CHAPITRE SECOND
QUELQUES CONSIDÉHATIOMS MÉDICO-LÉGALES SDK LA LIBÉBTÉ MORALE (l).
JN ocs n^avons , en France , aucun Traité spécial sur ce sujet important. Nous nous étions proposé de remplir cette lacune , et à cet effet , nous avions rassemblé un assez grand nombre de matériaux. Quelques circonstances nous ayant forcé de cesser notre travail i nous nous bornerons aujourd'hui à en publier un court extrait.
Nous ne voulons point engager ici une discussion métaphysique sur la liberté morale. Nous ne chercherons donc point à résoudre la question de savoir si rhomme se détermine sur des motifs, ou s'il est déterminé par des motifs ; en d'autres termes , si la liberté est absolue ou si elle est limitée. Tout le monde sait , chacun
sent comment Thomme, dont les facultés mentales sont
saloes, peut délibérer ses actions, apprécier les causes qui i iQuencenlson jugement, prendre la résolution qui est plus conforme à sa raison et à sts sentlmens ; en un mot , se décider avec discernement et volonté pour tel acte plutôt que pour tel autre. ÎNIais personne n'Ignore, non plus, qu'une foule de causes peuvent troubler rintelligcncc altérer les sentlmens naturels, exciter des penchans insolites , gêner ou détruire la liberté , faire fléchir la volonté ou même la forcer irrésistiblement. Ce sont ces causes dont il est important de connaître le degré d'influence
0) Woni n'ftTons pis cru deroir retrancher de cette partie de notre travafl plusicars passages qui se rctrooTent dam le Chapitre préccdrnt.
68 HEDECIIÏE-LÉGALE
SUT la pensée , attenda que dans certains cas elles modifient le caractère moral des actions criminelles, et que dans d^autres elles rendent Tliomme incapable de la gestion de ses biens et de sa personne. Nous n^envisagerons la liberté morale que sous ce point de vue purement médical y et seulement dans sts rapports avec le droit civil et criminel*
Les causes qui affaiblissent ou détruisent la liberté peu vent se rapporter aux suivantes : la folie ou aliénation mentale , le délire fébrile et la perle de connaissance , rivresse , le somnambulisme , les passions violentes et les besoins impérieux , la faiblesse d^esprit, Tignorance elles préjugés, Tépilepsie, l'hypocondrie et l'hystérie, la surdi-mutité , enfin , certains désirs insolites qui naissent chez quelques femmes enceintes.
Nous passerons successivement en revue chacun de ces états de l'économie, en indiquant les dispositions de la législation civile et criminelle qui s'y rattachent
§ I.^' Foiie ou aliénation mentale.
L'existence de cette maladie détruit la criminalîié d'une action (i) , peut priver celui qui en est atteint <Ie l'exercice de ses droits civib (2) , peut même le priver Ai' sa liberté (3). Il est donc de la plus haute importance de connaître les caractères distincti& de l'aliénation mentale, puisque la vie , l'honneur , la fortune , la liberté d'un Individu dépendent souvent de la décision des magistral^ » des jurés ou des médecins.
I." Caractères distinctifs de V aliénation mentale. Nous ne donnerons point ici les symptômes de cette maladie; nous insisterons seulement sur quelques-uns de ses principaux caractères.
(0 Code pénal f art. 64.
(a) Code cwU , art 174 , 489 , 499 » 5o3 , 5o4 , 901 .
(0 Loi du a4 août ^790 , lit. II , arl 3.
flELATlVE \ l'intelligence. 69
L^alîéoation mentale peut présenter dans ses symplAmes deux ordres de troubles fonctionnels : i .* un état de perversion des penchons , des affections , des passions r des seniimens naturels; la manifestation de penchons , d* affections , de passions et de sentimens opposés à ceux dont était doué rindiçidu, 2.^ Un état d'aberratiàn des idées, de trouble dans les combinaisons intellectuelles ; la manifestation d'idées bizarres , de jugemens erronés , etc« Ces deux ordres de phénomènes sont ordinairement compris sous les noms de lésions de la volonté, et de lésions de Hnteiligence.ou délire. Un malade oublie ses amis, ses proches , reste des mois et des années sans songer à eux ; ou bien U éprouve de Taversion pour les plus chers objets de ses affections, an point de maltraiter, de frapper et même de vouloir tuer sa femme , ses enfans , ses amis les plus intimes , etc. Voilà des lésions des sentimens ou de la volonté. Ce même malade croit reconnaître des personnes qu^il n^a jamais vues , prend des domestiques pour des princes , des malades comme lui pour des parens ou pour des ennemis ; il se croit prince , roL, empereur ^ pape ; ses idées sont incohérentes , ses raisonnemens ex^ travagans; son intelligence est exaltée ou eHeest affaiblie, etc. Ce sont là des aberrations des idées.
Ordinairement ces deux élémens de l'aliénation mentale se trouvent réunis chez le même malade ; en même temps qu'il déraisonne , il présente des changemens remarquables dans ses penchans et ses affections. II est rare « en effet , que des jugemens erronés ne fassent pas naître des sentimens insolites , et que des penchans soient dénaturés sans communiquer du trouble à Tintelligence. Mais souvent Tun ou Tautre de ces deux ordres de phénomènes prédomine ; quelquefois même Tnn existe seul ou a -peu-près seul. U est surtout important de connaîtie les lésions exclusives des sentimens et des passions ; car , pour les gens du monde , conséquemmcnl pour les ma-
jO MËD£CIl«ErL£GALE
gîstrats 9 U n^ a de folie que lorsque les idées sont troublées , les jugemens faux et les raîsoaaemens erronés.
M. Pinel a très-bien signalé cette espèce d'aliénation mentale ; il Ta désignée sous les noms de folie raison^ fiante et de manie sans délire. « Les malades , dit-îi , se livrent à des actes d'extravagance, ou même de fureur, avec une sorte de jugeihent conservé dans toute son intégrité , si on en juge par les propos. L'aliéné fait les réponses les plus justes et les plus précises aux questions des curieux ; on n'aperçoit ancuneincohérencedans ses idées ; il fait des lectures » il écrit des lettres , cmnrae si son entendement était parfaitement sain , et controuve toujours quelque raison plausible posr justifier %e% écarts et ses emportemens. » Ailleurs , le même auteur parle « d'aliénés qui n'offraient \ aucune époque ^ aucune lésion de l'entendement, et qui étaient dominés par une sorte d'instinct de fureur , comme si les facultés affectives seules avaient été lésées, i
La périodicité des accès, arec des intervalles lucides , est aussi un phénomène impiortant en médecine légale. En effet , de ce qu'un individu jouit actuellement de l'exercice libre de ses acuités mentales , on ne peut pas arguer qu'il avait sa raison lorsqu'il a commis tel acte ou tel autre;; de ce qu'qn accusé a montré beaucoup <le moyens dans ses interrogatoires et dans sa défense , on ne peut pas conclure qu'il n'est pas sujet à des accès de manie furieuse.
Lorsque le délire ne roule que sur un objet trèfr<irconscrit , n'a rapport qu'à des idées qui reviennent rarement dans la conversation , on peut CsLcilement se méprendre sur l'état du malade , si l'on n'est averti d'avance de son genre de folie. Mais dès qu'on touciie le point malade , la vérité ne tarde pas à être connue.
Le mode de développement de la folie peiil offrir
d'importantes considérations en médecine légale. E"
RELATIVE A l'intelligence. 7 l
effet, ém$ beaucoup de cas , peut-être même dans le plus ^rand nombre , la pensée ne s'allère que graduellement et souvent avec une lenteur remarquable ; lorsque le dé- ^ lire éclate , il n'est que la suite d'un état qui existait déjà depuis plusieurs mois on même plusieurs années. MM. Pinel , Êiquîrol , Gall , ett. , ont parfaitement signalé cette période d'unie arortë d'incnbation de la foUe. Les malades présentent bien alors des changemens notables dans leurs ^ts, leurs habitudes, leur caractère , leur aptitude au travidl ; mais , ou bien on y fait peu d'attention , ou bien on attribué ces cbangemens à toute autre cause qu'à TaKénatiôn mentale ; on prend pour des caprices, de k ifaécbanceté, des vices, de la mauvaise volonté, ce qui n'est que Teffel d'un dérangement du cerveau. Déjà même les idées sopt troublées durant cette période : mais le malade conserve encore assez d'empire sur lui-même pour cacher le désordre qui Tagite* Qu'il commeUe alors une action criminelle , et il pourra ctre Irès-diCBcilc d'en découvrir le vériuble mobile. Toutes les fols que des motife dé cnpidEté ou de vengeance rie sont pas suffisans pour expliquer un foriait , et qu'en même temps l'accusé a présenté pendant longtemps les phénomènes dont nous venons de parier , n'est-U pas équitable d'user d'indulgence ?
