‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 124 sur 177 · HO · texte numérisé non relu

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Livre XV. planter le sol de vignes ; toute la population s'adonnna à des travaux viticoles. Une disette , amenée en 4566 par un temps constamment pluvieux et humide, mais que le peuple attribuait à la culture trop généralisée de la vigne, provoqua contre l'excessive production de vin un règlement du Conseil d'État, da 1 1 février 1567, où il était dit : « Il sera pourvu par les of- » ficiers, qu'en leur territoire le labour des semences des » terres ne soit délaissé pour faire plant excessif de vignes; » ainsi soient toujours les deux tiers de terres , pour le moins, » tenues en blairie, et ce qui est propre et commode pour » prairie ne soit appliqué à vignoble. » On frappa d'un impôt les vins pendant six ans , pour subvenir comme subside aux frais de la guerre.

Malgré la défense du gouvernement et les étreintes de la disette toujours se renouvelant , on continua à planter de la vigne dans le Bordelais. Le gouvernement envoya, en 1578, des lettres-patentes à M. de Lavalette , pour qu'il fît arracher toutes les vignes dans une certaine étendue du pays bordelais. Cette mesure vexatoire provoqua des plaintes et des murmures, mais qui n'eurent pas de suites fâcheuses. Les Bordelais avaient appris de Montmorency que le bonheur ne s'attache pas toujours au drapeau de la révolte et que la société n'existe plus là où l'autorité cesse d'être respectée.

Aux deux grandes foires de mars et d'octobre, les marchands étrangers avaient la faculté d'étaler leurs marchandises en rivalité avec celles des marchands bordelais. Celte facilité accordée aux étrangers dans une ville où les bourgeois avaient toujours joui de grands privilèges , froissa les intérêts de beaucoup d'individus et donna lieu à des plaintes; mais elle favorisa le commerce en général et contribua beaucoup à la prospérité de la ville et du pays ; c'était tout ce que voulait l'autorité supérieure. Les routes étaient en mauvais état; les seigneurs trop adonnés à la guerre pour laisser au peuple le temps et le repos nécessaires au commerce. Louis XI lit

— 12i — beaucoup pour le commerce ; François I®' encouragea éner- Livre xv.

, . . , , , . Chap. 6.

giquement la navigation , les lettres et les arts ; mais ses —

malheurs entravèrent ses excellentes intentions. Le cœur d'Henri IV comprit tout ce qu*il lui restait à faire pour Tindustrie , la culture des landes , le défrichement des marais du Médoc et le développement du commerce et de la prospérité publique; mais le fer d'un assassin arrêta les philanthropiques projets de ce roi Bourbon ! A cette époque, les relations commerciales des Bordelais s'étendaient à toutes les parties du monde ; lea affaires avaient pris une telle extension , qu'on sentit le besoin de créer, dans cette florissante cité, une Bourse et un Tribunal de commerce en 1563.

D'après la Chronique de Delurbe , il paraîtrait qne la Bourse des marchands fut instituée à Bordeaux par un édit de février 157 4 , pour connaître et juger des causes entre les marchands, à l'instar des Bourses établies à Paris et à Lyon. Il y a ici nécessairement une erreur. Nous avons les noms des consuls et juges de la Bourse, depuis 1564 jusqu'en 1791, et quant à l'édit de 1571 , on ne le trouve nulle part ; il n'a bien probablement jamais existé. Mais l'édit de 1563 existe et en voici l'article 18 : « Pour faciliter la commodité de « convenir et négocier ensemble , avons permis et permettons B aux marchands, bourgeois de notre ville de Bordeaux , » natifs et originaires de notre royaume , pays et terres de )) notre obéissance, d'imposer et de lever sur eux telle somme » de deniers qu'ils aviseront nécessaire pour l'achat ou » louage d'une maison qui sera appelée la place commune » des marchands, laquelle nous avons , dès à présent , établie » à l'instar et tout ainsi que les places appelées le Change , » en notre ville de Lyon et Bourses de nos villes de Toulouse » et de Rouen , avec tels et semblables privilèges , franchises » et libertés dont jouissent les marchands fréquentant les » foires de Lyon et places de Toulouse et de Rouen. »

Les premières réunions des marchands eurent lieu dans

Livre XV. Thôlel de la Monnaie , sorte d appentis que les jurats avaient -1 ' permis, en 1305, aux agents du roi d'Angleterre de faire

construire contre le mur du château de l'Ombrière , sous la condition que, du moment qu'on cesserait d'y battre monnaie, le dit appentis serait détruit et la ville rétablie dans ses droits. On voit que la concession n'était que provisoire ; mais cet appentis, appuyé au mur du palais, avait besoin d'être réparé en 1329 ; les jurats y consentirent et on continua à y battre monnaie jusques vers l'an 1752, époque à laquelle M. de Tourny fit construire un hôtel de la Monnaie» qui est devenu aujourd'hui le couvent des Ursulines.

