindre de l'indifférence que les étrangers ont témoi-

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gnée pour ces vives querelles et ces révolutions philosophiques , ils doivent concevoir que les étrangers ont dû se trouver, au contraire, refroidis par ces circô»stances eUes-mêmes j qu'ils ont dû {«•endre précisément moins d'intérêt à cette dispute» en apercevant un esprit de parti plus prononcé ; qu'ils ont dû être fort peu disposés à étudier une doctrine qui , de l'aveu même de ses amis , renfermait de si désespérantes obscurités; qu'enfin, ils ont dû attendre, pour s'occuper de cette révolution , qu'elle fût mieux fixée et qu'on pût en marquer à la fois le terme et le véritable caractère.

Le seul résultat bien positif, en effet, qu'ait produit jusqu'à ce jour la philosophie critique, a été de faire naître successivement plusieurs systèmes inattendus qu'elle seule pouvait engendrer , qui ont occasionné à leur tour de nouvelles révolutions et partagé l'école kantienne en autant de sectes aussi animées dans leurs controverses réciproques, qu'elles le sont contre leurs communs adversaires^ Ces systèmes qui en sont dérivés par des voies très différentes, ne doivent point être confondus dans un commun jugement. Nous avons vu que le criticisme, dans son origine, était une sorte ûHdéalisme transcendnnlal associé à un réatisme expérimental y ou , suivant l'expression de cette école, empirique; toutes les grandes difficultés portent sur ce réalisme et sur la manière de le mettre en accord avec Vidéalisme

que Kant lui donnait pour appui. On a senti le besoin de lui prêter un autre caractère. Fichte, Schelling, Bouterweck , Tout réduit à un simple réalisme pratique^ avec la dîflërence que les deux premiers Font associé à un îdéatisme , le dernier à un scepticisme également transcendanlal; Bardilî, au contraire , Ta élevé à la dignité de réalisme rationnei Ainsi les uns ont diminué , les autres ont accru la part trop incertaine que le grand fondateur de l'école critique avait accordée à la réalité des connaissances.

Les kantiens ont coutume de comparer les philosophes qui, avant eux, ont voulu fixer le fondement des connaissances humaines, à ces Indiens qui , pour donner un point d'appui à la terre , la font reposer sur une tortue. Jacobi a répliqué ingénieusement que Kant a eu , en effet , le mérite de demander un nouvel appui, et Fart de placer à cette fin une seconde tortue sous la première. Mais ses disciples ont bientôt senti TinsufiSisance de cette ressource , et ils sont venus à l'envi placer une troisième tortue sous les deux autres.

On aurait tort, au reste, de regarder comme entièrement inutiles tous les efforts qui ont été faits pour compléter la doctrine de Kant. 11 en est dont le mérite ne peut être contesté, et presque tous fournissent de nouveaux points de vue sur la question du principe de nos connaissances. Reinbold est le premier des disciples de Kant

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qui ait senti ce quî manquait encore è la thé^ie de ce philosophe poar former un enbemWe régulier; il s'était acquîb le droit d'indiquer ces vides et de prétendre à les remplir. Aucun philosophe, en Allemagne, n'avait servi avec plus ée succès et de gloire la cause du critidftme; il l'avait adoptée avec enthousiasme dès le moment de sa naissance. Avec ce talent d'exposition qui le distingue éminemment , il a traduit les oracles kantiens flans une langue élégante, harmonieuse et pure ; il a m faire descendre le kantisme de la i^ion respectée , mais peu fréquentée, des abstractions métaphysiques ; il l'a réconcilié avec les intérêts qui agissent le plus vivement sur le cœur et Timagi^ nation des hommes , ceux de la religion , de ki morale, de la littérature et des arts. Il a su ex|H*mer, avec un langage éloquent, des idées jusqu'alors inintelligibles; il les a dépouillées de leur effrayante nomenclature ; il s'est efforcé de remonter à la source des malentendus , pour les faire cesser ; il a popularisé cette doctrine qui dédaignait si ouvertement les succès populaires, et qui semblait avoir en effet de si bonnes raisons pour les déprécier. On a cru voir un sqt^ette inanimé reprendre subitement les formes et les grâces de la vie et de la jeunesse (1).

Reinhold a bientôt remarqué que cette uniié

(1) Beînholds Brîefe ûh^r die kantîsche Philosophie^ ^ vol., Leipzig, !792.

