‹ Histoire comparée des systèmes de philosophieChapitre 24 sur 38 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

^yrrhon et les Sceptiques.

SOMMAIRE

OiiciiB du scepticisme ; qu'il se produit naturellement à U faite du dogmatisme j — Ce qui appartient proprement à PyrrfaoD dans le scepticisme des anciens ; —^ Vie et caractère de Pyrrhon ; — But qu'il se proposait ; — Critique des systèmes contemporains \ — Analogie qui existe entre sesirnes f t celles de Socratc ; — En quoi elles diffèrent.

Des dix tiropts Pyrrhoniens ) s'ils appartiennent en cflet à Pyrrhon^ — Exposition des dix trùptt : premier mode, correspondant au sujetqui juge \ quatre tropei \ — Deuxième mode correspondant àrobjet jugé ; deux tropti i — Troisième mode correspondant au rapport entre le sujet et Vobjet ; quatre tropei. — Explioation de chacun de ces tropes. — AèAcxions sur cette nomencUture.

Définition do Pyrrhonisme : son principe. — Règles qui dirigent le Pyrrhonien dans sa conduite j — Son double critenum ; — But du Pyrrhonisme.

Timon : Iragmens de ses satires. — Réflexions sur ce luiet. — Soccession des sceptiques.

Autres rapprochemens ; entre le Pyrrhonisme et les écoles contemporaines } — Entre le Pyrrhonisme et l'Ëpicuréismc.

Les productioDi de la raison appellent la critique , comme celles des arts. A la suile des

hommes qui affirment » s'élèvent des hommes qui doutent^ parFefièt de cet esprit de contradiction, de cette inquiétude intellectuelle qui sont dans notre nature; des questions nouvelles naissent des solutions qui ont éta données ; les créations les plus brillantes subissent des épreuves auxquelles elles ne résistent pas toujours; plus les lumières se développent , plus cette révision devient sévère; et de la sorte , les philosophes qui font faire des pas plus rapides à la raison humaine, provoquent eux-mêmes la rigueur des censures qui s'attacheront à leurs ouvrages; ils ont renversé les systèmes de leurs prédécesseurs; on sondera jusque dans les derniers foodémens de l'édifice qu'ils ont élevé, pour en examiner la sohdité. Ainsi , les progrès de la critique philosophique suiveiU , dans une proportion presque constante, ceux des doctrines positives; elle acquiert d'autant plus de profondeur que celles-ci ont montré plus de hardiesse. On pourrait appliquer au dogmatisme poursuivi par le scepticisme le : posù equitem sedet atra cura.

Déjà nous avons vu plusieurs sceptiques apparaître autour des écoles qui occupent la première période de cette liisloire.(^oj'. ci-devaDi» cliap, 8, page 108.) Les Sophistes, survcoaui à

ia suite des écoles Eléatiques , opposèrent une sorte de scepticisme qui confondait le vrai avec le faux ^ au dogmatisme précipité des premiers métaphysiciens. La savante restauration exécur lée par Platon et par Arisiote va produire à son tour un scepticisme plus réel^ plus sérieux; ce De sera point celm de Findifférence à la vérité, ce sera celui d'une investigation sincère des titres par lesquels la vérité se légitime. La rivalité qui s'est formée entre l'Académie et le Lycée , entre les nombreuses écoles nées des débris de l'école d'Italie ou des traditions de Socrate y le contraste qu'offrent leurs doctrines diverses, fiivoriseront cette entreprise. Dans de telles circonstances , un homme ne pouvait manquer de se produire, qui^ saisissant les armes ijouvelles dont l'esprit humain venait d'être [rourvu^ vint les diriger contre tous ces systèmes :i la fois y qui demandât : sachons avant tout bi noua possédons quelque chose de vrai ! Pyrrfaon ne fut donc point le premier auteur du >cepticisme; mais, ce il le traita, dit Sextusl'em- » pirîque , d'une manière plus ouverte et plus » complète que ses prédécesseurs (i). » Il y a

i) Pyrrhon. Hypoiyp, , liv. I*', ch. 3, S 7

cela de particulier cbezles sceptiques, qu'ils ik formèrent ni une école^ni une succession liée (ic philosophes, qu'ils agirent d'une manière individuelle et détachée , sans engagement comm* sans dépendance réciproque; et tel devait être, en effet, le résultat naturel des opinions quYprofessaient. Aussi, $ont*ils les seuls phiIosopii^'> de l'antiquité qui soient restés désignés dan^ rhistoire par un nom collectif tiré de la nature même de leurs opinions; les autres écoles <\^^ avaient pris d'abord on titre du même genre . comme celui d^eudémoniques , de phUolète> . d'ancUogitiques y etc., ne Pont pas conservé, <-: n'ont retenu que le nom dérivé de celui de leur fondateur, ou du )Jkéâtre de leurs réunion». Cependant a Pyrrhon mérita, dit Sextus, qu^: » riiésiiatioi/ de l'esprit fut appelée le acepii- » cisme Pyrrbonien (A). »

Epicure , mécontent des doctrines de Platoi. et d'Aristote, s'était contenté de leur subsiituc une doctrine plus simple, un système familiet. si Ton peut dire ainsi , appuyé seulement sur k> impressions des sens et ce qu'il considérai, comme le témoignage de la nature. Pyrrbui n'était pas plus satisfait des systèmes existans . mais, il alla plus loin ; il ess^iya de les renver^' dans leurs principes; il po>a le problème |»1..>

biiut encore que le point auquel avaieut com* oieocé leà théories.

