‹ Histoire comparée des systèmes de philosophieChapitre 9 sur 38 · DU NEUVIÈME CHAPITRE · texte numérisé non relu

DU NEUVIÈME CHAPITRE

(A) Xéoophon se trouTe en accord avec PlâfODSur un grand nombre de points de la doctrine de Socrate; ils se rencontrent dans les idées principales^ au milieu même de la différence frës-sensible du langage. On en voit la prjeuve dans le rapprochement que ren-> ferme ce chapitre. Le discours d'Araspas, dans la Cjropëdie (liv. 6, chapitre i**'» § 2t }, renferme toute l'essence de la république de Platon ; on retrouve, dans le discours de Cjrus mourant à ses enfans , le germe des beaux traités sur l'immortalité de rame, que Platon a renfermés dans le Phaedon et le Philëbe. Car , il ne faut pas perdre de vue que la Cjropédie n'est elle-» même qu'une sorte de roman philosophique, ou de cadre , dans lequel Xénophpn a mis en action les maximes de son maître. Mais, si Xénophon n'a rien ajouté du sien à la doctrine de Socrate , il n'a point exposé non plus celte doctrine tout entière; et loin d*j prétendre, il en avertit lui-même; le genre de ses études, sa vie militaire, ne lui avaient pas permis de suivre Socrate dans toutes les parties de son enseignement. On peut donc s'aider de Platon poar suppléer quelquefois au silence de Xénophon ; surtout lorsi|ue

dans les dialogues da premier, les discours de So-» craie conserrent cette simplicité qui lui était propre , et lorsque les opinions exprimées par Socrate différent de celles que professait Platon lui-même. Mais , l'abbé Fraguier, qui a si bien compris Platon et qui sVtail pénétré de s^ doctrine , s'est laissé entraîner trop loin,* lorsque, dans sa dissertation , il prétend faire pré-- Taloir le témoignage de Platon sur celui de Xénophon , dans TeiLposition de cette vraie philosophie Socratique ( Mémoires de l'académie des Inscriptions , tome XXXII ). Lorsque ,^ans les dialogues de Platon, Socrate s'engage dans la discussion des questions les plus subtiles, ce n'est plus le sage qui se mettait à la portée de tons , et se renfermait dans la philosophie du boas sens. Surtout ce nVst point Socrate , c'est Platon qu'on entend, toutes les fois que dans ces dialo*gués Socrate expose la théorie des idées archétypes , on en bit quelque application ; nous aurons occasion de montrer dans le chapitre suivant que Platon en a été le premier auteur. Henri-EtienneBische , dans sa dtssertatioir sur les dialogues d^Eschine; Meiners, dam les commentaires de la société royale de Gottingde ; Stspfer, dans son traité sur la philosophie de Socrate, onl prouvé que nous devons aussi ajouter peu de confiance aux prétendus commentateurs de Socrate, et que leurs écrits attribués à divers disciples de ce sage, ont été l'ouvrage de Sophistes appartenans à une école plus récente.

(B) On a pris souvent dans une acception trop ri«ç'^ureose l'espëce de sentence qne Socrate avait pro-

aoDcée cimire l'étude cUs idenoes physiques et ttialhêmftliques, quoiqu'elle semble confiniiée per les témoi'^ goages de Xéoophcm et de Sextus l'Empirique. So* cmie «vait essentiellement en vue, deas ses cessnres , la fiiusse diredîoB qu'avaient prise cette étude, et les questions oiseuses dont les philosophes de «on tanps ravalent embarrassée; mais, il était loîa d'en méconnaiCre Tutilité, lorsqu'elle était renfermée dans de justes bornes, et convenablement dirigée; il )m proposait moins de l'exclure , que de restituer à celle des sciences morales une juste prééminence; il lecom* mandait même l'étude, des merveilles de la nature comme un moyen de s'élever à leur auteur. Toutefois, on reconnaît par les reproches <que , dans Xénophon , Socrate fait 1* Anazagoras , que le premier considérait comme injurieux à la divinité tout système de phy«stque qui range les lois de la nature sous l'enfsre des causes secondes, eé qu'il croyait nécessaire de chercher dans les causes finales l'explication des lAénomenes, idée commune à Platon, à Ari«ote, et dimt il était réservé À Bacon de montrer toute l'inutili^ pour l'intérti des vérités religieuses, tous les înconveAiens pour les progrès de la sccae physique.

(C) Depuis que les phénomènes du^somnambuUsme sont devenus l'objet d'une attention plus générale, qu'on les a observés et recueillis avec plus de soin , et qu'on a tÂché de les rattacher k un système , plusieurs partisans de ce système ont cru retrouver dans le génie de Socrate un exemple frappant de cette singulière prévision de l'avenir qu'on remarque qunlqiiefois

