‹ Histoire comparée des systèmes de philosophieChapitre 3 sur 38 · IX, S · texte numérisé non relu

IX, S

m Suivant le témoignage de plusieurs » , dit ailleun Sextns , et ce passage est comme le résumé de toutes ics opinions du philosopbe d'Agrigente, « Empédocle

• attriboait non aux sens , mais â la droite raison ,

• k prérogative de joger de la vérité. La droite raison

» est eo partie dÎTÎbe , en partie humaine ; la seconde » peut être exprimée , mais aucun langage ne peat

• traduire la première. Plusieurs passages da poème » de ce philosophe développent cette maxime. Çepen* » dant, dans un passage subséquent y Empédoclerend N aux sens une partie de cette confiance qu'il leur avait » retirée, etaccorde à chaque sens le pouvoir de rendre » un témoignage fidèle , pourvu qu'il soit dirigé par

» la f aison h (^*),

(B) Ce passage d'Aristote est fort curieux , en ce qu'il donne une idée nette des pridcipes fondamen^ taux des deux écoles d'Élée ,de l'opposition qui régnait entre ces principes , et de la marche que suivit l'esprit humain en adoptant ces deux doctrines contraires. Il justifie l'explication qne nous donnons dans ce chapitre , des causes qui produisirent le système des Ëléatiques physiciens. Ce passage appartient au traité De la génération et de la corruption, qui , si nous ne nous trompons , n'a point encore été traduit* Cest le chapitre huitième.

« Quelques anciens avaient pensé qne ce qui existe » est nécessairement un et immobile ; qu'il n'y avait » point de vide , qu'il ne pouvait , par conséquent ,

• y avoir de mouvement. Ils avaient été conduits de

• la sorte à rejeter le témoignage des sens , à s'attacher » à la raison seule , puisqu'elle est contrainte de re«* » connaître que l'univers est nn , immobile et infini ; » car s'il était fini, il y aurait du vide au*delà de se»

C) ÀA^> Log., VIT, SS lai à ia6.

limites. Mais » leulrs raisonnemens les conduisaient ainsi à des résultats qui sont démentis ))ar la réalité des faits t et qui ressemblent à la folie. Celui même qoi est atteint de la folie , ne délire pas au point de considérer comme une même chose le feu et la glace , par exemple ; il confond seulement ce qui appartient à Tordre moral , ce qui appartient k Tordre de nos habitudes. Mais, Leucippe espéra trouver des raisonnemens en accord avec le témoignage des sens , et qui pendissent de conserver la génération, la dissolution, le mouvement, la pluralité des êtres. Voici donc le système qu'il établit , conformément an témoignage de l'expérience : il admit une ma-; tière composée d'élémens subtils , épars, errans dans le ride ; lorsque ces élémens s'unissent et se combinent , ils produisent un corps ; le corps se diisont , dès qu'ik se séparent ; Taction résulte de knr contact , etc. »

(C) Le passage dans lequel Aristote explique ccttp •piaion de Leucippe sur le rapport que les sens étahh'fat entre l'homme et la nature , mérite d'être lu en entier.

« Plnsienrs philosophes, dit-il, pensent que les Bodifications reçues s'opèrent par le mojen d'un agent principal qui s'introduit par une espèce de pocn» ; ils estiment que c'est ainsi que s'opèrent ches nensles phénomènes de la vision, de Touîe et des autres sensations. Nous apercevons donc , suivant eux , les choses elles-mêmes au travers de Tair , ^ Teaa et des antres milieux tsanspareus. Las pores quidon-

» uent passage à celte action sont très-petits , mait » exlrémeiuent répétés , disposés symétriquement , » et plus ils sont nombreux, plus aussi les perceptions » sont nettes et claires. Ainsi la substance qui agit » et celle qui est modifiée , se mêlent et se confondent » en quelque manière. Telle fut l'opinion d'Empédocle, » bien mieux définie par Leucippe et Démocrite , qui » réngèrent en principe , et ce principe paraît con- » forme à la nature...

B L'action exercée et l'impression reçue résultent « donc du contact de substances diverses. La généra- ■ tion s'opère par leur composition et leur mélange ; » la dissolution par la séparation , et les pores sont » autant de canaux par le moyen desquels ces révo* N lutions s'etécutent. » ( Dégénérât, et comipt. Ht. I > cap. 8.)