U est difficile de marquer précisément les limites presque imperceptibles qui séparent b foUe de la sagesse; de compter les degrés par lesquels la raison tombe dans le précipice, et, pour ainsi dire, dans le néant (d'Agtiesseau). Dans le plus grand nombre des cas , Taliénation mentale est facilement reconnue par tout le monde. Mais il est des cas douteux , où les personnes même les plus instruites ne peuvent prononcer avec certîttide : il faut alors absoudre, s'il s'agit d'une cause crimineMe; différer l'inlordlction ou la séquestration, s^il s'agit de la privation des droits civils ou de la perle de la liberté , ou au moins se
y a MÉDEaNE-LEG ÂL£
borner à la nomination d'un conseil jadiciaire , si des i téréts majears se trouvent par trop compromis. Mais qae les magistrats se pénètrent bien de la nécessité de s'éclairer constamment des lumières de plusieurs hommes de Tart I lorsqu'il faut prononcer sur l'état moral des accusés. Outre que les gens du monde n'ont pas les connaissances nécessaires pour prononcer dans les cas obscurs , 1a décision des médecins aura toujours beaucoup plus de poids sur l'opinion publique. Et il est bien important que le peuple , qui comprendra di£Eiciiement qu'on puisse avoir des accès de manie furieuse et meurtrière sans altération du jugement , se repose avec confiance sur l'avis de& médecins , et ne croie pas que l'on ait voulu soustraire un coupable à la vindicte publique.
Mais il est surtout important que nous traitions plus spécialement de la monomanie avec pencliant au vol ou à l'homicide.
Monoïnanie avec penchant au voL — Monomame-homi' cide. -^ Le penchant au vol est quelquefois un phénomène de la folie. M. Pinel dit qu'il pourrait citer plusieurs exemples d'aliénés de l'un et de l'autre sexe, connus d'ailleurs par une probité sévère durant leurs intervalles de calme , et remarquables pendant leurs accès par un penchant irrésistible à.voler et à &ire des tours de filouterie ( i ). Il parle de femmes qui ont , durant leurs accès de manie , une propension irrésbtible à dérober tout ce qui tombe sous leurs mains; qui s'introduisent dans les loges des autres aliénées , et emportent tout ce qu'elles trouvent (2). M. Esquirol a va aussi des aliénés qui se livrent au vol, et cite à l'appui de cette assertion l'exemple suivant : Vn individu, ancien chevalier de Malte, dont l'éducation avait été soignée , devint amoureux et se livn
CO TruUé de raiiéiwtion nienltde ^ page loi, (3) liUm , page 9^'a.
RELATIVE. A L'XNTELUGEhCE. y}
aux plaisirs de rainoar avec excès. A Tâge de 35 ans , ses parens et ses amb s'aperçorent que ses (acoltés s'affaiblissaient; il n'était pas aussi gai, il avait des absences de mémoire ; Tobjet de sa passion fut pour lui un objet de chagrin violent. Alors il devint agité , querelleur , impertinent , insultant les hommes et les femmes , et enfin voleur. Cette disposition au vol était telle , que dînant chez lui , il prenait un couvert dans sa poche ; il ne se gênait pas davantage chez ses amis et chez les étrangers. Il fit quatre-vingts lieues pour venir dans rétablissement de M. Esquirol; pendant la route, quoique accompagné de plusieurs personnes , il trouvait le moyen de voler des couverts; il les glissait dans ses bottes, s'il ne pouvait les mettre dans sa poche. Il était d'ailleurs raisonnable ; M. Esquirol le laissait aller promener avec son domestique. Un jour il va dans un café , en sort sans payer , et emportant une cuiller et ime soucoape. Ce médecin le place k table à c6té de lui , et la première fois qu'il glisse doucement sa main pour prendre son couvert, il Tarréte et lui fait honte devant tout le monde. Cette leçon lui a suffi; et, depub lors, pendant plus de huit jours « il avait soin d'écarter son couvert , de le pousser vers le milieu de la table , soit pour prévenir la tentation , soit pour convaincre qu'il ne volait pas. Cette disposition au vol s'est parfaitement dissipée, quoique sa tête soit restée faible' (i).
J'ai été , dit M. Fodéré , particulièrement témoin de rinstinct irrésbtiblc de dérober , même parmi des gens bien élevés , et dans leur enfance souvent châtiés pour ce vice ; ib en concevaient la plus grande honte , et dans l'âge mûr cependant ne pouvaient pas s'en défendre , lorsque l'occasion s'en présentait. J'ai eu une domes-
{\) Dictionnaire des Sciences mcdicalcs , arl. Folie.
^4 MÉDECII9B-LÉGALE
tîqiie, continue M. Fxîdété , très-bonne ëhrélîcnne , trèssage et très-tm/deste , tjtri ne fmtivalt pas s^eàipécher de dérober en secret , à moi et atii autres , même des choses de la plus petite importance, et qui convenait de toute la turpitude de cette action. Je ta fis mettre à Thôpital^ comme folle. Et paraissant devenue à résipiscence « après une longue épreuve , elle fut placée au nombre des servantes : peu -à-peu , malgré elle , son instinct la reprit; et , sans cesse combattue par son mauvais petichant d'un côté , et par l'horreur qu'elle en avait de l'autre , elle tomba dans des accès de manie , et mourut subitement dans la violence d'un de ces pafroxysmes. Quelle meilleure preuve, ajoute l'auteur, pourrais- je avoir que cet instinct cruel , irrésistible , appartient à la famille st nombreuse des aliénations partielles ( i ).
M. Gall a rassemblé plusieurs exemples de penchant irrésistible au vol , observé , d'ailleurs , chez des personnes d'une condition élevée , et qui ne prenaient que des objets de peu de valeur. Ce médecin cite entre autres le Caîl remarquable , publié par Âcrel , d'un individu qui , après avoir subi l'opération du trépan , ihanifesta , contre son ordinaire , après sa sortie de l'hôpital , un penchant invincible à voler. Après avoir commis plusieurs larcins , il fut mis en prison , et eût été puni selon la loi , si Acrel ne l'eût déclaré aliéné , et n'eût attribué son malheureux penchant à un dérangement de cerveau (2).
La' monomanie -homicide était peu connue avant les beaux travaux de M. Pinel. Il est probable qu'auparavant on prenait la plupart des infortunés qui en étaient aftcctés pour de grands coupables, et qu'on les envoyait à Féchafaud. Depuis l'impulsion donnée par ce célèbre médecin à l'étude des maladies mentades , on a
(1) Mcdeclm légale ^ tomr I , page a3)5.
(a) Sur les fondions dtg cerveau , lomc 4, cdil. in -8.
RELATIVE K L^llSTELLlOENCE. y S
publié beaucoup d'exemples de monomanie -homîdde. Nous en citerons on certain nombre , rapportés par dîfférens auteurs. On ne saurait accumuler trop de preuves lorsqu'il s'agit d'un sujet aussi important.
