II
il s'en diitioguait , en ce qu'il aflirmnit d^iné' manière dogmatique que la matière éprouta une variation et une fluctuation perpétuelle , et que^ dans la matière, dans ses changemens, r^ side la raison de la mobilité de nos impressions. Il préludait sous quelque rapport, à certains sceptiques modernes qui se sont lK>rnés à ne reconnaître que des vérités relatives, comme Hume en particulier. Protagoras s'éleva beaucoup au-dessus delà tourbe des Sophistes qui parcouraient alors les villes de la Grèce, non*seuleinent par son talent, mais aussi par le caractère sérieux de son langage, par la vigueur de son argumentation, par ses vues sur la théorie de la connaissance humaine. Les autres Sophistes adoptaient indifféremment toutes les opinions; Protagoras essayait de prouver que chacune a des fondemens légitimes. La plupart des autres Sophistes n^eurent que des auditeurs ; Protagoras exerça une influence importante sur la marche de l'esprit humain. La plupart des autres Sophistes furent bientôt oubliés et méritaient de l'être; Protagoras a posé des problèmes qui subsistent encore et qui peut-être ne sont pas entièrement résolus. Enfin,'il soumit a des règles l'art que professaient les Sophistes ; il découvrit plusieurs formes de raisonnement y
n on convient que sa méthode se riippi^o^ hait à quelques égards de celle de Socrâte (i)» I! ibt le maître d'Antlsthène.
« Pft>tagora5 d' Abdère , dit Sel tus l'Ertipîri- A qne, d'après l^uterprétation que quelques-uns ' donnent de ses opinions^ aurait été du nom-^ i: bre des athées ; car , au commencement d'un « ccrii qu'il avait composé sur les Ûieux , il a » réfuté de diverses manières les traditions ^ reçues chez les Grecs à ce sujet. Il s'eiprimoit « en ces termes : Quant aux Dieux , je ne ' ptdê dire ni s^ils existent f ni ce qù^lls sont; *' beaucoup de choses m^en empêchent {pk). » Ces deux obstacles , suivant Diogène Laërce , • laient Tobscurité du sujet et la brièveté de la ^ ie de Hiomme ) (5). a Les Athéniens Tayant ù pour ce motif condamné à mort, continue » Sextus y il prit la fuite, et périt dans un nau* ) frage. i> Sextus rapporte ensuite quelques vers Je Tunon , qui contiennent le même ' récit.'
0 DM8ëiieLaéice,IX, S 663, 664.
'2) JJ»er9.Pl^fie.,lXy §88, 56, 57,-^Oio-* :'^ Laêrce , II , S 97 ; — XX , 5 54- — Cicëron , /'^ mmturd Deor* , I, cap. a3. — S. Epiphane, exp> * i^û — Eosêbe , etc.
3; IX, S Si.
mévuci f prçfay^çrjiictm «p9|çf?«q)i: qpe XVçingpr*» rejeteit \es traditioi^s .inj)t)!;i,qJogiqu^ ç)e$p«f idu
g.?»9S 4lfW J^M^ iil*«çW h M 4ppmw>*? 4fi» Ma-
Çli^lôt un /«ho^x çfltjr© ^«9 opiTUOlis neVi^je»^
an'unf i?tH'i«>|8 cpplr® fiHç'- Pv PW^e, Tiinpp , 4an8 le» ▼,erf fiappgr^lés {«r §eix|Ba, AluiUuç \ Prptagpras un qtractérç vportl^ qv4 ^i^t le
Gorg»? ^ v^mïîle d9 pr^^ , «Iw^ait la "#?« «jélébrij», çt Ji« 9nrp|^ «pp^^ spu» ^elques fappqiv. Q^qiquç |pnw va?inaes paraistpnt diatn^r?|l,ef»ept oppofféf^^ faUe* condoisept à peu près aji^ X<!içn>«» f !8»pUj»t5f P^o- «•gon» .•▼«« »HDo«lQniï4 ;|f 4q^WJ0 ai| f^f^^ignâpe de» sens. Qofçig? ]iç»r f^Hw »<>"»« finance.
Sextus l'Empirique i!ious a conservé Textraît d'un ouvrage très-singulier de ce Sophiste.
a Gorgia^ de Léonlnim, dltHl^ fut cneorc D do nombre de ceux qui détruisent toute au-
ï ,. 1 ., IJ! l .Ul
{i)DeSophMt.,l,%^.
1» toriié des jugemeas; inais^ il n'employa ni « les mÀnes motifs , ni la même méthode que D Prolagoras. Car, dans' lé livre' qiii pok*te t pour litre : Jjfe ce ^uinesipas^ où de Ht ha-- D tisref il ^uolil tuccesuvèment trois 6rôpot sition^ priacipnes : La prénueré^ que rien 9 n'existe; la seconde , qàé, lors méiàaè qu'il 9 existerait qnèlqué chose ^ cétié cËôée né pdnrs rait être connue par flidmmë; Éîtrbuieme, p que lors même qu^un bominé pourrais là s connattré^ il ne pourrait reipliqner éi la Éiire s coanattre aux autres, i^
UoeargumenAitioii trés-sul>Uié vient jusû&er ces trois propositions.
« Fremièré propbsitiôn ^ lièh ri^exïate. f^'a- 1» bord^ le néant n'existe point il (t2ar, Gorgias se donne la peine de îè ^Ànbntref dans les régies.) « Ënteite, la réalité n^ëiiistépoint; car, 0 oa die serait etèrhétfe, ou ^é aurait été s produite 9 ou elle serait a la fois l'une et n Tautre. Si elle est éternelle , elle n^aurâ poiiit s en de oommencëoient, ^é iéri iùfinie; s maby l'infini n'est nulle {kirt; car, ^ est " quelque part, it est différent de ce* ()ûi le s contient , il est compris dans Péspàcë qui le V reçoit ; cet espace es< donc autre que fui , s pins grand que lui,- ce qut^né peut se con-
(86) s> cilîer avBC la notion de rinfioi. Si elle a été
D produite y elle a été produite, ou de ce qui D est y ou de ce qui n'est pas ; dans le premier » cas , elle n'a pas été produite , car elle » existoit déjà dans celle qui l'a engendrée; D il serait contradictoire de dire qu'une chose Y> a été produite et ne l'a pas été; la se- » conde hypothèse est absurde. On prouve n encore d'une troisième manière que la réalité )) ne peut* exister : car, elle serait ou une ou » multiple. Elle ne saurait être une, car, si elle )) est unej elle est ou une quantité, ou une )) chose contenue, ou une grandeur, ou un » corps; comme quantité, elle pourra étredi- » visée; comme contenue, partagée; comme » grandeur^ complexe; comme corps, formée )) de trois dimensions. Elle ne peut être mul- )> tiple; car, le multiple n'est qu'un composé p d'unités ; s'il n'y a point d'élémens, il n'y a donc }) pas non plus de composé. Enfin, la réalité et D le néant ne peuvent à la Fois exister relative- >) ment à la mêuie chose. ))
Protagoras s'étudie encore à trouver nne défuonstration pour 4:ette dernière sentence. Il esc digne de remarque que les argumens qu^I eoiploie sont en général etupruutés aux divers
(87) Eléatiques, ainsi que l'a déjà remarqué Aris* loce (1)9 et spécialement à Parménide^ Mélissus et Zenon , comme s'il voulait les mettre en op' position les uns avec les autres.