Sextus Tempirique^ dans ses Hypothyposes Pyrhonienneè, uous a laisse une exposition jussl complète que méthodique de ce système de critique pbilosoplûque, à la création duquel Pyrrhc») a attaché son nom; aussi Diogèpe Laërce, et^ après lui, la plupart des historiens, u ont cru pouvoir mieux faire que de suivre un tel guide ; mais , Sextus nous a donné le Pyrrhonisme accru, développé, perfectionné, à la >uite des diseussions entreprises par les deux demières^ Académies, et des j savantes investigations d'^nésidème. Cependant il est de quelqu'intérêt pour Thistoire de l'esprit humain, de suivre pas k pas la marche de ce système qui contrôlait les idées existantes^ qui engendrait des doutes nouveaux , qui contribuait ainsi in« ^rcctement à l'avancement des connaissances. H Tant considérer le scepticisme dans ses périodes successives, en regard des doctrines sur les-' quelles il s'exerce. Essayons donccle reconnaître «n ce moment ce qui appartient à Pyrrhon et à ses disciples, du moin^ autant qu'il nous est possible de le déterminer avec exactitude ; car, Diogène Laërce nous fait connaître que Pyrrhon

(46ii)

n'avait rien écrit (i), si €e n'est un poëme dëJié à Alexandre-le-Grand, peut-être pour être consécjuent à lui-même , et par suite de sa maxime fondamentale^ qu^l faut s'abstenir de prononcer. Des huit livres d'^nésidéme sur les Pj^rrhoniens , il ne nous reste qu'un Épitome conservé par Phouus ; les Chapitres êceptique^ de Théodose et les Tropes Pyrrhoniens de Phavorin sont également perdus. Les Do^~ matiques^ importunés par les attaques du scepticisme , ont dirigé contre ses premiers auteurs des accusations , et leur ont prêté des absurdités dont le souvenir a mieux survécu. L'histoire, qui n'a pas conservé la forme primitive de cette censure scienûfique ^ n''a pas dédaigné de recueillir plus d'un conte populaire imaginé pour la décrier.

Pyrrhon avait fiiit partie de la suite d*Alexandre dans sa grande expédition d'Asie, accompagnant Anaxarque^ de la bouche duquel il dut recueillir les doctrines des Eléatiqaes; il avait trouvé également dans ce voyage l'occa- MOU de connaître les traditions des Gymnosophistes'de l'Inde ; il avait fréquenté l'école de

(i) Liv. IX, 5 *6. — IX; S *®3'

Mégare y et étudie avec un soin particulier \eà ouvrages de Démocrite. Ne reçut-il point ses premières leçons à Elis y sa patrie , des philosophes qui y conservaient le souvenir deSocrate, et de Phaedon en particulier ? G^est ce que les biographes ont négligé de nous faire connaître. Il aimait et recherchait la solitude ; il était dépourvu d'ambition > dé feste y d'orguei 1 , et n'aspirait pas même à la gloire. Pendant le cours de sa longue vie, la modération, l'égalité de son caractère^ sa probité ne se démentirent jamais ; on citait son courage dans la souffrance et dans les périls. Ses concitoyens lui décernèrent les fonctions de grand-prêtre, et accordèrent , par estime pour lui , une immunité d'impôts à tous les philosophes. Epicure , qui combattit ses opinions , professait une grande admiration pour son caractère. Les Athéniens lui offrirent le droit de cité dans leur ville. Epictète, qui traite avec tant de mépris les sceptiques , ne peut lui refuser ses éloges. .£nésidème nous indique, au reste, que ses vues théoriques sur la faiblesse de l'esprit humain n'influaient point sur ses actions y et que , dans la pratique , il se fit toujours distinguer par une haute sagesse.

Pyrrhon, d'ailleurs, annonçait que les sys-

tèrucs dogmatiques cafantés jusqu'à lui n'avaient pu le satisfaire, plutôt qtiHI ne prétendait con-* , damner d'avance toutes les tentatives que la i-uisou pourrait essayer dans une direcLion meilleure. Il se livra à une censure détaillée et spéciale de ces systèmes particuliers, plutôt qu'il n'établit d'une manière générale l'impossibilité de fonder la science. 11 ne rejetait point la vérité, il déclarait seulement qu'il n'avait pu la trouver encore; il en concliuît ((ue^ s'il fallait suspendre son assentiment, il fallait aussi persévérer dans la recherche de cette vérité encore obscure et cachée. Son scepticisme était doue bien éloigné de ce doute absolu, de ce découragement qui désespère de tous les eBbrU de l'esprit humain. 11 reconnaissait l'autorité du bon sens^ celle des lois et des usages; il reconnaissait surtout celle de la* morale , obâssant au sentiment qui en grave les préceptes dans le cœur de l'homme , alors même qu'il contestait les doctrines spéculatives imaginées pour le:» démontrer. « Pyrrhon , dit Cicéron , aprts » avoir établi la vertu con^me te but de l'homnie, i> n*accorde rien autre qui puisse servir d'objet j^ légitime à^es vœux. » Lorsqu'on considère l'ensemble de ces circonstances , lorsqu'on envisage soùs son vciitable point de vue la censure

