‹ Histoire comparée des systèmes de philosophieChapitre 10 sur 38 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

La Cyniques. «— Écoles de Çyrène, d'ÉUs et

de Mégare»

SOMMAIRE

Dirnoisci dta premières écoles sorties de celle de Socrale ; aoseqw Ta produite :

Paraliae â*AnlisthèDts et d'Ariltippe. ^ GoKtnfte de Icor e^nioii sur là morale,

CjBtqaes. --^ Antiithènes r^etCo les notions générales. — Diogène. — Antres Cyniques.

Écale de Cyrène. — Son système sur la théorie des connsimnecs ; — elle n*admet que des. vérhéft subjectives. -^ AalMaopsaîoas de eette école. — Tliéodore » Bios le; Bprya* Uaile, EvÀcmère; — Examen de l'accusation d*athfisme dirigée contre eux.

Ecole d*Elis: la méthode, sa morale.

Ecole de Mégare. -^ Euclide ; sa méthode. — Eubulide ; isTenlion des sept sophismes ; ^ Stiipoh'; il répudié' tout faplai des cipfeMÎOns générales j c#mmétat il doit être entradn. — Caractère dominant de cette éoole : art de la <li«pate. — Réflexions sur la logique des anciens jusqu'il PUion et Aristote.

If. 12

« Plusiexjbs philosophes issus de Socrate ^ B dit CicéroD^ puisèrent dans la matière si D variée de ses entretiens des ^lémens différées; 3» et, suivant que chacun d'eux adopta de préfé- » rence telleou telleespèce de vues , ils devinrent » à leur tour les chefs de diverses famittes sépa- 3> rées entre elles, dissemblables ou opposées D sous plusieurs rapports, o Ces philosophes se divisent en deux branches : les uns^ suivant uniqoement l'impression de cet esprit d'qriginaKté qu'ils avoient puisé près de Socrate ^étndiéreiit k l^ûlosophie corome «ne • soîenoe inenve ^ et abdiquèrent les tradiliobs léguées par les andennes écoles; les autres cbercfaèretit » naodifier ces mêmes traditions, en les conservaut dans leur principe, et Icis faisant revivre sons nbeiiouvèUe forme* Le&leçcm&de&ierate gertâérèht plus oii moins henretii^ë^nt , mais avec une entière liberté, chez les premiers; ches les seçpnds, elles furent seulement entées sur les dccuin^s antérieures. Parmi Jea preoçiierSy nous cbm^fki^ d'abord les Cyniques et les seoiatears des^ecolès'de tlyrèneét d'ÉIis; parmi les seconds, les partisans de l'école de Mégare«

Ces premiers essais n'eurent au reste, dans le commencement, qu'use ^nédiocre importance ; il bllut encore quelque temps pour que la phi«

lasopUe de Socrale portât dts fruits vcatsMot dignes iTeUe^ pourra^nodemeDtdel'eaprîibu^ nuin. Les cooditioDs 3Ur lesqjaelles il avait wmkvL la fooder exigeaient de \ocg& eSbrts et des méditations profoDdes. Nous verrons par la suite cette influence se développer progressivement^ et produire des résultats proportionnés à une (elle cause.

Poor ne point rompte l'endiatnement des i'iées y nous devons suivre i^es quatre écoles ju»« qaVnmoment oùellei se transformèrent, en don* nant naissance à des écoles plus célèbres et dont TeiisteDoe fut plus durable ;*car9 celles-là n'ont en sooslenr première (orme quVuie etistence pa^ sagcre; rintéret qui s^attachë i eHes^ient moitis des travaux qu'elles nous ont l^sés^ que de ce qa'eOes contieDnent le germe déS progrès qui Ifu--^ reat ofatemisplus tard; Malheureusement , Thls^ totrenenoiisa oonservéqtie des notions très-vaeues sur les doctrines que professaient ces quatre «coïts; ooosnepossédons aucun écrit des philo^ 'n}»bes qui les fiormèrent ; on n'en a guère tracé que les formes eatérieures dotit elles s'environ«naieni, le9iiistrumeos<iloM*elles firi^ieiittlsàge» D'aiUeors.l'éelatdoMbrillèretit bientâf rAeadé^ niie^ le Lycée , le Portique j étiendit une sorte de

^f>Uemrleirmériteii»réels^ mats obscdrs^ des phi-

lasophesqmlesavaieûLimmédiatementprécédés^ - IVoasretrouvons , dans deux des premiers dis^ ciples de Socrate, Antisthènes et Aristippe , ce que nous dcTOns attendre des effets de l'enseignement de Socraie, enseignement dont le caractère essentiel ëtait de conduire ses disciples a consulter et à eiercer leurs propres forces. Chacun d'eux suit une direction conforme à ses dispositions pèrsonndles^ À la situation dans laquelle il était plac^. Une teinte d'^ofigiilalité s'attache égialeraent à tons les /ddux. Ils s'accordent seulement tous les.déu^ à faire de la morale pratique l'objet principal: de la phHosophie, nxagérantniémeà la fois f espèce d'ëloignement que Socraie aydit affecté pour les recherches spéculatives.