Seconde proposition : Ijors même qu'une choêe existerait y nous ne pourrions la con^ Battre. « En effets nous ne pouvons connaître » ce que les choses sont en elles-mêmes; car, t il faudrait , pour y parvenir , qu'il y eût nu 0 rapport entre nos c<Hiceptioos et les réalités » » que ce qui s'offre à notre pensée fût la même » diose que ce qui existe ; que cette chose existât 1» teDe que nous la concevons, sous la même 9 forme qu'elleestconçue;or,cela estabsurde. 9 Si l'on conçoit, parexemple,qu'uu homme vole M au son de l'air, qu'un char roule sur la mer, D il faudrait en conclure qu'un homme vole 9 en effet , et qu'un char roule sur la surface 9 des eaux. De même , ce qui existe échappe à 9 notre connaissance. Chaque sens n'aperçoit 9 que ce qui est de son domaine ; une chose 9 est appelée visible parce qu'elle est vue ; mais 9 cDe oe cesse pas d'être visible parce qu'elle » ne peut être enteudue* Ce qui est conçu. 9 pourrait donc exister , quoique ne fût point
(1) De XenophanCf Zenone et Gorgid, cap. S,
9 aperçu par tes sens, puisqu'il serait du do— » maioe de l'entendement; mais, il en rcsnUen rait que celui qui conçoit un cbar routant » sur la mer , serait fondé à croire que ce » cbar roule en effet , ce qui est absurde. )) Ainsi, ce que nous conuaissons n'existe ^ point, et ce qui existerait ne pourrait même 9 être conçu. » Ici encore , Gorgias emprunte à Fa Ibis les argumens de ceux des Eléatiques qui admettaient le témoignage des sens, et de ceux qui le rejetaient.
Troisième proposition : tors-mérna que nous conrui/irions ce gui existe^ nous ne pourrions le /aire connatirecuix autres, (( Car, le moyeu 3) que nousemployons pour communiquer avec D les autres, est le langage. Mais , le langage » n'est point identique aux objets, aux choses n réelles. Nous ne transmettons aux autres que )> nos propres paroles. De même que ce qui est )> visible n'est point senti par Pouïe, et réci- D proquement , de même ce qui existe au de- )) hors diffère du langage; ce sont deux do- )> marnes sépares. On dit, il est vrai, que le » langage est formé par les impressions reçues )) de ce qui existe aa--dehors , c'est-à»dire par )> les sens, comme ce qu'on dit de la couleur , D pa r exemple, dérive des co u leui*s qui vieunen l
18&) ' frapper nos yeux. Mats^ î! ne rc&ulte point n de fil que no^ paroles expriment les eboses T> qui existent au-déhof s^maiiï^etileméfi t t)u^elles 1) sont FeRet qu'elles ont prdcinit. Ëil âdFmet- » tant même que les objets dés sens existent , 'i on ne pourrait dire qu'ils sont aussi l'objet n du langage. Car, ces deur instruinens ne ^ sont pas les mêmes (i). »
Arislote» dans celoi dés chapitres de sou l»eiic traité sur Xénopbané, Zétioh et Gdrgias, qui porte le nom de ce dernier, en rapportant, ((uoit]ue avec moins de développement f les trois propositk>ûs de GdrgiâS et lesf ai'gûmens ({ae Seitus lui a prêtée plus tardf, ùôns aide cependant h ttrient saisir une partie des i^ibonneinens rappoilés par ^iTtus , eilËi\ivnfde !a féconde et de ta troisième proposition, a Les iens et la eonceptibn Airtn decîi bstru- :» ment distincts, fnn né peni connaître ce qui h appartient an domaine dé f autre , et de même )> qne la vue ne peot juger des sons, Pouïe des » coolenrs , les sens ne peuvent Juger âes choses ^ qm appartiennent à la i^ensée , la pensée de
ce q|uî appartient aax sens. Il y a plofs ; ce
U) Se&tus TEmpirique , AdversUs Logic. y lib. VU, . *3o i »7.
( go )
)» qu*ua homme aperçoit par les sens n'est >} point semblable k lui-même ; et^ dans le même » moment , il perçoit du même objet des sen- }> dations différentes; il perçoit de^ choses diffé- » rentes par la vue et par l'ouïe; il en perçoit D de différentes par le même sens^ dans des » temps divers. Voilà pourquoi on ne peut » conuattre ce qui est; une raison semblable ;» s'oppose à ce qu'on puisse le faire connaître )) aux autres par le langage. Car, comment un )) homme expliquera- 1-11 ce qu'il a vu à un autre p qui ne peut qu'entendre et non voir? Celui p qui a entendu, n'a entendu que la parole et p n'a pas vu la couleur. Eu supposant que celui » qui parle , peut du moins reconnaître ce qu'il p dit, comment l'autre le concevrait-il? Le D même ne peut être à la fois dans plusieurs )) individus séparés; car alors il ne serait pas y> un , mais deux ; et lors même qu'il serait ii la D fois dans plusieurs , il pourrait paraître diflc* )) rent à chacun. Il paraît donc que ceux qat p discutent ensemble attachent souvent un sen^ p opposé aux mêmes paroles, p
Gorgias avait donc poussé plus loin que Pro* tagoras les conséquences d'une manière de voira peu près semblable. Le second s'était borné k dire que tout est paiement vrai^ le premioi
en aTaii conclu que tout est également faut« Proiagoras avait entièrement identifié les appa-* rences avec la réalité, les perceptions avec leur objet y les modifications intérieures du principe pensant, avec les objets qui l'affectent. Gorgias avait distingué ces deux régions, mais, en les isolant absolument l'une de l'autre, eu détruisant tout rapport entre elles.
On peut préstuner, au reste, avec quelque fondement , que Gorgias ainsi que Protagoras ne tenait pas bien sérieusement les discours qu'on rapporte de lui; il avait probablement pour véritable but , ou de faire la satyre des philosophes dogmatiques , ou de montrer son habileté dans l'art de la dispute. Car, en suppo-^ sant qu'il eût voulu réellement condamner la raison a une sorte de suicide , en l'armant contre elle-même, n'eùt-il pas condamné en même tonps Uart qu'il prétendait exercer? et qu'eût-il pu eosdgner, en effet, qui eût été susceptible d*étre connu et démontré aux autres?
