Livre XV. Les détails historiques que nous avons donnés sur le cooi
^~g merce du port de Bordeaux, dans notre premier volume,
Toinei«',iiv.v, s*arrêtent à la fin du XIV*' siècle. Nous reprenons ici le même
ch. 3, p.568. sujej;. noug suivrons, aussi brièvement que possible, les
développements de notre marine marchande et de nos relations commerciales pendant le XV'' siècle et les trois suivants : c'est une partie essentielle de l'histoire de Bordeaux.
Sur la fin du XIV® siècle et au commencement du XV% le commerce de Bordeaux , très-restreint au XIII®, prit une étonnante extension avec les pays septentrionaux et surtout avec TAnglelerre. Nos vins s'exportaient pour tout le Nord ; mais c'était surtout dans les îles Britanniques que ce commerce trouva le plus grand débouché et l'accueil le plus sympathique. Bordeaux devint aussi le centre d'un commerce de transit; diverses denrées du Midi passaient par Bordeaux, pour aller en Angleterre , et les draps , les ouvrages en fer, en acier, tous les produits de l'industrie anglaise arrivaient dans notre beau port de la lune, pour entrer en Espagne. Bordeaux était alors la reine du Midi; sa marine marchande était la plus riche , la plus puissante et la pluscélèbre peutêtre de l'Europe.
Pour se faire une idée de la puissanoe de la marine bordelaise , nous n'avons qu'à reporter notre pensée sur les lattes qui ont eu lieu entre la France et l'Angleterre , dans tout le Tome n, p. 5. moyen-âge. Nous avons déjà parlé du siège de Blaye, en
1 406 , par le duc d'Orléans , qui , en réduisant cette ville
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SOUS lobeissaoce du roi de France et en expulsant les Angio- ^îvro xv Gascons de Bourg , voulait être maître de la Gironde. Dans celte vue, il fit venir de T^ Rochelle et des ports voisins, une flotte de dix-huit vaisseaux ; Monstrelet dit vingtneuf. C'était une flotte immense pour le temps ; elle était de nature à inspirer des craintes sérieuses aux Bordelais. Cependant , loin de se sentir découragés , les marins se réunirent ; on arma une flottille sous tes ordres de Pierre Castets , vieux capitaine accoutumé aux dangers de la mer; et, en attendant on combat naval, on alla s'emparer des vaisseaux français qui se trouvèrent dans le port de Royan , alors au pouvoir des Français. Irritée de cetteperte, la flotte française pénétra dans le fleuve et Castets! s'approcha de cette ville autant que possible. Au moment d'en venir aux mains , le hardi capitaine, profitant du reflux de la marée , laissa aller à la dérive un vieux vaisseau auquel il avait mis le feu. Le désordre se mit dans les rangs des vaisseaux français ; les uns furent incendiés, quelques autres pris, pendant qu'une galiote et plusieurs corsaires poursuivaient les rares bâtiments qui s'efibrçaient d'échapper à l'ardeur belliqueuse de nos marins bordelais. Heureuse de voir amener dans le port de Bordeaux les prises de Castets , la jurade vota une indemnité de 10 liv. à Guillaume Bruyard , propriétaire du vieux bâtiment converti en brûlot. Le duc d'Orléans fut obligé de lever le siège de Blaye. Dans le but d'indemniser les Boràelais de leur dépense, pour avoir défendu Bourg , le roi autorisa les jurats à i407. lever 12 pour 100 sur toutes les marchandises provenant des pays ennemis.
En 1415 , une disette affreuse commença à se faire sentir à Bordeaux ; les jurats décidèrent qu'ils ne recevraient plus de bateaux chargés de vins du Haut-Pays , s'ils n'avaient pas en même temps un chargement de blé. Comme ces vins payaient à Bordeaux un certain droit au roi , le connétable de Bordeaux se plaignit que l'ordonnance des jurats portait
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i^ivre XV. un notable préjudice au fisc. On convoqua le conseil des Cent- Trente , le 12 février, dans la chapelle de Tarchevéché. Celte assemblée, appuyée sur le peuple, déclara que rordonnaoce des jurais était juste et devait être maintenue.