Ainsi , l'hôtel de la Monnaie, établi au XIII® siècle, à côté de la place S'-Projet, puis transféré près de la porte de Cailhau, dans un appentis appuyé aux murs de la ville et du palais de rOmbrière, servit de Bourse à dater des premiers mois de l'année 1 564. Le 8 mai 1 564 , les maire et jurats convoquèrent , à l'Hôtel-de- Ville , les quarante notables commerçants et bourgeois de la cité , pour procéder à l'élection d'un jage et de deux consuls. On élut pour juge , noble Jean de Bonneau , et pour consuls , Jean de Reynhac et François de Pontcastel. Leurs fonctions devaient durer une année. Nous NOTE 5. donnons les noms des juges et consuls dans la note.

Le roi approuva tout ce qu'on venait de faire ; et le conseil des Trente, convoqué pour délibérer sur la nécessité (Je looer ou acheter un édifice qui pût servir de Bourse, approuva le projet formé par les jurats d'acheter une maison appartenant à M. Lescale , près du château de l'Ombrière.

Jusqu'alors les marchands n'avaient point de lieu de réunion : ils vendaient partout où ils pouvaient avec avantage étaler leurs marchandises sur des bancs mobiles , ce qui causait un certain désordre et laissait les chalands dans Tincertitude relativement au lieu où ils trouveraient les marchands et la matière qu'ils désiraient acheter.

Cet état de choses dura longtemps à Bordeaux; mais les

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juges et consuls obtinrent du roi une ordonnance du 20 no- Livre xv. vembre 1653 , qui obligeait « les marchands forains d'établir » leurs marchandises dans la place au change de la Bourse » et au devant d'icelle , et non ailleurs , comme étant , le dit " lieu , le plus commode de la ville à cet effet. »

On établit alors le prix de location des emplacements; mais les employés exigeaient de petites gratifications particulières et continuaient à tolérer les étalages sur d'autres plaies, surtout sur la place du Palais , alors très-fréquentée , et qui faisait partie du domaine des rois de France. Des contestations s'élevèrent entre le fermier du domaine royal et les préposés du commerce, qui alléguaient les besoins de la Bourse, la nécessité d'y faire des réparations et des embellissements indispensables. Le fermier répondit , en récapitulant leurs diverses ressources, qu'elles étaient bien plus que suffisantes poQr les dépenses dont ils parlaient , sans qu'ils empiétassent >ur le domaine du roi. Toutes ces raisons furent consignées dans le mémoire du fermier , où nous tr'ouvons les lignes suivantes : «r La maison de la Bourse appartenait , en propriété, ' aux juges , consuls , marchands et bourgeois de Bordeaux , > comme un domaine particulier. Ils ont des propriétés , des ' places et des maisons dont le dit hôtel est à présent com- ' posé. Avant 16S3, ils avaient coutume de bailler à loyer ^ Qoe grande partie de la dite maison à divers locataires , « pour en retirer quelques revenus, ayant été obligés de faire ' des dépenses considérables pour réparer et orner la dite

» maison Ils eurent recours (en 1653) à la justice de Sa

^ Majesté, afin qu'il lui plût de pourvoir à l'indemnité des ' grands frais dans lesquels ils s'étaient constitués pour la » réparation et décoration de la dite maison. »

Par lettres-patentes données à Versailles le 26 mai 1705 et le U août 1706, le roi établit une Chambre de commerce à Bordeaux. L'article 3 des lettres de 1705 porte que : « la ^ ^'hamhre s'assemblera , un jour de chaque semaine , dans*

Livre XV. » un lieu commode de Thôtel de la Bourse , qui sera choisi et

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» destmé pour cela par les juges et consuls. » Bienlôt les affaires, devenues plus nombreuses et plus importaotes, mirent l'administration dans la nécessité d'adjoindre à la juridiction consulaire des personnes compétentes , sous le litre iYélus du conseil , qui assistaient à toutes les audiences.

