bioi croirons-nous à Protagoras^ qui nous
« déclare qu'il est froid pour l'un de nous deux
» et non pour l'autre? — Cette dernière
» oiHoion me parait jtiste. — N'est-ce pas
(76) n ainsi qu'il appanitt à chacua de nom»? — Tù Oui. — Mais ce qui nous apparaît, c'est n le témoignage des sens? <-* J'en conviens. » -^ L'apparence ou l'image est donc la » même chose que la perception sensible D relativement à la chaleur et à toute antre D espèce de sensation? La sensation représente » donc toujours ce qui est réellement , elle ne n peut être erronée, puisqu'elle est la science » même. » Thësetète le reconnaît encore , et Socrate s'écrie : a Par les Grâces ! Protagoras D n'était-il pas éminemment sage ? Celle vérité » qu'il nous a indiquée d'une manière obscure D à nous simples gens du peuple, il l'a révélée » ensuite à ses disciples. -^ Théœtète : Mais » comment, ô Socrate, et que veux-tu dire? j) — Socrate : Je vais m'expUquer , et ceci n^est » point à dédaigner : Il a voulu dire qu'il n'y a >i en soi rien de certain, rien de réel. Ce que JD tu appelles grand, pourra paraître petit; ce » que tu appelles lourd , pourra paraître léger , D et ainsi du reste , parce qu'il n'y a rien qui soit )i> un, qui soit quelque chose , qui ait une qua * y^ lilé déterminée; ce que nous disons exister , D par un faux emploi du langage , n'est qu'un 9 mélange réciproque et une variation conti-
(77) * nuelle. Rîea n'existe^ tout devient ei changé . sans Gesse, n Plus loin ^ Platon appuie ces -naximes d'une nouvelle explication ; Fexplîca-* ''>n est digne de remarque; c'est toujours s>crale qui parle : tf Tont est donc dans une mobilité perfiétuelle dont les variations sont plus ou inouïs rapides. Or , il y a un double 1* mouvement ^ il y a deux sortes de productions ; ' ces deux classes sont celle du sensible et <" celle delà sensation; elles se correspondent et coincident ensemble; elles sont engendras V en même temps, elles disparaissent ensemble, y II n^y a donc qu'un sens affecté dételle ou telle ^ manière 9 rien qui possède véritablement telle on telle propriété^ on plutôt, ce ir]ue nous •j disons être une couleur , ne sera nî Torgane D appliqué, ni la chose à laquelle il s'applique, ^ niaîf^ /e ne sais quoi d'intermédiaire et de > priicnUer à cliacun de nous. Ainsi se confirme ce que nous disons : que rien n'est en -f M>i-méme; mais, que tout devient et passe, ' qiKMque Hiabitude nous porte à parler et à ■: agir comme s'il existait quelque chose. Mais, dans le langage des sages, il ne faut employer « aocon terme qui signifie une chose réelle ; : il faut dire^ conformément à la nature, - quU y a nne action sur nos organes , que les
(78) » choses naisseot^ périssent et changent (i). v Aristote> après avoir rappelé cette opinion à peu près dans les mêmes termes, la oomhat avec avantage et montre qu'elle renferme en elle* même une contradiction palpable^ a Car, dit-îl , D ni tout ce qui est l'objet de nos opnîons , si ]» tout ce qui parait, est également vrai , il est » nécessaire que tout' soit en même temps )) vrai et &ui. Car , plusieurs admettent à la » fois des opinions contraires et les uns jugent 7> fausses les opinions contraires qni sont y> adoptées par les autres. » Il distingue ensuite oeux qui professent ces maximes , par l'effet d'un doute réd de l'esprit , de ceux qui ne les emploient que comme un artifice du langage , et c'est évidemment à Protagoras qu'il fait allusion en indiquabt les dernières, a Le doute des 3» premiers 'provient , dit-il , de la confiance » aveugle qu'ils accordent aux sens; on peut D donc y pointer remède, en éclairant leur D erreur. Quant aux seconds , il faut les ré- » futer, en rectifiant l'abus qu'ils font des mots y> et les vices de leurs raisonnemens. d (2)Prota -
(i) Platon, Théœtètey §152, i58, pages 69 et 98, tome II de Tëdîtion de Deux-Ponts. (2) Metaphjrs. , lib. IV , cap. 5.