Un missionnaire , dît M. Pinel , par $es fougueuses déclamations et l'image effirayante des tourmens de l'autre vie, ébranle si fortement l'imagination d'un vigneron crédule , que ce dernier croit être condamné aux brasiers étemels , et qu'il ne peut empêcher sa faumille de sabir le même sort , que par ce qu^on appelle baptême de sang ou martyre. Il essaye d'abord de conunettre un meurtre sur sa femme , qui ne parvient qu*avec la plus grande peine à échapper de ses mains ; bientôt après , son bras forcené se porte sur deux enfans en bas Âge , et il a la barbarie de les immoler de sang froid pour leur procurer la vie étemelle. Il est cité devant les tribunaux « et durant l'instraction de son procès , il égorge encore un criminel qui était avec lui dans le cachot , toujours dans la vue de (aire une œuvre expiatoire. Son aliénation étant cons&tée , on le condamne à être enfermé , pour le reste de sa vie , dans les loges àe Bicétre. L'isolement d'une longue détention , toujours propre à exalter l'imagination , ridée d'avoir échappé à la mort malgré l'arrêt qu'il suppose avoir été prononcé par les juges , aggravent son délire , et lui font penser qu il est revêtu de la Toute Puissance , ou , suivant ^t% expressions , qull est la quatrième persomie de la Trinité; que sa mission spéciale est de sauver le monde par le baptême de sang , et que tous les potentats de la terre réunis ne sauraient attenter à sa vie. Son égarement est, d'ailleurs, partiel comme dans tous les cas de mélancolie , et il se borne a tout ce qiii se rapporte à ta religion ; car, sur tout autre objet, il parait }ooir de la raison la plus saine. Plus de dix années s'étaient passées dans une étroite réclusion , et les apparences d'un état calme et tranquille déterminèrent à lui
^6 MÉDEClîïE-LÉGAIiE
accorder la liberté des entrées dans les cours de llios* pice , avec les autres convalescens. Quatre nouvelles années d'épreuves semblaient rassurer , lorsqu^on vit toutà-coup se reproduire ses idées sanguinaires , comme un objet de culte ; et une veille de Noël, il forme le projet atroce de faire un sacrifice expiatoire de tout ce qui tomberait sous sa main ; il se procure un tranchet de cor^ donnier , saisit le moment de la ronde du surveillant , lui porte un coup par derrière , qui glisse heureusement sur les c6tes , coupe la gorge à deux aliénés qui étaient à ses c6tés , et il aurait ainsi poursuivi le cours de ses homicides I si on ne fût promptement venu pour s'en rendre maître et arrêter les suites funestes de sa rage ef&énée (i). Un fils unique , élevé sous les yeux d'une mère faible et indulgente , prend l'habitude de se livrer à tous ses caprices , à tous les mouvemens d'un cœur fougueux et désordonné ; l'impétuosité de sts penchans augmente et se fortifie par le progrès de l'âge , et l'argent qu'on lui prodigue semble lever tout obstacle à ses volontés suprêmes. Veuton lui résister » son humeur s'exaspère ; il attaque avec audace , cherche à régner par la force ; il vit continuellement dans les querelles et les rixes. Qu'un animal quelconque, un chien , un mouton , un cheval, lui donnent du dépit , il les met soudain à mort. Est-il de quelque assemblée ou de quelque fête, il s'emporte, donne et reçoit des coups , et sort ensanglanté. D'un autre cAté ^ plein de raison lorsqu'il est calme < et possesseur, dans l'âge adulte , d'un grand domaine , il le régît avec un sens droit , remplit les. autres devoirs de la société , et se fait connaître même par des actes de bienfaisance envers les infortunés. Des blessures, des procès, des amendes pécuniaires avaient été le seul fruit de son malheureux penchant aux rixes ; mais un fait notoire mit un terme à ses
(i) Idctn^ page ii8.
RELATIVE A L'INTELLIGENCE. nn
actes de violence : il s'emporte an jour contre une femme qui lui dit des invectives, et il la précipite dans un puits. L'instruction du procès se poursuit devant les trinaux, et sur la déposition d'une foule de témoins qui rappelaient ses écarts emportés , il est condamné à une réclusion dans Thospice des aliénés de Bicétre (i).
Un homme éprouve par intervalles irréguliers , des accès de fureur marqués par un penchant sanguinaire irrésistible ; et , s'il peut saisir un instrument tranchant , il est porté à sacrifier avec une sorte de rage la première personne qui s'offre à sa vue. Il jouit , à \l'autres égards , du libre exercice de la raison , même durant ses accès ; il répond directement aux questions qu'on lui fait , et ne laisse échapper aucune incohérence dans les idées , aucun signe de délire ; il sent même profondément toute rhorreur de sa situation ;. il est pénétré de remords , comme s'il se reprochait ce penchant forcené. Avant sa réclusion à Bicétre , cet accès de fureur le saisit up jour dans sa maison ; il en avertit à l'instant sa femme qu'il chérissait d'ailleurs , et il n'eut que le temps de lui crier de prendre vite la fuite pour se soustraire à une mort violente. A Bicétre , mêmes accès de fureur périodique , mêmes penchans automatiques k des actes d'atrocité , dirigés quelquefois contre le surveillant, dont il ne cesse de louer les soins compatissans et la douceur. Ce combat intérieur que lui fait éprouver une rabon saine , en opposition avec une cruauté sanguinaire , le réduit quelquefois au désespoir, et il a cherché souvent à terminer par la mort cette lutte insupportable. Un jour, il parvint à saisir le tranchet du cordonnier de l'hospice , et il se fit une profonde blessure au côté droit de la poitrine et an bras , ce qui fut suivi d'une violente hémorrhagie. Une ré-
(i) îdem y page i5G.
^8 M£D£CIK£-L£GAIJ£
rlnsion sévère et le gilet, de force ont arrête le cours de ses projets homicides (i).
Les brigands , lors du massacre des prisons, s'intmdtiisent en forcenés dans f hospice des aliénés de Bic^lre, sotts prétexte de délivrer certaines victimes de Tandenne tyrannie, qu'elle cherchait à confondre avec les aliénés. Un des reclus retenu dans les chaînes , fixe leur attention .par des propos pleins de sens et de raison , et par les plaintes les plus amères. Il' défiait qu'on pût lui* reprocher le' moindre acte d^extravagance ; c^était une injustice criante ; il conjure ces étrangers de faire cesser une pareille oppression. Le surveillant réclame en vain sa propre expérience , endtant d^autres exemples d^aliénés nullement délirans , mais très-redoutables par une fiireur aveugle; on ordonne de' délivrer Fâliéné, el on l'emmène en triomphe , aux cris' rédoublés de vwe la Republique f Le spectacle de tant d'hommes armés ,. leurs propos bruyans el confus , leiurs faces* enluminées par les vapeurs du vin , raniment la fureur de Taliéné ; il salait d\m bras vigoureux le sabre d*un voisin , s'escrime à droite et à- gauche, fait couler lé sang, et si on ne fût promptement parvenu à s'en rendre n^aître , il eût celle fois vengé Thumanité outragée (2).
Un anden moine, dont l'a raison avait été égarée par la dévotion , crut, une certaine nuit , avoir vu en son^ic la Vierge entourée d'esprits bienheureux, et avoir re..ii Tordre exprès de mettre à mort un homme qu'il IralLît d'incrédule: ce projet homicide eût été exécuté si raliOn • ne se fût trahi par ses propos, et s'il n'eût été préveu-i par une réclusion sévère (3).
Un aliéné, dont les accès de fiireur avaient coutume
(i) Jdem^ page 157.
(1) Idem y page iSp.
(3) Idem , page iG5.
BELATIVE A L'ITïTELUGENCE. yq
de se renouveler périodiquement pendant six mois de l'année, avoua dans ses intervalles de calme , que duraut ses accès il lui était impossible de réprimer sa fiireur ; qu'alors , si quelqu'un se présentait devant lui , il croyait voir couler le sang dans ses veines , avec un désir irrésistible de sucer son sang, et de déchirer à belles dénis ses m^nibres^ pour rendre cette succion plus £icile(i).
Le Docteur anglais Cox parle d'aliénés qui , ne voyant que des hérétiques et des réprouvés dans les personnes dont ils sont entourés , regardent comme une œuvre méritoire de les tuer , ou de leur Caire du mal (2).
^L Fodéré a vu une dame 1 déjà âgée, aliénée depuis loQgnes années, qui, dans ses accès, injuriait et battait tout le monde , exagérait les tqrts qu'on avait envers elle , etc. Le même ^nteur cite deux exemples plus re^ inarquables. Dans l'un , il s'agit d'un jeune homme de ^5 ans , qui avait plusieurs fois porté des mains parricides sur son respectable père, et qui était enfermé pour cela * danf une maison de fous ; il était toujours fort propre de sa personne et paraissait très-sensé ; il ne voulut cepen^ dant jamais convenir de l'énormité de son crirn». Dans l'autre , il est question d'un homme âgé de 3o à 36 ans , également renfermé par jugement, pour cause d'homi^ cide , et qui avait tenté plusieurs fois de renouveler les mêmes scènes sanglantes. Depuis plusieurs années il était sujet , surtout après les repas , à des accès de spasmes gé« iiéraux. Enfin , M. Fodéré a vu des malades qui s'entretenaient dans leurs intervalles de Calme , de choses éton-^ nantes et extraordinaires , comme d'incendies, d'inonda-^ lions , de combats , de vols.
Cet auteur cite , d'après Jœger , le cas d'un magistrat suspendu de ses fonctions à cause de cette maladie , qui ,
(1) Iiiem , page 383.
^.i) Practictti observations on insanUy,
8o MÉD£aN&-L£GÂtE
ayant été remis en place parce qu'il paraissait avoir rccapéré entièrement sa raison, et ayant rechaté , avec le soin cependant de cacher de son mieux le retour de ses accidens, prit tout- à-coup à la gorge, dans un grand repas , et chercha à étrangler un autre magistrat qu'il haïssait et qu'il soupçonnait d'ambitionner sa place. H cite aussi, d'après Félix Plater et Michel EtmuUer, le fait d'une femme qui était tentée , par intervalle , de tuer son en£aint , laqqelle était cependant dans son bon sens , et savait résister à ces sortes de tentations (i).
J. Franck raconte qu'étant à visiter la maison des fou!^ de Bedlam , près Londres , Haslam lui montra un enfant de lo ans, qui dès sa deuxième année avait £adt de continuels efforts pour détruire tout ce qui lui tombait sous ses mains , et proféré des injures contre tout le monde. Les châtimens n'ont exercé aucune influence sur ses déterminations (2).