Maton qui , dans le dialogue intitulé Prota' goras , avait fait intervenir ce Sophiste pour donner l'exemple de l'incertitude et du vague qoe les Sophistes répandaient sur la définition de la sdence et sur la véritable source des vé-* rites morales, prête à Gorgias un rôle semblable
dfafùs lédhilogaè atfquel il a dàhùè lé rimn de ce rhéteiir célébré , pour donner tut eièmple^tis\hjûd de l'abus que les sôplristteâr faisaient de ÎAti dé là pàrôIé. Dès h J[)réânibiil6 , ËâHieles ànnottte t|tië Gorgias â âé\k ét^ié dtïé foule dé beiléé choses; Pdu^ cràiiit hiêtné tjué la fatigue t{trû a i^ssèhtié ût hû permette point de répondre à Socràrfé c^fui €si ëâîiéùx â& Fé)lfetidré^ (( OorgiaSP peM eif>]iqnéi' tbut ce ql/oa yi désiré^ pëù de moitieiis dtànt^ il avait engagé î> tons texxt qtA te fi'dù^ient dan!^ h Sàlle à lai » faire telles Questions qu'ils jugeraient k pto- V ^o^^ pfotùéttanft de sâtîsiàire h toutes. Gor- D gia^ Idmiiéih^ déclaré* que, déptiis lOMgf-temps, » on Ae hii a adressé auteffbé (pléélitlm qtA fax tt Dfoayélié p6ùr' Ihi. i) Sôiitàié h pttise âam ses qtre^tiotis sur la définitrbù et le btft dé f an oratoire. Goi^gias lé représente comtbéf tUt rfrt qui traité toiis le^ sujets ^r les cboyéknr d^ la pai^ole; Sôcraté Vent cbAtiaiKrè fàpf^éia* tion positité et praticjue de éëf arrt si puis^ saut. Gorgiàs lui assigne a lés p4ns gl^ilde^ et » les phrs ichportahtes deé affairés bamôinlès ; 1» pour les éito^étis k conse^vaftlcfti de la Rbe^té, D pour Piddividu^ le ponvoii". AinsiyFéloqtiéfrée » Servira à convaiiiére les jtige^ siègent ^r le yy tribtinâl , hi ^énMénr^ daixisr ledr^ dëSbi^ra-
(93) B ûfiiMf le peuple dan^ }e$ as^mkji^^ pnUi-^ » qoes. I) Miws J^pn^p vpiit savojr q»«l sera In
froU de cewc pej^-^tuiHPP • <* SiW'-ce h \m^e » oa Tin juste? sera-ce la Téritéi çq i^bci fiîr » v^|9 QfHniçgci^ fpi p^^f ét^ qfusH im^ f^aîe
» «]ii0 fiiuiise ? )i Gprgm iMt inwA^l^iwn^
Taiï çt r;n7fre, cç qi)i fQar«^it à Sofmte rocq»-desiîi^aûpi) 4f ^^eft a^t dont Ifi» SopM^des onl:
Qoi^4 p)>)im^ en effet, m^gfr^inéee^éhtiuè toms^e r|i^pr; s^iivaiH DpdQue d^ Sicile, on adnuniîf Yé^Ut fie son siylej )es )W^9ik ^ens aecoarûfspi de 4p^te^ I^ vUlw pqur M&çt»r à un prix trÈfréleYé )a IftVifpr de {'eotendi^e; lorsqu'il ' fut eoïKXyë POPMD^ {(inb^^de^r k Aib&iies » pendant ^ gu^r^ dP Pclçp^fte, Mmie )a yHh ^ P^'WJIStWÏ i » ?|iiVBî Ifi pr^rniw il iutTiodui-
«îd>«?Jlç3 «?qftW4fi| pirt4iqyWi m tfe^éire, ^ cet quE^'çiqe qqi ^p^jif^^ k pF«|¥]*er d^ eu- )eu de dispJWte^ eA h l.ef 1r;»ji)b9r f u^i-l0Qluiin|i (s).
(i) Platon : Gorgias^ tomo iV die IVdîtîon de
Dis Poatt , pfgii4 * «9- (a) Diodarade SkUa, Xli, p. io6.
a Corgîas de Lëontmm , dit Gcëron^ rbéteur » très-anden , pensait qu'un orateur doit dîs^ D sertcr avec un égal talent sur toutes sortes de 3> sujets (i), B
Thèbes et Lacédéiuone eurent cependant aussi un Sophiste renommé^ Prodicus de Céos. 'Platon nous apprend qu'il s'attachait essentiellement à définir les termes y entreprise qui eût été fort louable ^ si, en effet , Prodicus eût tenté de fixer la signification àes termes, de manière ^ prévenir les vaines disputes de mots y en déterminant leur sens avec exacdtude et précision ; mais y si nous en jugeons par les allusions de Platon lui-même, il était fort éloigné de mériter cet éloge (2). Prodicus est cité par Eschine^ dans le dialogue intitulé ^xiocA^i^, comme ayant eu sur la vie humaine les idées les plus sombres. Socrate y rapporte les discours qu'il a recueillis delà bouche de Prodicus, et après avoir déroulé le triste tableau des misères qui accablent l'homme à chaque âge y ajoute : «Ce que je vous expose c'est l'enseigne- D ment du sage Prodicus y enseignement dont
(1) De inventioncf I, cap. 5.
(a) Platon, Euihydèmc^ tom. III, pag. 17. — Pno^ tagoras^ pages 14^9 i85, Mition de Deux-Ponb.
■ ( 95 ) » îl Util part ant uns pour deux oboles, aut ^ autres pour deux dragmes; car, il n'enseigne B gratuitement à personne. Dernièrement, che£ « CaDias, il a tant déclamé contre la vie hu- ^ maine , qu'il m'en a d^oûté , et qu'il m'a » presque fait désirer la mort (l). »
On a généralement rangé Prpdicus an nombre des alliées ; Sextus l'Empirique est du nombre (le ceux qui lui ont donné cette qualification. Mais les paroles que Sextus rapporte de lui, et ^r lesquelles il se fonde , servent à bien déterminer dans quel sens, en effet, Prodicus pou* v^it être appelé athée; et nous rapportons cet exemple perce qu'il concourtàfixernos idées sur la valeur de ce genre d'accusation , lorsqu'il est porté par les écrivains de l'antiquité, (c Prodi* r> eus de Céos, dit-il, avançait que le soleil, la T" lune , les fleuves, les fontaines , et en général *> tout oe qui est utile à notre vie , a été divi-* n nisé par les anciens peuples , à raison de l'u-* ^ tîKté qu'ils en retiraient. C'est ainsi que les ^ Egyptiens ont élevé le Nil au rang des Dieux ; n que le pain est devenu Gérés ; l'eau , Nepu tone ; le feu , Vulcain , et qu'en uu mot
(0 Dans les œavres de Platon , édition de Deux- PoatSy tome XI, page i85.
y> lout ce qui sert à notre usage a obtenu le » même honnçnr (l)< )> Cicéron s^exprime à peu près dans les mêoies ternies. Philosti^ate nou# donn^f aure^te» une idée peu avantageuse de son caractère, le représente comme un homme avide et volupipeu^. Il ne voyait dans l'aaie qu'un résultat de rorgani^ûon physique (3).
