‹ Histoire comparée des systèmes de philosophieChapitre 33 sur 38 · M£D£CIN£-L£GAL · texte numérisé non relu

M£D£CIN£-L£GAL

de véritables aliénés. Il y a chez eux une épouvantable perversion morale. Ces infortunés sont affectés de la manie sans délire , de M. Plnel , et dont cet auteur rapporte plusieurs exemples remarquables. Supposons qu'un homme se dise dévoré de la soif du sang humain , et poussé à commettre des meurtres : cela ne suflira-t-ii pas pour le faire enfermer dans une maison de fous, et interdire de la gestion de ses biens et de sa personne ? Et si ce même individu a pu commettre une action abominable, ne sera-t-il plus un aliéné? Ainsi, sans s'en douter, l'auteu^ de l'acte d'accusation et Tavocatgénéral préparaient la justification de Papavoine , eo attribuant son crime à la soif du sang, ou à un instinct de cruauté dégagé de toute espèce d'intérêt.

Voici les faits qui paraissaient prouver que les actes meurtriers de Papavoine ont été le résultat de Taliénation mentale:

i.^ Le meurtre des deux enfans n'a pu être conunts, par un homme raisonnable et d'une condition honnête, que pour des motifs puisssans , pour de grands intérêts ; et à moins qu'il n'ait été inspiré par le fanatisme poli* tique , il est évident qu'il a fallu le concours de plusieurs volontés; des pitopositions ont dû être faites, une récompense convenue , des garanties données de part et d'autre y des desseins arrêtés pour l'exécution du crime, etc., etc. ; en un mot, Papavoine devait avoir des complices ; il a &llu du temps et de nombreuses démarches pour concevoir, proposer, et arrêter le projet d'assassinat, pour se décider à l'exécuter. Il est également évident que si l'idée de tuer les deux enfans n'est venue à Papavoine qu'au moment où il les a Vus , le meurtre qu'il a commis doit être considéré comme un acte de folie : car il ne pouvait y avoir ni préméditation , ni volonté. Jamais , en effet , on n'a vu un être doué de raison , concevoir un pareil dessein si imtantanément et sans le moindre motif d'intérêt.

RELATIVE A. LA FCLIE. 5;

Or, il paraît proavé que Papavolne ne voulait point assassiner le» enfans de madame la duchesse de Berry ; un homme comme lui ne pouvait d^ailleurs ignorer que ces enfans ne vont pas se promener sans être accompagnés de phisieurs personnes. La police, malgré sa vigilance, les magistrats , malgré leur zèle , n'ont pu découvrir le moindre indice qui pût faire soupçonner que Papavoinc ait eu des complices. Il ne connaissait aucun des membres de la famille Gcrhod, et n'était connu d'aucun d'eux; peu d'inslans avant de monter à l'échafaud , il a encore déclaré que cette famille était parfaiteiiicnt innocente. Aurait-il commis quelque méprise grave, aurait-il eu en vue d'autres victimes ? cela est possible , mais rien ne le donne à penser.

Mais en admettant que Papavoine ait conçu et prémédité son projet long-temps d'avance , l'exécution ne pouvant être qu'éventuelle , on ne conçoit pas comment il ne s'est pas muni d'un couteau avant d'aller à Vinçennes ; il devait bien penser que l'achat de l'instrument meurtrier, fait si près du théâtre du crime, ne pouvait manquer de le compromettre gravement ; élait-il même Lien assuré d'en trouver de convenable dans un village ? Dans l'instruction , on a cherché à établir que Papavoinc n'avait acheté le couteau qu'après avoir vu les enfans. Le défenseur , au contraire , a voulu prouver qu'il était impossible que Papavoine ait eu le temps , entre la vue des enlans et l'acte meurtrier, d'aller faire cet achat. Je ne sais laquelle de ces deux versions est plus favorable à l'accusé ; la première semblerait annoncer que la vue seule des enfans a donné l'idée de les tuer, que la préméditation a à peine existé, qu'aucun motif intéressé n'a guidé Papavoine , et que le meurtre a été un acte de folie. La seconde , au convraire , ne semblerait-elle pas indiquer que Papavoine ayant oublié l'instrument dti rrime, et espérant trouver l'occasion de le commettre,

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a cru devoir reparer promptement son omission ? Car autrement, en le supposant doué de raison , on ne voit pas quel motif Taurait porté à acheter un couteau lorsqu'il en avait deux chez lui. Cependant, la version du défenseur rend moins invraisemblable Texplication don> née par Papavoine du projet insensé qu'il avait, dit-il, en achetant le couteau, d'aller délivrer des prisonniers renfermés dans le donjon de Vincennes, En effet, si Tachât du couteau a été provoqué par la vue des enfans, le meurtre a suivi de trop près , pour qu'on ne voie pas dans ces divers actes l'exécution d'une même pensée.