Un aliéné , rapporte M. Esquirol , devient tout-à-coap très-rouge ; il entend une voix qui lui crie aussitôt : Tue , tue, c'est ton ennemi; tue, et tu seras libre/ Un autre est persuadé que sa femme le trahit; la conduite de sa femme , les circonstances dans lesquelles il se trouve démentent ses soupçons ; mais la jalousie arme son bras , il essaie de frapper : l'arme s'échappe de sa main , il se jeté aux pieds de celle qu'il allait immoler , déplore sa fureur jalouse , fait les plus grandes promesses , et prenJ les plus fortes résolutions de se vaincre : uu instant aprrs il recommence. Un malade, âgé de 27 ans, est dcpuiN quelques jours dans un état de manie aiguë ; il tombe à coups de chaise sur une femme que l'on a placée aupn > de lui ; il la blesse ; il a tant d'horreur et d'efiroi à la vue du sang , qu'il se précipite par la croisée d'un qna-
(i) Traité du délire^ tome i , pag. 4oi a 4o5. il) Praxeos medic, , tome 1 , pag. 718.
HELATIVE A . L'INTELUGENCE. 8i
irième éiage. Une dame<, dans un accès dé mélancolie qui lui fait craindre d'être arrêtée pour être jugée et conduite à l!écha£iud , est désespérée du chagrin qu'elle cause à son mari, veut le tuer en lui portant un coup, de pierre sur la tête , et se tuer après. Une dame Belge, aprèb avoir jeté quatre de s^% en£uis dans un puits , s^y précipita ensuite ; elle eût £ùt subir le même sort à un cinquième qui s'échappa ; elle avait envoyé un gâteau empoisonné à Un sixième enfant qui était en pension. Une dame est séparée de son mari plu^ long-temps qu'elle n'avait compté ; elle se chagrine de cette absence , devient triste et morose , et finit par se persuader qu'elle est la plus malheureuse des femmes : bientôt elle s'afilige sur le sort réservé à st& deux filles , et souvent elle est tentée de les tuer pour les empêcher de tomber dans un abîme de maux. Plusieurs fois, elle a envie de les étrangler, et s'écrie t reiirez-Ies..,.. Une femme de 36 ans, à la suite d'affections morales , fiit prise de penchant au suicide ; mais, disait-elle , Je n'ai pas le courage de me tuer^ et pour qu'on me fasse mourir ^ Ufout que je tue quelqu'un : en effet, elle essaya de tuer sa mère et ses en&ns. Une dame , qui avait eu antérieurement un léger accès de mélancolie avec des idées fugaces de suicide , devint trîsle, impatiente, difficile; on l'entendait se plaindre d'avoir des enfaos; elle devient brasque envers un nourrisson qu'elle allaitait depuis huit mois; plusieurs fob ons'aperçoit qu'elle le presse assez fortement , comme pour Tétonffer ; une fois , sans son mari , elle le jetait parla fenc^ tre : dès-lors on ne lui laissait son enfant que le temps nécessaire pour téter. Elle se sent incapable de rien faire, elle déplore son malheur , celui de ses enfans , bien persuadée que son mari est ruiné ; elle voit ses enfans couverts de haillons , courant les rues , tendant la main pour mendier du pain. C'est cette idée qui la jetait dans le désespoir et lui f«ii2»ait prendre la résolution de tiicr so^i
eabg»^ de se ton casoite* Cspendant , 1a tendresse fiiatertt^llê **ï«o»t aés droU»; inais àeUe tonbitca^ ressfer «eà wiEiosi « «Uc s'apfirochait d'èwt, le desaein de les ttteé- se réveiUaî* aussitôt (i).
Leméme auteur a observé le ftit suivant : Une £enime de Saiùt- Gland aecouche, tue son cnfiait de yingt-six coapi de ciseaux , renreloppe de liûgc et le jeté dam les commodités. Le jour de raccowchemcnt, oo fiit olieseUe ; on l«i demanda son enfant; elle ne sut que répondre on finit edni pnr le iktmrer. Conduite à VersaiUes.où on devait ta juger , «tte ne vonJut pas ^ pcddaat la traversée , qu'on lui fcandât les yeux pour <|u:elle ne vît paa ses compaWibWS qui snàvaiént la voiture; elk deratodstt yar fois : Sn ne «e feràças de fflMli n'est-il pas vrai, car je n ai * rien fait? Arrivée à VérsaHlesi» elfe ûe voulut pas manger les dfetw premi^s purs* Conduite an tribunal « die avoua son crime ^ ne donna awcun m^tif.poùr se jostUier^dit qu'elle ignorait pourquoi elle l'avait fait Alors les juges , très-sàges^ ia déclajcèreiit non coupable ^ le crime ayant été commis dans un état de décangement des £scullé5
menUlcs (*). ^ .^ , ,
M. GaU à aussi recueilli deb £iils relatif a la monomanie sangmnaire. Nous en citerons quelques-uns.
Un cordonnier de Strasbourg tue sa femme et trois de ses eofans , et aurait tué le quatrième , si celui-ci ne se fàt pas souslrail à sa fureur. Il a'ôU ensuite la vie. Cet homme jouissait de la réputation d un homme doux et loyal. A Hambourg, un instituteur estimé tue sa fiemme et ses cinq enfàns, en épargnant deux, autres qpi lui étaient confiés. Un booUnger dfe Manbeim , qui a res^ senti depuis dix ans des accès d'une mélancolie profonde, aHmagine que l'àchai qu'il a fait d'une maison a causé son maUienl: et cekn de sa femme , qu'il aime beaucoup.
(1) Dlct des Sciences niéd. , art. ma^w «' "*• «"j^^i^J; ^.. • o . ^2) C€ fait est coûSigiië dans l'ouvrage de M. Gall , t. t .•', «dtt m 8
RELATIVE A L'iKTELUQENCE. 83
il souhaite coalUNieUeflieat U mort , parle simvent cl^nn forgeroB fiançais qiu«e tua ^Nràs aveir tké «a femne , et dit souvent à la sienne : tu tes maUieuf euse , ii IMlra btcti que je ùsse comme a ùii remisé fcaoQais. Uae femme de 26 ans éprouvait 4es accès périodiques i» daâs lesquels elle ressentait des angoisses inexprimables et la tentaiiott affreuse de se détruire ^ et de tuer sou iteri et set eafiMis ^ qui kâ étaient iofinimenl chers. Un combat se KtTait daas sou intérieur , ento-eses devoirs ^ aes principes de religtea « et Timpulsiofi q«t Texcitatt à Taction la phu atroce. Depuis lôfl^temps elle n'avait pim le c^ungede baigner le plus jeune de se^ cnfans , parce qu'une voix intérieure lui disait sans relâèbe : hUs€'-le ctmler, laùsele couier. Souvent die avuit k peine la force et le temps nécessaire^ pour jeter loia d'eÛe un couteau qu'elle était tentée de plonger dans son propre settt et dans celui de sts enfans. Entrait-elle dans la chambre de ses enfaos el de son marii et les trouvai4*elle endormis, l'envie de les tuer venait aussitôt la saisir. Quelquefois elle fermait précipitamment sur elle la porte de cette diambre , et elle en jetait au loin la clé , afin de n'avoir plus la possibilité de retourner auprès d'eux peadast la nuit, s'il loi arrivait de ne pouvoir résister i son infernale tentation ^i). Un soldat , à qui le chagrin d'avoir perdu sa femmt avait beaucoup affaibli le corps et causé une irritabiUlé excessive , init par avoir tons les mois un accès de convulsions violentes ; il ressentait à leur approche un penchant immodérée tuer , et à mesure que rinvasÎM de l'accès approchait , il suppliait avec installée qu'on le chargea de chaînes. Au bout de quelques jours , il fixait luinnéme l'époque à laquelte on pouvait , sans danger ^ le remettre en liberté. iJn antre individu éprouvait , dfens certaines périodes , un désir irrésistible de meitraiter les
(O Kdil. in 8.' , tome 1." , page /JS?.
84 MÉDECim-LÉGALK
aatres ; connaissant son malheureux penchant, il se bisalt tenir enchaîné jusqu^à ce qu'il s'aperçût qu'on pouvait le laisser libre. Un homme mélancolique ayant assisté au supplice d'un criminel , en ressentit une émotion si violente , qa'il fut saisi tout-à-coup du désir le plus véhément de tuer ; et en même temps il conservait l'appréhension la pkis vive de commettre un tel crime (i).