Ph;(j^ieura Père^ de FEgUseont pense que Ifiagoras p qui reçut le nom d'athée , qui fut condamné, et dont la bile fut mi^e à prix k cause de sa doctrine , avait injustement reçu cette épithète, et subi cette sentence; ils ont cru qu'il s'était aussi borné k attaquer les snpersttlions vulgaires. 11 paraît cependant qu'il porta plus loin son entreprise^ qu'il s'éleva en général contre toutes les idées reUgienses , et en particulier contre celles qui étaieal enseignées dUns les mystères. Sextus nous apprend que ce Dîa- D goras, poète dithyrambique^ avait été d'abord » fort superstitieux , qu il avait commemcé l'un » de ses poëmespar Q^ mou: tout provî^j^i de )) Vespril ^t du sort s maM qu'ayant été trompé » par un homme qui s'était parjuré , et qui n'a-
(i) ^di'crs* Phjrsic.^ IX, § 18 et 5?.
(2) échine, dans le di|ilogviç iot. JxÎQchus,
» faît point été puni, il avait été cooduit à poa* i ser qu'U o'jr a poÎDt de Dieux (i). p
Crilinsy suivant Aristote (2), faisait résider laoïe dans le sang, et les facultés de Tàme dans les sensations; il se fondait sur ce que les parties du corps privées de sang, sont également in* lenslbles.
Ce Crilias ^ Sophiste et poète, qu'on pense svec quelque raison être le même qui figura au nombre des trente tyrans , est aussi rangé parmi les athées ; la puissance et le crédit le présertérent do sort qui avait atteint Diagoras. U avait fréquenté Socrate; mais> d'après ce qu'on connaît de son ambition et de son orgueil , il était bien peu digne d'appartenir â une telle école; Une lasuivit en effet que pour j chercher les majenn d'exercer une influence sur les autres hommes. (C Critias , dit Scitus (3), l'un a deceuxqui ont exercé la tyrannie à Athènes , » fut mis au nombre des impies; il avançait s que la croyance à la divinité est une inven-
(1 ) Ibtd. I S 53. -* Voyes ausii Suidas et Hesychios In /><ago/«iit.— Cicëron, De Nai, Dc0r.flp c. i «p. a3« (%) De Ammdf I f a.
(3) Adê^. pfyS'% IX, psg. 54.
)) tien des nucieiM législateurs^ ces li^islateurs » imaginèrent l'idée d^in surveillant supi-émc » qui juge les bonnes et les mauvaises actions )) des hommes, afin qtie chacun soit arrêté D dans Icr dessein de nuire en secret anx autres , n par là crainte des châtimens que la divinité » pourrait infliger, d II rapporte ensuite quarante vers d'un poëme de Critias où celle pensée est développée avec étendue ; on y voit clairement que Critias n'entend pas parler des simples déiiés mythologiques, mais bien de la divinité elle-même; ce le prévoyant législateur, dit-il, D voulant prévenir jusqu'aui secrètes intenj> lions de faire le mal, introduisit le respect D de la divinité parmi les hommes ; il annonça 1» un Dieu qui yit éternellement , dont la nature » est excellente, dont l'œil embrasse, dont la D providence dirige tout, qui entend les pa- H) rôles de Fhonnne, voit ses actions, pénètre D même ses pensées; qui est infaillible, qui est j> comme une âme universelle, d
Si nous découvrons, au reste, un athée déclaré dans l'antiquité, nous étonnerons-nons de le rencontrer dans celui qui fut à la fois et un Soplnste, et l'oppresseur de son pays?
Hippias déclarait que les lois n'ont été imagi-
)t^s que par les liomme^faibles et pusillanimes , |
:i que Vhomme doué de quelque générosité dans
1* caractère doit aeoouer, quand il le peut^ leur
joug iotolérable ; opinîoo professée aussi par
Ciiliclés et Thérainène (i). Hippias ajoutait
(jiie a la loi naturelle oe dérive point de la di-
D vinité (ju). »
Suivant Coéron les Sophistes enseignaient en
çéoëral^ que « tout ee qui existe est l'effet du j» liasard , qu'aucaœ providence divine ne ^
» préside au cours des choses humaines (5). r> Nous n'avons guère ^ sur la morale des Sophistes, de testes dont nous puissions nous aider poor en tracer une exposition précise; nuis 9 les inienlions qui les dirigeaient, Fesprit de War enseignement, le but qu'ils se proposaient, les auditeurs dont ils étaient entourés, et surtout Finfliience qu'ils exercèrent, suffisent poor nous convaincre que , loin d'avoir sur cette branche essentielle de la philosopliie une doctruie positive, ils adoptaient indifféremment umass les maximes qui pourraient flatter la
(f) Platoa y Giaucon. — Delà Ré]puI>Iique , tom ler, pag. 36, 48, 64 9 86, «te.
(a) Xinophon , -Memior, , liv. iV , chap. 4- (3; De ATitf . Deor. , I , a3 iet ifl.
( lOO )
persoanftKté , tervir 1 ambition ; qu'îb ftiisaient cooiister la morale non dans le juste , mais dans Vuiile» Ce qu'il y a de caractéristique dans leur doctriae, c'est qu'au lieu de fonder la politique sur la morale , ils subordonnèrent la morale à la politique. Nous pouvons donc en croire Platon , lorsque , dans le Protagoras , il montre ce Sophiste ù embarrassé à définir le véritable bien ; lorsque , dans le trailé de la République, il met dans la bouche de Calliclès et de Thrasimaque des maximes qui anéantissent touta distinction entre le vice et la vertu ; lorsque^ dans le Gorgias encore , Calliclès oppose les lois- enviles à celles de la nature , fait consister celles* ci k satis&ire ses passions, profiine le nom de la vertu en l'accordant à IHntempérance la plus effrénée , et va jusqu'à railler^ comme une tète foible^ le plus sage des hommes; lorsque , dans le G* livre de la République , il représente les Sophistes comme empruntant sans choix 9 débitant sans pudeur les doctrines les plus dépravées , et les décorant du nom de la sagesse^ pendant qu'ils les vendent à prix d'argent: lorsque^ dans le 7"' livre du même traité 9 en traçant le modèle du véritable instituteur de la jeunesse , il décrit aussi l'abus que faisaient les Sophistes des honorables fonctions
( loi ) de r«iiieîgQeffleDt , coodmsaDt leurs Aiim , par «M mite de contradltions perpëtiiellesi «n'avoir plus de conviction propre, à ne poavoir que d^ traire sans édifier ; lorsque, dans le Tbéaetète et le diiièine livre des Lois , il représente la moralitéoooune n'étant, suivant les Sophistes, que le rmltat de l'éducation, de la crainte; le bien et le mal, comme une distinction seulement intro» duite par les institutions civiles; lorsque enfin, dans tous ses écrits, il les signale à la postérité comme les corrupteurs des mœurs publiques et privées.