2.'* Le père de Papavoine a été sujet à des aberration^ mentales , à des accès de fureur. Plas de la moitié des folies sont héréditaires. Cette circonstance seule n'est sai)5 doute pas d'un ^and poids pour prouver l'état d'aliénation mentale de Papavoine : mais réunie aux autres preuves elle ne laisse pas d'avoir beaucoup de valeur.

3.® Papavoine avait une constitution éminenunent mélancolique et un commencement d'état hypocondriaque , caractérisé par son amour pour la solitude, sa misanthropie, etc. On peut presque assurer qu'un tel homme, déjà sous l'influence d'une cause héréditaire , tombera dans l'hypocondrie ou l'aliénation mentale , s'il éprouve des revers de fortune , si , surtout , il a à se plaindre de ses semblables. Or, Papavoine a vu sa famille ruinée par l'abus de confiance d'un oncle, il s'est trouvé sai^ place et peu après sans ressource pour lui et sa mère ; il ne serait pas étonnant qu'il eût perdu la raison , il serait jpeut-étre plus extraordinaire qu'il l'eût conservée.

4*° Il est positif qu'il a eu un court accès de folie à Brest en i823, environ une année avant le meurtre de5 deux en&ns. Il parait certain aussi que peu de temps et même quelques jours avant ce funeste événement, il avait semblé ne pas jouir entièrement de l'exercice de ses facultés. Le défenseur dit que la lettre dans laquelle la

a£LATiVE k LA FOUE.' Sg

mère de Papavoine manifestait ses inquiétudes à ce sujet, a été acceptée sans réserve par l'accusation. Remarques qu^elle a été écrite le deux octobre , et que le meurtre a élé commis le dix du même mois.

5.* La tentative de meurtre faite sur le jeune Labiet ne prouverait point en faveur de Topinion que nous défendons maintenant , sans le concours des circonstances qui viennent à Tappui de celte opinion. Les deux atten* taU de Papavoine doivent reconnaître la même cause ; s'il était fou lorsqu'il a tué les deux enfans, il Tétait également lorsqu'il a voulu tuer Labiet.

6.* Une déposition extrêmement importante est celle du concierge de la prison. Il a, dit-il, douté d'abord ; mais bientôt il a été convaincu que Papavoine était sujet à de véritables accès de manie furieuse , dont il a été témoin plusieurs fois. Durant ces accès, ajoute-t-il, il s*opérait des changement physiques remarquables : la figure devenait d'un rouge vif, les cheveux se hérissaient; dans cet état il épouvantait jusqu'aux soldats qui l'environnaient.

7.* Les explications que donne un accusé qui se défend sont sans doute fort suspectes, surtout lorsqu'elles sont Caivorables k sa cause. Mais ici, je le répète, il faut avoir égard aux autres circonstances du crime. Il y a des indices pvissans d'aliénation mentale chez Papavoine, on ne découvre aucun motif d'intérêt ou de vengeance qui ait pu le pousser au crime : l'accusé ajoute que ses actes criminels ont été indépendans de sa volonté , qu'il avait sa raison complètement égarée lorsqu'il s^en est rendu coupable ; cette explication , qui peut être fausse, n*est pourtant pas invraisemblable. Papavoine a encore dit, peu d'instans avant d'aller à Téchafaud, qu'il n'avait pas de complice, et que les attentats qu'il payait de sa tête étaient incompréhensibles pour lui, qu'ils étaient bien réellement l'effet d'un dérangement de ses (acuités.

