‹ Histoire comparée des systèmes de philosophieChapitre 19 sur 38 · DU DOUZIEME. CHAPITRE · texte numérisé non relu

DU DOUZIEME. CHAPITRE

(A) Les motifs qui nous faisaient uq devoir de dooner une plus grande étendue k Texposition ^es <}octnnes d'Arîstote et dé Platon, se justifient par fui-mémes. Non-^seulement nous reconnaissons en ^ux les deux plus grands philosophes de Tantiquité , non-seulement ce sont ceux dont les écrits nous sont panrenus dans une plus grande intégrité ; mais , Platon etAristote sont aussi les deux philosophes qui ont ^onaé Tattention la plus sérieuse aux prohiëmes fon- «lameotaux de la connaissance humaine , et qui ont ''onsacré à leur solution les recherches les plus profon- '«os; d^aîlleurs , nous ne considérons pas seulement dans ' ^s doclrines- les opinions propres à leurs auteurs , nous V apercevons surtout , ce qui importe essentiellement 'ous le point de vue historique , nous y apercevons -irtoat deux grandes et puissantes causes qui ont agi pédant une longue suite de siècles sur la marche de •esprit humain. Une portion considérable de l'histoire 'les siècles soivans et même des siècles modernes s'explique entièrement par le caractère propre à ces deux phiJosophies , par l'influence qu'elle a exercée. Ainsi ; -'^us traçons ici en quelque sorte le tableau anticipé

jb plviienrf périodes iubtéquenlei. La rifalile mém<» qoi subtUlt encore aalourdliiu eatre dÎYerset AH>tes se réfléchit et se répète d'^Tance dans la- rivalité de l'A* cadémic et du Ljcée coimne dans uo miroir 6dèle.

(fi) Si l'obsGurilé d*Aristoie, l'extrême aridité de son style , reodent la lecture de ses écrits très-fatigaDte , OQ j éprouve des difficultés plus graudes encore , lorsqu'on essaie de résumer sa doctrine. Aristoteesti de tous les écrivains ^ celui qui a été le plus avare de paroles ; sa concision est telle q.ue la langue latine , si concise elle-même, est contrainte, pour le traduire, d'à* jouter constamment au texte par des intercalatioos ^ui le complètent. Aristoté est tout en sentences , en définitions , en distinctions s ces distinctions sont eitrêmement subtiles; chacune d^ cek sentences appellerait un commentaire. Quelques efforts qp^ nous ajons fajts pour tenter cette esquisse sommaire qui manquait peut-être à notre littérature , noos sentoos combien elle sera imparfaite. Nous ne pouvons , même en essayant de la rendre aussi rapide que possible , y éviter les répétitions.; car, Aristoté se répète beaucoup, et , eu se répétant , il n'est pas toujours fidèle « lui-même : on est donc forcé de le suivre dans ces variations pour mettre le lecteur à portée de juger V véritable sens dans lequel il doit être entendu.

(C) Les platoniciens sentirent le coup qu'Aristotr portait k l'ensemble de Ictir doctrine, et ne lui pardonnèrent point d'avoir attaqué ouvertement loin dogme favori., « Aristoté, dit Attilius , a tourné cr.

• ridicalc , aatant qull a d^penda de' lui , la éocinHe

• d€9 essences conçues par l'intelligence seule ; s'in^

• stitoant le juge de cette doctrine bien snpërieure «

• la portée de son entendement, il a banni les matières

• exemplaires reconnues par Platon; il a osé comparer

• ces conceptions sublimes k de vains jeux, à des

• fidiles absurdes. « (Dans Eusëbe, pntpar. évang: Ut. XY , ch. x3 ). Cicérbn a déjà remarié que c'est lar la théorie des idées ^ue se fonde essentiellement Il rivalité de ces deux philosophes. ( Acad. quctsi. ,