Thucydide ne met-il pas dans la bouche des «ambassadeurs d'Athènes cette proposition empruntée aux Sophistes ; que a la seule loi natua rdle, la seule règle du juste et du vrai, est celle a que le fort dmt commander au bible (j)? »
Les Sophistes employaient tour à tour deux genres de méthodes : Tune pour l'exposition, plutôt oratoire que didactique ; l'autre pour la controverse, qui consistait en argumentations destinées à l'attaque plus encore qu'à la défense.
On reconnaît que plimeurs d'entre eux portaient, dans l'emploi de la première , beaucoup
(f) I, 76. — V,io5.
( loa ) ,
de talent tt de eoniuiîaiaDces. Platon j qui met tant (le soin à reyétir tes personnages de la physionomie qui leur est propre , noua lea peine comme très-eiercés dans l'art de la parole, et s'exprimant avec une grande ét^aoce. On leur attribue l'intention des périodes, et ils contribuèrent certainement à porter dans la langue ce haut degré de perfection, cette flexibilité , cette délicatesse , cette harmonie , que nous admirons dans les écrits de leur siècle, a llss'^tlachaient, dit Platon, moins à eiposer la vérité^ qu'à persuader l'opinion dont ils voulaient &ire l'apologie ; ils employaient moins ce qui était propre à éclairer la rais(m, que les raoyené pro(Nres à éblouir , a entraîner, d
Platon nous offre un exemple de la manière propi^ aux Sophistes, lorsque , dans le comqaeocement du Protagoras, il recourt à la ftble de Prométhée et d'Épiméthée pour expliquer l'ori^no des arts et la nécessité de recourir à des ibattres pour l'enseignement de la aiofalek
Ahstote, dans son traité intitulé Des Ar* gtimeniationa sophistiques ^ s'est attaché à retraeer dans tous ses détails l'art qui présidait à lei^rs argumentations; mais il a embrassé en même temps tous les genres de sophismes qui
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peufflQi Baltr# de l'abus du raiionnciBoatî «a sorte qutt son iraâté doit être coosidaré moîas ooflune aa ublcau historique des artifices €1»ployés par ceile secte en parùeulteri quoiqu'il diesooTeoi les exemples de plusieurs Sophistes dont quelques-uns nous sont aujourd'hui presque iaoQoaus , que comme une exposition didadifue dee diverses espèces d'ai^umeus capbeux qui pe«?eot être opposés aux règles d'une laine logique» U est probable qu^il a eu plus d'une Cms eo vue ceux qui étaient employés par les philosophes de l'éooie de M^are.
Quoi qu'il eo soit, voici comment il s'exprime dans la seconde partie de ce Iraite , qui est intiialé Dtê but que se propoeent les SophUtee.
Apres avoir défini le genre d'argumentation propre aox Sophistes ^ une argumentation eonteniieuêe et Utigkuee^ il attribue aux Sophistes cinq fins principales : La première de combattre par des raiaonnemens captieux la proposition êiahlîe ; la seconde, de conduire leurs adversaires à avancer une diose fausse; la troisième^ de les amener à soutenir un paradoxe; la quau-îèoae , de les meure en opposition avec les régies du langage ; la cinquième, enfin, de les faire tomber dans des expressions lautologiques. Il explique ensutie ni combien de manières on
peut abuser <le# termes, comment ae forment les paralogisme» relatifs aux choses elles menées ; quels genres de vices peuvent aUërer la l^îtimité du raisonnement^ comment on peut abuser d'un principe vrai, a Voici , ajoute* t-îl ^ 9 comment s'y prennent les Sopliistes pour 9 conduire leurs adversaires à des assertions D fausses ou à des propositions contradictoires : 9 ik ont coutume de leur adresser d'abord un 9 grand nombre d'interrogaûons vagues , de D manière a les engager dans des réponses hay> sardées dont ils s'emparent ensuite} de les 1» accabler de questions confuses^ et de pro- 9 positions qui se prêtent à des sens divers } »][ils cachent leur dessein; ils concluent au D besoin , de ce qu'on ne leur a pas accordé^ 9 comme si la concession leur en était faite; . 30 ils précipitent la conclusion , comme si elle D résultait nécessairement de ce qui a précédé; n enfin , ils échappent habilement au sujet )» même dans lequel ils s'étaient renfermés, ^ » la ressource des argumens vient k leur men^ » quer (i). » .
On voit, par les citations qui nous ont été
(i) De SopUst, Etenceh^ ^ cap. 3, 4t i^ ^t iCi
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coDiervëf» des écrits de quelques Sophistes, aoisot <pie par^ le. tëmoignage d'Aiistote y qa*ea gëaéral leur dialectique consistait , non à avancer uoe proposition et à la justifier par des preuves directes , mais dans cette es-» psce d'argumentation qu'on appelle la réduction à Fabsorde, et que leur principal artifice reposait Mr le vague des définitions et sur Fabus des mots, Qnoiq[ue Zenon d'£lée ait sans doute à 'quelques égards ouvert la voie aux Sophistes, qu'il leur ait prêté des armes , il y a une difiërence essentielle entre la dialectique du premier , et les artifices qui caractérisent lés autres. Zenon pensait qu^ y e dans les objets eux-mêmes dont rhoœme croit posséder la plus exacte connais^ sarne un côté encore obscur et voilé que la raison peut découvrir , dont la découverte peut rectifier les premières notions qu'on s'est trop rapidement formées; c'est à saisir, à faire ressortir cette cootre<*partie, si l'on peut dire ainsi, des connaissances trop superficielles, qo*il emrployait sa méthode , en exposant tour à tour le pour et le contre; elle tendait ainsi , non pas à J^timer le doute , mais k compléter la vérité. Aussi, ses recherches , ses hésitations mêmes, àaient sérieuses , portaient le caractère de la bonne foi. 11 ne faisait point ) d'ailleurs^ de
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Les Sophistes , cependant 5 rendirent à la philosopfaie, du moins indirectement » qnekpies services que nous ne devons point méconnaître. Ils rendirent plus générale la culture intellec* tueDe, l'étude* des connaissances naturelles et UMithématiques, Celte des arts libéraux; ils perfecdonoèrent la langne f t la littérature. La philo* Sophie , renfermée jusqu'alors dans le cercle étroit des communications conBdendelles avec un petit nombre d'adeptes , fut portée en plein jour , et devint Ié\sujet des discussions publiques. La philosophie 5 traitée ordinairement josqu'alors daw des sentences laconiques et souvent obscureS) ou dans des poëmes allégoriques , fut en* seignée en prose ^ reçnt les formes d'une langue él^ante, claire^ accessible à tous , et se prêta h des discussiéiis plus méthodiques. Les affirmations dogmatiques^ les hypothèses téméraires , qui s'étaient élevées d'une mabière si préma-
( "7 ) turee sor le lerritoîre de la science, Furent éhfvolëes dans leurs bases; elles purent être jugées par leurs cflèts. On pal: reconnattre combieD était trompeuse la route jusqu'alors fréquentée, par Tissue à laquelle elle avait con^ dail. Si les vérités les plus utiles et les plus respectables furent malbeureusement attaquées pr les abus de la controverse^ ou livrées à Tiu-^ difiereoce, des préjugés funestes fnrent déraôi-oés j une plus grande liberté de discussion fut ooTerte. Surtout , et cette remarque se lie es-^ sntieUeneot à notre sujet ^ les Sophistes eurent coiaiaefDeDt le mérite d'exposer avec une net«teté jusqu'alors inoonnue le problème fonda-- OMOtal de Ja certitude et de la réalité des coti^ nasaaiiocs hatnaines ; et s'ils ne réussirent , slls ne cfcarobèrent pas même à le résoudre , du moina, ed le faisant bien coticevoir , ils en pré^ panpreut la solution ; ils filèrent l'attention des penseurs sur le rapport qui etiste entre l'entendement humain et les objets auxquels il i*appfique^.sor les instrumens dont le premier peut aa servir pour saisir les autres^ et sur la ic^iîoBté de l'emploi qu'il en fait.