cbcs Im tofluiambatet. Il nom parait cependant difictk d'aaaaotr mia leoiUable analogie. Car , on conyient <p» cette Ikcoltë de prévii ion ne te manifeste que dana on dtat de criie , dont les signes sont e&tériears , senfibies^ tels qne le sommeil , et qni accompagne ordmnirement la maladie. Mais, aucun historien ne indique que les avertissemens du génie de Socrate it fien dans im état physique extraordinaire, ni même qu'il fftt sujet i des crisessemblables. Plntarqae, qui a traité particulièrement du génie de Socrate , ne fait mention d'aucune circonstance relative à une aN tération quelconque dans les fonctions des organes, et cependant aucune Tie n'a été plus connue que celle de Secrate ; il vivait en public , si f nsi peut dire ainsi . n sctait doutant pbs étonnant qu'on n'eût point rélevé de semblables circonstances , qu'on en a rapporté sur pHiikuis autres philosophes , et que le goût dn merveiOenv les a le plus souvent exagérées et multipliées à piainr. Enfin , le genre de prévision qu'on attribue k Secrate n'est point celui qui parait se manifester ordinaîranent dans le somnambulisme; le génie de Socrate ne lui faisait pressentir que les conséquences Acbenses qni résulteraient de certaines actions , de certaines entreprises; on n'en cite aucun eiemple qui fût relatif an développement des maladies, à Temple i des moyens cura tifs.

L'abhjS SalUer, dans les mémoires de l'académie des inscriptions , ainsi que le savant et judicieuiTiedemann, pensent que le génie de Socrate n'était autre thèse qu'une sorte de prévoyance naturelle , inductive , une sorte de prudence d'instinct ; qu'elle ne supposait

point à set yeux l'intervention d'une intelligence ëtran-> gère et d*un ordre supérieur , et que l'expression par laquelle il le désignait ne dpit point être prise dans une acception littérale. Ils en donnent des motifs asses plausibles.Le professeur Tennemann pense que Socrate, habituellement pénétré d'un sentiment religieux , admettant une action directe de la diviuité sur les phé* nomënes de la nature et sur ceux de la nature morale en particulier, pouvait bien rapporter immédiatement k une sorte d'inspiration bienfaisante cette espèce de pressentiment confus , indéfini y dont il ne démêlait pas la formation logique dans son esprit.

(D) Les lettres attribuées à divers philosophes cratiquesi ont été démontrées apocryphes par Oléarius et Bentley (Bentley, Descript, Socrat. dûs.) {Olearii dissertaiio de scriptis Socratis contra Léon. Anal.) Sur le. génie de Socrate, on peut consulter aussi la dis— sertation du même auteur , De genio Socratis; tontes trois sont dans Stanley ; Plutarque et Apulée ont l'un et l'autre traité spécialement la même question.

Nal sujet philosophique n'était plus digne d'exercer les écrivains que la vie et la doctrine du plus sage des hommes : dans leur nombre , nous indiquerons Charpentier, F'îe de Socrate ( Amsterdam y 169g). — Gilbert Cooper y Li/e o/Socrates^ collected, etc. ( London , 1 749 > in-8*) ; — Wasser , De vild^ faits et phUosophid Socratis ; — Menzius , Dissert, de So^ cratis melhodq docendi^ etc. ( Leipsick , I74<^ ) » ** Lossius, De Arle obstelricd Socratis p (Erfurt , 1 785). — Simon , Dissert, de Socratis meritis in philoso^

phiam^ etc. (Wittemberg, 1 797); -^ Hciler, SocraieSf en aiiemand ( Francfort-iur-k-Mein , 1 78g )• *-Nou» deroos recommailder surtout l 'excellente dissertation de notre honorable ami M. Stapfer , sous ce titre : De philosophid Socraiis , liber singularis (Berne, i;86). Une érudition choisie , une saine critique y s*y réanissent à une connaissance approfondie de l'histoire de la philosophie y à cette élévation de vues et de sentimens liécessaires pour bien apprécier Socrate* M. SUpfer cite un passage grec de Thémistius, négligé josqu'à lui , et qui renferme un résumé de la docthae de Socrate. Nous donnons ici la traduction de ce pasjsge en laissant à l'auteur le mérite de l'avoir ugoatéà l'attention des philosophes : « A vaut Socrate ,

• presque tous les philosophes s'étaient occupés de

• Innivers, de la forme de la terre et de la place ■ qu'elle j tient; de savoir comment se reproduisent " les animaux, comment se perpétuent les plantes.

• Socnte ne pensait pas que l'homme pût. atteindre à "• cet connaissances , et il ne les croyait propres qu'à

• consumer la vie^ et à détourner des travaux utiles.

• Le premier il chercha les moyens que Thomme doit

• employer pour devenir vertueux et honnête, et il

• ajoota à ces moyens ; il montra comment , si les

• germes de la vertu existent dans l'homme , on peut

• les développer , comment au contraire on peut y

• étouffer ceux du vice : voilà des titres qu'on ne peut

• loi contester. Mais , ce qui le distingue plus encore

• des antres philosophes, c'est que ces principes, il

• ne les a point professés en secret, ou devant quelques ' diiciplet choisis , mais à tous les hommes sans dis-

» tinclkm i comme il le dît luî-mAma , dans les comp- » toirs des banquiers, dans les Wntiqaes, dans les n gymnases. Les monlears , les fondeurs entouraient n Socrate , lorsque, par une ëpreuTe facile , il çouTiat t M de confusion , tantôt un général qu'il surpassait en » courage , tantôt un homme d'état auquel il était su- » périeor en connaissances politiques , tantôt un ir rhéteur , en lui demandant s*il savait quels moyens B étaient propres à émouvoir et à dominer je cœur » humain , tantôt un poète en l'interrogeant sur le » but de ses ouvrages. »

Page 1