La guerre finit par appauvrir le pays et tarir toules les sources de sa fécondité. On n'osait guère commercer avec l'étranger. Les mers étaient infestées par de hardis corsaires et des pirates. Les impôts rentraient difficilement ; et , pour remédier à cet afiligeanl état de choses, il fallut convoquer le Tiers-Étal à Bordeaux, en 1413; le roi, ayant pris connaissance de leurs doléances , publia le décret dont nous avons déjà donné un extrait.
Archives de En 1420, au mois de mai, on défendit l'exportation des ruôieWc-viiie j^,^ . ,^ froment se vendait à 23 sols ; le prix en fut porté à
30 sols en juillet, à cause de la disette des grains. On prit des mesures pour distribuer du blé aux bourgeois , chacun à proportion de sa famille. Le pain blanc des boulangers devait (chaque pain de 3 deniers) peser, cru, 13 onces « et cuit, 11 onces.
Le pain de tou^ son cœur, cru, devait être de 16 onces, et cuit , de 1 4 onces.
Le pain basseton (pain noir), cru, 20 onces; cuit, 18 onces.
Le 8 mai 1428 , les pancoffeyras (boulangers) furent limités , quant au nombre , et obligés de prêter serment de faire le pain de poids et de ne le vendre qu'au prix déterminé. Ils ne pouvaient , sous peine de 65 sols d'amende , faire du pain à vendre qui valût plus de 2 blanquets. La femme ne pouvait vendre du pain sans la permission de son mari , sons peine d'être fustigée dans les rues (corre la villa). Ils étaient sévèrement surveillés.
Archives Après l'oxpulsion dbs Anglais, Charles VU leur ferma le
de rÉtat. p^pj. jj exigea des navires de ce pays qu'ils déposassent leurs au Trésor des canous Cl munitions de guerre à Blaye; ils ne pouvaicot pas Chartes. dépasser Soulac sans un sauf-conduit. Aucun courtier anglais
ne pouvait visiter les chais , soit en ville , soit à la campagne , Livre xv. sans être escorté de quelques archers. Ils devaient porter C'^^p^^tous ostensiblement la croix rouge. Toutes ces petites et mes- ^'^®^' qoines mesures ne firent que nuire au commerce et à l'industrie à Bordeaux. Aussi les marchands abandonnèrent-ils notre ville, qui se dépeuplait peu à peu, au point que Louis XI fut obligé de révoquer les impolitiques ordonnances de son père, d'appeler les étrangers, d'adoucir les mesures que la politique prescrivait contre une nation rivale , et de chercher, par tous les moyens possibles , à faire revivre l'ancienne prospérité du port de Bordeaux (4). En 1 480 , le commerce avait repris son antique splendeur; notre rivière se couvrait de bâtiments étrangers , mais ils étaient tous obligés , avant de sortir du port, d'acquitter l'antique droit de la branche de cyprès. ^^qj^ i^ p. 95.
Dans les premières années du XV® siècle , le froid fut si rude que les vignes du Bordelais furent gelées (2) ; le tonneau de vin monta de 40 à 45 livres. Les Bordelais portèrent leurs doléances au pied du trône et obtinrent de Henry Y l'ordonnance suivante , qui diminua les droits que payaient en Angleterre les marchands de vin.
« Tout marchand de Bordeaux pourra , sous notre protec- > tien , venir en toute sûreté , avec ses vins ou autres marchan- » dises , dans notre royaume et dans tous les lieux soumis à » notre obéissance. Il pourra y trafiquer av^c qui que ce soit; » il pourra y acheter tout ce qui lui conviendra et en disposer » à son gré, pourvu qu'il paie les droits accoutumés.
» Quant aux vins , ils ne pourront jamais être importés en » des lieux non soumis à notre obéissance , sans une autorisa-
it) Poar encourager les étrangers, le roi ordonna que les testaments des aubains (tongers) qui mourraient k Bordeaux, seraient valables dans tout le royaume.
0)Les gros chênes et les ormeaux furent fendus par Tintensitédu froid; les hommes et les animaux passaient sur la glace, devant Langon, d'une rive à Tautre; ies navires en rade furent fortement endommagés par les glaçons, et le commerce avec Tétrangcr et mémo avec les ports de l'Océan et de la Gironde fut interrompu.