quePyrrhon entreprit d'cftercer, on est frappé Je l'aDalo^e qui se présente entre la direction j

qu*il embrassa , et l'exemple de Socrate ; on est porté à croire que <;et exemple avait beaucoup contribué à former ses i.dées. Socrate avait té- D)oigQé pour toutes les recherches spéculatives un éloignement que la j>iupart de ses disciples , que Platon surtout, avaient peu imité; il avait essentiellement recommandé les règles pratiques, €1 mis au premier rang celles qui intéressent les bonnes mœurs : Pyrrhon put remarquer à quelle distance on était déjà de la voie conseillée par la prudence de ce grand homme; il put concevoir la pcDsée de remettre ces conseils en vigueur , de renouveler ces efforts, dirigeant sa critique sur les disciples mêmes qui étaient demeurés peu fidèles à la voix de leur maître. Et, n'est-ce pus ce que semble confirmer d'une manière <^clatante , Timon , l'ami , le disciple de Pyrihon, dans ces vers remarquables queDiogcne I-iacTce nous a conservés, a O Pyrrhon î vieili> lard vénérable ! comment as*tu pu rompre >^ les chaînes de la servitude , que nous impo- '' saient ies vaincs opinions, les subtilités des '' Sophistes , la magie des erreurs; ne t'in- '' quiétant point de savoir quel est cet air qui >^ forme l'atmosphère de la Grèce, quels sont 11. 3o

1» les ëlémens desquels toutes choses proj> Tiennent^ dans lesquels toutesse résolvent?... » Voici, ô PyrrboD , ce que mon cœur aspire 9 à apprendre de ta boucbe : comment, seul , is au milieu de nous, conseryes*tu cette paix 3 inaltérable, nous montrant parmi lesbomme5 )» la prééminence d'un EKcu (i) (B) ? J>

U y avait, toutefois, entre le doute de So^ crate et celui de Pyrrbon , cette di£ërence essentielle , que le premier était en partie une sorte de feinte et d'ironie , qu'il se résolvait en questions , et devenait un aiguillon pour exciter les esprits à une énergie toute nouvelle ; tandis que le second était pleinement sérieux, s'arrêtait dans les objections, tendait à retenir l'esprit dans une babitude de tranquillité et de repos. Le premier était un passage , une sorte d'enfantement, le second un état d'immobilité et d'équilibre (a) m

On prendrait donc du scepticisme de Pyrrbon l'idée la plus fausse , si on voulait le juger d'après ces anecdotes puériles racontées par

(i) Dîogeae Laërcei liv. IX, ch. ii.

(a) Sextnt l'Empirique, Pyrrhon. Bjrpot. , 1. 1"* sh. 4yS lo* — ch. la, Sa5.

Diogène Laërce^ qtri tendaient à représenter ce philosophe comme réduit à l'impossibilité d'agir^ par la conséquence de ses maximes; et, en regrettant que ses yraies opinions ne nous soient pas mieux connues aujourd'hui y on est fondé à croire qu'elles tendaient essentiellement à arrêter les progrès toujours croissans du dogmatisme y à rendre nécessaire une restauration plus solide que celle qui venait d'être tentée ; Pyrrhon , en un mot y semble n'avoir été qu'un censeur sévère de la philosophie de son siècle. Les dix tropes, ou époques y cités par Sextus l'Empirique et par Diogène Laërcct appartiennent-ils à j£uesidème^ à Timon ^ ou à Pyrrhon? Aristoclès^ dans Eusèbe (i)^ parle de neuf tropes introduits ou produits par .£nesidème , qui pourraient se confondre avec ceux dont il s'agit. Mais^ Liamprias nous apprend que Plutarque avait écrit un traité sur les dix'tropes de Pyrrhoni Sextus l'Empirique dit expressément : c( Les plus anciens sceptiques nous ont 9 légué dix tropes ou Epoques qui servent à n faire suspendre l'assentiment de l'esprit (a). 9

(i) Prœpar, Evang. , liv. XTV , § i8.

(a) Pyrrhon, Hypotyp.^ lîy. I*', ch. 14* S 36* Voyes aiusî Adv» Maih, , Ht. Y II.