Co » MÉDECIÎîE-LÉGALE

8.® La raison parfaite que Papavoine a montrée dans ses interrogatoires et aux débats ne prouve point du tout l'absence de la manie furieuse. Celle-ci est souvent périodique^ et elle existe quelquefois sans aberration dr^ idées. Lorsqu'elle est périodique, les malades jouîsscit de leur pleine raison dans les intervalles lucides. Lorsqu'elle existe sans délire, les actes de violence, de fureur, de cruauté, n'empêchent pas les malades de iif présenter aucune incohérence dans les idées. Chez Pjpavoine la fureur était périodique, qu'elle fût simulée ou réelle.

g.** Si Papavoine a élé dominé par un instinct meurtrier, comme l'auteur de l'acte d'accusation et l'avocatgénéral sont portés à le penser, c'est une preuve , suivant nous , qu'il était aliéné. Mais si cet instinct eût existé , l'accusé n'avait aucun intérêt à le cacher ; à moins qu'il ne pensât comme les deux personnes que nous venons de citer, qu'une perversion morale aussi profonde n'est p.'.s lé résultat de la folie, lors même qu'elle se manifeste accidentellement chez un homme naturellement doux ci honnête, et qu'elle ne serait point employée pour senir de vils intérêts de cupidité ou d'atroces projets de vengeance.

Ainsi , on n'a pu découvrir de motif intéressé qui ait pu porter Papavoine au crime , motif qui devait être d'autant plus puissant que le crime était atroce ; Papavoine était fortement disposé à l'aliénation mentale par une disposition de famille et par sa constitution mélancolique ; à Brest il a été en proie à des souffrances morales qui l'ont jeté dans le délire ; peu de temps avant de commettre le meurtre de Vincennes , il a encore présenté des signes d'une aberration mentale ; le concierge de 1» prison a cru remarquer en lui des accès véritables de manie furieuse ; il a voulu commettre un meurtre depuis son arrestation ; il attribue ses actes criminels à int

RELATIVE A LA FOLIE. 6l

égarement de la raison : tous ces faits paraissent prouver que Papavoine était réellement dans un accès de manie furieuse lorsquHI a commis Tattentat de Vincennes, aussi bien que lorsqu'il s'est jeté sur le jeune Labiet et Ta frappé de coups de couteau.

jMais il est aussi des faits qui semblent contrarier cette manière de voir ; les voici :

I.® Papavoine ne pouvait faire de révélations, sans se rendre mille fois plus odieux , sans montrer qii'un vil intérêt Tavait conduit à commettre un crime atroce, un forfait inoui. Il eût découvert vingt complices qu'il n'eût pas moins paru le plus coupable de lous , et fût monté comme eux sur Téchafaud. Tandis qu'en cherchant à se faire passer pour fou , il pouvait tromper quelques personnes, jeter du doute dans l'esprit de beaucoup d'autres , intéresser en sa faveur , et suspendre en quelque sorte l'action de la justice. Il est certain que Papavoine, a en partie réussi à obtenir ce résultat : les uns l'ont cra véritablement aliéné , d'autres ont douté , beaucoup ne Teussent pas condamné. Ainsi ce dernier rôle était bien préférable au premier. Il est vrai que Papavoine a persisté dans le même système jusqu'au pied de l'échaiaud ; mais l'espérance n'abandonne jamais l'homme ; peut*élre Papavoine s'imaginait-il que l'appareil de la mort n'était dressé que pour l'eiTrayer et obtenir de lui des révélations importantes : cela s'est vu. En persistant dans son système ^ il pouvait obtenir quelque amendement a son sort ; en avouant qu'il avait été un monstre , sa peine eût été augmentée de tout le poids de l'exécration publique. Sa famille est beaucoup moins à plaindre ; sa mère peut encore croire qu'elle n'a pas donné le jour à un scélérat. Un homme comme Papavoine pouvait comprendre par&itement tout cela.

2.* L'exécution du meurtre des deux enfans présente plusieurs circonstances qui ne s'accordent guère avec

63 MÉBBCiKE-IiÉGALS

rexistence d'un état de manie fiirieuse ches Pipsvoine. Il voit ces enians, il va acheter un coûteao, et dans cet instant il parait tranquille , doux , poli ; quelques miiiutes après y les enfans ont perdu la vie ; aussitôt Papa voines^enfonce dans le bois , cache son couteau dans la terre , regarde avec inquiétude s'il ne porte aaciine marque qui puisse déceler son crime ^ demande s'il n'a pas de tache sur la figure, paraît néanmoins calme et tranquille , et s'informe des issues de la forêt ; il répond avec une préseoce d'esprit admirable lorsqu'on vient pour l'arrêter, de manière à détourner les soupçons dont il pourrait être l'objet et à faire éloigner le gendarme qui l'avait abordé. Conduit devant l'autorité du lieu ^ reconnu par des témoins, il nie tout avec fermeté , ne montre point d^agilation. Voilà un accès terrible dans ses résultats , qui a néanmoins été bien court, bien calme, et qui n^a causé que fort peu d'agitation , que fort peu de trouble dans les idées : tout cela est fort extraordinaire. Si Papavoine eût assommé ces enfans en les foulant aux pieds , on en leur brisant la tête contre les arbres , on pourrait concevoir que cette action aurait été le résultat de quelque mouvement violent de fureur ; et encore est-il difficile d'admettre qu'un calme si parfait, qu'une si grande présence d'esprit , que l'idée de tout nier, que des précautions si ingénieuses, eussent été si promptement observées chez ce même furieux, après une action aussi horrible. La fureur est ordinairement suivie d'un coUapsus remarquable, avec affaissement des traits , pâleur de la face , fiiiblesse générale, etc.