Livre XV. )) tioD Spéciale. Tout marchaûd de viu de Bordeaax pourra s'é- ^ ' » tablir là où bon lui semblera, dans les lieux soumis à notre » pouvoir. Tout contrat passé avec les dits marchands « avec » quelque personne que ce soit , ne pourra être rompu dès » que le denier de Dieu aura été donné et reçu.
)) Nous remettons pour toujours aux dits marchands le droit » de deux tonneaux de vin , que nous prenions autrefois par » navire chargé de cette denrée , et un denier sera donné , » comme par le passé, pour la jauge de chaque tonneau.
» Dès qu'un marchand se plaindra de quelque injure en » pays à nous soumis , nos officiers devront lui rendre justice » sans aucun délai , et, en cas de retard , le marchand obtien- » dra une indemnité que le juge retardataire sera contraint » de payer. »
La navigation était alors extrêmement périlleuse à cause des corsaires qui parcouraient les mers ; les négociants demandaient la protection du gouvernement ou envoyaient plusieurs bâtiments se convoyant les uns les autres jusqu'à destination. Sur la fin de mars 1415, il se trouvait en rade plusieurs bâtiments en partance pour les côtes d'Angleterre , et , entre autres, le Christophe j de Hull, chargé de 200 tonneaux de vins de Bordeaux et autres marchandises. Ce vaisseau , bon voilier, et monté par un équipage nombreux et expérimenté, fut , d'un commun accord , élu l'amiral du convoi ; tous les capitaines des autres navires prêtèrent serment , selon les usages des temps , en présence du connétable de Bordeaux , de ne pas se séparer du vaisseau amiral ; mais à peine sortis de la Gironde, ils rencontrèrent, dans le golfe de Gascogne, une flottille française; le combat s'engagea , les autres navires s'enfuirent dans toutes les directions, laissant le Christaphe entouré des bâtiments ennemis et luttant contre sa mauvaise fortune. Il fut capturé et amené comme bonne prise , par les Français , dans un de leurs ports.
Les propriétaires du Christophe porièreni leurs réclamations
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aa pied du trône ; Henry V condamna les propriétaires des Livre xv bâtiments du convoi à une forte indemnité , pour avoir lâchement abandonné leur amiral, en violation de leur serment. Ainsi on voit qu*on armait alors en guerre les bâtiments marchands; la marine bordelaise , si célèbre dans le moyen*âge , était tout à la fois commerçante et guerrière.
Nons trouvons consigné dans nos chroniques un incident singulier qui dépeint Tesprit fin et indépendant de nos marins dans le moyen-âge; il s agit d'un gabarier, expulsé par le curé dnno église de Bordeaux, qui lui dit qu'il était excommunié eX (|u il ne devait pas, par conséquent, pénétrer dans le sanctuaire. Le pauvre gabarier, dont le péché nous est inconnu, se trouva offensé de ce propos et en fut si outré, qu'il fit assembler les autres mariniers en grand nombre, et se rendit ainsi escorté jusqu a la salle de THôtel-de-Ville , où se trouvaient les jurats eu délibération, et dit tout haut à ces messieurs que, s'ils ne le faisaient absoudre, il se ferait absoudre lui-même, en dépit de tous , quand ce serait le roi , et avait derrière lui quatre mille hommes, tous amis et adhérents. Les jurats furent fort embarrassés; ils firent appeler à leur secours il. de Duras, grand-sénéchal de Guienne, avec lequel ils prirent les mesures les plus propres pour apaiser tous ces marins et pour faire absoudre l'homme offensé. Ici nous voyons toute une révélation de l'époque : l'esprit de corps[qui animait toute la population maritime de Bordeaux et qui la portait à faire cause commune en faveur d*un membre de leur corporation, pour venger son affront et lui faire donner par force rabsolutbn de la faute à lui imputée. Le sentiment religieux , peu éclairé, de ces mariniers, rendit nécessaire la déférence des autorités aux exigences du peuple. Il le fallait bien; il y avait quatre mille hommes derrière le pauvre malheureux quon disait excommunié, mais qui ne voulait pas l'être I