Uhôtel était trop petit; le gouvernement, en 4749, le donna au commerce de Bordeaux , et le 9 septembre de cetle année, M. de Tourny y fit l'installation de la juridiction consulaire et de la Chambre de commerce. Par un arrêt du Conseil de 1753, il fut défendu aux marchands qui fréquentaient les deux grandes foires dont la tenue était fixée à la première quinzaine de mars et à la seconde d'octobre , par lettres-patentes de Charles VIII, du mois de juin 1565, d'étaler leurs marchandises ailleurs que dans le nouvel hôtel de la Bourse ou sur la place Royale.

Jusqu'en 1754 , il n'y avait qu'un juge et deux consuls: mais le roi , par sa déclaration du 7 avril de cette année , en porta le nombre à quatre.

En vertu d'un arrêt du Conseil du mois de février 1730, la ville de Bordeaux fut autorisée à construire un quai et à former une place sur le port. Sur la demande de M. de Tourny, le gouvernement ordonna la construction des deux pavillons de la Douane et de la Bourse , d'après les plans cl devis estimatifs du sieur Gabriel , architecte du roi , dressés le 1 5 janvier 1741 . Le roi ordonna , le 9 mai 1742 , que dans l'aile et le pavillon de la gauche de la place , il serait construit un hôtel de la Bourse et de la juridiction consulaire; que l'adjudication se ferait au rabais , conformément au plan susdit ; que les entrepreneurs seraient payés au fur et à mesure ou après la réception définitive de leur ouvrage , sur le produit du tiers par livre dont la perception avait été établie et prorogée par des arrêts du Conseil , pour l'augmentation des • droits sur les marchandises entrant cl sortant par les bureaux

(le la généralité de Bordeaux. Ce bâtiment fut achevé en 1749, Livre xv. et la juridiction consulaire y fut installée, comme nous lavons dil plus haut, le 9 septembre de cette année.

M. (le Tourny voulait s entendre avec le commerce pour effectuer un échange de la nouvelle Bourse contre Tancienne; ks juges et consuls parurent disposés à ratifier cette proposition ; mais plusieurs circonstances , et le déplacement de M. de Tourny en particulier, interrompirent les pourparlers qui eurent lieu à cette occasion. M. de Tourny , fils et successeur de notre célèbre intendant , adopta le projet de son père et en écrivit, le 18 mai 1760 , à M. Trudaine, ministre. 11 répugnait à ce magistrat de voir Tancienne Bourse devenir, en 1763, un entrepôt des cafés; il croyait pouvoir en faire un meilleur usage; mais le gouvernement, en vertu des lettres-patentes du mois de mars 1773 , mit un terme à cet étal de choses , en réunissant le parlement et les autres cours de justice sur le terrain occupé par le collège royal de la Magdeleine , et en prescrivant, conformément à l'article 2, la vente des emplacements du palais , de la Cour des Aides , du bureau des finances, de lancien hôtel de la Monnaie et de la Chanabre de commerce. Avec l'argent provenant de la vente, on devait faire face aux dépenses que nécessiterait cette translation.

Cette mesure mécontenta la juridiction consulaire , en la privant d'un revenu annuel de 6 à 8,000 livres qu elle retirait de la location de l'ancienne Bourse, qui était sa propriété. Outre cette circonstance , on inséra dans la délibération du 23 septembre 1773, plusieurs autres considérations qui étaient moins concluantes ; on fit observer à l'intendant qu'on ne serait plus en mesure de payer les rentes viagères dont on était chargé, ni de pourvoir aux dépenses de l'entretien du nouveau bâtiment; qu'au moment de la translation, la juridiction consulaire ne devait rien ; et que depuis lors , elle avait été obligée de faire des emprunts onéreux pour mettre •hôtel dans l'état où il était.

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Livre XV. ' Celle démarche n eul pas de succès ; les juges et consuls demandèreDl une indemnité, maison n'y fil pas de réponse, et le projet d échange, conçu par M. deTourny, tomba dans loubli.

D après un étal annexé à une délibération du 9 février 1778, il paraît que la dépense annuelle de la juridiction consulaire s'élevait alors à 36,384 livres 18 sols, et la recette à 35,276 livres. La dépense excédait» comme on le voit, la recelte; les revenus consistaient en un seul article : loyers de bwUiques et magasins pendant les foires et à l'année.

Pendant la Révolution , les institutions du commerce ftireot modifiées d'après les idées nouvelles. Un décret du 24-30 mars 1791 établit des tribunaux de commerce dans plusieurs villes et notamment à Bordeaux , tout en y maintenant momentanément la juridiction consulaire : a Elle continuera, y » estril dit , ses franchises, nonobstant tous usages contraires, » jusqu'à l'élection et l'installation des nouveaux juges, qui » seront faites dans les formes prescrites par la loi de l'orga- » nisation judiciaire. »

Un second décret , du 31 juillet et 3 août 1792, statua que le tribunal de commerce de Bordeaux serait composé de six juges et de cinq suppléants.