(D) Les deux chapitres du â* livre des métaphjiiqocs sont fort curieux , et eussent été plus utilet peut -être à méditer que les formules syllogisti* 4aes ne Tont été dans leur emploi. Voici comment Arîstote s'exprime : « Pour établir cette science (la philosophie première , ou la métaphysique ) , nous devons avant tout examiner les doutes qui peuvent nsltre, on des opinions diverses des autres philosophes , oa des omissions qui leur sont échappées. C'est une coodition nécessaire aux succès de la raison , que de Monter à propos. Car, ces succès consistent précilêiuent à résoudre les doutes qui se soliit élevés. On ne peat résoudre la difficulté lorsque le nœud en est ignoré ; c*est Thésitation de l'esprit qui le fait con— nsltre. Ceux qui entreprennent des recherches saos avoir commencé par douter , ressemblent au voyageur jui »e met en route sans savoir oii il faut arriver; ils ftf peuvent connaître s'ils ont on non trouve ce qu'ils ^hArcbiîent. Celui qui a recueilli toutes le» opinions

cootraket , fui lei a oûse^eu pré&ence comme autant d'adversaûrts I eU hÎMu luUux placé pour prououcer f etc. »

(£) £a réfutant Prolagorai , Arûtote emprunt** ftoaYeot les anoes de Platon. « Si toutes les opiflioi:> foudéeji sur les apparences sont également traîct ^ il fiwdra <||ie les mêmes choses soient vraies et fÎMisses tout ensemble : car les hommes ont touvent des opinions contraires , et les uns estiment que Les autres sont dans Terreur. Mais , cette disposition à admettre également toutes les apparences peut prot enir de deux causesdifiërentea : ehes quelque» hommes» elleproner. : de rinoerlitude da l'esprit qui manque de motifs pour fiser son choix ; Figuorancc de ceux-ci peut éisc giaérie par l'instruction.;, cbea les autres ce paradoxe natt de l'abus du langagp y et le remède convenable à y apporter est la réfutation. Or y les doutes qui assiègent les premiers naissen t des impressions sensibles . . . Il Csut leur montrer qu'au milieu de la révolution continuelle des objets sensibles, il y a uœ nature immuable et p^manente.. Ce ne sont point au reste proprement les sens qui nous trompent^ niab l'imagînation. L'impression sensible n'est poini sujette j erreur, lorsqu'elle n'est attribuée qu'aa sujet qui !j reçoit et se trouve modifié par elle. Que si l'on c^emande quel est Phomme dont l'esprit et les organr^ sont sains , et qui )uge avec rectitude des impression» individuelles , cctlc queslion ressemble à celle qu*i>'i clc\crait en demandant si nous dormons ou si nm» veillons en ce moniciit ; c'est su|7poser qtic. nom pui.-

\(3m rMdre yti«m de tout. Mais , tl u*en «il pas aioiit in principti «les dëmoustrationt ne sont paa démoD* trahies CBx-mémes. Au reste , ceux ^ icpiMlfmt un tel JleaCf SBootreiU àsseû par ]tfinns'>adlîpnft i^M. n'est psfe stfriainu o (Mifrapi|^j»^ Ikhr.iX^ ch. 5.el 6.)

;F) On a qncIqueToîs nM9 en cloute si Aristote re^ roonaissait Tiiiunorlalité de Tâme. On |i'a pu élever cette qneation que parce qu'on a eherché se» opinions «ur ce sujet dans ses écrits fur la nsorale , ou il n'en ûit ancune mention; car^ il ne fondait point cette (•erspective sur un système de rémunération ou 4^ [ fines. Uai^, on trouvera 4ens ses livres mçtap^jsi<|nes p.usienrs passages oii il déclare formeileiuent que 'ime en tant qu^intelljgence active furvit etne périt {t'uni; c*est de la nature même de Tâipe et dé sea iV.ultés qu'il faisait dériver cette conséquence.

fG; Diogëne Laërce nous fait connattre qu*Arîsto(e âMÎt écrit un traité des genres et des espèces \ qui :e> ait compléter son Organon (liv. Y, § 7^)» ^^ Vristote lui-mSme s'y réfère dans les Topiques (Kv. I^ , '1.7}. Porphyre a suppléé pour nous à la perte de ce rrûté , par son Isagogue qu'on place avec raison en trte des éditions d'Aristote. I! est facile de voir au r«»te que la théorie des Catégorcmts ou des pré'" Lcables j teHe que la donne Porpbyte, è$t lîrée des Topiques. Aussi Rapin a*t-il avec raison justifié Artstoie du reproche que lut fait Gassendi d*avoir laissé r^bsister ici une lacune dans sa Logique.