Au mois d'avril 1451 , lorsque Dunois vint assiéger la ville do Blaye , les Bordelais avaient cinq gros vaisseaux devant
Livre XV. cette Ville, pour faciliter et protéger aa besoin rentrée des comestibles et des diverses denrées et secours qu'on aurait besoin d'y introduire. Ils furent attaqués par la flotte française, sous les ordres de Jean le Boursier ; mais , après un combat très-vif de ces cinq vaisseaux contre onze , les Bordelais furent obligés de céder au nombre et de rentrer dans leur port. Le commerce était languissant et presque nul à cette époque ; la guerre empêchait les expéditions lointaines ; le cabotage seul se faisait sur nos côtes et remplaçait les dispendieux armements qu'on voyait jadis dans le port de Bordeaux. A a mois d'octobre 1 451 , on vint annoncer, sur les côtes du Médoc, une magnifique flotte de quatre-vingts vaisseaux chargés de farines , de viandes salées et de provisions de toutes sortes , pour l'armée de Talbot; mais, au lieu de rétablir les relations politiques et commerciales entre la Guienne et l'Angleterre , la défaite de l'armée anglaise devait les anéantir ou au moins les affaiblir pour longtemps. Les Anglais, expulsés, n'osèrent pas reparaître sur nos côtes. Charles VU prescrivit les mesures les plus sévères et les plus humiliantes pour ces| insulaires. Soulac était le seul port où il fût permis aux commerçants anglais de débarquer ; ils ne pouvaient pas entrer en rivière sans un passeport signé. du commissaire de Soulac; ils étaient tenus de déposer leur artillerie à Blaye ; ils ne pouvaient loger à Bordeaux que dans les quartiers qui leur seraient assignés par le fourrier, ni aller goûter les vins dans les chais, soit en ville , soit à la campagne , sans être accompagnés des archers de la police.
Ces mesures étaient utiles pour faire avorter les intrigues des Anglais, mais elles étaient très-nuisibles au commerce et à la prospérité de notre port. Louis XI révoqua Tédit inspiré par la rancune de son père , encouragea le commerce et acxîorda de grands privilèges aux étrangers qui viendraient repeupler notre cité devenue , par le départ des Anglais , un véritable désert. Étant à Bordeaux en mars 1 462, ce prince confirma Ici?
libertés et franchises de la fameuse confrérie royale de Mon- Livre xv. tuzels , association de marins qui excluait de leur corps tous ^L ceux qui ne faisaient pas partie de cette pieuse société; il leur j^^jg^J^" 74 accorda plusieurs nouveaux privilèges, et, tout en favorisant 156, et Note 5. le développement des sentiments religieux parmi lés marins, il encouragea les entreprises commerciales, forma de jeunes matelots , et favorisa la navigation et les courses lointaines.
L'Atlantique se couvrait de voiles parties de Bordeaux , de Bayonne, de Dieppe et de Saint-Malo; la découverte du Nooveau-Monde excita la convoitise de l'ancien et stimula la louable ambition des Basques , des marins bordelais et des navigateurs en général. Chaque capitaine voulait être un Christophe Colomb ou un Âmericus Yespucius ; il n'y eut pas de petit matelot qui, dans son enthousiasme pour les expéditions lointaines , ne voulût découvrir au moins .une tie qui portât un jour son nom , poigr le transmettre à la postérité la plus reculée.