En no mot, les Sophistes préparèrent Socrate par les écarts mêmes auxquels ils s'abandonnèr^Bt, et Socrate , tout en restaurant la science
•ugQite qu'ib avaient profiioée^ ne dédaigu* point de s'emparer de quelques-uns des avantages qu'ils lui avaient offerts. Ils rendirent donc, sous quelques rapports, des services analogues ii ceux que plus tard ont rendus les Sceptiques; ils imposèrent la nécessité de reconstruire^ sur des fondemens nouveaux , l'édifice qu'ils avaient renversé , et qui , élevé trop k la hâte y manquait de solidité.
On peut appeler l'enseignement des Sophistes y une sorte de scepticisme indirect. S'ils ne proclamèrent point qu'il n'y a pas de vérité certaine , ils produisirent un effet semblable en prétendant que tout est également certain. S'ils n'avancèrent point qu'il n'y a rien de réel y ila avancèrent du moins que nous manquons de moyena pour les connaître. Ce n'était point encore le découragement de la raison ; c'était > ù l'on , peut dire ainsi ^ son dérèglement ; et quelquefois la seconde de ces deux maladies intellectuelles est moins incurable que l'autre , conune il y a plus de remèdes à l'impétuosité des pssions qu'à l'excès de la Siiblesse. On ne peutressusdter des forces éteintes; mais les égaremens appdlent et peuvent obtenir une salutaire réforme^
n y eut cependant aussi dès] lors quelques
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•eepdqoM Avouëa» qui profeasèrent ouverte^ mcot le doute absolu : a Plusieurs, dit Sextus l'Empirique 9 ont soutenu que Mëtrodore, Anaxarque et Monime avaient entièrement refusé à l'homme le droit de juger des choses. Métrodore avançait que nous ne savons rien, et que nous ne savons pas même que nous ne savons rien. Anaxarque et Monime pensèrent que les choses n'ont ps plus de réalité que les images peintes sur les décorations du théâtre, on que celles qui nous apparaissent dans le songe ou dans la folie (i). d Métrodore de Chiosétait discipledeDémocrite, Anaxarque, <fisdplede Métrodore ; ces Sceptiques dérivaient donc encore de l'école d'Elée. Plutarque noui a transnûs du premier des hypothèses assez ridi* coles sur la physique. Sextus cite encore un Xe« ntade de Gorinthe, qui appartient à un temps plus reculé , et dont Démocrite avait dit mention. « Xeniade avait soutenu que tout est &ux; B que toutes les opinions , que toutes les cona ceptions de l'esprit sont trompeuses ; que a tout ce qui natt sort du néant, que tout ce a qui périt y retourne. lo Ainsi, k côté des pre-
(a) ÀSmwM hgù., YE, $ 871 88.— Diogëii^ 9»— Qotroa 1 D0 tuUttrd Dëor. , liv. S.
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micrs systèmes dogmatiques^ s'élevait déjà, par fine sorte de contraste naturel , ce soepticiame qui ep est la critique , qui, ordioairement roéoiei eu est Tefifet.
lyiais , voîci encore un Sceptique plus ancien , un Sceptique dont l'apparition a quelque chose de plus nngulier.
Ce n'est point un philosophe grec; c'est un Scythe , qui parut au milieu des Grées, et les étonna par sa sagesse | c'est Anaoharaia, ce sage dont les maximes morales ont d'aiUeurs obtenu une si juste célébrité. YiMci da moins le récit de Sextits l'Empyrique : c Anachai^ yi sis le Scythe, dtt^on, refusa à la peroep- M tion de l'homme le droit de juger les 9 choses dans tous les ordres de connaisn fiances; il fit un reproche au^^ Grecs de » supposer ce droit à Tentendemeat humain» » Pour justifier cette maxime , Anacharais ocmdparaît k copoaiasaace de la vérité à la pratique des arts. Or , disait-il , un artiste ne peut Atre jugé, ni par celui qui ignore les arts, ni par un artbte qui exerce un art différent, liais , deux hommes qui sont émules dans le mAcne art ne peuvent se juger l'un l'autre; car ils ont tous deux le même droit à affiruter^ et ao«s cherehotts quelqu'un qui puisse pMnooeer
euii^ eux. Sî l'iiu d'eux $'arroge le' droit de prononcer, le jugement se confondra avec la chose à juger; le jôge sera digne de confiance , puisqu'il prononce; indigne, puisqu'il est lui-même soumis au jugement que l'on demande (i).
Anacharsis, au reste, n'appartient à aucune école, il est antérieur k l'époque qui nous occupe en ce moment; nous devions le rappeler en termÎDani cette première période, comme formant un personnage à part, et aussi à cause du conu*aste qu'il forme avec les doctrines qui ont précédé. Ce système ^ fort étQnnant pour le ttècle auquel il appartient, trouvait ici sa place, ûaoopar l'ordre chronolo^qoe , du moins par rsnalogîs des i
(i) Aàfersus hgic. , YII, pag. 55.
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NOTES
DtJ HUITIÈMB CRAPITBB.
