‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 118 sur 177 · Livre XV · texte numérisé non relu

Livre XV

Chap. 5.

Magasin de la Marine.

Moulins

économiques

des Chartrons.

Église de Saint-Louis.

Le 1"club de Bordeaux.

Les Francs- Maçons.

Dans Tannée 1786 et les deux années suivantes, le gouvernement fit construire à Bacalan, sous la direction de M. Bergeron, architecte, sur les bords de la rivière, le magasin de la marine , et on commença alors la démolition du Château-Trompette par les deux bastions qui dominaient la Garonne.

En 1788, on fit Tessai des moulins économiques, aux Chartrons. Cet édifice , construit avec ses dépendances , par les soins de MM. Teynac frères et Gauffé, coûta près d'un million; mais, dans le cours de quelques années, il fut mis hors de service par les vases que la Garonne déposait dans les canaux , dont les eaux les mettaient en mouvement. Cet édifice et ses ofiices accessoires s'étendent sur une superficie de 168,000 mètres carrés.

C'est aussi dans le XVIII* siècle ( 1789), sous l'administration de M. de Tourny, que fut commencée Téglise Saint-Louis, aux Chartrons; nous en parlerons ailleurs. Dans ce temps, il régnait en France une sourde fermentation , une inquiétude générale dans les esprits; on sentait venir quelque chose d'étrange, d'inconnu, de terrible; c'était la révolution de 1793! On se mit à former des réunions politiques; on se préoccupait de ce qui allait arriver ; enfin, on créa, sous le nom de cercle , une grande réunion qui , plus tard , se tenait dans on salon du Grand-Théâtre, et, peu de temps après, se changea en club démocratique.

C'est aussi dans ces temp$ orageux et difficiles qu'on vit éclore ces diverses sociétés qu'on appelle loges maçonniques. Sont-elles des sociétés politiques , dont le dernier mot reste un secret pour les inférieurs , pour tous , excepté quelques chefs qui commandent aux autres? Sont-elles simplement des sociétés de bienfaisance entretenues par des philanthropes? Nous n'en savons rien; mais ce qu'il y a de certain à Bordeaux , c'est que ces francs-maçons viennent au secours des indigents et surtout de leurs frères malheureux. On prétend

qu'ils se sont toujours distingués par leur amour pour la li- Li^>*^ ^^* berié et leur antipathie pour les institutions monarchiques ; noas ne les connaissons pas assez pour les condamner absolumen t ou pour les approuver sans restriction. A la réintégration du parlement t en 1775, les francs-maçons donnèrent, le 22 février, une fête magnifique au vénérable Leberthon , premier-président, et à quelques-uns de ses collègues. Sous l'administration archiépiscopale de M^ de Cicé , les loges de Bordeaux contribuèrent à la fondation de l'école des Sourds- Maets, pour une somme de 1,000 francs. Lors du passage du duc de Chartres , au mois d'avril 1776 , les francs-maçons le traitèrent en frère et ami , et le prièrent de poser la première pierre de la loge de l' Amitié; et, pendant les cinq jours qu'il séjourna dans notre ville , on n'entendait que les éloges du prince maçon , on ne voyait que bals , fêtes et réjouissances.

Si la franc -maçonnerie est une institution nullement politique, ni dans ses moyens, ni dans son but , mais plutôt une société toute philanthropique ^ ne blâmons pas les d'Orléans de tous les temps de lui appartenir corps et âme. Liberté pour tous de tout faire, excepté le mal. En 1781 , la loge anglaise, établie à Bordeaux, racheta généreusement un captif chrétien qui gémissait dans les fers , sur la côte de l'Afrique , et cet esclave était Bordelais , l'unique soutien de sa famille. Charles X, à la veille de partir pour l'exil , nous affranchit, en 1830 , des Algériens et de leur infâme tribut; c'est un beau cadeau que celui de l'Algérie; c'est une seconde France que les Bourbons ont laissée à leur patrie. En 1834 , les loges se réunirent pour instituer des prix d'encouragement pour les élèves de l'enseignement mutuel , à Bordeaux ; elles continaèrent cette gratification pendant trois années consécutives. Cette conduite est digne d'éloges ; elle l'eût été bien davantage s'ils avaient fait les mêmes choses pour les écoles chrétiennes, qoi reçoivent aussi des pauvres.

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