Dès l'an 1417, Urbain de Braguemont , amiral de France, envoya Jean de BetheUcourt , gentilhomme normand , avec un vaisseau arpaé aux frais de cet amiral, pour découvrir les Canaries. Bethencourt réussit, et , ayant conquis ces îles, il en confia la garde à son neveu , Massiot de Bethencourt , qui , ne voyant pas revenir son oncle, comme celui-ci l'avait promis , les vendit au roi de Portugal , qui les a gardées. En 1518, |e baron de Lévi découvrit une partie du Canada. Jacques Cartier , de Saint-Malo , y aborda en 1 554 et ouvrit à son pays ces vastes, fertiles et délicieuses contrées qu'on appelait alors la Nouvelle-France. C'était un nouveau monde à explorer, un immense débouché pour notre commerce. La France, toujours forte sur terre, s'élevait alors à la hauteur de l'Espagne et du Portugal, qui exploraient, en maîtres, les Indes. François I®% tout fier du commerce de ses États et du succès de Cartier, disait alors plaisamment : « Quoi ! les rois » d'Espagne et de Portugal partagent tranquillement entre eux
Livre XV, » le Nouveau-Monde , sans m'en faire part ! Je voudrais bien ^^ * » voir l'article du testament d'Adam qui leur lègue rAmé- » rique. » Jean Parmentier , de Dieppe , avait déjà conduit le premier des vaisseaux au Brésil et exploré les Indes jusqu'à l'ile de Sumatra. Des Bordelais s'élancèrent à la suite de ces grands navigateurs , sur des navires construits dans leurs chantiers, et explorèrent les Florides, où des Français avaient abordé et arboré le drapeau blanc sur un fort construit à leurs frais. Cette expédition , tout à la fois guerrière et commerçante, était conduite par des huguenots. Les Espagnols, alors maîtres de ce pays , voyaient d'un œil jaloux le succès des Français dans cette partie du monde. Poussés, en outre, par le fanatique désir de se défaire de ces voisins huguenots , ils se réunirent et s'emparèrent par surprise du fort; ils pendirent presque toute la garnison et firent écorcher le commandant Ribaud. Sur le lieu même où l'on commit ces lâches infamies, à l'ombre des arbres auxquels on a)^ait pendu les Français , le capitaine des Espagnols , Mélendes, fit mettre sur un écriteau cette inscription en espagnol : *'*
Je ne fais ceci comme à Français ,
Mais comme à Luthériens, Quelques semaines plus tard , cette nouvelle fut apportée en France et à Bordeaux par un bâtiment bordelais; on n'éprouva partout qu'un seul sentiment, celui de la douleur pour la perte de tant de braves et de la vengeance pour un si exécrable massacre. C'est un courageux Bordelais qui avait conçu le projet des représailles en 1 567 et qui l'exécuta avec bonheur , c'est Dominique de Gourgues, d'une famille ancienne et illustre dans la robe, dont le nom se trouve, souvent daos les fastes parlementaires de Bordeaux. Nous avons raconté Tom.ii,p.25i. ailleurs cette glorieuse expédition.
Les lettres de change furent reconnues en Guienne comme très-utiles au commerce au XIV® siècle ; nous les devons aux juifs expulsés par saint Louis et Philippe le Bel ; la pratique
des assurances a été inventée par eux , lorsqu'ils se réfugié- Livre xv. renl dans le midi de la France. ^?1 '
L*usage de percevoir des intérêts exceptionnels remonte *'^^' bien haut dans nos annales, peut-être aux Romains; Louis IX, dans ses règlements ,e parle des itsures extorquées par les juifs et quelques usuriers de Normandie , dont ce roi avait confisqué les biens, et qui furent obligés de restituer les usures à ceux qui les avaient payées ou à leurs héritiers ^1).
Il parait, en effet, que les commerçants exigeaient d'énormes usures au XIV^ siècle , car dans un édit de 1342 le prince permet le change aux marchands qui fréquentaient les foires de Brie et de Champagne , à quinze pour cent par an. Et dans le même édit, nous lisons : « Nous défendons toute manière » d'usure défendue de Dieu et la sainte Église; nous défen- » dons par acte spécial , en faveur des dites foires de mar- »> chauds fréquentant icelles , sur peine de corps et biens à » encourir pour icelle fois, que nuls marchands ne prêtent » point à plus haut de quinze livres pour cent, c'est à savoir » pour chaque foire cinquante sols. »
Devons-nous en conclure que le taux légal était alors quinze pour cent? ou ce règlement élait-il une autorisation exceptionnelle en faveur des marchands pendant la tenue de ces foires? Depuis lors nous voyons, par les édits de nos princes, qu'il était permis de percevoir des intérêts. Au XVI* siècle, l'histoire atteste que Pie V, par sa bulle du 25 novembre 1569, autorisait les fidèles à mettre l'argent au change de Boulogne.
L'intérêt fut réduit à dix livres pour cent par an ou deux et demi pour cent par foire. En 1601 , on publia un édit sur la constitution des rentes. Charles IX avait élevé le tauK de l'inlérôt au denier douze; Henri IV le réduisit au denier seize,
(l)Ordinatio facta à Ludovico de usuris receptis de debitis judeorum, restitucndis his à qi]tbu« habitdP fuerint vel conim hscredibus si possint reperiri.