Or y en remontant aux plus anciens sceptiques^ on ne peut s'arrêter qu'à Timon ou à Pyrrhon; Timon ne s'est guère exercé que dans fa saûre; ses poèmes étaient diriges contre les pbilosophes antérieurs; Pyrrhon est considéré par Sextus comme le créateur du scepticisme systématique. Enfin Diogène Laërce (i), expose les dix tropcs immédiatement après la définition très confuse du scepticisme qu'il attribue à Pyrrhon 9 d'après le témoignage d'iïlnesidème; il remarque qucPhavorin , iEnesidème et Sextus n'ont point suivi le même ordre dans cette exposition. Son tableau n'est donc point celui d'JEnesidème; il ne considère pas ^nesidéme comme l'inventeur; autrement il se (ùtr^lé d'après lui. Nous partagerons donc l'opinion de Fabricius qui a rapporté cette création a Pyrrhon lui-même ^ comme à son véritable auteur. Pyrrhon du reste l'aura livrée à la tradition sans la mettre par écrit. Dans tous les cas , c'est le monument le plus ancien du scepticisme, et sous ce rapport il mérite une attention particulière (C). Ici nous n'adopterons ni l'ordre suivi par Diogène Laërce , ni celui donne p^^'

( i ) Liv. IX , ch. 1 1 , S 79.

Sextus, mais bîea celui qui résulte d'une vue de classification présentée par Sexius lui-même , et qui en fait mieux sentir la connexion logique.

y> Ces tropes , dit*il , peuvent être rangés sous trois modes prjncipaux, suivant qu'ils se réfèrent ou au sujet qui juge , ou à l'objet qui est jugé, ou à l'un et à l'autre tout ensemble (i). ))

3> Au premier mode apparliennent quatre tropes ou raisonnemens déduits de la variété des animaux, de la différence des hommes y de la diversité des organes des sens, et enfin des circonstances* »

» Les animaux, suivant la difiérence de leurs organisations, sont affectés à la présence des mêmes objets, d'une manière toute différente. Les sensations que Thonime en reçoit n'ont rien de commun avec celles qu'éprouvent d'autres animaux. De quel droit accorderions- nous la préférence à celles qui nous sont propres ? sur quoi se fonderait ce privilège? On ne peut sans doute l'établir sans démonstration ; on ne peut non plus le démontrer. Car, cette démonstration viendrait, en définitive, reposer sur les

(i ) Ibid, f ibid, , § 38.

apparences qui iious sont offer tes ^ ce serait dono supposer la question. Nous pouvons donc affirmer seulement .qu'une apparence nous est oiTerte; mais^ nous devons nous abstenir de prononcer sur la réalité des objets tels qu'ils sont dans la nature. Que si les dogmatiques nous opposent la distinction essentielle qui existe entre les animaux privés de raison et celui auquel cette faculté a été réservée , nous leur montrerons que les premiers se guident bien plus sûrement que celui'^ci relativement aux objets extérieurs. Nous ne sommes donc point en droit de regarder les images que nos sens nous transmettent comme plus fidèles que celles qu'ils possèdent (i). d

» U existe entre les hommes des différences non moins essentielles. Quelle variété d'abord dans leur organisation physique , dans leur tempérament ! cette variété ne doivelle pas influer sur leur âme dont le corps est comme une image, ainsi que l'enseigne la pbysiogno* mique? Mais^ quelle plus grande preuve de ces différences infinies qui existent entre les hom* mes j que le contraste offert par ces dogmatiques

(0 lbid.,ibid.,$iok^.

eux-mémei > qui ne sont jamais d^acoord entre eux sur ce qu'ils enseignent y sur ce qu'il faut rechercher ou éviter ! Nous n'avons tous ni les mêmes penchans, ni les mêmes vues. Groirons- Doas donc, ou i tous les hommes à la fois » ou seulement k quelques uns d'entre eux ? Dans le premier cas^ nous admettons des choses contradictoires ; dans le second , quels sont ceux k qui nous devons attribuer l'autorité? nous sou* mettrons-nous , du moins au plus grand nombre ? Mais , il serait iihpossible de vérifier cette conditioQ ; et ne savons-nous pas d'ailleurs qu'il n «t rien de plus aveugle que les préjugés de la multitude (i)7 b

s Supposons maintenant un homme unique; que cet homme soit le sage rêvé par les dogmatiques. Le même objet transmettra à ses sens divers des impressions différentes; une seule qualité peut cependant être , dans les objets , l'occasion de ces impressions variées ; ces qualités peuvent n'avoir aucune ressemblance avec ces impressions ; d'autres qualités peuvent nous demeurer cachées^ parce qu'elles n'agissent point sar nous. En vain prétend-on invoquer ici le

(i) Ibid.^ ibid.^ $ 79 à 89.

témoignage de la nature. Quelle est cette ncfture?' Les dogmatiques les premiers, qui nous en parlent sans cesse, ne sont point d'accord pour la définir. Disonsdonc que nos sens noin apprennent seulement comment nous sommes affectes^ et non ce que les cboses sont en ellesmêmes. Or ^ si les sens ne peuvent saiàr le^ objets externes, l'entendement ne le peut pas davantage (i). d

