‹ Histoire comparée des systèmes de philosophieChapitre 14 sur 38 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Platon 0t la prmMàre Académie.

SOlfM AIRE.

PéVBQVOi Im ^fèmlert diidple* ^e Sacrttè tk€kmèÊ0mt poiai db<jFilè«i€taoavcftiML et oo»pltte m philoiofldc^ MiMdi*

- Uo«|L ^i^iaVMt aéoeiMurai. rr^^i'^U^U df SMnit* «i 4c Platon,— Caractère d&r«fpntd« PJatoRî •— Sq« éd»Qi' tion intellectuelleu

Difficultés dans Tétade de Platon. — Sa doctrine publique et sa doctrine secrète. — Explication proposée pour pénétrer la seconde. *- Elle met Tune et Tautre en accord ; — PreuTes qui la justifient.

Introduction 4 la philosophie de Platon : psycholo^e ; des facultés de TAme ;««De la sensation, de Tentendemeat. —'Première sorte de notions abstraites et générales.

Théorie des inits : -^ Si Platon est rédlement TinTenteiir de cette théorie. «— Opinions contraires ; solution proposée. — Nature àtM inits ; — Leur origine; — <* Lear rapport aux autres notions. — Deux ordres de connsôssances. — Confirmation de Texplication proposée ci-dessua sur b doctrine secrète de Platon. — Comment il a été conduit à cette théorie. — Comment il la fait serrir a résoudre le problème de U certitBde et de la réalité des connaissances. t

Que toute la philosophie de Platon se rattache à la théo*

rie des inias, comme à son pivot. — Comment il en déduit sa métaph jsi<(ae , — Sa théologie nalnrelle , — Sa morale .

(ao^ )

Tari denÛMmncr ; -« De Torigine dei crreun ; -^ Du U» gi|e cC de l'abas des mots.

Eéfiimé deU philosophie de Platon ; — Étendue qu'il ass%Be ao système des connaissances humaines ; — - Hameoie

IteAfMPM «Mitét par Pkloa : — Caosét da la divergtffaa ^ a'éuUîieAlie U piemièi^Acadteie et le«de|p(dentt!^i«4.

Pranière Acad^ie ; S^peusippe ^ — Xéiloarat« ; — Pq,1^t «oa;^ Craies, etc.

^mimm^mm

On est surpris» au preoûer abord , de yoîr tpt la plupart des disciples sortis immédiatermenl de l'école de Socrate n'pnt point construit en philosophie de systèmes complets et véritaklemenl originaux y et que, délivres par lui des oombreosea hypothèses qui avaient jusqu'alors tenu presque généralement la place des vraies doctrines^ ils n'aient point réussi à fonder cell€M sur des principes nouveaux et de savantes tbéories. Mais ce n'était point une e<itM*

prise ordîoaire; elle offrait d'immenses difSéaK» lés : le domaine de la philoaopbte avait reçu da&s le siède précédant une eitension très r«n ttarqoable; de Vastes édifices avaient été élevés par des hommes qui ne manqtiârieht point de géme, s'ib avaient maTiqué de prudence; les rai* nea en étaient encore étalées sons les yetn ; ôh

était en présence de souvenirs imposans; il fallait réédifier de fond en comble et sur de vastes proportions ; il fallait surpasser ce qui avait été &it, en le remplaçant. La vérité d'ailleurs s'établit avec bien plus d'efforts qu'il n'en faat ai|x simples hypothèses pour se produire; mille

voies s'offrent à celles-ci; il n'en est qu'une pour la première, voie ardue , et qu'on ne peut suivre qu'avec lenteur. D'un autre côté, Socrate, en montrant la vanité de ces tentatives, en marquant le point de départ, s'était lui-même arrêté à dessein à l'entrée de la nouvelle carrière. Faisant profession de se borner à un enseignement populaire, il n'avait poipt donné , par son exemple , Tessor aux recherches scientifiques, et 9 comme nous le voyons par les idées de Xénophon , par le témoignage des écrivains de l'antiquité , il avait pu inspirer contre les spéculations thépriqvies une. prévention qui de* vait accroître encore la timidité de ses succèsfceurs. . ^

r^oublions pas,d'aillenrs, que cet onvnrg^ ne poyvait être exécuté , comme il le serait de nos }Ourf 9 par parties détachées ;. quela division de la science avait é^^, à peine ébauchée; qtxe les branches principales des c;onnaissançes bonoAin^s formaient im faisceau étroitement lié;quii

fallait donc le soulever tout entier^ l'embrasser k la fois dans son ensemble.

Ce n'était donc point assez, pour achever cette grande reconstruction que Socrate avait rendue nécessaire, qu'il se trouvât un homme doué de facultés éminentes^ et sisrtout de cette énergie intellectuelle qui seule forme les esprits créateurs; il fallait que cet homme fût à la hauteur d'un siècle déjà si éclairé et riche de tant de brillantes traditions; qu'il se fût familiarisé avec toutes les conceptions des penseurs originaux qui avaient exploré, dans les temps antérieacs, le territoire de la science, et que l'érudition égalât en lui le génie inventif. Il fallait , pour que cette rénovation de la science obtint an succès général , dans un siècle et dans un pays où le goût était si épuré , où les arts brillaient de tant d'éclat^ où la curiosité avait été exercée de tant de manières, dans un temps , en*tio^ ou l'enseignement public était le seul moyen adopté pour exposer un système, que ce même homme possédât encore au plus hautdegré^ une condition qur se concilie rarement avec l'habitude des méditations profondes, qu'il possédât on talent d'exposition égal à la puissance de la pensée i qoTd fût un grand orateur, un grand écrîvûn, en même temps qu'un sage p et que la

( ^lû )

beauté des formes^ la richesse dc« ornemens re-^ pondtt au mérite itïirinsèque de Touvrage.