1'« Part. B.c 8
Livre XV. ce qui équivalait à six et demi pour cent. Les raisons que ' **L ' donne ce bon prince , i*anii et père du peuple , méritent d'être rapportées (1).
Les cnaîtrises et corporations jouaient un grand rôle dans le commerce. Charles V[ les abolit en 1382 , mais il les rétablit le 20 janvier 1411. Les corporations principales n'étaient qu au nombre de cinq ; elles furent portées à sept par François I*' : cetjiient les changeurs, les drapiers, les épiciers, les merciers, \es pelletiers , les bonnetiets, les orfèvres. En 1617, outre ces corps, on trouve encore les apothicaires. Les marchands de vin et les libraires-imprimeurs formaient des communautés à part; ces corps et communautés avaient le privilège de fournir des sujets pour la juridiction consulaire.
Le bon Henri donna aux Bordelais une preuve de son affection dans ses lettres du 16 avril 1596, par lesquelles il voulait qu'on accordât aux juges et consuls de Bordeaux les mômes faveurs qu'on avait octroyées à ceux de Paris, Orléans et autres villes du royaume.
Il résulte de ces letlres que le parlement et le sénéchal s'élaient opposés à ce que les juges et consuls de Bordeaux eussent les privilèges qu'on avait accordés, en 1566, aux juges et consuls de Paris, Angers, Orléans, etc., etc. Le roi mécontent donna, le 8 août 1 597, de nouvelles lettres-patentes touchant le pouvoir donné aux juges et consuls de la Bourse des marchands de Bordeaux de décerner mandement de partie formée. Par ces lettres, les juges et consuls pouvaient faire emprisonner les étrangers et autres non possédant biens, en la sénéchaussée de Guienne , de la valeur ou prix demandés. Par ces lettres , le bon Henri ne voulait pas que le parlement
(1) « Nous avons reconnu au doigt et à Tœil que les rentes constituées au denier » 10 ou 12, qui ont cours principalement depuis quarante ans, ont été eo partie » cause de la ruine de plusieurs anciennes et bonnes familles, ce qui pourrait, k la > longue, aussi bien occasionner quelque renversement k cet état et monarchie, qtic » les usures et grosses dettes ont fait, par le passé, en plusieurs républiques. »
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lui fit la loi ; il était mécontent de la Cour de Bordeaux, parce Livre xv. qu elle avait refusé d entériner les précédentes lettres : « Il ne » voulait, disait-il, que le serviteur devînt maître ; Tenvi n'en » prend guère aux rois, aux victorieux et aux barbes grises. »
Les parlements continuèrent cependant à empiéter sur Tautorité royale; mais Louis XIII, en 1614, arrêta ces prétentions exorbitantes, et Louis XIV, par ses édits de 1647 et 1663, établit comme règle générale que les parlements enregistreraient les ordonnances, dans la huitaine^ sans modification aucune.
Cest sous le ministère Richelieu que Tusage des billets à ordre fut établi en France et à Bordeaux ; c'était un service rendu au commerce.
On sait les grands privilèges que les rois d'Angleterre et de France ont accordés aux bourgeois de Bordeaux ; c'était pour favoriser la vente de leurs vins qu'ils avaient défendu, le 20 juillet 1529, de faire descendre plus bas que Langon les vins du Haut-Pays avant la fête de Noël. Charles VII avait permis de les transporter par eau à Bordeaux , à la Saint- André. Depuis le temps de Charles VU et de Louis XI , les chapitres de Saint-André, de Saint-Seurin , de Sainte-Croix, ainsi que l'hospice de Saint- Jacques, jouissaient de l'exemption du droit de coutume sur les vins de leurs crûs; mais les vins des autres propriétaires étaient taxés à vingt-cinq sous tournois par tonneau, et toutes les autres marchandises frappées , à leur entrée comme à leur sortie , d'un impôt de douze deniers par livre. Cet impôt parut onéreux aux propriétaires, mais il fut maintenu par suite des embarras du fisc.