(79) gonis éîMît renomma par son art pour démontrer k volonté ou le pour ou le contre. 11 avait, dit-on , composé un écrit dans leqod il prétendait établir qu'il n'est rien qui piDSie être contredit y ce qui ngnifie Clément que tout peut être contredit. Ses disciples josiifiaient ce paradoxe de la manière suivante : a Eo supposant que chaque pensée et chaque proposîtioa qui l'exprime a un objet réel , il y a trois hypothèses possibles ; ou ceux qui disputent sur une chose ^ parlent en effet de la même chose , ou tous deux parlent de deux choses diverses entre elles et difierentes aussi de eelle-Ia^ ou en6n , l'un d'eux seulement parle véritablement de la chose qui est le sujet de la dispute et l'autre d'une chose différente. Dana le prenoder cas > ils sont d'accord ; dans les deux autres 9 il n'y a plus de sujet réel de leur dîffiarend. » (i) Il est curieux de voir comment, dans le Thésetète , Platon , empruntant le per^ ioonage de Socrate , presse les conséquences de ce système et les &it servir à nûner , dans leur base , les prétentions des Sophistes. « Il 9 en résuherait, dit-il, que les animaux les • plus grossiers sont aussi sagesque les hommes ,
(t) Socrate, dans PEuthydème de Platon.
D qu'un homnre ne peot être plus s»ge qu'on ]> autre. Car , si ce que ebacnn petise d'après i> le tcmoîgoag^ de ses sens est égalemeot vrai u pour lui, pourquoi un bomme se croit-il y> assez supérieur en lumières à un autre pour D s'ériger en iosUtutenr des autres en exigeant » pour ses leçons un ample salaire? pourquoi D s'auribue>-t-il le droit de nous ranger au fiotn- 1» bre de ses disâples, comme plus ignorant que ]> lui? Chacun n^est-il pas le juge (la mesure) y> de Sa propre sagesse ? ou bien dirons*nous ^ que Procagoras n'a fait qu'une plaisanterie? }» Je n'ai garde de parler ici de ma méthode p particulière qui a pour objet d^accoucher les ïi esprits , elle ne mérite en effet que la risée ; » mais coûte méthode de discussion devient 9 inutile. Car^ tous ces efforts multipliés pour i> disserter^ pour réfuter réciproquement les M opinions contraires', ne seront autre chose D qu'une grande et longue folie, si elle est » vraie h maxime de Protagoras. Or, elle 9 n'est pas un jeûf elle est présentée dès le D début de sou livre (i). i> Il £iut voir, dans la
(i) Théxtètr^ s i6iy édition de Deux-Ponts, t. 3, page 89.
suite de ce dialogue^ comment Socrate lui-même «"ssaie de justifier les maximes de Protagoras, et comment il arrive par là à rendre encore plus ymôbles les contradictions de ce Sophiste , à prouver que de semblables maximes ne peuvent coodaîre qu'à un doute universel.
Prolagoras n'admet donc aucune vérité al>- ^oloe, mais seulemeAt une Téiité relative* Oa peoc réduire à trois points prixMupuux ce que les andens bous racontent de lui : i*" Il pré^ tendait, non pas que tout esc égalenent &ux et «kNMcQx, mais que tout est également vrai, ce qui, an reate, comme Platon Ta mis en évidence avec on admirable udent^ revient précisément au méiBe ; 9"* il fondait cette maxime sur ce que les iapremona des sens rendent à ch^con un leMiîgQige fidèle ; 3* il cherchait moins , a« resie, à étig» ces propositions eu doctrine théorique ^ qu'i sea servir^ dans la pratique , <omme d'un instrument ^ pour l'exercice de cet ^rt «Myiel il se livrait^ et dont la souplesse devait sepRter à embrasser indifféremment toutes le» eaaaes.
Protagoraase distinguait des sceptiques an*
«-lepa^ea ce qu'il ne contestait point ouvertement
TetiiiaiMde la vérité^ mais la prodiguait en
•juelqiie sorte aux assertions les phis contraires ;