Ed reconnaissant ce que cet homme devait être^ nous exprimons ce que Platon fut en eflct. Platon fut essentiellement redevable à Socrate^ parce que Socrate avait préparé pour loi le terrain 5 fait disparaître les obstacles^ assigne les limites , choisi les matériaux, marqué la place des fondations ; et, surtout, parce qu'il trouvait dans Socrate la source inépuisable et sûre des plus nobles inspirations. Mais, Socrate avait Lesoin d'un Platon pour que le germe qu^il avait déposé reçût sa fécondité, se développât; Socrate avait besoin d'un Platoti pour qu'il fût réalisé, par les soins d'un digne architecte , le inonument dont il avait posé les bases et qui devait captiver l'admiration de la postérité. Il ne suffisait point d'un disciple qui eût recueilli les paroles de Socrate; il fallait un disciple qui se fût tout entier pénétré de son esprit. On retrouve, dans le disciple comme dans le maître, on sentiment moral qui s^élève et s'épure en* cofe par son alliance avec un sentiment profondément religieux. L'un et l'autre ont compris toute la dignité de la nature humaine , tt la i destinaùon sublime assignée par le Créateur à la J créature intelligente; tous deux dirigent esseu-

tiellement l'auguste science de ia sagcfase^ ieiq ^amélioration des hommes > rebs'indignènt dei abus qui Tout asservie aux pasiiôns iatëress^es t lûus deux enseignieut à puiser dans. la conpaisr» sance de soi-même les lumières de la vraie science» Platon adopte, suit fldèlem^at^ et met CQ scène la raéihode de Socra.tei Mais SocKaté n avait eu qu^une seule ambition ,.ceUe du bien ^ ei y en iàisant le bien ^ ue se proposait que 1q bien lui-même} il cherchait à instruire. le sifft| pie vulgaire , se communiquait ù tous pour être utile à tous; ses actions éui«ent :tine portion ddson enseignement. Platon umbitioune. aussi Ici succès et la gloire ; il donilQ . des conseils ans princes, offre des lois aux i)é,publiqa^, lègun ses écrits aux siècles fututs. So^r^AQ. néglige ov dédaigne de s'élever aux spéculations scieotifi^ quesjilse renferme dans les lumières du. boji' %ens, s*attachc çruriout à répiimer la;Maiéricé deTesprit humain., Platon croît qde Jle topment est venu de rendre à ces spéculaiions ub eiisP^ (Jus sûr; il :s' élance, p^cou^j^ lef p)u^. l^vitcis r<^ns de la diéoric, et ci:oit.aH>ii*iro»^%,l^ moyens d'aller la prudcne^;avec:lab.'\rdi^^^t

la g^ndeur des vues. L^.preaiifîr est toajourji >imple, dans, son .originalité, <:lâir, daiis SaçOjno^^ iion; le second prodigue tous (es proe9aien9 4ç,l<

(uia )

plot belle isngiie âe i'aniters ; îl porte qadquefeisladélicatessé desaperças JQsqu'à la subtilité ; qoélquefob en s'elevant^ il se trouvé environné de mages. D'JiUeurs^ Platon achève ce que son mattre avait indiquéi perfectionne ce que son mattre avait ébauché, commente les maiimes qne son Dfiattre avait posées, affecte d'accomplir ses vœux, alors même qu'il s'écarte de sa direction, comme s'il voulait lui rapporter loutl'honncurdeses propres travaux. DaosSocrate^ on admire l'homme, k modèle du vrai sage $ dans Platon ^ on admire Tértiste heureux qui a voulu repré^nter ce modèle , quoiqu'il l'ait trop souvent altéré en préiemlant rembelUr; Le sublime de l'un est dans M' vie; celui dé Pau tre , dans ses travaux.

La nature avait réiini dans Platon ses dons léi^'f>los heureux et en même tcçips les plas divers^ comme À elle s'était complue à former en lui le plus beau ^nie que la philosophie ait |>ré8enté à l'humanité. U possédait au pins haut degré les facultés qui président Aux arts d'iinaginatioQ : èe geàre d'inspiration qtdpnise dans la région de l'idéal le tjpe de ses pro^ ductions, ce talent d'imitation qui fait revivre les objets après les avoir observés , cette vivacité dé sentiment qui les revêt de couleurs brillanHes, surtout ce goût d'harnnonie^ cette fidé-

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liié aoz proportions, ce tact exquis des copve* naooes , qui dtstribuent les détails dans le plos parfiiu accord ; mais , il possédait en même temps cette faculté d'abstraire qui est le privilège des penseurs , et qui leur permet de ra* mener les objets particuliers sous la formule des notions les plus générales, de les rallier ma sous un point de vue commun et central. Une chaleur secrète, une exaltation consti^nte, auiflieDt toutes ses pensées , et cependant son expression est toujours calme , son enthousiasme est coaune naturellement allié plutôt que soumis aax lois de la raison , aux formes de U logique, sans laisser apercevoir ^ daps cettç allianoe , ni asservissement ni contrainte. Il sait embrasser avec le coup d'œil le plus vaste Tin* finie variété des objets qui occupent 1q théâtre du monde } tous ses plans sont empreiV^*s d'une grandeur remarquable, développés avec une Mrte de luxe et de magnificence ; il voit , dans tin principe, ses conséquences les plus éloignées^ dans un résultat , ses causes premières ; jamais jusqn*à lui les questions ne s'étaient liées par ^ enchaînement aussi étroit tout ensemble et ^u^ étendu. Et, cependant, la sagacité de ses aperçus, la finesse de ses observations, la dé- . Iicatesse des distinctions qu'il éublit, sout telles

( al4 )

qu'il paraît quelquefois subtil , et quHl triomphe de la clialiecûque la plus exercée. U voit les masses et péuètre les moindres élémens. Suivant Origène y Platon , dans uu àouge , sVtait apparu à lui-même avec un troisième œil, comme s'il eût reçu de la nalure un organe pour apercevoir ce qui depieure caché aux autres hommes (i).

Quand on a bien saisi le caractère de cet esprit extraordinaire 9 on devine d'avance la doctrine à laquelle îl a du donner le jour. L^ poésie y dès l'origine^ avait dominé la philoso^ phic; en lui elles semblent s'être mariées (stconfondues. Il a porté ^u plus haut point.de perfection I9 poétique de cette science^ si on peut s'exprimer de la sorte ; il a été l'Homère de la philosophie (2), Voilà pourquoi^ debout au milieu des sièclea.^ il nous représente en quelque sorte^ dans la région philosophique, 1 antiquité tout entière. Et , comme la poésie ne vieillit jamais^ voilà pourquoi aussi u do"* 9pparatt encore pleia de vie et de jeunesse; pourquoi il subsiste au premier rang de ces

(l) Cof^ira Celsuaiy page 280.

