Livre X Y. M. le baron dllaussez, préfet de la Gimnde en
étudia aussi cette importante question , et s arrêta à la réalisation du projet grandiose de rapplicalion des eaux de la Garonne à tous les usages qui , dans une cité populeuse , réclament une masse d'eau considérable ; mais la révolution de 4830 vint arrêter tous ces projets et même les faire avorter.
Plus tard, on songea à conduire en ville les deux sources du Taillan, qui donnent deux cents pouces fontaiuiers d'eau d'une excellente qualité. Les débats que cette nouvelle conception fit naître continuaient , lorsqu'enfin le Conseil municipal, par sa délibération du 10 ao&t 1835, arrêta qu'il sérail ajouté aux fontaines, alors existantes, trois autres fontaines monumentales , quatre gerbes d'eau , six abreuvoirs publics et cent soixante-dix bornes-fontaines.
De nos jours (1854), on s'occupe de l'établissement d'un service hydraulique pour conduire en ville les belles et bonnes sources du Taillan et d'Eysines, qui se trouvent à près de douze mètres d'élévation au-dessusde l'étiage ordinaire de la Garonne, et fournissent un volume d'eau de mille pouces fontainiers. Ces eaux seront conduites, par un aqueduc, dans un spacieux réservoir qu'on vient de construire entre la rue Paulin et celle de Terre-Nègre ; on en fera écouler une partie par des canaux spéciaux dans les quartiers bas de la ville. Mais une certaine partie en sera élevée par le moyen d'une machine à vapeur et distribuée dans les lieux les plus hauts et même dans les divers étages des maisons. De ce grand réservoir, on dirigera deux conduits qui iront alimenter quatre autres nouveaux réservoirs situés , l'un entre la rue Mériadeck et celle de la Chapelle-S^-Martin; un second, place Sainte-Eulalie ; on troisième , rue des Douves ; et un quatrième , sur le marché des Chartrons. De ces quatre réservoirs partent des conduits gui en alimenteront d'autres moins considérables et distribueront partout les eaux nécessaires à la population, par mille bornesfontaines et par les fontaines monumentales qu'on a délibère
d'établir dans l'hémicycle des Quinconces, sur la place de Livre xv. Toarny et sur la place Dauphine. Le projet de ce gigantesque ^ '
travail, dont la dépense a été portée à cinq millions, a été ^^ Lamothe dressé par M. Mary, inspecteur divisionnaire des ponls-et- Nouveau Guide chaussées, et M. Devanne , qui est chargé de son exécution. ^ ^^'^oer.
Les hivers les plus froids qu'on ait observés à Bordeaux Hivers sont ceux des années 1405, 1572, 1607, 1616, 1624, 1628, /LTdrJ'x. 1677, 1709, 1766, 1789, 1795, 1829. Ce dernier hiver de 1829 fut excessivement rigoureux. Les premiers froids se firent sentir en décembre. Dès les premiers jours de ce mois, la rivière chariait des glaçons et se maintint dans cet état pendant trois semaines. On amarra à terre, le long des Queyries, tous les navires en rade pour éviter les courants. Le thermomètre était descendu jusqu'à dix degrés au-dessous du point de congélation. Le 10 décembre, le dégel se fit sentir; mais le 13 , le thermomètre descendit encore plus bas. Les 16 et 17, le dégel eut lieu encore jusqu'au 28 janvier. Alors* le froid recommença , plus violent que jamais , jusqu'au 7 février, où il prit fin. Devant Bordeaux , la rivière fut glacée aux trois quarts de sa largeur. Dans le Haut-Pays et même à Agen , des voitures roulaient sur la glace; les arbres se fendirent, les végétaux furent détruits; on fit des quêtes, on établit des ateliers de charité ; on ouvrit plusieurs bureaux pour recevoir les dons volontaires, sans parler d'une souscription qui produisit 70,000 fr. ; c'était une lutte entre la misère et la charité , une sainte émulation qui révélait à l'admiration du monde la générosité des Bordelais.
Quant aux autres monuments, travaux ou institutions comparativement plus modernes , on peut consulter avec fruit le Someau Guide de l'Etranger à Bordeaux, par M. Lamothe.
.. Nous avons déjà parlé de la milice , ou état militaire de États militaires Bordeaux , dans le XVIP siècle. Nous allons reprendre ce sujet et montrer l'état militaire de notre cité au XVIII® siècle. La ville de Bordeaux n avait pas de troupes réglées ; elle
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Livre XV. avait le privilège de se garder elle-même. Les habitants formaient ensemble six régiments , ayant chacun d'eux Ton des six jurats pour colonel et le maire pour général; le service était divisé par jurade ou quartier. Pour être officier, il fallait être bourgeois; le gros-major et les six aides-majors étaient seuls payés par la ville ; ils désignaient chaque jour le service pour les patrouilles de chaque nuit; les officiers ne faisaient le service qu'en uniforme ; les six régiments n'étaient presque jamais commandés à la fois que pour accompagner les jurats au feu de Saint- Jean ( personne ne manquait à celte ancienne cérémonie), dans les grandes occasions et pour les honneurs à rendre aux grands personnages. Ces r^imcnts avaient une artillerie de huit pièces ; les officiers artilleurs avaient aussi un uniforme ; les canonniers étaient payés par la ville , à raison de la durée de leur service , qui n'était qu'accidentel.