» Sous le nom de circo/z«i^afïc^«f, nous comprenons les habitudes j. les dispositions, les conditions diverses , comme le soouneil et la veille, le mouvement et le repos ^ la santé et la maladie, Page, la passion qui nous préoccupent. Or, ne sait-on pas combien toutes ces choses influrn]! sur notre manière de voir ! Quel est l'objet qr.i ne semble changer de nature, suivantia maniât dont nous sommes prédisposés ou afleclésqua:: ! il se présente à nous l quel moyen j aurali-.l de choisir, entre cesdifTéreus états, celui qui nu- V rite spécialement noire confiance? quel droit le moi d'aujourd'^hui a t-il de condamner celia d'hier? et ne peut-il à son tour être désavon^^ par celui du lendemain ? On recourt , il est vrai.

(0 Jbid. , ibids , § 9^ * 99-

à un critérium , c'est-à-dire à une règle supérieure qui enseigne à distinguer le vrai du laux^ Mais , ce critérium lui-même , qui nous en garantirai la fidélité ? Il &udra donc un critérium nouveau pour juger qu'il ne nous trompe pas à son tour, et ainsi de suite à l'infini; on demandera pour chaque principe des démonstrations qui exigeront un autre principe ; on demandera pour la raison , des garanties qu'il faudra toujours garantir, et on se perdra dans un abîme (i). i»

9 Le second mode , ou la seconde classe , comprend deux tropes ou raisonnemens , dont Tun est relatif aux objets matériels; l'autre aux choses morales. y>

y> Les qualités des objets matériels varient suivant la quantité et le mode de composition des élémen s qu'ils renferment. Ainsi, les mêmes alimens qui nous fortifient , s'ils sont pris avec modération, deviennent funestes s'ils sont pris avec excès; ainsi, l'eOet des médica mens dépend de l'exactitude avec laquelle on observe la proportion nécessaire entre les drogues qui doivent y entrer. Nous ne pouvons donc aper*

(i) Ibid^f ibid. , § loo^ à 117.

( ^74 ) cevoir que d'une manière confuse et incertaine des qualités sujettes ^ changer eUes--memes en tant de roamères (i). m

>» Les institutions, les usages, les lois, les traditions , les opinions dogmatiques président aux choses morales. Eh bien ! nous opposons d'abord ces choses l'une à l'autre dans le même genre , et nous opposons aussi chacun de ces genres entre eux. Ainsi, nous opposons Finstitut d'Aristippè à celui de Dîogène, les usages de ^Ethiopie à ceux de l'Inde, les loisdeRbodes à celles de la Scythie , toutes les opinions dogmatiques i chacune d'elles. Les traditions diverses offrent un contraste non moins frappant, souvent chez le même peuple : nous voyons ensuite les usages contredire les Içis, les moeurs contredire les traditions et les coutumes. Dans cette confusion universelle, dans le choc de toutes les règles , quel guide suivre ? Comment faire un choix {2) ? »

Le dernier mode embrasse quatre tropes ou raisonnemens, déduits, le premier de la situation, le second des mélanges, le troisième

(i) Jbid, ibid. , § 129 à i34- (a) lùid.. ihid.,% 14s à i63.

des relations y le quatrième de la fréquence ou de b rareté des événemens.

ce Les objets paraissent diâerens suivant le point de Tue sous lequel ils sont observés. Le même portique n'oBIre pas le même aspect à ceux qui , pour le contempler , se placent ou en &ce , ou de coté ; les intervalles modifient aussi les apparences; les lieux et les positions ne les changent pas moins; un Lâtoo paraît rompu s'il est enfoncé à ûioldé dans Teau; le col d*ua pigeon, suivant qu'il est plus ou moins incliné^ offire diverses Nuances. Cependant tout objet est nécessairement aperçu dins une situation^ dans un lieu, sous un ><5pect quelconque. Quelle sera l'^apparenoe >érjuble(])? »

« Non-seulement les objets extérieurs sont sujets par eux-mêmes à des mélanges qui en allèrent les qualités; mais, il s'opère surtout, dans nos sensaûons^ un mélange des qualités propres aux objets, et de quelque chose qui k[)partient à nos propres organes. Ne saisis- ^nt que ce résultat composé^ nous ne pouvons donc découvrir dans leur pureté réelle les

(i) IHd.f ibid. , S 118 à ia3.

qualilés pro[)res aux objets eiternes (i,.

a La relation surtout influe sur les d[; rences ; car^ tout est relatif; aussi abuso: nous , sous ce rapport^ de Texpres^on est , ce qu'elle semble indiquer quelque chose d* solu. Les dogmatiques attribuent l'être ab tantôt aux genres y tantôt à un nombre ici d'espèces 9 tantôt aux uns et aux autres; cepi dant toutes ces choses sont relatives. Les eu réeUement exislaos ont eux-mêmes un ra[)p a ce qui n'est qu'apparent, comme ce quM obscur à ce qui est manifeste. Mous n'apprc( :t> rien que par le moyen des comparaisons. ^ ne pouvons donc juger ce que les choses s par elles-mêmes; nous n'apercevons q des rapports (a). »

<c La rareté des -choses en change sin^ lièrement la valeur à nos yeux ; viles , si c: sont communes; précieuses, sî elles ne >' qu'en très-petit nombre. Le phënomèn plus remarquable n'excite aucune surp se renouvelle chaque jour ; il nous frapp terreur, s'il est insolite. Il n'y a donc aiu

(i) Ibidsfibid.<, $ 124 à 128.