Il n'y avait au XVP siècle que soixante-quinze tavcrniers en ville. Avant d'exercer leur profession, ils étaient tenus de prêter serment de ne point vendre de vin prohibé; ils devaient avoir des biens de la valeur de quarante francs bordelais ou fournir caution pour cette somme , avoir bonnes vie et mœurs, et payer d'avance vingt sous au sous-maire et vingt sous au
Chap. 6.
Livre XV. clerc (le ville. Ils devaient être bourgeois de Bordeaux et s'engageaient à fermer leurs tavernes après le couvre-feu. Les hommes mariés ne pouvaient fréquenter les tavernes, sous peine du fouet.
Chaque boulanger était tenu davoir une marque particulière sur son pain , sous peine de confiscation ; le pain devait être de pur froment sans mélange; il se vendait aux portes du Château-Trompette et Despaux , sur un linge blanc, sous peine de quinze sous d'amende. On portait à Bordeaux du pain de Podensac et d'Ornon ; il se vendait à la porte de la Grave.
Le commerce de la boucherie était sévèrement surveillé. Tout nouveau boucher devait fournir une caution de cinq cents livres. Celui qui mettait en vente la chair d'une bâte morte de maladie payait une amende considérable , et la police faisait brûler cette chair devant sa porte. Il était défendu de vendre la viande des animaux qui avaient été nourris chez les fabricants d'huile, chez les barbiers ou dans les hospices, et si un boucher, en préparant la viande d'un pourceau, s'apercevait que cette bête était ladre, il avait le droit de la rendre au vendeur et de réclamer une indemnité de cinq sous tournois. Les tripiers ne pouvaient exposer leurs marchandises qu'aux cantons de dessous le mur et de la Cadène, à la porte * Médoc, dans la rue Bouquière et au portail de la Grave. Le produit des amendes sur les boucheries était donné : la moitié à l'hôpital Saint-André et l'autre moitié pour la réparation des murs de la ville.
On portait au marché public le poisson frais, mais on vendait les lamproies sur le bord de la rivière , et il était défendu de vendre dans le voisinage des boucheries ou dans les rues qui y aboutissaient, des harengs, sardines, oranges, citrons, châtaignes, herbes, etc. , etc. Le prix du poisson était réglé par le maire et les jurats , et le produit de la vente mis en commun et réparti équitablement entre tous les poissonniers
qui avaient seuls le droit d'entrer dans Tintérieur de la halle Li^rc xv. aux poissons. Le marchand qui gardait du poisson pour le revendre le lendemain était condamné à une amende de dix livres.
On débarquait le poisson salé au pont Saint-Jean ; les experts qui en faisaient la visite prenaient , pour leur peine , deux merlus par pipe, trois harengs par mille, et de tout autre poisson , un par cent. On le vendait au canton des Ayres , qui , depuis lors, s'appelle la place du Poisson salé.
Les paqueteurs (gens qui mettaient le poisson en caque) reconnaissaient saint Marc pour patron; Tivrogne, le débauché, le blasphémateur ne pouvaient faire partie de leur corporation; ils communiaient quatre fois par an, outre leurs Pâques : à Noël , les jours de TAscension , de la Pentecôte et de la Toussaint ; toute la corporation assistait le jour de Saint- Marc à Toflice divin avec des cierges allumés. Celui qui manquait à la réunion était tenu de payer une demi-livre de cire. Les statuts des paqueteurs étaient suivis par les charpentiers.
Lés tailleurs qui remettaient à leurs clients des habits mal taillés ou mal cousus étaient tenus de réparer le dommagevà leurs frais et dépens. Il leur était défendu de travailler à la chandelle la veille du dimanche , excepté quand il s'agissait de faire des habits de noces.
Il ne pouvait y avoir à Bordeaux que vingt potiers detain; le salaire de chaque ouvrier était de quinze sous pour chaque douzaine de pots ; sept sous et demi pour chaque douzaine de plats; trois sous neuf deniers pour une douzaine decuelles; six sous pour chaque écuelle de barbier.
Les cordiers payaient trois livres en entrant dans leur corporation. Il leur était défendu , sous peine de fouet , de môler du chanvre de Navarre avec celui de TAgenais. Ils ne pouvaient fabriquer de cordes en temps de pluie ni pendant la nuit.