(a) C'est le titre que lui donne Panstius, dansCi-

çéron , Tusci{l. , ï , 79, c. 32..

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classiques qu'on ne peut se lasser d'ëtudler^ (ioot 1 etude^ pour ceux qui en sont capables, est loujours nouvelle et toujours féconde.

Pour achever d'expliquer Platon, il faut se rappeler ans^ l'éducation intellectuelle qu'il avait reçue. Il n'en fut jamais de plus favorable pour l'accomplissement d'une aussi grande enireprise; ajoutons aussi que c'était une préparation nécessaire pour l'exécuter. La lecture des poètes avait formé ses premières études; sa première ambition avait été de les imiter ; il s était exercé successivement dans les genres lyrique, épique, dramatique; il se livra aussi à la peinture et à la musique ; mais il abandonna bientôt ces essais pour des méditations plus sérieuses (i), La géométrie leur succéda ; elle lui servit d'introduction aux recherches spéculatif es, et c'était, en raisonnant d'après son propre exemple , qu'il interdisait l'accès du sanctuaire (le la philosophie à ceux qui n'avaient point «l'abord été initiés à cette science. Il avait déjà recueilli les leçons d'Heraclite , par l'organe de Cratyle, dit Aristote (2) , lorsqu'à l'âge Je ringt ans il fut admis à Técole de Socraie ; à la

(1) Alîea, var. hisi. , II « 3o. Foyez aussi Diogëne

Uêfte, Platarque, De musicd; Apulée ^De dogm. Plat.

(3) Metaphys.j I, 6. — Apulcc , de Pogmat. Plat.

mort de son mattre , il accompagnai Mégareses principaux disciples^ et là il entendit EucKde. Les voyages de Platon sont fort célèbres; c^est en quelque sôf te une suite de pèlerinages philosophiques. En Italie^ il trouva les sages issus de l'école de Pythagore, Archyias et son disciple Philolaiîs^ Eurytu», Timce, Ethecrate; à Cyrène^ Théodore le géomètre. En Egypte^ il puisa y danis le commerce des prêtres , les codnaissances astronomiques^ et chercha à pénétrer les traditions mystérieuses dont ils étaient dépositaires; Tinfluence que ce coiâmerce exerça sur lui paraît avoir été durable , ei contribua san;» doute à* lui dotMèr ' cette gravité singo- Kère , ces formes solennelles , et cette espèce de poînpe et de dignité qui, lorsqu'il enseigne, le ibift paraître comme investi lui-même d'uoc sorte de sacerdoce (i). II parcourut tonte la Gihéce^ habita trois fois la Sicile , observa toutes les formes de gouvernement , les lois , les moeurs , les constitutions des états ; suivit y dans les républiques , les destinées diverses de la li-

(0 Valère Maxime, YIII, cap, 7. — Apulée, Z?tf dogmau Plat, — Eusèbe, Prœp. epong. XI. — Sam^ Clétiiënt d'Alexandrie, S tramai i I , page 3o5^Plin^ Bist. nat. I. XXXI, ^p. i .— QomUlien, Mùt.omU l, cap, ta, etc.

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berté; résida dans les cours, fut en rapport avec les princes ; mais^ toujours indépendant» et jaloux de son indépendance , il crut avoir fondé I il crut gouverner un assez bA em[nre en érigeant T Académie.

Celte &is, du moins, Phistorien de la philosophie peut puiser aux sources; il possède les écrits sortis de la plume de celui dont il veut exposer la doctrine ; ils ont été conservés dans leur iotégrité , sous kur forme première ; leur authenticité n'est pas contestée. Et quels écrits ! Us traitent les questions les plus essentielles de ia science; ils embrassent tontes les branches des sciences morales, et quelle qu'en soil la variété, ils unissent étroitement toutes ces sciences par UQ lien commun. Il» offrent^ en général, une clarté qu'on trouve rarement dans les écrivains conteniporauis^ quand ils abordent des sujets aussi relevés. Quelle que soit, cependant, l'immeose richesse de ce trésor, la doctrine même de Platon n'en ressort pas d'une manière aussi uatarelle, aussi positive qu'on serait tenté de le croire. Platon est , en général , bien éloigné ^^ece dogmatisme afBrmatif, que ses commenta* leurs ont porté à tm si haut degré, et que lui attribuent ordinairement ceux qui parlent de •ui saas l'avoir lu avec attention, comme il

( "8 ) arrive trop souvent de noâ jours^ Les ancieos ont été partagés sur la question de savoir s'il était sceptique ou dogmatique , ainsi que nous l'atteste Sextus (i), «r Une portion de ses écrits, dit ]e même historien, sont dubitatifs ou gymnastiques ; d'autres sont afBrmati& y ce que les anciens appelaient agordsUques. d II est rare, et très-rare , qu'il procède par voied^exposition ; les Kvres des Lois et de la République sont presque les seuls où il paraisse manifester ses propres pensées. Qbservez-le : ce n'est point lui qui parle, ce n'est point lui qui est en scène. Il place toujours en regard les philosophes qui l'ont précédé ; il les appelle, il les fait intervenir ; il les met en commercé entre eux , avec Socraie ; il conserve à chacun sa physionomie, son lan- S^g^9 il pi'éte à chacun l'occasion d'exprimer sa doctrine particulière; seulement, il a l'art de les commettre ensemble, de les commettre avec Socrate , pour faire naître de ces contrastes une discussion méthodique; au moment où elle approche de son terme , où vous attendez une solution , il s'arrête, il évite de conclure. Lui-

même , non^seulement il ne prend aucun paru dans cette controverse, mais il ue se rnooir^

(i) Fyrrhon, Hypot,, I , § 220.