(2) Ibid. , ibid. , § 1 35 à 1 4^.

Valeur intrinsèque et positive dans les choses ;

nous ne les estimons point d'après ce qu'elles

soni(i). }f

Noos avons clagué de ce résumé quelques

frubtilités qui ressentent l'école de Mégare,

elles nombreux exemples ou détails qui rem-

lli&sent le texte; on y aperçoit plusieurs rai-

M^nnemens qui rentrent les uns dans les autres,

-{uolque présentés comme distincts ; on y retrouve la plupart des objections que les Èléa-

Uv^ues et les Sophistes avaient élevées contre i-: témoignage des sens. Cependant ce code vlu scepticisme , tel qu'il est donné parSextus, (enferme des observations ingénieuses et multipliées sur les phénomènes de ta sensation. 11 Sf disi'mgue spécialement par l'emploi fréquent <t toujours fait avec beaucoup d'art, de cet arc;ument qui suppose la nécessité d'un en- * 'Vainement indéQni de critérium y la néces- ^ué de démontrer les principes, 'et d'asseoir 'rnsuite chaque démonstration sur des principes nouveaux. (D).

On remarque que ce code entier , en attaquant essentiellement le témoignage des sens,

\)Ibid,,ibid.,% i4i à 444.

admets comme une supposition convenue, que les counaissances dérivent de reipériencextérieure et sensible.

Quelle conséquence tirer maintenant de to:i< ces motifs d'incertitude ? Sextus va nous le diro d'une manière expresse > et cette définiû > fondamentale du scepticisme appartient prob.^blement k celui que Sextus proclame comn/i son principal fondateur. <& Tous ceux^dit-iH qui cherchent une chose ^ arrivent a l'un de C' ^ trois résultats : ou ils la trouvent en effet, c i ils prononcent qu'on ne peut la trouver, ou . : déclarent seulement ne pas l'avoir trou encore , et persévèrent par conséquent d sa recherche. Le dernier appartient aux sce; tiques (l). » ^ '

Cet assentiment suspendu qui caractérise ! Pyrrhonisme est une disposition de l'esprii n n'af&rme rien, mais qui ne détruit rien [• Il résulte de l'équilibre des moti£i contraire Son principe est donc renfermé dans ce-' maxime : à tout raisonnement est opposé û

(i) Ibid, , eh. lo , $ i.

(a) Gorgiasi CedrenoSy Compènd, hisU p. i^^*

(479) raisonnêmeni dtun poidê égal et d*uf%ê même force (i), »

« Dans cette attente , dans cette recherche persévérante qui fait la condition du sceptique» comment se dirigerait- il ? Sera-t-il dépourvu de rootib, de règles ? Non, sans doute; il aura des motift puisés dans ces apparences elles-^mémes , qncnqu'il ne les considère que comme des apparences ; il en puisera dans les usages 9 les lois, les institutions de sa patrie, dans ses affections personnelles. Il ne rejettera pas même entièrement, comme on le suppose, le témoignage des sens; en tant que la sensation est passive et qu'elle entraîne un assentiment involontaire , il y obéira comme un antre. Il admettra l'apparence ; il contestera seu-^ lement la réalité de l'objet qu'on suppose lui être conforme. Au reste , dit Sextus , en élevant ces doutes sur les apparences sensibles , nous n'avons pas précisément pour objet de détruire l'existenceides choses apparentes; mais seulement de réprimer la témérité des dogmatiques. Le sceptique admet donc un premier critérium qui consiste dans la persuasion et l'affection in-

(i) Sextas l'Empirique, Pyrrhon. fyp.f Hf. I*<| ch. 3 et 5.

volontaire attachées aux impressions des sens. )) II en admet encore an second , relatif à la pratique , et qui consiste à se guider en agissant d'après ces mêmes impressions ; oc oe critérium , cette règle résulte de la nécessité J^agir. Or, celte application à la vie commune présente quatre rapports principaux : l'instruction naturelle , c'est-à-dire celle qui résulte des sens et de l'intelligence dont nous sommes doua; rimpulsion de nos besoins y comme la faim qui nous porte à rechercher la nouriiture ; l'autorité des lois et des mœurs, d'après laquelle nous regardons comme bon de mener une vie vertueuse ; les traditions des arts , par la pratique desquels nous exerçons activement les professions que nous avons embrassées(i).Cest en suivant cette route de la vie commune que nous reconnaissons l'existence de la divinité; que nous lui rendons un culte y que nous croyons à sa providence (a). »

Le scepticisme , ainsi défini , au milieu du vague qu'il présente , des contradictions qu'il renferme, a plus d'analogie avec l'idia-

(i) JWrf.,ch.8, Si7;ch. io,S igetaûjch. n.