Les pâtissiers ne pouvaient pas faire crier leur marchandise
Livre XV. dans la ville , excepté les petits pâtés de deux liards la pièce , \qs cctche-museau et les flandrelets d'un liard. La nuit, un compagnon pâtissier, muni d*une lanterne , allait crier des oublies.
Les rôtisseurs ne vendaient les viandes lardées que dans leurs boutiques; ils avaient seuls le droit de faire les saucisses, les pâtés, les macarons, les biscuits et les tourtières. Le boulanger ou fournier qui empiétait sur le privilège du rôtisseur était condamné à vingt -cinq livres d'amende.
Les épingliers seuls avaient le droit de vendre des chaînes, des crochets , des broches à tricoter, des châssis de volières, etc., etc.
Les tourneurs ou tabletiers ne recevaient dans leur corporation que des catholiques; s'ils se permettaient d'exercer lelal de tourneur sans lettres de maîtrise , ils étaient condamnés à trente livres d'amende.
Nous ne citons pas les autres corporations ; elles avaient avec le commerce intérieur de la ville certains rapports plus ou moins immédiats ; mais ce que nous venons de dire suffira pour donner une idée de l'état des petits marchands, des producteurs et des consommateurs, de l'ouvrier et du maître.
Sur la fin du XV« siècle et au commencement du XVI% Bordeaux servait d'entrepôt aux nations voisines et jouissait d'un commerce de transit très-lucratif. Les marchandises ayant pour destination l'Espagne, l'Angleterre, le Portugal, la Navarre, la Bretagne et la Flandre , devaient être expédiées par le port de Bordeaux ; c'était le but que le roi voulut atteindre par son ordonnance du 6 septembre 1481, dont la portée pour la prospérité de notre place ne saurait être contestée. Charles VIII aurait désiré que des vaisseaux français importassent en France les marchandises étrangères. Grâce à lui , le port de Bordeaux était devenu , sur la fin du XV* siècle et au commencement du XVI^, le port le plus commer* çant du royaume.
Il y avait, sous les Anglais, en 1337, deux grandes foires
à Bordeaux : la première, huit jours avant et huit jours après LWre xv. l'Ascension; la seconde, après la Saint-Martin. Une charte -1 '
d'Edouard III consacra cette institution; mais après l'expulsion des Anglais, Charles VII, par un édit de 1453, les établit au premier lundi du carême et au 15 août. Henri II, en 1560, ordonna qu'elles fussent tenues le 1 5 février et le 1 5 octobre. Enfin, pour relever le commerce et l'industrie du pays et hâter Voir tome ii, le développement de la prospérité de notre cité, Charles IX P*8®*^'°^'^accorda, en 1565, par un édit daté de Bazas, en reconnaissance de la fidélité des Bordelais, deux foires franches, à l'instar de celles de Lyon , dont l'une devait commencer le 1*' mars et l'autre le 15 octobre, pour durer chacune quinze jours. Cet état de choses existe encore aujourd'hui (1860).
Vers cette époque , des marchands florentins vinrent établir à Bordeaux des fabriques de soieries. Le parlement comprit les immenses avantages qui résulteraient de celte utile et précieuse industrie pour le commerce de l'intérieur et de l'étranger; il ordonna aux jurats de mettre à la disposition de ces étrangers, les maisons et les moulins nécessaires à la fabricalion de leurs étoffes.
Ce fut vers le temps du passage de Charles IX à Bordeaux qu'on réforma les poids et mesui'es de cette ville. On se fabriquait des poids de pierre et de bois. L'autorité civile défendit qu'on en fît usage. Depuis cette époque , le commerce de Bordeaux avec les îles Britanniques et le Nord devint trèsaclif ; on expédiait pour toutes les villes maritimes du continent et des îles , des draperies, des merceries, de la quincaillerie, des vins, des eaux-de-vie , des fruits, des confitures, toutes les denrées méridionales. Les Anglais seuls payaient nn sou à Blaye; ils étaient tenus d'y laisser leur artillerie; mais le successeur de Charles VII, comme nous l'avons fait observer, affranchit ces insulaires de ces humiliantes conditions, dans l'intérêt du commerce. Le vin commença alors a atteindre un prix si élevé, qu'on se mit partout à com-
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