^mab, U ne parait pas même vouloir laisser :ra$eatjr le bat qu'il se propose. SI quelque- - : ils la marche du dialogue conduit à Pune de «es questions .principales qui renfermeraient la ^'lution cherchée j Platon se borne à dire que ce n'est pas le lieu etlemomentdel'eiaminer(i)ji

• t c'est à dessein qu'il s'impose cette réserve. Dans sa septième lettre , adressée aux parenset ui amis de Dion ^ Platon déclare (C qu'il n'a >} jamais écrit , qu'il n'écrira jamais les choses ' qui appartiennent à ses méditaUons les plus '^sérieuses. y> Dans sa seconde lettre^ adressée ' Deoys^ il ^ refuse à donner en termes exprès

' ''iplication qui lui est demandée j il se borne' ''• Hodiquer dans une sorte d'énigme , ce afin , dil-il , que si sa lettre venait à s'égarer sur ^ mer ou sur terre , celui entre les mains flu-

• quel elle tomberait ne puisse la comprendre^!»

1^'ju» les anciens I et Aristotecu particulier^ ont-

'.coano que Platon avait une doctrine secrète

u ésoiérique qui contenait ses véritables

piuions sur les objets les plus importans de la

^leoce. 11 est probable que ses communica*^ '-^*DS avec les castes sacerdotales de TEgypt^e ,

iO Premier Alcibiade f tome 5, pageSg.— Pe Ick i^. publique , lîv. IV , tome 6 1 page 35&

( a») avec les Pythagoriciens d'Italie y avaient contribué à lui donner ce penchant pour les formes mystérieuses. Nous en trouvons une preuve dans ce récit curieux que renferme le Pbœdre (i) y au sujet du roi de Thèbes^ Tham, et de son entreden aveo Themh ou Isis. Le Dieu exalte les avantages de Fécriture alphabétique dont il est l'iaveoteur; le roi affecte démontrer tous les dangers de la propagation des connaissances, dangers que favoriserait l'emploi du langage écrit y et en particulier celui de multiplier les demitsavans qui ne sont que de £iui savans. Peut-être aussi, était-il porté à ce mystère p ou par une sorte d'orgueil , par le désir de relever le prix des connaissances qu'il réservait à ses confidens les plus intimes, ou par la cfainto des persécutions dont Socrate avait été la vlcûme, persécutions aux quelles Aristott? ne put lui-même échapper parla suite. Mais^ ce qui nous parait le plus probable , c'est qu il se proposait essentiellement de graduer son wseignement suivant la capacité de ses élèves et l'étendue de l'instruction que déjà ils avaient acquise. La nature même de son enseignenieiii appelait cette distinction , et l'on c<mçoitfori

tr*

(i) Tom. X,pge36i.

Lien coQunent il réservait aaz éièvei les plus ifaacés la pordon de cet eoseignemeni qui ivait un caraoïère iransceadental. Platon loi-* lètne nous ooufirme dans cette opinion. Dans an gruid nombre de passages, il insiste sar fa :.A:es9tie de proportionner le choix des alkneûs ui esprits qui doivent les recevoir, a Si ces 3 doctrines élevées , dit-il , sont comaraniqnées ' â des hommes f>eu édairés, il n'en est pis ^ qui poissent fmnittre plus ridicules ; «nais , ^ û dles sont offertes à des hommes capables Q et instruiu^ il n'en est pas '^ni se montrent u plus divines et plus admirables. Ces choses «^ dy ienrs ne peuvent être écrites ; elles se > révèlent immédiatement à l'ikne y eomme une t« lumière intérâeure y lorsque i'âme a été 'Con<- ' venablemeM «préparée pat une •méditation -> sssidae. J4ais> si tme fois elles ^aont bien en^ " teodnes, eltes se conserveront vivantes dans * h mémoire ^ sans avoir besoin d'être

êcriies (i). D

Qqoî donc i et quelle e^ celte théorie oo^ 'Jief et dans quelles ténèbres , dans quels

'imes sommes-nous subitement repioiigés? et

t) Lettres a* et 7*, tome Xî, psges '6ti\ 129, -^M i36w

( aaa )

à quoi pourront nous servir ce» nombreux écrits y s'ils ne renfefment point la Traie {lenséc du fondateur de l'Académie y  nous sommes condamnés à l'ignorer?... Yoici^ œrtaÎDeroeDt, un des plus curieux et des plus importans problèmes qiie puisse nous offrir l'histoire de la philosopliie»

Il nous semble^ cependant , qu'il n'est pas absolument impossible de soulerer le Toilc, quelque épais qu'il soit, dont Platon a voulu couvrir ses opinions les plus essentieUes^ et nous trouverions la clef qiM p^ut • servir à en obtenir l'accès , précisémeilt dans le rapprochement des deux circonstances qui^ considénc^i séparément , semblent au pi^emier abord fait e désespérer d'y réussir. Quoique * les dialogues de Piéton ne présentent jamaif qu'une Controverse corameneée^ continuée , et nontenninéc, en lea méditant avec soiujf on remarque qu >• n'en est pas un seul dont un esprit exercé i:< puisse tirer les corollaires que Platon s'est défendu de prononcer ; c'est une. sorte d'argumentation dont on lit les prémbses y dont o. doit soi-même déduire les conséquences. Si . ensuite, on compare entre eux les corollaire ^ ainsi obtenus, on découvrira encore. entre eu '. uiie conformité frappante; ils apparticonerJ

(aa3.)

tous à une tige commune doni ils né sont que les rameaux. Si, enfin , on compare cette ihéo* rie générale dont ces mêmes corollaires sont !e$ élémens^ avec les indications que Platon laisse échapper sur sa doctrine secrète , on Voit encore une corrélation non moins marquée y ou plutôt une identité parfaite. En effets quel que soit Part ou la science que Platon prenne pour sujet dans ses dialogues , quels que y>lent les interlocuteurs qu'il mette en scène ^ \i coadint toujours à faire cUerdier la règle ^e lart ou le principe de la science, dans les vérités universelles 5 dans Tessenee même des choses ; il conduit toujours à chercher cette '.-^sence dans la région éterndie et supérieure, lans le type immuable du vfai , du bbu et du i^iau, dans les notions de la divinité* Tdie e$t !a coDclosion de cbacun de ses .éicnt^ j CQnclivwoQ qui n'est point éorite^toais. qu'il a rendi^ en quelque sor^e nécessaire* Nou^ n'en citero^ ^:i qu'un seul exemple. Plusieurs dqs .dialogues ic Platon tendent à démonu*er que la vertt; ne '•?at être enseignée; qu!elfe n'est. poi^it uœ *clenoe; c'est l'objet dèProtagor^, du IVW- 'i'jn, etc. Platon s'arrête là, et paraît prèsjuc inintelligible. Mais, sa penscç se révèle ( ar la doctrine secrète : (( La notion de la vertu