(A) PUTOifi dans ^premier HippktiJi peint Torfntif et l'ambition des Sopbistes,en mém* temps qu'il rappelle le r6)e important qne plasieari d'enlre eoz avaient rëntsi à jouer dans les affaires de la Grèce :
• Socrate : Qu'il j a long-temps , bel et sage Hipipias , qne tous n'êtes venu h Athènes ! — Hippias t Je n'en ai pas le loisir. Lorsque Elîde a quelque âfinre à traiter avec une autre cité» elle s'adresse ton-» jours à moi , préférablement à tout autre citojen , et me choisit pour son envoyé ) persuadée que personne n'est plus capable de bien juger , et de lui faire an rapport fidèle éeê choses qui lui sont dites de la part de chaque ville ; j'ai donc été souvent député en diffé* rentes villes , et à Lacédémone plus souvent qu'ailleurs, pour un grand nombre d'affiiires tres«*impor-> tantes. C'est pour cette raison , puisque voua voules le savoir, que je viens rarement en ces lieux.— «Socnte i Voilà ce que c'est, Hippias, d'être un homme vrai* ment sage et accompli. Car, vous êtes en état, dans le particulier, de procurer aux jeunes gens des avantages bien autrement précieux que l'argent qu'ils voua donnent en grande quantité; et, en publie » de ftndfare à
rotre patm les lenrices que doit lui readre tout homme ^oi a^re iioii--tettlement k éviter le mépris y mats à mériter Testime de $es concitoyens.' •
• Est— ce q[ae , coojne les autres arts se sont perfec-' tioanés, et que les ouvriers du temps passé sont des ignorana auprès de ceux d'anjoard-hui ^ nous diront VUS! , que Totre art , à vous snitres Sophistes , a fait les mfmes progrès, et que ceux des anciens qui s'appK-* quieut à la sagesse n'étaient rien en comparaison de Toos? — Hippias : Bien n'est plus yrai. ^
• Socrale x Ainsi, Hippiaa^ si Bias revenait mainte^ caat su monde, il paraîtrait ridicule auprès de tous f * peu près coaame les sculpteurs de nos jours disent '.ue Dédale se ferait moquer, s'il reviTait, et qu'il fit àti oarrages tels que ceux qui lui ont acquis de la Cé* •chrité. — Hippias : A la .vérité, Socrate, la chose «st telle que \ous dites ; cependant j'ai coutume' de lca«r les andens et nos deranciers plus que les sag^es <le ce temps, parce que je suis en garde contre la ja«* iontie desrivans, et que je redoute l'indignation des 9orts. — Socrate : Cette coodoite, Hippias ^ et cette, nuaîcre de penser , me parah di^e d'élogea. Je ^Int 2a« vous rendre témoignage que vous dites vrai , et wi&e votre art s'est réellement p^fiNStiOnné par rapport - la capacité de joindre l'admini4tnitio» des affairés* r-uMîqncs ans affaires domestiques. £n effet, G«rgias,
vphistc de Léootium, est venu ici avec le titre d'en-' ''?Tédesaiille,comme lepluscapabledetous lesLéon^ '.SI de tniter les afbires d'État. Ils'est fait beaucoup en public par son éloqifoice ; et dans ses eo^ pvticulicrs, endonnant deseiplicaiionseteen*
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versant avec les jeunes gens, il a amasse et emporté de grosses sommes d'argent de cette ville. Vonlet-vous un autre exemple? Prodicns uotre ami a souvent été de'putë en beaucoup de villes , et en dernier lien étant venU| il y a peu de temps, à Céos, à Athènes, il a parM dans le sénat avec beaucoup d'applnudissement ; et dbnnanl^chea lui des kçons et s'entretenant avec notre jvnntise, il en a reçn des sommes prodigieuses. » Quant à ces anciens, aucun d*enxn'a cru devoir exiger de l'argent pour prit do ses leçons , ni faire montre de sa sagesse devant toutes sortes de personnes , tant ils étaient simples , et tant ils ignoraient combien rar*gfsnt est une choae estimable » au lieu que les deux So ; pfaistes que je vient de nommer ont plus gagné d'argent avec leur sagesse , qu'aucun ouvrier n'en a retiré de qitelqoe art que ce so^. Protagoras avant eux avait la mémecbose. »
(B) Plnsionrs motîi» nous commandent de nons arrêter neec quelque soin à cp phénomëno qno les SopUstee grecs noua présentent dans l'histoire de l'espiît humain. Il importe de bien étudier Isa causes qui ont coivompn la prenitère des sciences à nne époque encore si voisine de son berceau. Les Sophiste», iftls ont été loin de résoudre les problèmes fondamentaux de la réalité et de la certitude des connaissances , les ont posa du moins avec une sagacité singulière , et ont transporté en quelque sorte ht philosophie toat entière . sur ce terrain» D'ailleurs , bien connaître les Sophistes est la condition indispensable pour connattée Socrate et après lui Aristote et Platon. En enrac-
itriéMni l'état de Fa philosophie telle x{u*i\s Toot iroQTee I OD définît le but qu'ils devaient se proposer , 1m obstacles qa'ils deyaient rencontrer. Les Sophistes ont été la cause indirecte des immortels travaux de c«s grands hommes : il a fallu détruire les abus qu'ils avaient commis , les erreurs qu'ils avaient manifestées plw encore qu'ils ne les avaient produites ; il a fallu Twmàgt les doBtes fondamentaux qu'ils avaient fiiit uitie. Enfin ^ ce sujet n'a point été traité par la plU' part des historiens de la philosophte avec l'étendue fill méritoit, et, dans notre langue du moins, il n'a racore été éclairé par aucun travail approfondi , complet et spécial. Le célèbre Widand , dans son Aga« îhaa, a mis les Sophistes en scëue avec ce rare talent qot anime les sujets antiques d'une vie toute non— TcUe ; mtfîf il se proposait d'écrire un roman philo* lophiqne et non une histoire exacte et fidèle.
CC) Cet admirable dialogue de Théeetète est une Mvte de Iraité complet sur le principe des connaishonMinciii , et ne peut être assez médité. Platon rapidement en revue lea opinions profiessées sv ce sojet par la plupart des philosophes qui l'ont précédé , les compare , les classe , les discute. Il traite sfec «ne sagacité remarquable la question de U valeur o^cctive des sensations. Yoici comment il établit la baisoD des propositions de Protagoras : « — Socrate :
• CoBetves-voos y mon cher, d'abord par rapport aux
• ycox, que ce que vous appelés couleur blanche
• a'eet point quelque chose qui existe hors de nos yeux,
• ni dans nos yeux; ne lui assignée même aucun lieu
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» déterminé , parce qu*a1ors elle aurait ud rang mar-
• que , une existence fixe , et ne serait plus en ?oie de » génération.— Théaelëte : Gomment me la repré- » senterai-je ? — Socrate : SaÎTons le principe que a nous Tenons de poser, qu'il n'existe rien qui toit » un , pris en soi. De cette manière le noir , le blanc , » et toute antre couleur nous paraîtra formée par » l'application de nos yeux à un mouvement con— » venable ; et ce que nous disons être une telle cou- » leur ne sera ni l'organe appliqué , ni la chose à » laquelle il s'applique, mais je ne sais quoi d'in- M termédiaire et de particulier k cbacun de nous. » Voudries-vous soutenir en effet qu'une couleur » parait telle à un chien ou k tout autre animal, » qu'elle TOUS parait âi Tous^méme 7 — Tfaéaetëte : Non, tt assnrément.-^ocrate : Pou veit-Tous d n moins assurer » que quoi que ce soit paraisse k un autre homme » la même chose qu'à tous? et n'affirmeriex-TOns pas » plutôt que rien ne se présente à tous sous un même « aspect I parce que tous n'êtes jamais semblable à tt Tous^-même? — Tfaéaetëte : Je suis pour ce sentiment » plutôt que pour l'autre.
