Livre XV
Chap. 5.
Voitures
et chaises k
porteurs.
très. L'ancieD jardin était beaucoup plus étendu que le nonveau ; il avait au moins les deux tiers de plus. Il parait certain qu on a bâti la façade sur la ligne OQurale et sur les fondements de la première enceinte; la cour était dans la ville, le palais et le jardin étaient en dehors du mur primitif. En creusant les fondements , on trouva une nappe d'eau considérable ; on employa des machines pour s'en débarrasser , mais on y dépensa beaucoup d argent et de temps ; on fut obligé . de suspendre les travaux. Il parait que le grand réservoir des eaux qui alimentaient les fontaines et les puits de la ville, se trouvait dans ce lieu ; c'est là qu'aboutissait le canal de la fontaine Divona; c'est là que versaient leurs eaux, par des conduits souterrains, et, en quelques endroits, par des viaducs, les belles sources des environs du Moulin-des-Ârcs. L'eau était tellement abondante , qu'on voyait , à l'endroit où est bâtie la tour de Pey-Berland , une fontaine ou réservoir; le caveau au-dessous de la chapelle de l'hôpital était souvent rempli d'eau.
Au commencement du XVin* siècle, on ne voyait à Bordeaux que quelques carrosses ou grosses voitures. Les chaises à porteurs étaient chose à la mode , le seul moyen facile poar échapper à la bouedes rues, dont la plupart étaient mal pavées ou ne l'étaient pas du tout. On voyait souvent dans la rue de lourdes charrettes traînées par des bœufs ; mais les chaises à porteurs étaient le plus souvent employées. D'après une ordonnance de police, du 18 novembre 1706, les porteurs devaient se tenir avec leurs chaises sur les places de Saint- Projet, de Sainte-Colombe, de l'Hôtel-de-Ville et du Chapeau- Rouge.
Ce ne fut que beaucoup plus tard que l'on établit a Bordeaux des voitures de place ou des véhicules suspendus sur de mauvais ressorts. Au mois d'août 1766, le sieur Muret obtint, par lettres-patentes, le privilège d'établir à Bordeaux, pendant quinze ans, cinquante voitures de place ; le prix de
chaque course était de quinze sous, et 20 sous par heure si la Livre xv. voiture était prise ou engagée pour un certain temps. Cette ^^ eotreprise ne réussit pas. Le sieur Duhaultois établit, en '
1774, des fiacres. Comme encouragement, les jurats lui accordèrent Tusage gratuit du Palais-Gallien, sous la condition formellement stipulée qu'il ne dégraderait pas cet antique monument ; mais , n*y ayant pas d*eau pour ses chevaux , cet entrepreneur alla bientôt après s'établir près de la Chartreuse, sur le Peugue. Son entreprise réussit si bien que sept ans après, en 1781 , on comptait à Bordeaux quatre cents fiacres de place. Le temps du privilège étant alors expiré , tous les carrossiers, en vertu d'un arrêt du parlement du 5 avril 1781 , furent libres de tenir des voitures sur les places de la ville, à l'usage du public. On connaissait, longtemps avant celte époque, les fiacres en usage à Paris; leur remise générale était d'abord auprès d'un hôtel , rue Saint-Antoine , qui avait pour enseigne un tableau représentant saint Fiacre. Le maître de l'hôtel avait pris cette enseigne tout exprès pour attirer chez lui les nombreux pèlerins qui allaient visiter les reliques de ce saint anachorète irlandais, dans un lieu solitaire du diocèse de Meaux , mais qui est devenu de nos jours un gros bourg de la Brie ; il était fameux par les pèlerinages qui s'y faisaient même à la fin du XYIII'' siècle. Ces voitures, qui servaient d'abord à transporter les pèlerins au 4)out de leur pieuse course, furent appelées fiacres et conservent encore ce nom distinctif.
Les tremblements de terre étaient très-rares dans nos Tremblements contrées; cependant on en sentit plusieurs dans le XYIII** ^«^erre. siècle. Il est certain qu'ils sont devenus bien plus fréquents qu'autrefois. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de faire figurer, dans ce tableau du XYHI** siècle, les divers tremblements de terre qui ont été ressentis dans ce pays.
Le 13 mai 1708, à cinq heures du matin, on ressentit, dans notre ville et aux environs , quelques secousses alar-
1" Part. B.c 6
Cliap. 5.
LiTreXV. mantes , mais sans avoir à déplorer aucun accident fâcheux.