( aa4 )

ne se puise que dans la coDlemplation direcic

de l'essence divine. » Cav, qu'embrassait, de son

aveu> sa doctrine secrète ? ce les premiers prîn-

» cipes , les principes lés plus élevés de la nature

D ( Tût w^»%; roL içyft ) des .choses précieuses et

1» divines. II y a cinq ordres de choses , dont leb

» qua4re premières seulement peuvent être en-

y> seignées an commun des hommes j ce sont: ie

» nom^ la définition, l^xemple, la science, ei

D enfin le compréhermble. Celui-ci réside

B dans la plus hante et la plus belle r^on;

J> c^est l'essence même de ce qui existe (i). )^

'Xi'énigme dans laquelleil enveloppe cette théorlt

. dans sa lettre à Denys n'est pas difficile à pé-

nétrer ; la voici : a Tout dépend du Roi unl-

D versel ; tout dérive de lui ; tout ce qui e>t

i> beau reçoit de lui sa beauté ; mais l'esprit

9 humain croit comprendre la nature des choses

D en considérant les objelB qui lui sont analo-

» gués, et, aucun d'eux n'a la puissance de lui

» révéler ces grandes vérités ; c'est dans ce Roi

x> universel lui-mâme qu'il doit les conteni-

» pler(3). » Ce Roi universel ^ quel est-il , si

ce n'est la divinité ? Ailleurs ^ dans le Timée , ei

(t) Tome XI y 'pages 33 r et suîv^ ^a) Ibid. , page 69.

b concordance 4e ces deux passage3 est bien remarquable , il nous donne lui-même le mot de cette énigme : a II est difficile, dit-il, de dé- 9 couvrir cet auteur commun de l'universalité p des êtres , ' et lorsqu'on l'a découvert , il est » interdit de le révéler au vulgaire (i), p >oosen avons, enfin,dans le Philèbe, un exemple non moins remarquable sur lequel nous reviendrons dans un instant (a). Nous pourrions citer encore le témoignage de Proclus qui (in Plato^ ufim) déclare expressément que la doctrine secrète de Platon avait pour objet essentiel les notions de la divinité; mais, nous devons nous abstenir ici d'invoquer les nouveaux Platoniciens, par des moti& qui s'expliqueront dans la )uiie.

Ainsi ^ les écrits de Platon , sa doctrine eiotériqne , étaient une sorte d'introduction , de préliminaire, destinés au plus grand nombre de >-^!» disôples , par lesquels il cherchait à lesexer** '.er, à les préparer, avant de les admettre à la région transcendantale et my ^rieuse de son sy^ l'Orne ; et, il les y préparait surtout, en cherchant n leur &ire sentir l'insuffisance de tons les sysiè^

(t) Totfie IX, pages 3oa et 3oJ.

(a) ToM rv, page ai6.

mes précédens; de la sorte tout s'explique naintellement. Et quel but^ quel dessein raisonnable pouvait avoir Platon en traçant ces nombreux et admirables écrits^ si ce n'est d'en former IV venue de ses plus hautes ihéones? Dans cette supposition , ses deut enseigneniens auront appartenu au même plan; l'un sera le portique < et l'autre le sanctuaire. Il devient conséqueni à lui-même. Il fait l'éducation intellectuelle des autres, comme il a fait la sienne. Les écriu de Platon sont comme les rayons émanés d'un foyer qu'il a voulu couvrir d'un nuage; mai^ ils aident à le retrouver. On ne peut admettre que la doctrine publique et la doctrine secrète de ce sage fussent opposées et contradictoires entn

elles; cette hypothèse répugne a son caraclèc connu, comme aux maximes qu'il professait. L'explication que nous proposons est au contraire confirmée en quelque sorte par le tcoioi-* gnage de Platon lui-même : a Si j avais pensé . » dit-il , que ma doctrine pût être publiée , u: » par écrit, ou de vive voix , qu'y eût-il eu J )) plus beau pour moi^ dans la vie^ que d'offrir il<" D choses aussi utiles aux hommes, et de produu * )) au grand jour la nature elle-même? Mai' • » j'ai cru que cette étude ne pourrait être mi!' y> qu'à un petit nombre de sujets^ qui ^ <\v<^'

' suivi d'abord les traces de la roiiic élroilé )> qui leur est indiquée, sont devenus assez » bbiles pour y atteindre (i). » Ailleurs^ il •lécrit les conditions qu'il exige d'eux (2). Enfin^ •bns sa lettre à Denjs, il se défend de lui Innoer les explications expresses que celui-ci sollicitait; il lui annonce qu'il y parviendra de lai-mêmé , après avoir médité profondément seà premières indications , et discuté les opinions •es autres philosophes (5).

Si cette explication n'était pas fondée, si les

^TÎis de Platon avaient été par lui jetés en

jUelqoe sorte au hasard, quoique utiles sans

iouie encore à consulter en eux-mêmes, ils

'^traient de la plus complète inutilité pour l'é-

^'îdedes pensées de leur auteur. Mais, si elle est

Mxiée, coramenonsle pensons qu'elle va 1^

; araitre bientôt avec une entière évidence , ces

' rîis peuvent nous introduire nous-mêmes à

« connoi^sance de la doctrine entière de Pla-

' n t pourvu que nous en pénétrions bien la

' ritable tendance ; nous aurons trouvé le point

vue convenable pour les étudier avec fruits

1) Tome XI, page i3o.

a) /&ÛL, page 711.

3i Ibid.^ page 70.

C'est dans cet esprit que nous allops rapprocher les teites qui se rapportent plus particulièrement à notre sujet , en le laissant parler luimême. En résumant sa théorie de la connoissanoe humaine^ nous aurons résumé en quelque sorte sa philosophie tout entière. Car^ cette théorie est le centre^ le pivot sur leqdol roulent toutes les autres branches de son enseiguemeot, et oetie circonstance qui est Tun des caractères essentiels de la philosophie de Platon , est celui qui lui donne le plus haut degré d'impor^ tance (i).