. .Lorsqu'l^l pnûcipe très-généraLa été posé, il arrive prdinairei^ient que ceux qui surviennent fnspite pour l'appliquer» De.l'embrassaDi plus dans tQute sou étendue^ saisissent de préférence Y:vmfi de ses faces et en suivent partielleBicnt la* déductions. Lorsqu'tme grande réforme a été e;iécutéej, et qu'il s'agit de reconstruire , il arrive SQii^^e^que ceux qui mettent la main à Toeavre conuiiyet)eent chacun par ui^coté distinct de l'édifice, au lieu de. trayaille)* sut l'^psemble même du plan. Antisthènes et Arîsti{\pe nous ^i oflren t

aussi l'exemple. Chacun emprunte aux leçons Je Socrate une maxime à laquelle il donne une rigueur absolue^ une valeur exclnûve.

De là vient qu'entreles deux disciplesdu même maître^ nous remarquons le contraste le plus frappant. Antistbènes ^ né pauvre et dans une condition obscure, austère dans ses mœurs, dominé même par une disposition chagrine,' s'in* Ji^nant contre la corrupûon de son siècle, v(nt dans le luxe^ la mollesse et la volupté la source lies désordres qui affligent la sociétë^; il conçoit Je la vertu les notions les plus rigides; il la fait conâster dans un triomphe persévérant et cou* nigenz sur tons les plaisirs des sens; il s'impose €1 3 impose à ses disciples^ les privations les plus |>énibles; il estime la perfection en raison des sacrifices. Aristippe , né dans la florissante Cyrtroe, au sein de l'opulence, d'un caractère gênéxcux, aimable et Ëicile, vivant dans le commerce

a monde, dans les habitudes de l'élégance et •la plaisir, conçoit delà vertu des notions plus

I'>iioes ; il la fait consister dans le bonheur ; il £1 a fftrde de partager et d'approuver les jouis* >dooea qui dégradent l'homme , les excès qui i^ilira tissent; niaU , il ne lui impose pointd'imniolatioD inutile. Tous deux considèrent le sou- \ .rain bien comme le but auquel tend la desti-

née de l'homme ^ auquel doit se dii%er la sa*gesse ^ et ils adoptent en commun oette^maxime principale de Socrate. Mais , l'un ne oonâdcre exclusivement comme un bien que ce qui est îuste y comme juste que ce qui est conforme à k loi divine^ et regardant comme quelque chose de divin d'être exempt de tous besoins , exige comme un devoir absolu cette renonciation aux avantages ex teneurs ^ ce triomphe sur les pendums humains y qui est souvent en effet la condition nécessaire pour l'accompfissement des devoirs; l'autre voit le souverain bien dans la satis&ction intérieure^ dans la jouissance légitime des dons delà Brovidence et de b nature ^ dans ce consentement qui nati d'une heureuse harmonie entre les vrais besoins et les moyens propres à les satisiàire ; il prend pour maxime y nous dit Horace :miAi tvs, non me rehua submiitere conor. Tous deux associent le bonheur à la vertu; mais /l'un attend le bonheur de la vertu seule , comme ml conséquence et son firuit; l'autre l'introduit dans la vertu même et semble considérer ceUe-ci comme le moyen le plus sûr de l'obtenir (i). L'extrême rigorisme du premier le fit accuser