Sainl Grégoire de Tours parle d'une violente secousse qui eut lieu en 580 : la ville faillit être anéantie ; les murailles furent ébranlées jusques dans leurs fondements; le peuple, épouvanté, s'enfuit dans les campagnes; des flammes sortirent de la terre et consumèrent plusieurs villages.
Delurbe parle d'un tremblement de terre qui eut liea en 574 ; c'est probablement le même que celui de Saint Grégoire de Tours, qui, étant pour ainsi dire contemporain, était mieux renseigné et plus exact sous le rapport chronologique.
En 1372 et 1373, on ressentit de violentes secousses à Bordeaux et dans les environs. La commotion fut tellement forte et impressionna tellement les Bordelais , qu'ils crurent devoir en perpétuer le souvenir par cette inscription lapidaire qu on voit au-dessous de l'orgue , dans l'église de Sainte- Eulalie :
ANNo : D : H^ : ccc : lxxii : que : la : tera : tremblet : lo :
TERT : JORN : DE *. HART : QUI I FO I LO : PRUMET : JORN : DE : CAREME : EN : LA : HORA : DE : MEJA : NUIT.
ITEM : TREMBLET : LA l TERA C LO : DIALVS '. ABANT '. SENT :
URBAN : QUI : FO : LO : xxiii : jorn : de : mat : l'an : de : mess : M® : ccc : Lxxiii. : item : l'an : de : mess : m^ : ccc : lxxv : bale: I : BOYSSET : de : forment : xll : e : aquet : an : ramon : dbbd: AC : fi : FA : LO : portau.
Traduction. — En l'an du Seigneur 1372 , la terre trembla le troisième jour de mars , qui fut le premier jour de carême, à l'heure de minuit. De même , la terre trembla le lundi avant la saint Urbain , qui fut le vingt-troisième jour de mai , l'an du Messie 1373. De même , en l'an du Messie 1375, le boisseau de froment valait 1 0 livres ; et cette année , Raymond de Bu , architecte, fit faire le portail.
Le 2 février 1 427, un effroyable tremblement de terre eut lieu à Bordeaux et renversa la voûte de la cathédrale, à l'endroit où sont les orgues.
Cbap. 5.
— sale 21 juin 1660 , à quatre heures du matin , un tremble- L»^re xv. mentde terre se fit sentir, par une secousse si forte , à Bordeaux et dans tout le pays , que quelques pierres se détachèrent du clocher de Saint-Michel ; les habitants, disent nos chroniques , sentirent leurs lits se mouvoir, comme si on les avait secoués. L'ébranlement fut si violent à Saint-Michel , les fondements de cette église furent tellement éprouvés, que trente-trois ans après, le 17 juin 1693 , une partie de la nef s écroula. Toute la portion qui avoisine le chœur et qui aboutit au grand esca-^ lier, du côté de la porte de la Grave, tomba. Il était alors entre dix et onze heures du matin; on y disait la messe, mais personne ne fut atteint. Louis XIV passait cette nuit à Captieux , prèsdeBazas; la sentinelle qui veillait sous les fenêtresdu roi, ne sachant pas ce que cela pouvait être » et craignant qu'on eo voulût à la vie du roi , s'écria avec force : Auw armes! Le roi se leva, et , ayant appris la cause de l'alarme, il regagna paisiblement sa couche , sans crainte pour les conséquences que cet événement pouvait avoir.
Le 13 mai 1708, eut lieu l'effroyable commotion volcanique dont nous avons parlé plus haut.
Le 25 mai 1750, on sentit quelques oscillations à Bordeaux et partout, jusqu'aux Pyrénées. Cinq ans après (1755), la ville de Lisbonne fut renversée par un violent tremblement de terre qui se fit sentir en Espagne , mais il n'est pas certain qaon l'ait senti à Bordeaux.
En 1759, on ressentit à Bordeaux deux tremblements de terre. Le premier fut très-violent et causa de grands dégâts au château de Vayres ; le second , moins fort , ne causa nul dommage. Le premier eut lieu le 10 août, à dix heures du soir; il renversa la voûte de l'église des religieuses de Notre- Dame , beaucoup de cheminées , de vieilles murailles et des cloisons. Les habitants en fureht si effrayés , qu'ils passèrent la nuit sur les places publiques; mais c'est dans l'Entre-deux- Mers que les effets en furent les plus effrayants.
Chap. 5.