La psychologie était ^ *aux yeux de Platon , l'introduction naturelle à la philosophie.

€ Les philosophes ont voulu fonder la soîence, et ont négligé de se demander, avau tout, ce que c'est que la science; ils ont spéculé aur le5 choses 9 et ont négligé d'examiner la nature de rinteUîgence qui seule peut s'appliquer aux choses. Qu'est*il arrivé de U? Us ont iransr-

(l) Ifos citations sont toutes prises de rédition rt D««x-PoBtSy ea 12 volumes ; on retrouve le volan: dont la page est indiquée par le titfe aenl da l'écn cité 9 et lorsque cet écrit, coaune la BipaUiqne , s'éten k plusieurs volumes, nous avons loîn d'indifoer ccli* oh se trouve le passage.

'mi lenn propres conceptions dans les objets; .!s ont été eutraînés à toutes les contradKctîons ; .k se sont perdus dans le doute. Pour moi^ r^iigné de contempler les choses, j'ai craint ^u'il ne m'arrivât comme à ceui qui, vou* lant fixer le soleil pour observer une éclipse , ''>nt aveuglés pur lui , au lieu de le considérer JjDs l'eao, ou dans quelque autre image. J'ai W cm qu'il allait recourir, pour étudier les liofics, aux notions que nous en avons, ob- "^rrer les rapports de ces notions avec leurs %ts. Gnnmençons donc par examiner quelle >t en nous la nature du principe pensant, ses '<^«Ii«, st$ opérations (l). i> ^ Il y a , en quelque sorte , deux âmes dans ■^onitue; car, nous donnons aussi le nom ôiâme ' 1 principe physique de la vie et de l'activité i'»utânée, à cette force organique qui est corn- 'uoeanx brutes, aux plantes mêmes, et a tous '^ êtres organisés. Mais, dans un sens plus ri- • iretn^DouS réservons le norti â^âme pour le vjcipe de la sensibilité et de la pensée ; celui- ' m unique et simple ; car, le sujet qui juge

I) Cntiyley tome 111, a84, i65 — Phiedon^ tome I^ 8 , laS et aa6. — Menon , tome IV, 35o. — Arw- > « htétaphys , T , 6 , etc.

est identique au sujet qui aperçoit et qui seul ; la connoissance, le jugeinent, la science ne pourraient être conçus sans celte identité. Celte âme qui sent^ connaît^ juge et raisonne^ n'existe que dans l'homme seul 9 sur la terre; elle émane de l'intelligence suprême, elle est immatérielle, elle échappe aux sens, et n'est point sujette au changement. Le corps et Tame, quoique diflerens par leur nature, se trouvent étroitement unis, exercent l'un sur l'autre une influence réciproque, et là santé de l^ homme oonsisio à les maintenir dans une constante harmonie (i). »

(( Nous ne pouvons bien connaître la nature des facultés, qu'en les étudiant dans les effcis qu'elles produisent (2). Nous devons donc distinguer dans l'esprit autant de facpltés qu'il y a d'opérations différentes sur lesquelles il s'exerce. Je distingue d'abord deux facultés principle^ ; celle de sentir,. celle de penser. Sentir, c'esi être affecté par une impression extérieure ; penser, c'est opérer sur $es idées^. La faculté de

(i) Tome V% Phœdpn^ pages 17861 181. - Charmides^ page 11 3. — IX des Lois j page 87.- Timécj pages 4^4 ^^ 4^8. v^

(2) Tome V , premier Àlcibiadc ^ yàge 61 .

[•onser se divise à son tour en deui autres : l'en** (eo Jement etia raison. L'entendementdîstingue et rëunil les images sensibles, ce qui constitue proprement la compréhension; la raison est la ùciillé suprême qui régit toutes les autres, jNsigne le but, marque les rapports, et forme l"s exemplaires de toutes les chosesindividuellas. L'entendement et la raison s'exercent d'une ruanière ou passive ou active; sous le premier rapport, ils reçoivent et conservent les notions; ^ous le second, ils les unissent , les séparent, i<.s combinent et les mettent en ordre : ces • pérations s'exercent également sur les images "sensibles et sur les notions intellectuelles. Ce •{ni caractérise éminemment la faculté dépenser, t.*eî>i le pouvoir de juger, de conclure et d'unir . ! :» idées. La pensée est une sorte d*entretien secret de l'âme avec elle-même ; elle s'interroge, ^ répond. Cet entretien qui s'opère sans le seurs des mots, forme \e jugement qui consiste ns l'union des idées , comme le discours cou- .ïte dans l'union des noms et des verbes (i). » <( L'enietidement est étroitement lié a la ^' îi^tion; car chaque sensation est un jugement

;i) Tome II, Théœtètr^ pages i^o et i4i« — IV, VcnoA, p9ge 385.

( aSa )

encore confus qae rentendemeni développe; il réunit en une seule image les impressions détachées que les sens ont fait naître : les sens livrent les matériaux^ rentendementles élabore. De même ^ quoique la sensibilité et la raison soient deux facultés opposées de leur nature , elles ontcependant quelques rapports entre elles; elles appartiennent à un même sujet pensant, qui réunit, dans un seul acte delà consciencojles notions venues de ces deux sources. D'ailleurs^ le développement de la raison ne peut avoir lieu qu'à l'aide de la sensibilité. C'est doDC en établissant et maintenant le système entier de ses facultés dans une constante har- «

monie, que le sage jouira de la santé de tâme{i). »

« Considérons maintenant en détail lesfbnctions particulières à chacune de ces deux facultés , et les productions auxquelles elles dofineuc le jour. Il y a, en nous, des images, des notions et des idées; les premières appartiennent aux