a Socrate s Si donc Torgane avec lequel nous mesu- » rons ou nous touchons un objet, était on grand, ou 9 blanc y ou chaud ; étant appliqué à un autre objet , » il ne deTiendrait jamais autre s'il ne se faisait
• en lui aucun changement. De même , ii l'objet 9 mesuré on touché aTaii quelqu'une de ces qualités ; » lorsqu'un autre organe lui serait appliqué, on le » même organe qui aurait souffert quelque altération , » il ne deTiendrait point autre, n*éprouTerait lui-
même «acan changement ; d'autant plus , mon cher uni, ^e dans l'antre sentiment , nous sommes èon- Iniots d'admettre sans résistance des choses tont-a* fait surprenantes et ridicules , comme disait Protagons , comme doit l'avouer quiconque entreprend
de soutenir son opinion
Comprenes-Tous main tenantpourqnoi les choses sont telles que je viens de dire , en conséquence du sjstème de Prot agoras , ou n'y étes-vous pas encore ? ^Théctëte : Il me parait que non. -* Socrate : Voua m'aurea donc obligation , si je pénètre avec tous dans le sens yéritable y mais caché , de l'opinion de cet homme ^ on plutôt de ces hommes célèbres? — Thédèlct Comment ne tous en saurais-}e pas gré, et on gré infini? ^-Socrate : Regardes autour de BOUS y si aucun profane ne nous écoute : j'entends par la ceux qui ne croient pas qu'il eiiste autre chose que ce qu'ils peuvent saisir à pleines mains , et qui ne mettent an rang des opérations , ni les généralions, ni rien d'invisible. — Théxlèle : Vous me pariez là , Socrate , d'une espèce d'hommes dure et iDlfûiable. — Socrate : Us sont, en effet , très-îgnorans , mon enfant , mais les autres en grand nombre dont je vais vous révéler les mystères sont plus
• cellivés.
• Lenr principe duquel dépend tout ce que nous ?e<-
• noos d*exposer, est celui-ci : tout est mouvement » dans l'univers, et il n'y a rien autre chose. Le mou*
• veneol est de deux espèces , dont chacune est infinie
• par la multitude; mais, quant à leur vertu, elles
• *oal l'une active, l'autre passive. De leur concour»
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u et de leur frottement mutuel se forment des pra* 9 ductions infinies en nombre , et rangées sôus deux » classes, Tune du sensible, l'autre de la sensation, » laquelle coïncide toujours avec le sensible et est ensi gendrée en même temps. Les sensations sont connues » sous les noms de vision, d*audilion , d'odorat , de n goût, de toucher, de refroidissement, de récbauf- 3» fement ; et encore , de plaisir, de douleur , dç désir, • de crainte; sans parler de bien d'autres dont une » infinité n'ont pas de nom , et un très-grand nombre » en ont un. La classe des choses sensibles est pro* » duite en même que chacune des sensations corrcs- » pondantes; comme des couleurs de toute espèce, M des sons divers , relatifs aux diverses affections de M l'ouïe, et les autres choses sensibles proportionnées » aux autres sensations.
» GoDcevez-vous , Théstète , le rapport do ce dis- » coors avec ce qui précède ? — Théaetète : I^as trop , » Socrate. — Socrate, faites donc attention à la con- » clusion oii il aboutit. Il veut dire, comme nous M l'avons déjà expliqué , que tout cela est un inouve- » ment , et que le mouvement est lent ou rapide -, n que ce qui se meut lentement exerce son mouvement M dans le même lieu et sur les objets voisins , qu'il » engendre de cette manière et que ce qui est ainsi » engendré a plus de lenteur ; qu'au contraire ce qui » se meut rapidement, déployant son mouvement sur » les objets éloignés, engendre de cette manière, et » que ce qui est ainsi engendré a plus de vitesse , parce »» qu'il est transporté et que son mouvement consisfr* » dans la translation. Lors donc que VœU, d*iine part .
et de loutre , uu objet proporlionoe te sont eo quelque bçoii accouplés , et oot produit la blancheur et le sensation qui luieU co-nAtartUe, lesquelles n*aulaîent jamais ^té produites si l'œil était tombé sur an antre objet , on réciproquement : alors ces deux choies se mouvant dans Tespace inUrmédiaire , saroir , la vision vers les yeux , et la blaneheur vers Tobjet qui produit la couleur con)oioVe8Mlit avec les yeux , l'œil se trouve rempli de la vision, il aperçoit et devient non pas vision , mais œil voyant; pareillement l'objet concourant avec lui k la production de la couleur, est rampli de blancheur, et devient, non pas blancheur, mais blanc , sait que oe qui jreçoit la teinte de cette couleur soit du bois , de la pierre ou toute autre chose. Il faut se former la mém<? idée de toutes les autres quaiitjt , telles que le dur , le dbMuà ci ainsi da reste , el concevoir que rien de tout cala n'est en soi, comme nous disions plus haut ; mais que toutes choses s'engendrent avec une diversité prodigieuse, par leur rapprochement mutuel qui est une suit do mouvement.
» En effet, il est impossible , disent-ils , de se représenter d'une manière fixe aucun être isolé , sans la qualité d'agent ou de patient ; parce que rien n*est agent avaut son union avec ce qui est patient , ni patient avant son union avec l'agent; et (elle chose qui dans son concours avec un certain objet est agent , devient patient à la rencontre d'un autre objet, de façon qu'il résulte de tout cela , comme )! a rlc dit au commencement , que rien n'cM un ,
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pris en loi, et que chaque chose devient ce qu'elle ett par rapport à une autre ; qu'il faut retrancher ab-r soinment le mot éirfi. Il est vrai que nous avons été contraints de nous en servir souvent tout à l'heure à cause de l'habitude et de notre ignorance; nuis le sentiment des sages est qu'on ne doit pas en user , ni dire en parlant de moi ou de quel*» que autre | que je suis quelque chose , ou ceci , oq cela, ni employer aucun autre terme qui marque un état de consistance ; et que pour s'exprimer selon la nature, on doit dire des choses qu'elles s'engendrent, se font, périssent, et s'altërent : parce que si on représente dans le discours quoi que ce soit comme stable , il est aisé de réfuter quiconque parle de la sorte. Telle est la manière dont on doit s'énoncer au sujet des élémens et de l'assemblage de ces éiémens qu'ils appellent homme , pierre , animal; n soit en individu , soit en espèce. •