Un paysan âgé de 27 ans, était sujet depuis l'âge de 8 ans à de fréquens accès d'épilepsie* Depuis deux ans , au lieu de cette maladie , cet individu éprouvait des accès de N fureur avec penchant irrésistible à commettre un meurtre. Du moment où il sent l'approche des accidens , il demande avec instance qu'on le lie, qu'on l'enferme. Lorsque cela me prend, dit-il, il faut que je tue, que fétrangle , ne fùt*ce qu'un enfant. Ma mère, s'écrie-t-il , d'une voix terrible , sauve-toi , ou il £aut que je t'étonffe. L'accès dure deux ou trois jours (2).
M. le D. Gall rapproche de ces faits un exemple d'instinct dépravé qui poussait l'individu à commettre des in* cendies. Voici ce fait, tel qu'il a été rapporté dans le journal allemand dit la Gazette nationale ^ n® Ifi^ en 1802 : en 1802, une femme âgée de 4^ ans« fîit décapitée dans une ville d'Allemagne, et son corps fut brûlé. Elle avait mis le feu à 12 maisons, dans Tespace de cinq ans.. Elle était fille d'un paysan , et douée de facultés intellectuelles extrêmement bornées. Elle fut très-malheureuse en ménage , et chercha des consolations dans la re ligion ; elle s'adonnaà l'eau-de-vie , et vola son mari pour s'en procurer. Il éclata dans son endroit un incendie auquel elle n'avait aucune part. Depuis qu'elle avait vu cet effirayant spectacle , il était né en elle le désir de mettre le feu aux maisons, et ce désir dégénérait en un penchant irrésistible, toutes les fois qu'elle avait bu de l'eau-
(1) Idem , lomc 4 , page 99. — (a) JiUm,
RELATIVE k L'linELU6ENc£. 85
de-vie. Elle ne savait donner d'autre raison , ni indiquer d*antre motif d'avoir mb jusqu'à douse fois le feu à des maisons, que ce penchant qui l'y poiûsait. Malgré la crainte, la terreur et le repentir qu'elle sentait chaque fob après avoir commb le crime, elle le conmiettait toujours de nouveau. Les médecins à l'examen desquels cette malheureuse fut soumise à diverses reprises^ n'ayant trouvé aucun indice d'aHénaiion ^ elle fût condamnée. Elle entendit prononcer sa sentence avec une résignation chrétienne, (i)
Les trois faits suivans ont été publiés dans le Psyco* cologicai magazine , vol. 7 , part. 3 , et rapportés par Chrichton , dans son ouvrage sur la folie (2) ,' auquel nou$ les empruntons.
Une femme , dégoûtée de la vie , se détermina à com*' mettre un meurtre pour s'en délivrer , et aussi pour avoir le temps de se repentir.. Elle tua une pauvre îmbécille qui lui était donnée pour garde. Elle pria Dieu avant de se coucher et dormit bien. Le Médecin qui l'assista rapporte son crime au tœdium vùœ; mais le tribunal n^se détermina point d'après son opinion. Il est vrai de dire que cette femme , déjà condamnée à la réclusion , par suite de plusieurs délits , n'était venue à détester la vie , que parce que sa réception dans la maison avait été suivie de mauvais traitemens et de coups. Ce fait se passait en Allemagne, en 17 55.
En 1753, un vieux soldat allemand parut être agité par des idées de meurtre ; et il semble qu'elles devaient leur origine à un enthousiasme religieux. Pressé de jouir du bonheur de la vie future , et voulant s'affranchir du lardeau de son corps , il songea à conmiettre un meurtre pour mériter la mort , et avoir le temps de faire sa paix
(1) fJem , lomc { , |>agc i58.
(») Jn imjuirjr inlo the nature aad origine of mental dcranfcentcnf.
8& »]»B€nœ-LÉGALB
avec Dieu. U» jour, il disait : H &al que je sois keareux ; oui , je serai heoFeiKc après eette vie! H répéta plusieurs fois ces mots, d'une voix forte et altârée, .agitaut ses bras et ses jambes avee Tioleace. Il avait long - temps Bourrî ridée de tuer un* eafent* Trois sem«Res avant d'ezéculef son- pvojet , il ftii en proie it nne^ anxiété et à une inquiétude inexprimables; i( lui sembkit quMl devais tuer qoelqu^un. Eniki , UA jour^ il attire deux petites fiUes dans un appaptemen^f eb eoupe la gorge à Time d'elles. Il se rend sur-le-champ en prison , raconte ce qu'il a Élit Y avooe qu'il a beaucoup de regrets ; il dort dans le pki3 grand calme toute la mût II dil qu'il savait par£aiitcment bien les suites que- devait avoir son action , el que ce sérail avec plaisir qu'il satîsferaU de ioHi son sang.
En xyStS^nziefemmeâgéede^^ans, en proie âdes chagrins domestiques très«violens> commença à ressentir des maux de iéte, durant lesquels elle ne savait ce qu'elle &isait; elle priait souvent sans songer à ce qu'elle dis^t. £t|e forme le projet de quitter son mari , et d'emmener avec elle ses deux enfens, La détresse qui l'afflige et la crainte de ce qui pourrait arriver à ses en&ns si elle venait à mourir, en même-temps- que son ardent désir de mettre un terme à sa propre existence ; toutes ces choses réunies kiî font former et exécuter le projet de noyer ses deux enfans. Aussitôt elle retourne au village , et ra* conte ce qui s'est passé«
M. Falret a publié le fait suivant (i) :
Un homme âgé de 4^ ans , tyrannisé par la passion de la jalousie , crut un soir avoir surpris sa femme en flagrant délit. Il la laisse s'endormir et la tue 4 coups de maillet. Le lendemain il se rend auprès du juge, lui déclare ce qu'il a fait^ et se rend en prison. Quoîqiiil
^i) Du Saieiik et de Phypoeondtie , page 3i2 , obt. lO.»
E£LA11V£ A L'l^TJaXIG£>C£. Sf
soQliat toujoui^ qu'il était ^^03 spY> |)00 &cas » qu'il ^yaît taé 9» femmç p^çQ qi^'c^le Iç méntaî^ ^j^t quç ^ si c'était CACore à fairç 1 il agirait dç même , Içs m^é^ecios déclarèrent que cet homme était atteint d'une véri^.l^le aliénatic^ jogceot^lç* tt fqjk 4cnc reavojré comme insensé , condamné tovteioi^ à être renfermé dan9 ua hôpital de fous. Quelque temps apr^3 > cç malhf ui:eux ^ procura y par ruse I w pistolet » et se brûla la cervelle. Il laissa une lettre à^s laquelle il di/Sait que s'il ne s'était pas donné U mart 4pr^ avoi^ tué sa femme ^ c'était parce qu'il avait pré£6ré la recevoir ^ la main du bourreau i Biais que , puisqm'gn m'avait pas y^ul^ Wi in^iger «ne si juste punition 1 il lui appavrlep^it d'acquitter cette dette envers la «pciété CO-
^ous çm|)ruDU>n3 auK Journaux quotidiens « les quatre iait^ g«i suiveat :
Un Yoiturier qui ayait quitté ^ âtmille étant en parfaite «an té, a été s^bitemf ot $aisi d'un accès de folie furieuse. Son premier act^ de démence fut de se renfermer dans soa écurie avec ses trois chenaux , auxquels il n'avait pa^ fait donner de fourrage. S'étapt mis en route « il commença par maltraiter une femme ; il marche ensuite de vaiit 4a voiture une hache à la main. Il rencontre une feaim^ i qui il donne quelques coups de hache , et la iaisse étendue daq3 un fossé. Plus loin il fend d'un coup de hache la tête à un jeune garçon de i3 ans ; peu après il enfonce le crâne à un jeune homme de 3o ans , dont il répand la cervelle sur le chemin ; et après avoir porté encore plusiiciir^ coups ^ son cadavte , il laisse la hache et la voiture » et conUo^e sa route ainsi désarmé. Il attaque deuii; }niis qui lui échappent après une courte lutte. Il se jette wr mu pj^sim qui eq se ^ébattant.ct pouvant des cris, lit venir quelqu'une son secours; ce frénétique fut
(i)Pag. Soietsuiv.
88 MÉDECIU^Er-LEGALE
Hé et mis en lieu de sûreté. Lorsqu'on le conduisit auprèv's des cads^yres de ceux qu'il avait tués , il dit , à leur aspect : ce n'est pas moi , c'est mon mauvais esprit qui a commis CCS meurtres (i).