PHI&OSOfHIB iK)DBRN£. GfiAP. XISL 331

$lfUémQtique , tant célébrée , tant recommandée' par la théorie <ie Kant > était loin cependant d'y être réalisée, et qae te précepte ici n'était guère d'accord avec l'exemple. Un défenseur si zélé et si éclairé tout à la fois, deyait m hâter de couvrir ce côté faible de la cause* Les adversaires de Kant ont raisonné wr des {principes contraires à ceux que Kant a supposés, plutôt que définis : de là, l'impossibilité de s'entendre dans toutes les disputes qui se sont élevées. Reinhold a pensé que le véritable moyen d'y mettre un ternie, sertit de remonter à des principes qui fussent également reconnus de tous les partis. Kant a fait reposer sa théorie sur un certain nombre àe faits ou de mp^ positions qu'il a admis comme des données, mais pour lesqnels il n'a point établi de démonstration; Reinhold a pensé qu'en cherchant cette démonstration , qu'en rappelant ces faits à un principe unique, incontestable, il obtiendrait l'avantage de donner plus de consistance au système; que, s' élevant à un point de vue plus général , il découvrirait même le fcHadement commun et primitif de toutes ces sciences philosophiques que le criticisme jusqu'alors avait réformées , régularisées , plutôt qu'il ne les avait réellement reconstruites (C).

En prenant le criticisme pour point de départ dans la recherche de ce principe, il est facile de s'apercevoir que ses trois considérations les plus générales sont les intuitions, les notions, les

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idées, auxquelles correspondent trois facultés : la sensibilité, rentendement, la raison ; que ces trois considérations sont renfernïées cependant pous une autre plus générale encore, mais que Rant a négligé d'analyser et de définir , Ibl représentor lion (D); que toutes les opérations de Tesprit reposent aussi, dans ce système, sur un premier fait qui n'y est pas davantage analysé , la conscience. Analyser ce fait, fixer celte notion, c'est le moyen qui s'ofire à Reinhold pour atteindre le point de vue plus élevé quMl désire, pour fonder le principe universel.

Le fait de la conscience est donc ce fondement désiré, et la proposition qui l'exprime, le principe scientifique. Cette proposition est la suivante :

La représentation est distinguée^ dans la conscience^ de ta chose représentée, de la chose représentante^ et rapportée à toutes les deux (1).

Ainsi Reinhold ne se demandera plus seulement , comme le professeur de Kœnigsberg :

qu'est-ce qui peut être connu paries seules forces de la raison ? 11 se demandera d'une manière plus générale : qu'est-ce qui peut être représenté , de quelque manière que ce soit , c'est-àdire , ou connu, ou simplement pensé, ou désiré par nos appétits (2) ? Ainsi il embrassera dans un même point de vue les principes corn-

(i) Beilrœgs zur Berichfigimgy p. I ii, 1C7, (2) lOid., p. 163.

PHILOSOPHIE \tODEfiNE. CHAP. XXYI. 333

niuns de la logique , de la métaphysique et de la morale (E),

C'est, pour cette raisoa que la théorie de Reinhold a reçu. le nom de philosophie élémentaire. Elle formait une. sorte d'introduction à celle de Kant; elle en constituait les prémisses; elle lui rendait Vunité systématique, à l'aide d'un i)rincipe universel et simple, en se plaçant dans le sentiment primitif de la conscience. Reîuhold avait été au-devant de Kant avec l'intention de le rencontrer sans doute , mais enfln il l'avait rencontré avec un bonheur qui semblait justifier à la fois les deux systèmes.

Il avait donc , en apparence du moins, assez bien mérité du kantisme. On pouvait espérer que les kantiens lui tiendraient compte de ce service ; que les anti-kantiens jugeraient plus favorablement la doctrine nouvelle , maintenant qu'elle était revêtue d'une forme plus simple et qu'elle offrait un ensemble mieux lié : cette double attente a été trompée. Les kantiens ont trouvé que Reinhold les avait servis au-delà de leur désir; ils ont été plus mécontents de lui voir indiquer un vide dans la doctrine, que touchés de son empressement à le combler ; ils se sont indignés qu'on 03Ôt porter la main à l'arche sainte, même pour la soutenir. Les anti-kantiens ne se sont point réconciliés avec une doctrine qui , même en devenant plus claire, ne leur a poiot paru plus satisfaisante; ils ont pris acte de la grande dé-

i3/|. HKT. COWP. DES SYSrr. m PHlt.

couverte de Reinhold sur le délaut d'un pHûcipe fondamental dans le criticisme; nmîs le peu de succès qu'a obtenu cet écrivam , en cherdiant à rétablir, leur a para une sorte de condamnation que le criticisme prononçait contre sa propre cause (F).

Toutefois, quoique la philosophie élémentaire de Reinhold ait fait peu de prosélytes, que luimême l'ait abandonnée, quelque temps ajM^ès, avec un désintéressement de ses propres idées bien rare chez un philosophe, Tapparition de cette théorie a quelque importance historique , en ce qu'elle a décidé, dans le sein de l'école kantienne, une grande et première révolution , de laquelle sont nées plusieurs autres. Les recherches , les controverses ont pris une direction foute nouvelle. Une sorte d'agitation s'est répandue dans les camps du criticisme; on s'est divisé , et les choses ont pris un cours que Kant lui-même était bien éloigné de prévoir.