(i) Tome yn, dû la. Républùfue^ pages 61 , n^i ia4 , a4o, 257. — n , FhUèbe , a55- —IV , Thémtètey tS\ , i55.— VU , Parménide , 83.— VIU , Sophifi^^ a66.— IX, Des Lois , 91. —X, Tknée^ 34o, *i^-

sens, les secondes à renteodemeDt^ las troiâèmes à la rsdson* Tout comiaeiice Gepaidant anx images sensibles; car les sens se déYelofypeot dans l'homme avant la fâcollé de penser^ et h précèdent de long-temps. L'en&nt com^ ueoce à sentir dès sa naissance ; la trace de la f'ensée se déconvrebeaucoop plus tard ; et^ chei quelques hommes , elle ne se découvre jamais. D'ailleurs Tâme et h raison ne peuvent être cnoçnes sans la vie et la pensée^ et ceUesH^isam uns action réelle des objets matériels sur nos «rganes* U y a trois choses dans ohaque per** ception sensible : l'objet perçu^ le sujet qui iierçoit, et la perception elle-même qui n'est âuire que leur ra^^rt mutuel. Les couleurs, les odeon» etc. ^ ne résident pas dans les «Ajets^ elles n'ont leur siège qu'en aoos-^mêmes. Les MOiatîoiis ne sont donc proprement que les i^edions, lt9 roodificationa de l'Âme; elle est [•asâve en les recevant ; nu objet extérieur agit >ur les organes des sens, certaines fibres reçoi- Hut cette impression et la transmettent à l'âme; ^loai la sensibilité est la faculté d'être affecté ^ codifié par un changement d'état; aussi les 'ensaiions ne sont-elles remarquées que par leur * lisngement et leur variété. Enfin , les objets ^-ttemeg qui aflfectent l'âme, y laissent gravées

certaines traces; la mëmoire les conserve ^ rimagination les ranime (i). o

« Les perceptions sensibles sont donc refiel de l'aciion combinée des objets et des organes ; mais 9 il est nécessaire que les perceptions viennent se réunir dans un centre^ un foyer commun, et de là résulte Vunitéde l'acte de la conscience. Chaque sens ne nous transmet qu'une classe particulière d'impressions : la vue, les couleurs y l'ouïe y les sons , etc. Cependant y nous avons le pouvoir de comparer ces diverses classes d'impressions, de juger ce qu'elles ont d'analogue ou de distinct. Quel peut être l'or* gane de cette comparaison ? ce ne peut être ni l'un ni l'autre sens: elle a donc sa source dans Tâme seule. C'est à l'entendement qu'est confiée cette fonction. Au moment où nos sens aperçoivent un objet, nous n'apprécions point encore ses diverses reladons , comme la gramleur et la petitesse ; cette opération exige une dislinc*

(i) Tome I«S Phœdon, 166.— II, Théœtèie , 86, 128, i3g, i48, i53, i64, 199. — Sophiste^ 265 , ajS. — IV , Philèbe ,211, a55, 261 , a65 , 3ai . —VU, De la République y 60, 62 , 68, i47f ^57 , 298. -—IX, Des lois, 223. — Timée ^ 3oi , 3i6 , 336, 348,577. — X, Phœdre^ 326.

lion, un jugement qui s exécute dans Fâme^ c'esl-à-dire dans le centre unique où les ini*^ [iressions sensibles iriennent se rencontrer. Cest en cela que consiste la faculté d'abstraire. L eutendement forme donc les notions , c'estii-dire les perceptions de rapport et les con- M(lératious génériques, soit eu disdnguant, soil en combinant ce que les objets ont de commun v^u d'analogue; il compare les images ^ les isole tf les détache de tous les accidens pardculiers ^ il parvient ainsi aux nouons abstraites ^ sans les^qoelles il n'y a point de perception claire. Ce5 notions sont en partie le tribut offert par les objets, en parde le produit de la faculté de pcuser , et, sous ce second rapport, dérivent de outre propre fonds. Les sens nous présentent lOQJours ce qu'il y a de particulier , d'indtvi* liiel; l'entendement, ce qu'il y a de commun ei de général. Les sens nousoQreut des percep^ uoiis confuses et dans l'état concret; l'entende* ni^ni, des perceptions claires et dans Tctat iihstrait (l). »

(i; Tome ItT, Apologie de Soeraie f g^.-^Phœ" don^ «47» >70> **6- — lli Théœtèiey i43. — So^

P-^siCf a6i, J75.— IV, Philèbe^ 217, aSS^aôS.

— YU, De la République^ jS, 8a, i47» »69> 31^3,

On peifl voir des exemples frappaas des modes que Platon assigne à la sommation des notions générales et de la méthode ayec laquelle il les déduit dans le Pliilèbe, le Ménon^ etc.

« Les images peuvent disparaître de l'esprit et y être ensuite rappelées y à l'aide de la liaison ^qui s'établit entre elles ; le retour de l'une réveille les autres. Cette liaison est qoelquelbis l'effet de l'analogie et quelquefois Feffet du basard. Cette loi s'étend aussi aux notions formées par le concours et l'élaboration des idées sensibles (i). »

D Lesoombinaisoosquel'entendementforme,

en appliquant l'activité de l'ftme aux images sensibles^ ne sont point encore le dernier degré Je l'exercice de la pensée ; l'entendement ne s'élève que jusqu'aux notions mathémauques ; ces notions ne sont que comme les formes ^ les contours des choses. Mais, il y a une antre sorte de notions générales , dont les objets extérieurs ne fournissent 'point les matériaux , qui sont toutes puisées k une autre source. t>

26e, —IX , Des Lois , 44 1 * *3 , iBa. — X , Parmé^ niées i 8S. — Phœdrc , 326. — XI , Lettres , i35.

(1) Tome ler^ PhadoH ^ p9ig. i6l , 1^0.— Il, Théœêèfie, i48. —m, PhiUéef aSS.— MéHOH^ SSt. — IX, rim^e, 341.

( ^3? ) HâtODf-noot d'arriver k cette seconde source de$ conneisgances ; elle renferme les opinions essentielleinent propres à Platon» le nœud de tout son système ; placée précisément au point de contact de son enseignement public et de sa doctrine occulte , elle est l'anneau qui lie l'une à Taotre et qui fonde leurs rapports. Ce&t le seuil du sanctuaire , c'est la célèbre théorie des iDiss (i).