Parqii les affaires soumises à la dernière session de la Cour d'assises, dit la feuille d'annonces de Chaamont (EUute-Mame) , il en est une qui doit être jugée lundi, qui offre un effrayant exemple des fureurs de la jaloasie ; c'est celle du nommé Nicolas Pemot , accusé de tentative d'assassinat commise sur la personne de sa femme. Voici les Êiits qui résultent de l'acte d'accusation :
Jean-Nicolas Pemot si'était fait remarquer dès son en&nce par une originalité de caractère qui lui avait attiré » de la part de ses camarades , le surnom de fou , et qui plus tard servit même de prétexte à ses parens pour réclamer en sa faveur l'exemption du service militaire. Pernot ne put toutefois obtenir sa réforme et servit pendant plusieurs années dans le 1 1' régiment de cuirassiers. Ayant obtenu son congé en i8i4i i^ '"t encore appelé à faire partie de la garde nationale pendant les cent jours , et ne rentra dans sa fkmille qu'après la seconde restauration. C'est à cette époque qu'il épousa Marie Gnerelle , servante de son père , devenue enceinte par suite des liaisons qui existaient entre eux. Dès ce moment le caractère de Pemot commença à déceler le penchant le plus prononcé à la jalousie ; cette funeste passion ne fit que s'accroître avec le temps et s'empara enfin de tout son esprit. On le voyait souvent livré à ses* rêveries , rechercher la solitude , et errer çà *et là dans l'attitude d'un homme poursuivi par un mal rongeur: toujours en proie aux soupçons les plus déshonorans pour son épouse , il voyait un rival dans le premier individu qui approchait de sa
{\) ArlsUarque français ^ da i3 avril i8ao. Ce Journal l'a exlrait \h "Mercure de Souabe^ qui en garantit l'authenticité.
RELATIVE A L'INTELLIOENCE. 89
maison, et Texcès de sa défiance alla jnsqu^i liii faire changer quatre ou cinq fois de résidence dans Tespoir de . détruire les affections supposées de sa femme ; il finit par s'établir à Gelsoy , où il exerça la profession de cordonnier. C'est alors que la violence de sa cruelle passion s'accrut encore et se manifesta par des eflFets plus terribles. Tourmenté de Tidée que sa femme était toujours prête à le quitter pendant la nuit pour voler dans les bras d'un amant y il avait l'habitude de placer un tranchet sous le chevet de son lit et menaçait de lui couper la tète si elle cherchait à s'échapper. On le vit , le 2 septembre i SiS , Id poursuivre un rasoir à la main. Le 7 du même mois , des cris s'étant fait entendre dans sa maison y les voisins accoururent et arrivèrent au moment où il venait de la saisir par le cou : ils lui firent lâcher prise et sauvèrent ainsi cette infortunée qu'il cherchait à étrangler. Sa fai^nr ne se concentrait pas sur im seul objet : elle se diri- K^sdt encore sur ses firères , et notamment sur le plus jeune qu'il regardait comme le père des enfans que sa femme lui avait donnés. Il s'était aussi imaginé qu'il exis- ^t dans la commune un complot formé contre ses jours, et il voyait dans chaque habitant un ennemi armé pour ^ destruction.
Le xS mars 1824» Pemot , méditant une nouvelle vengeance , se rendit chez un de ses voisins pour y emprunter une hache qu'il apporta chez lui : sa femme « justement effrayée « s'en empara à son insu et la cacha de manière à lui en ôter l'usage. Pemot , quoique contrarié dans ses vues , ne renonça pas au criminel projet qu'il avait conçu ; il engagea sa femme a venir se chauffer et souper avec lui dans une pièce attenant à b cuisine ; mais celle- , ci , au lieu de répondre à son invitation , se retira dans la grange et revint peu de temps après dans la cubine pour y prendre du linge qu'elle devait porter à la fontaine. C'est U que l'attendait Pernot ; aussitôt qu'elle parut , il sortit
d*uQ eodiroU w U s'était caché , s« pff^cipiU sur cUe ^ et armé d'una s«ip)pe daat il s'était jaudi, M la fimppa à coupa redoublés sur la tête où ell^ «eçut ptasteiiffs Ucêsar^ graves, aîosi qm sur ses naias qu'elle opposait aux coups dont elle était assaillie. Cette fqîs encore elle dut ^u teint aux voisins ^que set cm atraieiit attirés sur le Ueu de la acène. Ou seotÂt dèsJors qu'il ^iait urgent de s'emparer do coupable , et il <ut arrêté. Lorsqu'on hû reprocha saucniue i loin d'eu témoigner du repentir , il ne UAaui&sta d'aolres regrets que celui de ne pas avoir pu £ûre usage de la hache et de ne pas avoir tué sa femme.
Dans rinterrogatoire qu'il a subi par-devant M. le )Uge d'instruction « l'accnsé eat convenu du crime qu'on lui impute , et motivefmi actbu sur des reproches d'impuissance que lui aur^ût ùit sa iemme , sur la conduite scandaleiise qu'il Ini attribue , et sur des propositions aussi coupable» qu'indécentes qu'elle n'aurait pas craint de faire à un autre homme en sa présence. U ajoute qu'elle le oftenaçaitcontioueUemeut des gendarmes, et qu'il voulait qu'elle mour&t aussi bien que bai (c).
Nous ne connaissons pas l'issue de .ce procès ; mais les faits que relate l'acte d'accusation^ suffisent néanmoins pour démontrer à nos yeux que Pernot était atteint dV liénation mentale. Remarquez en effet ces biaarrories de caractère dans sa jeunesse , qui lui .ont fait donner ie nom de fou ; celte sombre jalouaie qui s'empare de Ini, s'accroît et finit par le poursuivre sans cesse,; ces rêveries, celte recherche de la solitude.,, ce maintien d'un homme poursuivi par vn mal rongeur ; ces soupçons contre tout le monde , ces craintes exagérées , ces préqantions multipliées; ces actes de fiureur dirigés contre sa £emme et ses frètes; cette croyance qu^il existait 4ans la cotnmune un complot formé contre ses jours , et qm^ chaque habitant
(i) Courrier français , dn a5 juiUcl 182}.
RELATIVE k L*II«TBLU6ENCE.
était iw eDnemi anné pour sa destmction : fious demandons sHt £»ijl d'autres preuves à\m état d'aliénatmi o&entalevanifinlt?
Le i4 nêrs, an jease homme aemmé Magoe, âgé de vingt* trois ans, garçon maréchal - ferrant « vivant daas sa famflle à Aigre ( Charente ) , composée dn père , de la Bière et d'an firère aîné , après avoir déjeuné avec se^ pweos fi>rtpabiblemeBt , s'est rendu ches le sieuc Besnard , matCre d'écok , et s'est informé combien il hii en coûterait par mois pour apprendre à lire , à écrire et à compter : Trois francs , a répondu Besnard. --" Pourraî-je commencer tout de suite ? demanda Magne. -^ Quand vous voudres. Magne qui pendailt ce colloque avait eu lesdeux mains dans les poches de sa veste , en retire tout-à-coup la main droite armée d'un couteau fraîchement aiguisé , et le plonge dans le sein du malheureux Besnard, en disant: Ëh bien! je commence dès à présent. Magno sortit , et Besnard eut la force de le suivre jusque dans la' rue y et de crier : A l'assassin HLa rue était isolée. Malgré ces cris « Magne , sans hâter le pas , rentre chezkri, aiguise son couteau, et, étant sorli presque aussitôt , il rencontre M. André , notaire , et la frappe d un conp de couteau qui l'aurait tué si les doubles vétemens qn^il portait n'eussent amorti le coup. M. André poursuit Tassassin , qui se réfugie dans la mabon de M. Damond , négociant. Après avoir parcouru phisieurs appartemens ou il n'y avait per^nne, il saute par une fenêtre , et entre dans une maison voisine , telle de M.Bouteland , avocat , et suppléant du juge de paix. En ce moment , une servante de la maison était penchée sur la fenêtre, et saignait au nez ; Magne s'était d'abord approché d'elle ; mais, ayant aperçu M.** Boiitelând, il s'adresse à cette <lame et lui demande où est sou mari. : IL est sociL, dit elle. — J'ai absolument besoin de lui. — U est absent , vous dis-je. — Eh bien! voilà pour toi, ajoute ce fii-
ga MÉDEC1T9E-LÉGALE
rieox, en lui portant un coup de couteau sur la tête. Cette jeune dame , enceinte , reçoit une blessure profonde à la mâchoire, et tombe baignée dans son sang. Cependant , les cris des voisins : à l'assassin ! avaient conduit plusieurs groupes autour de ce furieux dont on n'osait approcher. Magne , voyant la gendarmerie arriver , perce la foule, escalade le mur d'un jardin , et, avant qu'on ait pu l'y poursuivre , il se frappe lui-même de deux coups de couteau dans le cou. Alors- on s'empare de lui, et il est conduit en prison (i).
Nous ne connaissons pas non plus l'issiie de cette af- £iire. Ces actes meurtriers suivis d'une tentative de suicide , ne peuvent guère être qpie le résultat d'un accès de manie furieuse. La conduite de Magne a beaucoup de rapport avec celle du voiturier dont nous venons de citer l'exemple.