L'origine de l'état militaire de Bordeaux est très-ancienne, peut-être inconnue. Indépendamment du service de chaque nuit, on avait formé, dans le XVII® siècle , deux compagnies qui en étaient dispensées, parce qu'elles avaient des services particuliers à remplir. La première, dite de la parade, que des plaisants appelaient les bien faits, était la plus nombreuse, toute et toujours en bel uniforme et occupant partout les postes d'honneur; la seconde était chargée de garder les effets sauvés dans les incendies alors si fréquents à Bordeaux. Les habitants des quartiers des Âugustins, du Fagnas , de Saint- Julien , étaient dispensés du service nocturne , et cela depuis des siècles, probablement depuis le temps du troisième accroissement de la ville. Mais ils étaient tenus d'accourir aux incendies , au son de la cloche d'alarme , pour aider à garder les effets sauvés qu'on déposait dans la rue. Cet ancien service se faisait mal et presque pas du tout ; les jurats le réorganisèrent et y mirent un certain ordre vers le milieu du X^ID" siècle.
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En 1 759 , les officiers municipaux formèrent une autre com- Livre x v. pagnie dans laquelle ils ne recevaient que des gens domiciliés à Bordeaux et bien connus ; les officiers étaient pris parmi ceux des six régiments, et leur service se bornait uniquement • à garder les objets sauvés dans les incendies et déposés dans les rues. Le seul uniforme qu'elle prît et qu'elle garda longtemps fut un chapeau bordé d'un large galon d'or. Cette compagnie remplissait ses fonctions avec zèle et dévoûment ; chaque homme était nanti de deux seaux de cuir qu'il était tenu de porter avec lui.
Yingt-cinq ou trente ans après , cette compagnie demanda à se donner un uniforme ; les jurats y consentirent. Cette nouveauté excita les rires des plaisants; ils la nommèrent la royale fumée, A cette époque , les Bordelais étaient loin d'être familiarisés avec l'habit militaire ; un uniforme n'allait pas à leurs habitudes ni à leurs goûts. Les officiers seuls le portaient, et tellement sans grâce , que les enfants se moquaient de la mise de leurs pères et de leurs manières gauches et peu militaires. Cependant ce fut cette même jeunesse qui s'accoutuma peu à peu aux coups de fusil , et qui , se levant dans un clin-d'œil par un élan de patriotisme admirable, forma notre belle garde nationale qui volait partout où les besoins de la patrie l'appelaient.
Des pompes à incendie étaient en usage au XVn® siècle on Pompiers, au moins au commencement du XV1II% puisque nous voyons le jorat Lamothe faire venir deux cents seaux de cuir de Hollande pour les besoins de la ville ; mais l'organisation de ce service était moins parfaite que celle des pompiers de nos jours. Ce service était alors très-utile ; on voyait à Bordeaux beaucoup de maisons en bois ou construites en torchis; des baraques mal couvertes , mal distribuées et fournissant mille moyens de ruine à cet élément destructeur que nos pompiers savent aujourd'hui affaiblir, contenir et maîtriser. L'incendie de la nouvelle Comédie, rue du Chai-des-Farines,
Livre XV. dans la nuit du 13 au 14 janvier 1731, et quelques autres ^L ' sinistres déplorables arrivés cette même année dans plusieurs quartiers de la ville , éveillèrent la sollicitude des jurats; par leur délibération du 10 novembre suivant, ils arrêtèrent qn'il fallait faire venir d'Amsterdam deux grandes pompes , deax petites, et leurs machines propres à tirer l'eau de la rivière.
Le service des pompes, quoique très-essentiel, disparut dans la tourmente révolutionnaire , comme beaucoup d'autres institutions utiles. Il n'avait jamais cessé d'exister ; mais, toujours mal organisé avant 1789, les jurats l'avaient amélioré un peu. Les deux chefs pompiers étaient seuls payés par la ville ; ils dirigeaient la manœuvre et s'exposaient plus que les autres. Les hommes de cœur et de tête , qui arrivaient les premiers , les aidaient comme ils pouvaient et comme ils savaient; d'autres se mettaient aux pompes, mais tout cela sans ordre. Les conducteurs des trois pompes et des trois tonnes d'eau qui arrivaient les premiers , recevaient une prime graduée sur leur diligence.
Les jurats, avant 89, avaient formé une compagnie d'aidespompiers choisis parmi les charpentiers , les couvreurs, les maçons, etc., etc. Pour toute rétribution, ces aides-pompiers se contentaient de la faculté qu'on leur accordait de faire entrer, sans payer de droit, un tonneau de vin par an , à l'usage de leurs familles. Le travail fini, les chefs pompiers retenaient les aides qu'ils jugeaient nécessaires pour le nettoyage et la réparation des pompes.
Tel était Tétat de ce service lorsque la formation de la garde nationale le bouleversa ; il fut abandonné au zèle et au courage des citoyens. On proposa à la nouvelle municipalité plusieurs projets de réorganisation, mais tous si dispendieux, qu'ils furent écartés.
Le commissaire général de police, Pierre Pierre, s'en occupa sérieusement au commencement de ce siècle ; il fit acheter de nouvelles pompes , forma une compagnie d'aides-pompiers
et leur donna pour uniforme des casques. Mais ce service ne Livre xv.
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dura pas longtemps. Sous l'administration municipale de M. de Montbadon , l'organisation fut encore modifiée ; mais les aides-pompiers furent conservés. Les pompiers se sont toujours acquittés avec zèle de leurs devoirs.
L'année 4830 arrive, les citoyens estimables se réunissent à la garde nationale et forment deux compagnies de sapeurspompiers, qui, certes, ne sont pas les moins belles de la milice citoyenDC.