(D) n Rien de réel suivant Démocrite ne se présente

» à nos sens ; car les atomes composent tout ce qui

m existe , et la nature n'a aucune qualité sensible ; il

» n'y a donc de vrai que ce qui appartient au domaine

m de l'entendement. ( Sextus l'Empirique , jidv,

» Logic, y § 6. ) Les perceptions sensibles ne sont donc

» que des modifications de nos sens ; il n'y a rien dans

B les choses extérieures , de froid , de chaud , de doux

» ou d*amer , de blanc ou de noir , ni rien de ce qui

» en forme les apparences ; ce sont des noms que nous

» donnons à nos propres affections. « ( lùid. , § 184. )

« Quelques-uns croient, dit ailleurs Sextus, que

» la philosophie deDéinocrite a quelque analogie avee

)> la nôtre , parce qu'il paraît avoir employé les mêmes

• tiémeas. D« ce que le miel parait doux aux uni pamfir » aux autres, Dëmocrite leur parait conclore qu'il n'est

• ni l'on ni Tautre, et raisonner comme les sceptiques ;

• mais, Pécole de Démocrite donne à ces expressions un

• sens bien différent de celui des sceptiques ; elle entend » dire seulement que ni l'une ni l'autre qualité n*appar-

• tient au miel en lui-même, et nous prétendons que

• Ilionune ignore si toutes deux, si aucude des deux , ap- » partiennent aux choses apparentes. La différence qui » existe entre cette école et nous est bien plus grande en* « core, puisque cette école , quoiqu'elle commence p^r » remarquer la contradiction et l'incertitude qui rë-

• gneni dans les témoignages des sens , affirme cepen- B dan t d'une manière expresse que les atomes et le vide

• existent réellement. » (Sexlus l'Empirique. — BjrpoU PjrrrkoH.j Ht. I, § ai3. — Liv. II , § 63. )

Gcéron a donc mal compris les opinions de Démocrite , lorsque dans ses Questions académiques , l.IY» c. a3 , il s'exprime ainsi : lUe verum esse plané mepu.

• Démocrite essayait , dit encore Sextus , de démon-

• trer par divers raisonnemens cette affinité qui existe

• entre les semblables, et à l'aide de laquelle s'opère le

• phénomène de la perception. Cette affinité , suivant

• Ini , existe dans les êtres inanimés , comme dans les « choses animées. De même que les animaux se ré-

• ooiasent en troupes avec ceux de leur espèce , on voit

• les grains agités dans le crible, les caillou^ rouler

• dans le fleuve, se rapprocher et s'assembler. > (Sextua fEmpirique, Jdv, Logie.j VU i §§ 1 17 » 118.

Ccércm a élégamment exprimé l'hypothèse de Dér

mocrite sur les images qoi enent dsos ratmosphère el serrent de Whkale anx idées sar la divinité : Quid Democriitts qui iÊtm imagines earumque drcuiius in Deorum numéro reftrt , tum iUam naturam qum imaginesfyndatac miitaij tumscienUam intelligent îiamque nostram , etc. ( De naturd Deor.jI >cap. i6. ) Et plus loin i Tum enim censet imagines diviniiate prœdiias inesse uni%^rsitati rerum : tum principia mentis quœ sunt in eodem universo : tum imaginantes imagines qum velprodesse nobis soient , vel nocere : tum ingentes quasdam imagines tantasque , ut uni^ versum mundum complectantur extrinsecùs. ( Ibid. , I , oap. 45. )

Yoici comment Démocrite développe ces proposiliôDS. Sextus rapporte ses propres paroles : « La vérité 1» ne consiste que dans ce qui existe règlement ; or , il > n'existe que des atomes et du vide ; l%abitnde et le » langage ont introduit ces expressions s le dowuo , » tamer , le chaud , le froid ^ ta couleur* Ce qii'on » croit exister dans ces apparences , ce qu'on regarde i> comme des objets sensibles, n'est rien en réalité, i» Ce n'est pas qu'en cherchant à prouver son système , remarque Sextus y il n'annonce qu'il ajoutera foi an té-* moignage des sens ; mais il le condamueencore. Réellement, dit Démocrite, nous ne connaissons rien de réritable ; nous connaissons seulement l'effet que les objets produisent sur nous , les afiêctions qu'ils font éprouTer à notre corps. Dans son livre sur les idées , il déclare que cette règle doit apprendre à l'homme combien il est éloigné de la vérité. Chacun n'a q^une opinion telle que Vont /armée les impressions qu*Ua reçues

iâs objets, n distingue , ta reste , denz ordres de conuissances anxqaelles il donne des règles distinctes : rane Tient des sens , et Taatre de la pensée. Il inyesUt b praniëre dn droit de jnger la vérilé ; il la regarde comme légitime et digne de foi. La seconde n'esta ses yenz qu'obscure et privée du discernement qui sépare h vérité de Terreur; ce sont ses propres expressions* » ; Aàvers. Log. » VII , § i35 et suivans. )

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