Plusieurs modernes , et i leur tête Fr. PàtriduSy ont refusé à Platon le titré d'inventeur de cette théorie, et ils <Mit été singulièrement favorisés dans leur opinion par les efforts des Douveaox Platoniciens pour rattacher leurs doarines aui traditions de la plus haute antiguité. On a rattaché les idées de Platon aux Jungéê des Cbaldéens , à ces espèces mtelligi-bItSf k cea puiasancês fécondes dont parle PscUoa ; on les a retrouvées dans les idées uni" ^rsJkêf dans le type intellectuel y dont par* lant les oracles attribués à Zoroastre ; on les à bit dériver des nombres mystérieux qui fbr^

(t) n n'est pas besoin d*a¥ertir que dans cette théorie Topression idées a une signification différente de celle qu'elle reçoit ordinairement dans la logique et de celle que nses soivoni noûs-«méme dans cet ouvrage.

maiëiit la doctiÎDe des Pyib«igoriciens ; et on s'est appuyé^ pour leur attribuer cette dernière origine , d'un passage de Nicomaque , des vers d'Epicbarme rapportés par Diogène Laërce , et de l'autorité de Jamblique (G). Mais on remarque que cette supposition ne s'appuie que ^sur le témoignage des nouveaux Platoniciens, ou sur des textes qui sont généralement reconnus pour être leur ouvrage , et pour avoir été composes dans un temps posténeur à Platon. D'un autre côtç y à des inductions aussi incertaines, on peut opposer une autoi4té positive, celle d'Aristote, auteur contemporain , d'Anstote qui avait approfondi avec tant de soin l'étude des philosophes antérieurs. Il nous déclare d'abord que, a la doctrine des nombres, ima- )> ginéepar les Pythagoriciens, ne correspond D point à celle des idées ^ produite par Platon (i ). Après avoir parcouai la suite des systèmes philosophiques des Pythagoriciens et des Éléatiques sur les causes premières, il ajoute : mSur-- D vint ensuite la doctrine de Platon qui leur a D emprunté beaucoup de choses, mais qui y a D ajouté aussi certaines vues nouvelles. Car ,

(i ) Métaphys. , XI , 4 » éditioa de Dayal

» ajant^ dans sa jeunesse , enlcndu les leçoiTS )» deCratyle^ et recueilli l'opinion d'Heraclite D qui considérait toutes les choses sensibles )) comme dans un flux perpétuel^ et qui en » tirait la conséquence qu'elles. ne peuvent ^ former l'objet de la science ^ il établit le sys* y> tèroe qui suit. Socrate , livré aux études mo- 9 raies, et ne s'occupant point des connaissances ^ phyûquesy y cherchait cependant les notions )è universelles , et fut le premier qui fonda les y> définitions. Platon/ applaudissant à cette

V manière de voir y supposa qu'elle ne s'applique » point aux choses sensibles^ mais à un ordre )> différent, placé au*dessus des choses sensibles » et des abstractions mathématiques; il conçut u no ordre de généralités perpétuelles, immobi-

V les, dont l'unité est le caractère; et comme les ^> genres sont le principe des choses parlicu- >- lières, il les considéra comme les premiers ' élémens des êtres , il plaça la substance dans 9 lunité (i). D Et plus loin (ja), il entreprend U réfutation de cette théorie. U en rapporte i origine dans les mêmes termes, a II est deux

» choses, ajoute-t il, qu'on reconnaît comme

- ■ Il ■ ■ ■ *

i) I6id.,l., 6.

3) XI, 4 ^t 5.

j> propres à Socrate^ t*^inploi ie la méthode 1^ d'indacdon ponr la démonstration db la vé- 1» rité^ et les définitions. Mais, Soerate ne se- » paraît point les uniirersauit des choses parti- D culières. Après lui on lessëpara, on leurdonna )» le nom d^iddes; ainsi, on considéra comme idée » tout ce qui peutétre exprimé par un terme anii> Tersel. d C'est dans le dialogue même duPhiedon ({tt'Aristote puise l'exemple de cette théorie qui 9 en séparant les idées y des choses, considère eelIes-U comme les causes véritables de ceQes-ci. tf Platon^ mattreet modèle tout ensemble, et daus n Part d'écrire et dans l'art de penser, dit Cicé* » ron (l)^ a donné le nom ôUdéea aux formes, ]> aux exemplaires des choses; les Académi- D ciens , d'après lui 9 pensaient que Tâme seule n est capable de juger, parce que seule elle D aperçoit ce qui est toujours , ce qui est 1» simple 9 ce qui est uniforme^ et le voit tel 9 qu'il est; c'est ce que nous appelons le genre 9 qui a reçu de Platon le nom d'idée. Ce n'est ^ pas, dit saint Augustin (s) , que Platon ait » le premier fait usage de ce terme ; mais il 9 est le premier qui l'ait appliqué à un ordre

(i) De oraiore , lo.'^Acad. qumst.^l , 3e. (a) De 83 Quœst. , f . XLYI.

lie noùoDS qui n'enisuiU point encore , ou

: ijiii n'élait pas comprisî. » CoaiQ9Qru $uppo»9f '

.:c les ancienne traditiona des Cbaldc«Q$ ne

>!»eat point encore connues de^ Grec», ^^aM

■aion ? Comment supposer qu'^aprèsla de&U'uc*'

.)D de Fînaiitiit de Pytliagore, lorsque tant de

^ ^e$ célèbres issus de son écolet, enseignaient à

'^ibis en Italie | qn mystère absolu put en-

jre couvrir sa doctriAe, et qu'elle pàl êtms

'-conmie par Arislote qui en traite à chaque

ce de ses écrits?

Nous pensons, toutefois, qu'on ne saurait

iopter k cet égard une décision absolue , nous

.«"osons que Platon recueillant, développant,

^*^uant en œuvre , les élémens empruntés aux

:.cteoaea doctrines mystiques de PAaieei k oeltc

^Pythagore, en a formé seulement un en*

-mhle nouveau, leur a donné une forme sys-

izatiqoe, et en a composé une vérkal)le

^iorie. Cest ce dont ou se convaincra en rap^

' jchaot ces mêmes doctrines, telles qiue nous

^ avons exposées en substance dans les oha-r

•très troisième et cinquième do cet ouvrage»

ec le résume qu'oK va lire. Dans les docuniies

} cliques de PAsie, Platon peut avoir puisé

yputhèse quifait dériver de la conlemplalioa

recte de la nature divine , la source des oon>

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