Le 5 juillet iSiS , le fils d'un aubergiste de Briennele-Château, qui , depuis deux ans, est atteint d'aliénation mentale , eut une querelle avec ses frères et soeurs, qu'il maltraita ; et ^ armé d'un canon de fiisil servant de souÎQet au foyer de la maison , il porta sur sa propre mère un coup qui lui a donné la mort (2).
Il paraîtrait que l'acte régicide de Ravaillac était autant le résultat d'un dérangement d'esprit, qoe l'effet du fanatisme religieux, a II reconnaissait bien , dit le cardinal de Richelieu , en l'état auquel il était , que ce damnable dessein lui avait été suggéré par /^ nuûin esprit, en ce qu^un homme noir s'étant une fois apparu à loi , il lui avait dit et persuadé cette action abominable. Toutes ses réponses et toutes s^ actions font reconnaître que les seuls conseillers de ce misérable, ont été sa folie et U diable. Son esprit était blessé de mélancolie et ne se re-
(i) Journùldûs Délnas , <îu premier avril i8a5. (23 CanstiUUionnei , du 9 laillet i8'j5.
RELATtyS A l'iNTELUGENCE. gS
paissait que de chimères et de visions Cmtastiqae^. Il con« fessa qu'il avait voulu tuer le roi pour être agréable à Dieu » (i). Ravaillac avait été chasse du cloître pour ses visions et ses extravagances ; il avait déjà été accusé d'un premier meurtre qui ne pût être prouvé. M. Bayle vient de publier le Êiit suivant : Un avocat distingué de Clermont-Ferrand , à la suite de chagrins domestiques et d'une jalousie profonde , perdit tout-à-coup la raison , etfutconduit àParis , dansunemaison destinée aux aliénés. Au bout d'un an il recouvra toute son intelligence et fut rendu à sa £unille. (2) Il avait repris une partie de ses occupations , lorsque ses moti& de jalousie se renouvelèrent. U recommença à avoir quelques illusions , quHl regarda comme le produit de la faiblesse de sa tête 9 et qu'il parvint à surmonter ; mais ces visions , par leur durée et leur force , finirent par £ûre une impression profonde sur son esprit , et donnèrent lieu à un véritable délire. Il se croyait en butte aux attaques de personnages mystérieux et malfiûsans. U résolut dès-lors de les poursuivre : et s'arma d'un rasoir pour les attaquer et s'en défaire. U descendit un jour k la cave avec sa femme, et, au moment où celle-ci était occi^»ée, il lui sembla qu'elle se transformait tout-à-coup en un démon qui l'attirait vers lui pour l'emmener dans l'enfer. U tira subitement son rasoir de sa poche , tomba sur elle , et lui fit au cou une blessure mortelle. Après avoir commb ce crime , il reprit firoidement son rasoir et se cacha derrière un tonneau pour voir si le démon ne se représenterait pas à lui sous une autre forme* Au bout d'une demiheure , sa belle-sœur étonnée de ne pas les voir arriver , descendit à la cave. Elle avait à peine franchi la porte ,
(1) Mémoires du cardinal de Richelieu , tome i , page iga. ( Collection des Mémoires relatifs é Vhistoire de France, etc. )
{1) Ce d^tAil est inexact. Nons saTOos que le mi'ilecin qui donnait «Ich soins à M malade était loin de le conàdére^ comme entiéremcnl gurri.
que le ^BvooMiw «e jette sur die avec une craweHe fureur^ el rkifuiole aaprès du cwp6 de sa stenr. Il ae <:mche ensnite de noHveao , pour s*âssdrer st le déamn Ht tont-à fait mort, ou «'il prendra une nouvelle figure. Mais on avait entendu les cris de la dernière victime ; on accourt en foule^ et Ton s^empare de ce malheureux qui , tout couvert du sang de sa femme et de sa soeur, croyait avoir effacé se))péckâi par une action , disait-il , si glorieuse (i ).
Lorsffue oe misérable , jouet de Tilkislon la plus liorri ble , appt4t dur qui avait porté sa tireur , il perdit entièrement la raison ; il s^imagina «qu'il était condamné à Tenfer, qu^ devait 4tre puni des<^mesde tous les hommes , et que Dieu ^ pour le rendre plus mailieoîeuic , Tavait rendu MMuortel. Sms cesse accablé du poids de son crime , et dominé par le délire le plus horrible , il ne cesse de demander depuis 4 ^^< ^ tétrtes les pcffsonne^ qui r«nloureni>, si Dieu ne leur a pas faift quelque révélation sur son compte (s) .
Now avons vu une 'dskme qui s'imaginait qne Dîen l'avait choisie pour conunettre un meurtre sur tontes \t$> personnes qui seraient près d'elle lorsqu'il en aurait donné l'ordre ; ce qui la conduirait à l'échafiMid , déshonorerait sa famiUe et réduirait ses enfans à la mendicité. C'était à minuit que la scène devait avoir lieu. EU .^ ne voulait se coucher qu'à eondition qu'elle serait bien attachée dans son lit. Aussitôt minuit sonné , elle penneN tait qu-on loi 6tât ses liens. Cette idée la tourmentait danv tous les kistans, et lui donnait des accès de rage sans d? lire , pendant lesquels elle s'emportait en imprécationN contre la divinité , se donnait des coups de poing , s'arrachsftt les cheveux, et se serait frappé latétec<mtre le>
(i) Cet individu fui mis eo jugement, «t d^laré atteint «lalivnatî i mentale.
(2) Revue médicale , tome premier, ^agc 36 , 1835. •
RKLATIVK A &'lNTELLIG£NC£. ^5
matêi tt elle ii^eùl été «unreinèe el «laititeme Ae manière à ne pouvoir 8é faire macÉm mal. Cette malade pouvait d'un iiuitaDt à Tantr^ commettre an komicides par Tordre de Dieuw
Ces £ût8» et Tautorité des médecitis qui Vts ottt observés) suttsent sans doute pour établir clairement que ThoiiuDe est sujet à une maladie ment^Ae qui &it naSire en lui d'horribles peachaas , un« maladie qui le porte aux excès les plus condamnables chet les individus dont la raison n'est point altéréow Le vol , le meurtre et l'incendie pemvent ^tre l'cffiet de oette cruelle affectioiK
M. Pinel a donné le nom de manie sans Mire k la monomanie*homicide ; mais la première de ces expressions est inexacte ^ tm ce que cette variété de l'aliéviatîoA mentale présente le plus souvent de T^J^nration dans les idées , et que l'absence du délire s'observe chea d'autres aliénés que ceux qui font portés k commettre des meurtres.
L^exemple le plus remarquable de mtonomantê-komi^ ctde sauf Jéiirey est celui que rapporte M. PiMl , de cet homme qui , durant «esaccès , aesentail poeessé à iNter même les personnes qu'il affectionnait le plus , et tonserrait la conscience de aon état* M. Gall ti^ également deux &its du même genre. Mais dans la plupart des autres cas , on a d remarquer que le penchant au meurtre ne semble être que le résîdtat du trouble des idées ; ce sont des moti6 imaginaires qui arment le bras homicide des malades. L'yn veut sauver sa famille par un bapiêmt 4e sang; un autre a eu des visions , a reçu des ordres d'en haut , a entendu des vois^ qui l'ont convaincu qu'il devait commettre un meurtre ; un troisième est pouseé par des motifis imaginaires de jalousie, de fanatisme religieux, de bienveillance envers des êtres dont il prétend firire resser l'existence m^heureuse , qu'il désire préserrer de l'influence coemptrice du monde, ou auxquels il veut faire
96 MÉDECIKE-LÉGALE
joair par avance de la béatitude céleste; enfin , il en est qui , voulant mourir et n'ayant pas le courage de se tuer , ne voyent pas d'autre moyen pour arriver à leur but que de mériter de monter sur Téchafaud, ou bien qui , craignant de se damner éternellement en se donnant eux-mêmes la mort, veulent la recevoir des mains d'autrui , et avoir le temps de se réconcilier avec le ciel. Il y a encore bien d'autres moti& imaginaires semblables.
Que penser , après avoir lu cette série de faits si concluans sur l'existence de la monomanie*homicide , de la monomanie - homicide sans délire, que penser de cette doctrine erronée du ministère public , qui dans l'affaire Papavoine, a mis au nombre des motÙs qui poussent au crime , sans autre intérêt et sans dérangement de la raison f un instinct de férocité^ un goût de cruauté bizarre^ d'affreux caprices de misanthropie poussés Jusquà une sorte de rage contre les individus^ une disposition diabolique qui erUratne à une barbare soif du sang d'autrui^ et à assouf^ir sa rage forcenée du bonheur de ses send>lablés? et qui a. dit tout cela, à propos d'un homme en qui on n'avait jamais remarqué le plus faible penchant à la cruauté, qui avait reçu une bonne éducation, et s'était toujours distingué par ube excellente conduite ; chez qui , par conséquent , cette soif du sang, si elle existait, était accidentelle et récente. En parlant des procès de Léger et de Papavoine, nous avons déjà dit qu'une pareille /irrversion morale ne peut être que le résultat de l'aliénation mentale. Les faits nombreux que nous venons de rapporter ne doivent laisser aucun doute à cet égard.