§ ao à 24- (2) Ibid. , liv. III, ch. 1 , § ^ S 2.

lisn^e cju'àvec le doute absolu. On peut remarquer aussi I non sans quelque surprise, Tanalogie des motifi qui fondent la croyance dn sceptique à la divinité, avec le célèbre raisonnement proposé par Kaut pour fonder aussi le même sentiment sur la croyance pratique y comme celle-ci sur la nécessité d'agir.

Ce qui, dans le Pyrrhonisme, nous surprend Inen davantage que le doute universel, c'est le but que le Pyrrhonien se propose; ce but, qui le croirait ? c'est la tranquillité de l'esprit. Si le doute est par lui-même , pour tous les bommes , le principe le plus fécond d'inquiétude, combien ne doit-il pas à plus forte raison avoir le même caractère pour le pbilosophe livré à l'investigation de la vérité ? S'il n est chez le Pyrrhonien qu'un doute suspensif, n'est-ce pas une contradiction que d^en faire un état stable, un état de repos ? Et cependant, les Pyrrhçniens professent cette contradîclion de la manière la plus expresse : <& Nous disons que la fin que se propose le sceptique est d'obtenir un état inaltérable de l'âme, en ce qui concerne les opinions, et une modération constante en ce qui concerne les affecûons. Il espère ainsi être affranchi de' tout ce qui pourrait le troubler. Il obtient ainsi le repos et II. 3x

la paix. Des hommes distingués par un génie supérieur, agités par les contrastes qu'ib apercevaient entre les choses , hésitèrent dans le choiit de CftUék auxquelles ils detâient donner leur asseÉTtîmetit ; ils cormuencèrent à chercher ce qu'il y a de vrai et de finit, pour obtenir par ce discernement une tran^fciiflfté inaltérable (i). i>

Timon f de Phlius en Achate , r*mi et le disciple de Pyrrhon, avait suivi, cômitie ki, Fécole de Mégare. Il avait composé des tragédies et des comédies ; il exerçait la médecine, et nous notons cette dernière circonstance parce qu'on a remarqué que^ parmi les anderis, la plupart des sceptiques ont exercé cette profession, ce qui peut facilement s'eipUqner. Tu&on est le premier des disciples de Pyrrhon qui ait écrit sur le scepticisme; les fragment qui nous restent de lui peuvent mieux qcrer tous les autres indice» servir à notks fciré conitttvpe le véritable esprit du sdéptieistlie de soKi itallrt- Malheureusement ces fragmens, tropi précieux par eux-mêmes , sont en petit nombre. Ils ap-*

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(i) Xbid., liv. l*r y cfa. 6 et la.

partietinent à trois satires^ dont deux sont un entretien supposé entre ICénophane et Tîmon , dont la troisième est tout entière dans la bouche de Xénophàne. Tous les philosophes antérieurs y sont passés en revue , soumis à des critiques amères , le plus souvent même frappés dvèé les artnes du ridicule. Socrate est respecté; tikàÎÈ, Pbton est censura pour avoir abandonné la prudente réserve de ce sage, a Timon ^ dit Sextus Fetnpirique, dans les écrits qu'il avait dirigés contre les physiciens^ avait fait porter principalement ses doutes sur l'emploi légitime que la raison peut faire des hypothèses (i), Suivant Aristote, dans Eusèbe^ les opinion^ de Timon pouvaient se résumer à peu près en tes termes : ce Celui qui aspire au bonheur doit chercher trois objets principaux: quelles sont les propriétés des choses^ quels sont nos rapports avec elles ^ quelles suites peuvent résulter de ces rapports pour notre propre situation (a). »

Yoici comment il s'exprime lui-même dans quelques vers que nous a conservés Sextus

(O Àdv. Màth. , liv. III , S a.

(2) Prœp. Evang. , liv. XIY 9 ch. 181

rempiriqaa. ce Les théories des dogmaùquei oni été un fléau, une véritable peste pour une foule de jepnes gens. L'un d'eux s'écriait en se lamentant : à quoi me sert cette sagesse D prétendue ? elle me laisse pauvre et toury) mente de la faim; elle ne me préserve D d'aucun péril ; trois et quatre fois heureux » ceux qui n'ont point été réduits à ronger B les tristes et arides fruits de l'école (i) b ! Et ailleurs : <c le philosophe ne peut se dispenser d'agir ; il lui &ut donc une règle qui lai indique 9 dans le cours de sa vie, ce quil doit fuir ou rechercher; ce guide réside dans les apparences des sens.... Je dirai de chaque chose ce qu'elle me paratt être ; mes discours sont conformes à la droite vérité. Ce qui est bon est d'une nature toute divine : il est pour I^omme la source de cette vie heureuse qui consiste dans une paix toujours égale (s). »

On retrouve ici deux traits caractéristiques que déjà nous avions été conduits à supposer dans le système de Pyrr]|on ; la censure des doctrines qui avaient cours de son temps, J'in-

(i) Adv. MaUh.,]ii. XI, S 164.