:li} On a |n remarquer le vague qui règne dans les

niailîmes d'Arisloté sur le tëmoignigt des sens; lam doute, il a en le mérite de dirtinguer, dans le perception seniible, l'impressiou rcyue et ropéraliou de Tesprit qui rëegit sur elle; de distinguer, dans le scasation, la modification qoe Fàme éprosTO et l'objet qui l'occasionne ; mais , en rapportant aux objets ëxlérîeurs comme à leurs causes, ou plutôt à leurs occasions , ces impressions sensibles , il a négligé tout ensemble et de justifier cette corrélation , et de montrer en quoi elle peut fournir à Tesprit quelque fondement pour juger de la réalité objective. Un passage curieux de Sextus l'Empirique peut suppléer sous quelque rapport à • cette lacune essentielle dans la doctrine du Stagyrite. Aprës avoir remarqué qu'Aristote et le» peripatéliciens admettaient un double critérium ^ les sens et la raison attribuaient à chacun une égale évidence , Seitus ajoute : « Car, le sens est modifié » par l'action de l'objet sensible, comme l'âme, à » son tour , est modifiée par la perception sensible , » ce qui donne lieu à l'imagination et à la mémoire. I.f •• ( les peripatéliciens) comparent cette action exercce et » l'impression qui en résulte k une trace imprimée ; et M comme cette trace est laissée par un objet à son passa - » ge^età l'aide d'an moyen quelconque (par eiem- » pîe, par le^ passage de Dion et par l'impression » de son pied), de même la modification de Tân.: n provient d'un objet extérieur et sensible, par if M moyen de la perception que le sens éprouve; c\.i u conserve donc quelque ressemblance de cet objt i N sensible. A cette modiBcation de Tâme qui forme » la mémoire et l'imaginatioii, vient te joindre une

» iroûtèmt^jpërâj^îonpIttjVdeîéequiêttprçdoile yHàt » le jugeroeot et par r«ctiyiU spouUnée deretprits • c'est alors la pensëe , etc. « Jdv. iogic. , Ut. VU^ 5^19, 330 et 231.

(I) • La proposition dialectique , dit Aristote , Ht ane question qui parait probable ou à tous, ou au plus grand nombre, ou aux plus sages ; ou qui parait aux mlaies personnes ne pas être contraire %vk sen*' timent commun. Les propositions dialectiques ont ensuite pour objet ce qui ressemble aux choses probables, qui n'est point incompatible avec elles, ^t tontes les qpinions qui se rapportent aux arts s car chacun f'en retnet yoIou tiers , en ce qui concerne ces arts , aux hommes versés dans leur étude, comme aux médecins pour l'exercice de l'art de guérir, au géomètre pour les applications de la géométrie ( Topiques ^ M\. .Pt, ch. 8). On voit

ombitn était vague et indéfinie l'idée qu'Aristote

t était formée de la probabilité.

fJ) « Apr^ tout I il ne faut pas s'étonner, dit Bajle ,

• que le péripatéticisme , tel qu'on l'enseigne depnis

• plusieurs siècles , trouve tant de protecteurs et qu'on " en croie les intérêts inséparables de ceux de la

• théologie ; car il accoutume l'esprit à acquiescer sans

• évidence (Art. Arisiotr), »

Gurlitt nous parait avoir résumé d'une manière ju- <)ic}ense les principaux mérites d'Aristote. Il les rapporte à cinq titres t « t*. La division et la classification '^«^ KÎences; 3". L'exlenAion donnée à leur domaine

( 4oo )

par rhtitorré mftarelTe , récoaomi« , etc. Vi La langue philMopliiqtie déterminée et eni^cliie'; 4*. L*anîon de llintwre ^hîlosophiqbe arec Tétade de la philosophie ; 5*. Le sage emploi du donte comme préparation à la recherche de la vérité. » Il j joint encore Talitance de Féloquence avec la philosophie ; maïs nous cherchons en vain sar qubi Cet éloge pent être

^ndé.