Quant aux scélérats qui paraissent trouver une sorte de plaisir à baigner leurs mains dans le sang de leurs semblables, non-seulement chez eux cette barbare jouissance s'est ordmairement développée par l'habitude du crime , mais encore on ne voit point ces misérables commet! n* des meurtres sans aucun autre inlcrèl; c'est, la cupidiu*
RELATIVE A L*1NTELUGEN'Œ. 97
qui est le mobile le plus puissant de leurs actions abomir
nables.
On cite pourtant quelques exemples d'hommes chez qui le goût du sang^ l'instinct meurtrier^ Vantropophagie ^ paraîtraient s^étre développés naturellement avec les autres dispositions du caractère, ' Dans Taffaire de Papavoine , Tavocat général a parlé d'un certain Don Carlos d'Espagne, qui présentait cet instinct de cruauté, sans qu'il fût excité par aucun molîf intéressé de cupidité ou de vengeance. Gaubius parle d'une fille dont le père ctalt entraîné par un penchant violent à manger de la chair humaine, ce qui l'avait porté à commettre plusieurs assassinats. Cette fille, quoique séparée de lui depuis long-temps, et quoique élevée au milieu de personnes respectables , entièrement étrangères à sa famille , succomba comme son père , à l'inconcevable désir de manger de la chair humaine (i). « Le comte de Charolais, frère du duc de Bourbon 'Coïidé , dit M. Lacretelle (2) , manifestait dans les jeux de son enfance , un instinct de cruauté qui faisait frémir. Il se plaisait à torturer des animaux ; ses violences envers ses domestiques étaient féroces. On prétend qu'il aimait à ensanglanter ses ^débauches, et qu'il exerçait différentes sortes de barbarie sur les courtisanes qui lui étaient amenées. La tradition j^opulaire , d'accord avec quelques mémoires, l'accuse de plusieurs homicides. Il commettait, dit-on, des meurtres sans intérêt, sans vengeance , sans colère. Il tirait sur des couvreurs , afin d'avoir le plaisir barbare de les voir précipiter du hauL des toits ». Pruchaska cite le fait d'une femme de Milati qui attirait les petits enfans chez elle, pour les tuer, saler leur chair, et en manger tous les jours. Cet auteur parle aussi d'un homme qui tua un voyageur^ponr le dé-
(1) Gall , tome preniîrr , vil il. io-S.^, page "xnc^.
(2) Histoire de France , tenir i , pajjo 5«j.
9^ MÉBECIME-LÉOALB
vorer (i). Mais il ne dit pas si eliez eux ce goût horrible existait depuis long-temps.
Il parait donc vrai que Thomme peut être doué de penchans naturels atroces , qui sont la source de crimes inouïs. Ces élres si malheureusement nés , et qu^on ue saurait ranger au nombre des aliénés proprement dits, ne méritent pourtant pas d^étre traités saivant toute la rigueur des lois. Que servirait de les faire périr? Leur mort préviendrait-elle le crime chez ceux qui sont dans cette effiroyable position. Ces infortunés doivent être séquestrés de la société qu^iis épouvantent, et passer leur vie dans une maison de force , soumis à une stricte surveillance. Je ne pense pas qu41s doivent jamais subir le dernier supplice. IVIais les exemples de cette perversité native dans les goûts et les penchans sont heureusement excessivement rares. Ce vice horrible diffère de la monomanie-homicide , en ce que celle-ci est accidentelle^ et toutà'fait opposée aux dispositions naturelles des malades, qu'elle est ordinairement accompagnée de délire, etc.
2°. Législation criminelle relative à raliination mentale.
L'article 64 du Code pénal est ainsi conçu, n \\ n y a ni crime ni délit, lorsque le prévenu était en démence au temps de Taclion. » En conséquence un individu qui se trouve dans ce cas n'est point mis en état de prévention par les premiers juges , il n'est pas mis en état d'accusation par tes seconds juges , ou bien , enfin , il est acquitté par le jury. Lorsqu'un prévenu devient manifestement fou avant le jour du jugement, on suspend l'instruction jusqu'à ce qu'il ait recouvré la raison. De même , si un accusé perd la tête peu après que son jugement a été rendu , on diffère l'exécution jusqu'au rétablissement de sa santé.
Dans le Code des délits et des peines qui a précédé le
(i) Opéra minora^ torae 3, page 98.
RELATIVE A L'INTEIUG£^XE. gg
Code pénal actuel» Taliénation mentale était rangée au nombre des moti£i d^excose. Mais Texcnse supposant l'existence du crime» il est évident que cette disposition de la loi ancienne était moins philosophique que celle de la loi nouvelle « qui ôte tout caractère de criminalité aux actes des fous , et ne tend plus à confondre ces infortunés avec des malfaiteurs, ISIais nous ne pensons pas que cette nouvelle doctrine, quoique fondée sur la nature des choses , soit aussi favorable aux accusés que la jurisprudence du Code des délits et des peines.
En considérant la folie comme un motif d^excuse , le président de la Conr d'assises pouvait poser une question Relative à Texbtence de cette maladie; maintenant, cette question se trouve confondue avec celle relative à la volonté ; la démence étant une circonstance morale exclusive du crime , les jurés doivent, s'ils sont convaincus que Taccusé en était affecté lors du fait par lui commis, déclarer çu'il n'apas agi volontairement ; ce qui équivaut à un acquittement Mais la plupart de9 jurés sont étrangers à l'étude de la métaphysique , et s'élèveront diflicUement jusqu^à la distinction de la volonté libre j et de la volonté de l'homme aliéné. En voici une preuve frappante : malgré la nouvelle jurisprudence , un président de Cour d'assises crut devoir poser une question relative à la démence ; le jury fit la réponse suivante : j ."* Oui , l'accusé est coupable d'avoir commis un homicide ; 2.'' oui , cet homicide a été commis volontairement et avec préméditation ; 3.® oui , l'accusé étmt en démente au moment où il a commis l'homicide. Cette déclaration contradictoire , dénoncée à la Cour suprême , n'a point été annullée ; la Cour l'entend en ce sens, que l'accusé est matériellement auteur du fait , mais qu'il n'y a apporté qu'une volonté d'homme en démence^ une volonté quasi animale » et qui est exclusive de toute
lOO MÉDEaNE-LÉGA^LE
culpabilité légale (i). Ainsi, sans la position de la dernière question , qui était illégale d'après la nouvelle jurisprudence , Taccusé , quoique en démence , était condamné à mort, et portait peut-être sa tête sur Téchafaud. Les jurés n'ont pas compris que la démence doit élre considérée comme étant exclusive de la volonté* C'est que les aliénés sont en effet doués de cette dernière taculte ; seulement elle est faussée par des idées déraisonnables , maîtrisée par deS penchans désordonnés.
Que si l'on trouve contradictoire à la disposition de l'article 64 de poser une question relative à l'aliénation mentale , toutes les fois que le président en est requis par les conseils de l'accusé , il nous semble que Ton préviendrait l'erreur funeste que nous venons de signaler, en rédigeant ainsi la question de volonté : l'accusé a-t-il commis le fait volontairement et Jouissant du libre exer-ace de ses facultés mentales ou de saraison. Nous supposons bien que les présidens des Cours d'assises, dans leurs résumés , ont soin d'expliquer la doctrine du code pénal relative à la démence , de leur répéter que s'ils croycnt que Taccusé était aliéné au moment de l'acte par lui commis, ils doivent l'acquitter; mais, conmie o)i vient de le voir , ces précautions ne paraissent pas suffisantes.
Noire législation criminelle contient une lacune qni peut présenter de graves inconvéniens. En acquittant un individu pour cause de folie, le tribunal criminel ne peut prononcer ni son interdiction , ni sa séquestration ; le droit en appartient exclusivement au tribunal civil et à l'autorité municipale. Sans doute cette dernière ne se refusera pas à faire enfermer un accusé absous que lui renvoie le tribunal criminel : c'est au moins un être dangereux , si ce n'est pas un fou : s'il a pu tromper les mag^istratssur son étatmoral , lapeinequ'il subira sera encore
(0 Arrêt rendu îe \ janvier 1817. Sîrey , Tab. vicen. , pag. ^99.