(a) Ibid.,]ii.yU, $ 3a.— Liv. XI, $ 20.

tendon de rappeler la philosophie à la pratique 9 et de rappeler essentiellement aussi la pratique à la morale. La vie de Timon fut également conforme à cet esprit. Les anciens louaient ses talens , ses connaissances ; ils louaient aussi la modération de son caractère, n Ëillait que ce caractère (ut hors d'atteinte , pour que les épigrammes dont il avait accablé tant de philosophes ne lui attirassent pas la vengeance de leurs disciples.

Diogène Laêrce cite une longue suite de disciples issus de Pyrrhon et de Timon; elle ne sert qu'à nous &ire connaître combien le scepticisme se répandit dans la Grèce entière; car, il ne nous reste -rien de ces nombreux partisans du doute systématique. Cepenaant, l'histoire nous atteste que les écoles dogmatiques furent peu ébranlées par ces attaques. D'après ce que nous venons de voir, les premières armes du scepticisme n'étaient pas en effet d'une trempe rjui pût les rendre très redoutables.

Bientôt la seconde et la troisième Académie survinrent , et donnèrent à ce doute un caractère plus absolu , le préconisèrent avec plfis de talent, de succès, et éclipsèrent momentanée ment les sceptiques.

Empruntons à Sextus. l'eaipinque la Qompa* r£|iso|i qu'il a falie du Pyrrbon^sme avec les systèmes de Démoprite , de ]Protagoras j des Cyréna ï(|ue§. Ce r^pprpchemejat est fort curieux dans la bouche d'un historien ^i l^dèle » d'un sceptique explorant les tradiiiop^ ^uf qi^lles il était attaché; e'est une sorte de résumé qui rassemble sous un seul point d^ yue l'histoire abrégée de la naissance et des progrès dti scepticisme chez les anciens.

« Défpocrite au^si a reœarqi(if la v^ri^M qui existQ dans les tén^pigjaages de^ sens; mais il en -conclut, qu'il n'y a dans les objejts aucune qualité semblable k nq^ ^eps^tiooi^; les Pyrrbonieus se bornent à dire qu'ils ignorent si ces qualités existent ou n'existent pas. d

(c Prouigoras institue l'homme la mesure de tout ce qui existe, la règle du vrai et du faux ; il suppose un rapport constant entre les yartations que subit la maUère, et celles qui s'opèrent dans les sens de l'hoipme ; mai$ ^ Jes hypothèses elles-mêmes, il les aiUrme dogmatiquement; eJles ne sont aux yeux duPyrrho-" nien qu'un objet de doute et d'incertitude. »

i< LesCyrénaïques disent égalementque l'âme ne peut saltilr que ses propres atTectÎQns; mais ils affirment (|ue la nature des choses cxtc-

(487 ) rîetires est incompréhensible ; les Pyrrlioaicos se bpnien^ k suspeadre notre jugemeut «^ar ce qoi les cOQOstîlue. Les €yréaaïqi)es placent le bot de rjipaune dans la volupté et dans une dopce a^MtfOD des organes du corps; les Pjrrbopiens le fopi çousi$t€r di|Qs ly^ç (r^nquilElé iipaltërable de Tânie (i). )D D^nç ce derfiier trait, conforma au reste de 1^ oiprale enuyèr^ dei Scepiv(ues, on recoon^tt une frappwie analogie avec c^Ue des ËpicuHiens (E). Les Sceptiques 9 cçHiwe les ISpicuriens, ne-commai^daisnt; j en ce qvi ^ ritpporie à la conduite , une consuate modération de sentimens.

Du reste y le Pyrrhonisme, considéré dans

son ensemble , était en quelque sorte pour l'esprit ce que l'Epicuréisme était pour le cœnr ; sous le nom du calme, sous l'apparen,ee du repos, ils cachaient l'un et l'autre la mollesse , le relâchement de tous les ressorts de l'énergie intellectuelle et morale. L'un renonçait à la vérité, comme l'autre écartait les émotions, Pyrrhon &isait du doute Fépicuréisme de la raison ; Épicure faisait de la volupté l'inaction de

(i) Pyrrhon, hyp, , liv. I ', ch. 3o, 3i , 3a.

l'âme. Tous deux, repoussant également les recherches spéculatives , bornaient la philosophie à une sorte de bon sens pratique ; tous deux se laissaient aller aux impressions reçaes^ k l'autorité des principes et à celle des devoirs , en abditpiant la noble puissance que rhomme est appelé k exercer sur lui-même ; ces deux choses sont étroitement liées ; c'est sur la double autorité du vrai et du bon que se fonde l'indépendance intellectuelle et morale de rhomme; car, c'est en elle qu'il puise cette énergie intérieure sans ' laquelle il n'est point

d'indépendance véritable (i) (F).

(i) Ibid,y ibid., ch. 12.

NOTES

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