‹ Histoire comparée des systèmes de philosophieChapitre 8 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

a ne voulait point en fonder ; il eut cela de

commun avec ibus les grands resuuraieurs de

la philosophie ; ce n'est pas seulement parce

qu'il ne laissa aucun écrit, comme quelques

écrivains Tont remarqué, c'était parce que la

nature même de son enseignement, parce que

les principes qu'il professait , loin de produire

cette uniformité d'opinions , cette espèce de

discipline intellectuelle, nécessaires pour con-

stiiuêrune école , tendaient au contraire à rendre

tous les esprits formés par ses leçons à leur

propre énergie , à leur entière indépendance.

11 avait assez fait en les délivrant des préjugés

reçus, de la fâcheuse influence des exemples

antérieurs, en les excitant à la recherche de la

vérilé , en leur indiquant la méditation comme

la voie générale dans laquelle ils pouvaient es-

pérer de la découvrir.

On peut partager en trois classes les disciples de Socrate : la première comprenil ceux qui apprirent de lui à réformer leur vie , à* conformer leurs mœurs aux préceptes de la vertu; et, si c'était le succès auquel il aspirait avant tout, c'est aussi celui qu! l'honore davantage ; il donna à sa patrie de boncitoyens, des magbtrats intègres; il contint même, aussi long- temps qu'il vécut, Pambitior.

^e Critias et d'Alcibiade. La seconde classe umpread celle des hommes qui ^ s'étant éclairés ar son commerce, ne prétendirent rienajouter •ui lumières qu'ils y avaient puisées , se con«- V. 'itèrent de conserver le dépôt de ses maiimes. [.a troisième y enûn , embrasse les philosophes : 1 , après Tavoir entendu , animes d'une ardeur . Lvelie^ désirant mettre eu valeur les instruc- . (iS qu'ils avaient recueillies, s'aider des forces \\\\ avait réveillées dans l'esprit humain , vouèrent, ou ressusciter sous une autre forme les \ ïièmes anciens , ou créer à leur tour des syscmes plus solides.

Dans le nombre des seconds^ nous comptons Xénophon , le digne apologiste de son mahre , i^iij dam son Banquet phUosophique^ a convive tant de précieuses maximes des sages de wniiquiié; qui, dans sa Cyropédie, a tracé, ..-uime dit Cicéron , n moins un récit histori- ' que que le tableau d'un gouvernement fondé ' sur la justice ; d qui , dans son dialogue sur la ■ >rannie^dL réduit ce même tableau en maxi- -^ ; Eschine , qui se donna si cordialement Socratc, n*ayant, disail-il, rien autre chose - lui ofTnr , qui en fut si bien récompensé » et i à, dans ses dialogues^ commenta fidèlement ') morale de son instituteur; Criton et Simon,

qtii composèrent aussi un grand nombre de dialogues Soer&tiqaea dont noua r^rettons aujonrdinn la perte; unGlandon^ an Simmias^un Cëbèa enfin , qn'on j^r de asset généralement c^mme Pantenr du dialogue connu sons le titre du tableau de Cébèsy et qui est en effet une peinture morale de la vie humaine. Rous remarquons dans ce dernier ouvrage la distinction établie entre la vraie et la Êtusse science y l'une qui épure Fâme^ l'autre qui la séduit, a La ¥oie qui conduit à la vraie science, dit Fauteur, est ardue, étroite, peu fréquentée; rien n'en détourne davantage que de s'imaginer savoir ce que réellement on ignore, d

Il est digne de remarque que trois des plus fidèles disciples de Socrate s'étaieot spécialement livrés à l'étude de la logique. Simon d'Athènes avait composé des dialogues 8ur la science , sur le jugement y et sur Vart de éUscuter; Simmias de Thèbes, sur la vérité ^ et sur le raisonnement; Crilon, l'ami le plus intime de Socrate , avait écrit sur la méthode pour apprendre^ ëur la connaissance , et sur cette imporunte question : qu'est* ce que savoir? On ne peut assez déplorer la perte ^écriu aussi précieux , qui nous eussent bit connaître d'une maniéi e aussi sincère Tune des plus importantes appli

ceue Ansciioa c^muum 4e Jbiira travaux moatrt riotër^t <{ue leur mattre portait â ce gara de recborcbei^ «t DOasaooooGe qu'il s^en était beauoovp plus occupa lul-méma jqu'on qa ie suppose ordinairement.