3.° L'explication que donne Papavoine de son état mental au moment où il a commis le meurtre , n'est guère conforme à l'observation journalière. Il a , dit-il , acheté un couteau pour aller délivrer les prisonniers du donjon de Vincennes. Il est difficile de croire qu'il n'ait point été frappé de l'idée ^que ses moyens d'exécution n'étaient

RELATIVE K LA FOLIE. 6a,

point en rapport avec le nombre et la grandeur des obstacles à surmonter pour arriver à ce but. Mais par un hasard assez singulier , à peine a-t-il acheté le couteau qu'il oublie son projet, si bien qu'il gagne le bois au lieu (le se diriger vers le château ; bientôt il rencontre les deux eafans , perd la tête , et ôte la vie aux deux victimes , sans savoir ce qu'il fait ; la connaissance lui revient à Tinstant même , car il cherche dans une fuite prompte , et dans divers moyens , à échapper aux poursuites dont il est immédiatement Tobjet. Une pareille conduite est inexplicable d'après les faits connus en médecine mentale, t ne circonstance qui a surtout frappé M. Esquirol , et qui est très-importante , c'est que Papavoine pré* tend qu'il ignore absolument le motif déraisonnable qui l'a poussé au meurtre , et ne se rappelle point du tout ce qui s'est passé en lui pendant qu'il a commis l'attentat. Or, les fous ne perdent point ainsi la téie» ils savent ce qu'ils font et conservent parfaitement bien le souvenir de leurs actions remarquables et de leurs pensées , tant qu'ils ne sont point tombés dans une démence profonde ; après leur guérison ils rendent un compte exact de tout ce qu'ils ont éprouvé durant leur maladie ; on est même étonné de toutes les remarques qu'ils ont faites , alors qu'on les voyait concentrés en eux-mêmes, ou agités , fiirienx , incapables d'observer et de réfléchir. Papavoine parait avoir si peu perdu la tête , si bien su exécuter son dessein , qu'il n'a pas manqué de chercher k percer le cœur; il n'a été à la secondes victime que lorsque la première a été frappée du coup mortel. L'acte meurtrier a donc été commis par un être qui conservait la connaissance « et qui aurait dû donner les raisons par lesquelles il était poussé, dans son délire , à commettre un pareil for&it. Celte opinion ne sera bien comprise que des personnes qui ont Thabitude de voTr des aliénés.

4/ Le système de dénégation adopté pendant six se-

maincs par Papavoine , n'est pas ordinaire chez les fous : presqne tous les aliénés meurtriers ne cachent m leurs nroiets ni leurs actions ; soit qu'ils s imaginent commctfre des actes méritoires, soit qu'ils espèrent trouver la mort après l'avoir donnée à d'autres; soit, enfin qu .1. n'aient pas balancé entre des motifs imaginaires de ven- «ance ou de jalousie et l'échafaud, ils restent sur le Ihéâlre de leurs crimes et ne cèlent aucune des circonstances de l'exécution; ils se laissent enferma; satisfaili de la réussite de leurs projeU, ils s'abandonnent à h justice humaine, qu'ils savent inexorable pour les criminels.

et se reposent avec confiance sur la justice divine Lc?er a d'abord nié aussi: mais remarquez qu.l a fallu bien «eu d'efforU pour obtenir de lui l'aveu de sa conduite. En- Lite nous ne donnons pas comme une preuve déraison îës dénégations opiniâtres de Papavome ; autrement nou> serions en contradicUon avec ce que nous avons du précédemment à propos des dénégauons de Léger, ^ors rapprochons seulement ce fait comme une simple présomption, des autres circonstances qui nous font douter de l'existence de la folie chez cet individu.