« On ptixt lui reproclier ensuite , ^it le même «nteur, quatre torts prîacîpaux : i^. Vn désir trop marqué de rabaisser les philosophes qfui'Uont précède ; a*. L*etlrême obscurité et la concision ' excessive de son style; 3^. Un besoin ekageVé de démonstrations et de combinaisons systématiques ; 4^/ L^abus âes expressions techniques des divisions et dé» distinctions. » [Esquisse de l'histoire de k pliilosopliïè ,>p. i r4« )

(K) Sous voyons pa^ le c)ltal(»^ qne Diogèrie Laëree nefas a dénué éts écrits dOlriStote , quçfte plui grand nombre est perdn pour nous^ j^usieurs de ceux qui nous restent sont évidemment incomplets.

It est digne de remarquer que les Espagnols sont , des nations modernes , la seule qui ait une traduction complète d'Âristote dans sa langue. Mais elle e^t restée manuscrite à la bibliothèque de Madrid. Son auteur avait mis cinq ans à ce travail.

Au nombre des coni'mentatenrs qu'obtint Aris to te dans l'antiquité, et doUtles écrits sont parvenus jusqu'à nous 9 se distinguent Simplicius , Alexandre Apbrndisée, Ammonius, fils d'Hermeas, Porphyre, Them:*lius, etc. Simplicius est surtout un auxiliaire êx tic-

oKeiuent préciei»^ pour VitUMUff^iêfie d« cf pUièi^pte.

iurpaue «aocM beaucoup celk dM émdîU qai Mf sp^t

attaches au Uzle dePfai^a : oa^ucolnpt&VMifln^atM

dans le i5* siècle, trenle-hoît dans le. 10*. tt est piiM

utile d'iodîquer ici les principaux écrivains critiques

qoiont résumé l'ensemble de la philosophie du S tagy-

rite : tels que François Patricius (Discussionumperipa'

ieticarum^ tome IV, Basle, i58i ); Bernardi (Se--

minarium philosophiœ peripatecicœ y Lyon , iSgg }.

Crassot ( InslUutiones in univcrsani Arisloielis phiio'

^"phiam , Paris , 1619); La Ramée , Animadsfcrsiones

anstoleiicœ [Paris y i5i8}; Gassendi , Exercilionrs

paraJoxicœ; (Grenoble j 1624) ; Delaunay , Devarid

philosophiœ aristoliUcœ Jbriund ( Paris , i653 ) ;

< Charpentier 9 Dcscripéie^ umversœ arlis disserendi

rx Àristotelis logico organoy ete, (Paris, i564) ; Des-

cripiio ufUversœ nalurœ ^ etc. (Paris, i50a), etc.

Maconi (Venise, i547). Charpentier (Paris, 1674),

Backmann (Nordhausen, 1629], et Rapin (Paris,

ify]i) f ont successivement tracé le parallèle de Platon

K d'Aristote dans des ouvrages plus ou moins volu-

mincnx , et dans \e% trois langues italienne , allemande

^t française.

'L) Consnllez <ur r.e» derniers pîiilosophes , Théophnuti Opéra, par Dan« Heinsius (Leyde, 1 6 » 3). — Les Hannonies d^Anstoxène^ publiées en grec, par Mcnrlias (Leyde, 1616 j. — Les Interprétations deDéméirius de Phalère , de Fischer et de Schneider , 11. 2i]

( 4oa ) •

(Leipaick, 1773. Altenbourg , 1779). — -âf^moirv surDémétrius de Phalère , par Bonami, dans le recueil de rAeadëmie des inscriptions , tome YIII, page iS;. ^-^ Gronovius y Thés, ani, grée. , tome X ^ p. 608 y 61 1 . Tome XI y p. 1 , etc. j etc.

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