En s'avançant ainsi hors des rangs du kantisme, pour poser le grand principe fondamental, Reinhold a attiré sur lui un adversaire inconnu qui, détruisant rapidement ce nouvel ouvrage, poursuivant Reinhold jusque dans le centre de sa secte, a singulièrement augmenté le trouble, accéléré les dernières révolutions. C'est Fauteur d'iEnesidemus (1), un des ouvrages les plus pi-

[i) Goulob Erneai Schuize.

PHUiOSOPHIE liODEHNE. (»ÀP. XVIh 595

quauts que cette grande diseussion ait produits* Le moderue ^nesidemus est, comme rancien, un ami du scepticisme, non point de ce scepti^ çidme qui se meut à lui-midme en rejetant la certitude de toute connaissance hutnaiue; non point de ce scepticisme décourageant qui enlève l'espoir d'ajouter à la certitude autant qu'à l'étendue de nos lumières; mais de celui qui se borne à refuser à la philosophie le droit de statuer sur l'existence et les propriétés des êtres en eux-mêmes^ à n'admettre aucun principe incontestable sur les limites de nos connaissances > qui, en un mot, reconnaît moins dans le présent, pour laisser davantage à l'avenir (1). 11 se place dans le point de vue duquel Hume a raisonné, et qui ne lui paraît pas avoir été encore assez justement saisi. « Le scepticisme de Hume, suivant lui^ ne repose point, comme on l'a cru , sur le principe que toutes nos idées dérivent immédiatement ou médiatement de la sensation; Hume ne l'a admis que comme une supposition reçue chez ses adversaires, et qu'il voulait faire tourner contre eux. I^ scepticisme de Hume ne se fonde que sur ces trois principes: l"" nos connaissances consistent seulement dans nos idées; elles ne sont réelles qu'autant que l'enchaînement de nos idées correspond à la liaison des choses hors de nous ; 2*" il n'est aucun

(i) /EnesidemuSf ou Observai ions sur la philosophie élémentaire dé Relttholdf p. ââ^Allem., in-8; Holmstadt, 179i .

3S6 Hl&t. COMP. DES SYST. DE PHIl.

principe qui nous autorise à conclure de Tenchaînemeat de nos idées à la liaison des choses : 3 ' le principe de la causalité , qui seul fonde la connexion de nos idées , d'après lequel les philosophes se croient en droit de conclure de leurs idées aux choses, ce principe est uniquement subjectif; c'est une simple loi intellectuelle; il n'est point justifié par l'expérience (1). »

C'est dans le système de Hume, ainsi conçu, qu'iEnesidemus vient se placer. Il rejette donc également, et celui de Locke, et celui de Leibniz, qu'il considère avec raison conune les deux principaux systèmes imaginés pour démontrer la réalité des connaissances ; il les rejette précisément parce qu'ils ont tenté de démontrer cette réalité, qui ne peut consister que dans l'accord de nos idées avec des objets placés hors de l'enceinte de nos idées* « Locke et Leibniz, dit-il, quoique suivant deux directions contraires, sont partis d'une supposition commune , savoir : que la nécessité où nous sommes de concevoir les choses d'une certaine manière, nous autorisée conclure l'existence réelle des objets de ces conceptions. Mais cette supposition n'est, au fond, rien autre chose que le motif aveugle qui porte aussi le vulgaire à prêter une réalité objective à ses sensations. Gelte supposition n'est fondée sur aucune déduction qu'une rigoureuse logique puisse approuver. Nos

(I) JEncsiûemuSj p. 103 à 12i2.

PmLOSOraiE MOD»NE. CHàP« XXYI. 337

idée$ sont le seul terme immédiat des perceptions de notre esprit; noas ne pouvons rien connaître ^ue par le ministère de nos idées ; où trouverons-nous donc un principe qui nous permette de franchir la limite de nos idées mêmes, et de leur assigner un rapport de conformité avec des 'objets étrangers? Ce rapï)ort, il est vrai, est renfermé dans quelques-unes de nos idées ; mais il n'est qu'une idée lui-même , et il reste à savoir s'il a quelque fondement réel à son tour. Pour l'établir , nous n'aurions jamais d'autre moyen que de recourir à nos idées mêmes, et de retomber par conséquent dans un cercle vicieux (1). •

iEnesidemus est un adversaire du criticisme, le plus redoutable peut-être de tous , parce qu'il enlève au criticisme les armes dont celui-ci s'était emparé ; parce qu'il réclame, au nom du scepticisme, comme sa propriété inviolable, les principes que Kant a voulu lui opposer ; parce qu'il prouve que Kant , pour demeurer conséquent, ne peut être lui-même qu'un disciple de Hume, et que le premier n'a pu combattre le secoûd qu'en lui prêtant des opinions qu'il n'a point eues.

iEnesidemus s'en prend surtout à la théorie de Beinhold^ comme prêtant une base à un système qui, d'après l'aveu général, n'avait point de base suffisante en lui-même.

(1) ^Hêiidmui, p. 2^ à 248.

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