Nous paaseroBS eq revue dans les chapitres MÎvitts les philosophes qui composent Ja Iroisjème classe > Kpù , par leurs travaux successifs, ouvrirent une carrière nouvelle , etprolongèrent pendant le cours des siècles Tinfluence de la ré* fbroH eséciiiée par Socrate ; nous commence-rons par ceux qui suivirent immédiatement oe grand hooum ^ et dont les systèmes moins cornpieu affrent Aussi plus dedivorgence, avant d'arriver a Platon qui a eu la g^ire 4e transmettre s Js dernière jpostérité l'héritage de Socrate en le iccQiidant par son génie, en l'accompagnant aussi d'un méUnga de doctrines nouvelles ou empruntées à d'autres écoles»

Cependant, avant de paaser anx écoles qui ntqoîrMit de l'enseignemeot de Soprate, nous oe sasriona nous dispenser de £iire ici mention ^Isocniie, quip étranger a pes diverses écoles, ns attiré l'attention* d'auwp histçrien de la piiiloMphie, sans dqpte parce. qu'il n'a point (dit profesaiott de se livrer à cette science, mais

qui , en ne le considérant même qae comme orateur, nous fournit quelques lumières sur Pélat de la philosophie à l'époque que nous embrassons , et qui nous ramène aux considérations exposées au commencement du chapitre

précédent «

Nous avons vu, en effet, que la phllosopliie, par la suite de rallîance qu'elle avait contractée avec Tart oratoire, avait subi les altérations que celui-ci avait éprouvées , avait perdu en certitude ce que celui-ci avait perdu en dignité, était devenu, avec lui , vénale, contentlcuse et frivole. Isocrate entreprit de restaurer Fart oratoire , de le rappeler à sa noble destination, et par là , il servit aussi les intérêts de la vraie philosophie. Il se reporta en quelque sorte à la source môme du mal, pour y apporter le remède. Disciple des Sophistes, il les attaqua, les combattit sor leur propre terrain ; et ses efforts n ctalent certainement pas inutiles, car, no^ voyons par ses harangues que les émoles des Gorgias et des Prodicus avaient encore survécu à Pcnscignement de Socraie. et II est des » hommes, dit-il, qm se glorifient singulière- » ment, après avoir avancé une proposition y> absurde , de ponvoir Jtn disserter avec faci-- . » lité, qui passent leur vie à argumenter fO\i

(i67) j) établir qu'on ne peut mentir, qn'il n^y a rien n de contradictoire; les uns déclarent que le

V courage^ la sagesse, la juistice sontune même B chose ; qu'aucune de ces vertus n'a son ^ pnncipe dans la nature; quMles sont toutes B une acquisition de la science ; d'autres con- )> sQinent le temps en vaines dbputes. Pour D moi, en voyant l'éloquence envahie par ces f^ frivoles subtilités , je ne puis reconnaître D dans leurs auteurs le mérite de l'invention ; 9 car, quel est l'homme exercé dans les études D qui ne sache que Protagoras et les Sophistes r de ce temps nous ont laissé de seml)lables ^ choses dans leurs écrits? Qui pourrait jBur- » passer un Gorgias qui a osé dire que rien » n'eûste de ce qui s'offre à nos sens^ un

V Zéooa qui s'efforce de prouver que Ja même yi chose peut et ne peut.pas exister , unlVIélissus " ^f^h partant, de ce principe que la réalité est ^ infinie^ a prétendu prouver que l'univer** !■ salité des cboscs est une et identique (i) ? y>

Isocrate oppose à cet abus de la parole qu'a- \ aient introduit les Sophistes, le tableau des 'pialités nécessaires à l'orateur ; il assigne à l'é«>

(i) Pfliii^gjnque d'He'lëne, dans le Prologat.

loquencè ion véritable domaine y lui marque son but j a eUû doit tendre, dit-il ^ à nous ^ faire acquérir la verta , à nous exercer dans T» 6a pratique (i). » Il âvaitlui*méme cultivé la philosophie morale , et dans ses deux diacours adressés. If un à Demonicus^ l'autre à Nicoclés, il prés^te le tableau des devoirs de la vie privée et de ceux qui sont attachés aux ibnctipns publiques* Ce double code pourrait être avoué par un philosophe Socraûque. U re* eotnmande le culte des Dieux ; mais il considéré comme le culte le plus digne d'eux k tie b plus conforme à la bonté et à l'équité. H excite Demonicus à pratiquer la verta et r honnête té 9 parce que c'est d'elles que dérivent les seules vraies et solides joaisfianoes. Il recommande au roi IVicodès l'amour des hommes et celui de la patrie ; ii lui recom* mande à d'avoir soin du peuple^ panœ que l'exn périence enseigne , dit*il y que les gouverne- D mens les plus durables sont ceux oÀle peuple » obtient les plus grandségards. » lliiiît consister la bonne administration k répandreles honneur» sur les plus dignes , à garantir les citoyens de

(i) Harangue €ontre les Sophistes.

ioale bjure. U fait consbter la sagesse dans la prodence^ la modération , Tempire sar soimême^ et la supériorité à l'ane et Tautre fortune (i). Cest ainsi qnlsocrate justifia les heu-* reui présages que Socrate avait formés sur lui ; c est ainsi qu'il mérita l'estime que lui a accordée Platon, a 11 y a dans l'esprit de ce jeune y> homme une sorte de philosophie naturelle; B son oaractèra est porté à ia Têtu, et une B sorte df inspiration divine peut le porter aux B phs gnindes choses (a). »

(t) PSnAéttalk|oe, I, 4-

(i) Panelct que Platoa met dans la fcoacbe de Socn*e.«-*(^cynra le Ph4ttlre ^ ^o^esattMi Cîcéron, De

xk*.

NOTES

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