(i) Diogëne Laërce, liv. YI, J 12, i3, io4» io5. — Idv. 11, $71, 7a, 75, tiSetsoÎYx

iToTigiieil. Ses dltôples le portèrent juscpi^ -nné afiEBdatkm qui devUii ràdtcûle^ et qui dut leur ooociliflr peade purtisaBS. Le mprale .large et tdërenie daseoond le fitaeouaerde vdâchénwnt el exposa son école à one prompte dégëûëration. Antislhènes ayait publié nn grand nombre d'ému f an dira de Diogène Laërce^ et Tniton loi reprocbaii que celte abondaaoe avait seulemoit produit de frirolea [eux d'esprit Dans h nombre on remarque les sujets auivahs ; .a aur les Sophistes, sur la vérité j. sur -la dialectique^ sor remploi des noms^ sur la sciènoe> sur la ■atore, anr les opinions^ aur la positicui idfs qneatioiis, etc. (i)» jd Us axinonoem que la i^ef des Cyniques n'avait point négligéi)etie branche de la philosophie qui reeherohe les fondeapcns de la vérité et les moyras de la transmettre. Mais ^ aucun de ces ouvragée n'est parvenu jos^ qu'à nona* Nous croyons voir seulement , par quelques passagee d'Aristote , qu'il n'admettait pomt de vérités générales; qu'il ne pouvait affecter un attribut qu'à une chose unique, a en sorte qu'il n'y avait j>oint lieui. la coniDini à l'erreur qui proviennent de la

(i) Diofène LaêrcCi Ht, VI> $ I7'

fausse application d*une idée générale a un bit déterminé; d^où il concluait aussi que les définitions ne peuvent donner aucune iiistruction positive sur les choses, parce qu'elles n'expliquent point ce qu'elles sont réelleDotent , la substance qui les constitue , naais seulement la valeur des ternies qui composent le discours kdmême (i); » car, c'est ainsi que nous entendons le sens d'ailleurs fort obscur de ces deux passa* ges d'Arislote. Aristote et Diogène Laëroe lui prêtent encore cette sentence que a rien n'est M susceptible d'être contredit. » Proposition qtû semble se rapprocher de la doctrine de Protagoras. Le titre des ouvrages qu'Antîstfaénes avait composés , nous avertit de ne point prendre trop à la rigueur le dédain qu'il affectait pour Jea sciences (2). Du reste , nous reconnaissons le disciple de Socrate , lorsqu'il répond à ceux qui lui demandent ce qu'il a appris à l'école de la philosophie, a qu'il y a appris à converser avec n lui-même , a lorsqu'il dit c< qu'il n'y a rien D denouveau pour le sage (3), » et lorsqu'il pro-

(1) Àristot6| Meiaphjrs.f liv. YlII^cap. 39; lir. Vniycap. 3.

(2) Topicor. I, 9.

(3) Diogène Laërce, YI^ § 10 el i3«

clame Tunitë de Dieu, ail ya , disait- il ^ » plusieurs Dieux de la religion \uigaire; mais » la divinité est une. Elle ne ressemble à aucun S) objet sensible, elle ne peut être représentée » pr aucune image (i)* 2>

Cesi sans doute aux mêmes maximes sur les Tériiés générales que Diogène disait alluâon » lonqoe , chercbantà tourner en ridicule le sjsléme de Platon sur les idées ^ il disait : a Tu 2k Tob h table et le vase , parce que tu as des B yeax; mais^ tu ne vois pas le genre delà tas ble et du vase^ parce que tu manques dNme a intelKgence propre à les saisir (a). D IKogène Laërce , qui a mis tant de soin k recueillir les uaits de la vie de ce Cynique et. ses réponses détacbées, eût bien dû ne pas se contenter de nous dter les titres de ses dialogues , mais s'atucber à nous donner quelque idée de sa doctiine. Dans la singularité de sa vie , dans l'originalité de set réponses , nous trouvons une satyre amère et constante des vices y des opinions , des usages^ même des idées reçues. Ses censures se Hiri-

^^) Cicéitm , De naturd Deor. 1 1 y 23. — Lactance , DMn. Ust. ly 5. — Qëment d'Alexa&drie , Admon.^

(3) Ibid. S 67.

geaiem particulièrement oontre Platon et Téeole deM^re.

Diogène Laëroe nons raconte eooore y mireo plus on moins de détails , la vie de qoélqaes autres philosophes qrniques : Monime i Qnésicrate , Cratèa , M^troclès y Ménippe , Mené-* dème, a On attribuait^ dit-il , a G^tis , un re- 9 eueil de lettres qui renfisrmait une eicdlente 3» philosophie , et dont le style s'âevait soorent 9 à régal de celui de Platon ; il avait écrit aussi B des tragédies qoi renfermaient un modèle 9 très^élevé de philosophie. » CSe n'est pas sans surprise qu'au sân de cette école nous rencontrons une ièmme^ Hypparchie , que les leçons de Socrate pénétrèrent de mépris^ pour tous les agrémens de la vie et pom* tous les avantagea de la beauté (i), a Ces philosophes , ajoute Dio- 3» gène Laëroe 9 eurent cela de commun, qu'ils 3» rejetèr^t la dialectique , l'étude de la nature, J» les sciences mathématiques I et se bornèrent a k toutes les régies d'une bonne vie (a), i»^ Dédaignant d'ailleurs la fortune , le rang , la gloire, ils se condamnèrent au régime le plus rude. I^ouvel exemple de ce penchant qui porte Tes-

(OLiT. VI, s 87 et 89.