Que conclure de tout ce qui précède? Papavome était .1 fou ne l'élait-il pas? Comme médecm nous ne pouvon aue'resler dans le doute sur cette question grav* : c est £ que comme juré nous eussions voté pour l ac^. e- Lnt Papavoine eât été enfermé dans une maison d .l.rés pendant un certain nombre d'années. En pare.! ca. , au moins devrait-on écarter la question de premed..atl 7o- - pas courir le risque d'envoyer «nahene a

^ Lorle des médecins habitués à voir des fous ne crS pas pouvoir prononcer avec certitude dans . • > cas de ce genre, n'est-on pas un peu surpris de voir do

m^strats! des ^ensdu monde , se pron^e-- ^^ fiance pour mie opinion plutôt que pour 1 autre , tranclu

RELATIVE 4 lA POIIE. C5

avec assurance sur la valear de tel fait oa de tel aulre en faveur de Texistence de la raison ? Il nous semble que dans des cas aussi di£Sciles , et même dans tous ceax où l'aliénation mentale est invoquée comme moyen de défense , il serait convenable de faire appeler des médecins expérimentés , tant pour éclairer la conscience des juges , que pour fixer Topinion publique; nous disons qu'il faut fixer l'opinion publique , parce que le peuple étant peu instruit sur les différentes espèces de folie , pourrait être étonné qu'on acquittât pour cette cause des êtres qui ne loi paraîtraient pas jprivés de la raison ; tandis qu'il pourrait se reposer avec confiance sur la décision des gens de l'art.

Les cinq condamnés dont noiu venons d'examiner les procès , ont été pris par la justice dans l'espace de deux années environ ; quatre ont été jugés k Paris, et le cinquième à VersaUlcs, i peu de distance de la capiule. Dans ce même espace de temps, l'aliénation mentale a également été alléguée comme mojfin de défense dan) plusieurs autres causes jugées k Paris.

fl paraît que ce moyen de défense est invoqué très-souvent aussi dans les départemens, beaucoup plus souvent dit- on, qu'il y a vingt ans. Les magistrats s'en effrayent' et cxâignent que des coupables n'échappent à la vindicte publique en simulant quelques symptômes de folie.

Aussi les avocats-généraux , les procureur du Roi , les auteur» des actes d'accusation s'élèvent-ils avec force contre ce système de défense.

Cependant , sur les cinq individus dont nous nous sommes occupés , nous en trouvons trois , Lecouffe Léger et Papavoine, en laveur desquels l'aliénation mentale pouvait être aUéguée , et devait même être prise en considération par le jury , quoique chex Papavoine ' existence de cette maladie fût au moins douteuse.

66 MÉDECINE-LÉGALE aU«A.TIVE A LA FOUE.

Si la succession rapide de ces trois procès sur un point très-circonscrit de la France n^est pas due à une sorte d<* hasard ; si , dans d'autres temps et dans d'autres lieux , dt n causes du même genre se présentent aussi fréquemment , n'est-il pas à craindre qu'il ne se commette quelqaeful> de graves méprises?

Dans ces sortes de causes, les magistrats doiver:t donc procéder avec la plus grande circonspection , s'é clairer constamment des conseils des gens de l'art, el user d'indulgence 9 s'ib conservent le moindre doute su i le caractère moral de l'action imputée aux accusés. 1> vaut mieux, a-t-on dit justement, acquitter cent coupables que de punir un innocent, un aliéné, snrtout lorsqu'il s'agit d'appliquer la peine capitale; car alors Terreur est irréparable.

On enverrait à Téchafaud des centaines d^indivldr^ comme Léger, qu'on ne préviendrait pas les actions seni blables à celle qu'il a commise. La crainte des supplicrs n'arrête point les aliénés : oa a brdié des milliers de sorciers et de possédés, et plus on en envoyait à la moii , plus il s*en présentait à juger. Les châtimens sont donr. en pareil cas , des cruautés inutiles.

D'ailleurs, n'est-il pas consolant pour l'humanité, de pouvoir rattacher à une infirmité mentale , quelque uns des forfaits qui la déshonorent? Et n'est-ce point r valer la dignité de l'homme, que d'admettre si facilemeul l'existence de monstres raisonnables qui conunetlrdin:' des crimes inouis, sans intérêt, et par le seul besoin d^ se baigner dans le sang de leurs semblables?

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