(s) Ibid, S 9$.

(««7) prit faomaîiiy dés qu'il a «aiaî an principei à lui doiioer one valeur exclusive ; dés qu'il a adopté une maxime | k l'exagérer ; nouvel exemple de la ûveur que peuvent recevoir toutes les idées nogolières k raison de leur singularité méme« Les Cyniques furent en quelque sorte les ana^ dwrctcs de la morale Socratique.

Les CyrénaSques, en adoptui^ sur la morale ime doctrine toute contraire ^ mirent leur lo« giqne en rapport avec leur morale (i).* Ils se rapprochèrent des o[ânions de Protagoras sur le principe des connaissances. « Ik n'admet

> uîent y dit Sextns l'Empirique , d'autre I source de la vérité ^ que l'évidence attachée » aux impressions reçues^ aux modificaitions B que l'ime éprouve ; ils faisaient consister le

> bonheur dans l'agrément et le plaisir qui les

> accompagnent ; ces impressions sont donc à i la fais, pour eux ^ et le juge et le but de toutes I choses; elles doivent servir de r^le à notre

> ne. Cest pourquoi , ajoute Sextus^ Os ne s psraissent pas s'éloigner du sentiment de ceux a qm attribuent aux sens le droit de prononcer

(0 Sextns l'Empîriqae, jtdversùs Logic. , YII, S 199. — jyrrAoïi. Ifyp. Kb. I, S S3 et 54*

j> sur la ?ëntë(r). iù Ce principe, tel que Penten-

daient les Gyrëuaïques^ les conduisait à uoe

sorte d'idéalisme. <£ Nous ne pouvons, disaient*

D ils , apercevoir et connattre que nos propres

D modifications , non les causes extërieuves qui

1» les occasionnent. Lorsque nous sommes af-

)i fectés par Fimage d'une, couleur bbnche ou

n celle d'une saveur douce , nous pouvons biea

D affirmer qu'en effet nous sommes affectés de

D telle manière, mais non qu'un objet blanc ou

y> doux nous fiât éprouver cette manière d'être.

s> Ainsi, les noms que nous imposons aux ap-

D parences , désigijient non les objets , mais nos

» propres sensations j la sensation qui nous

D modifie se montre et se révèle elle-même

J> à notre esprit , mais ne nous montre rien

D de plus qu'elle-même. L'intervalle des lieux ^

1» le mouvement, les transformations , mettent

!> obstacle à ce que nous puissions connattre

» réellement les objets extérieurs. D'où il

y^ suit qu'il n'y a véritablement de commun

9 entre lesu hommes , que les noms qo^ im-

M posent aux choses , tandis qu'il A'y ariend<)

D commun aux impressions qu'ils en reçoivent.

» Nous employons tous les expressions blanc

(i) Advenus Math. , VU , S ^^ «^ *^*

)) et doiç:; mais uous n'y attachons pas tous la » même ?aleor. Chacun ne juge que sa propre D modification et non oeUe de son voisin; il ne i> peut savoir si celui - ci est affecté comme lui» D Quoique nos jugemens soient exprimés dans 1 le même langage , il n'y a donc point de m- 9 terium général et uniforme de la vérité pour > tous les hommes (i). »

Aussi , les philosophes de l'école de Cpène furent confondus par quelques-ims avec les scqitiques. tt Cependant ils en différent d ^ dit ùQeurs Seztos. Les sceptiques se bornent & B stt^)endre leur assenûment lorsqu'il s'agit de B rendre compte des objets externes; les phi-^ B losophes de Cyrène affirment que la nature 0 de ces objeu est incompréliensible (n). »

Ce systèine et la manière dont il est exposé éuît certainement fort curieux; nous nous étoonons qu'il ne paraisse point avoir jusqu'à ce jotu* obtenu de la plupart des historiens de la philoBophie Tattention qu'il semble mériter.

(i) Scxtos VEmfinqtit y ibid.f §§ 191 et sui?., liv.

Page 1