Ce tribunal fut installé le 21 décembre 1793.

La lettre suivante adressée le 25 novembre 1803 au ministre de la justice, par le tribunal de commerce, nous révèle l'état de l'hôtel de la Bourse pendant les désastreuses périodes de la Révolution. « Lors de la suppression de la Chambre de commerce et de la réunion de cet édifice aux domaines nationaux , deux sections de la cité , sans autre forme de procès , vinrent y faire leurs assemblées. Des juges de paix , à leur exemple, y firent la vente des prises, et, par suite d'abus toujours croissants , leurs grefiSers y firent aussi, et jusques vers l'an IX (1801 ), des ventes volontaires; de sorte que, pendant ce long espace de temps, cet édifice

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devint banal et commun , et les salles furent ouvertes au pre- Livre xv. mier venu , au point que le tribunal en fut gêné dans ses audiences et n'eut plus de salle de conseil pour ses délibérations oQ pour entendre les affaires au rapport.

» Voilà ce qui s'est passé depuis environ 1798 jusques à Fan IX, et le VII messidor (26 juin 1801), un arrêt des consuls remit en entier la maison de la Bourse à la disposition du commerce de Bordeaux.

i> Alors le tribunal s'empressa de faire des réparations immenses à cet hôtel ; il disposa le local de manière que le tribunal et la Chambre de commerce , qui depuis a été recréée, ainsi que la commission administrative, eussent chacun les salles nécessaires pour la réunion de leurs membres et le logement de leurs secrétaires ; nous avons également formé un établissement, approuvé par le gouvernement, sous le nom de Théorie commerciale , destiné à l'enseignement de ceux qni embrassent la profession du commerce , et nous avons employé, pour faire cette salle, tout ce qui restait de libre dans ce local. »

L'arrêté du 26 juin 1801 , que nous avons cité plus haut , autorisait l'établissement d'une Bourse de commerce à Bordeaux , et prescrivit que l'ancienne Bourse serait remise en entier, à cet effet, à la disposition du commerce de Bordeaux.

Le nombre des agents de change fut fixé à vingt ; celui des courtiers de commerce de Bordeaux , à soixante-di^ç, ; Libourne ne put en avoir que dix; Blaye, huit; Pauillac, cinq'; Lamarque, trois; Saint-Macaire, trois; Langon, trois; Barsac, trois; Langoiralti, trois.

L'arrêté du 3 nivôse an XI (24 décembre 1802) établit des Chan)bres de commerce dans plusieurs villes et notamment à Bordeaux. Ce fut sans doute peu de temps après cette créalion, dit M. de La Molhe, que la Chambre de cette ville fit f^'raver une médaille dont nous trouvons la description dans le Trésor de Numismatique et de Glyptique (médaille de la

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Livre XV. Révolut. franc, page 131. Sur un côté: Curia et camitia commerc. Burdigal. La ville de Bordeaux, assise sur une base, tenant une boule ; la base est décorée d'une ancre. Dans le fond , un quai , la mer et des bâtiments. Exergue : Commercium renascens; au-dessus, à droite, Tiolier F.

R. Libertatis et cons. auspiciis. Dans une couronne d'olivier on lit : Respublica Gallica. En bas , sur la couronne , le coq placé sur un faisceau et un caducée en sautoir. Pièce octogone, 34 mili.

On trouvera d autres détails sur cette ancienne Bourse, dans le tome III , page 286 , et tome I , page 229. Quant aux juges et consuls de la Bourse de Bordeaux , nous donnons NOTE 5. leurs noms dans une note à la fin de ce volume.

En 1622 , les jurats firent dresser des règlements relativement aux bourgeois et au commerce de Bordeaux. Le roi ordonna, dans un conseil tenu à Lunel, le 25 août 1622, qu'aucun ne serait , à l'avenir, reçu bourgeois de Bordeaux, qu'il n eût demeuré pendant cinq ans dans cette ville et qu'il n'y possédât une maison ou propriété de la valeur de 1,500 livres au moins ;

Que nul étranger né pourrait être ci-après reçu courtier de commerce;

Que nul étranger n'y pourrait tenir boutique, ni vendre en détail, qu'il n'eût acquis le droit de bourgeois, selon les statuts.

.Défense fut aussi faite aux courtiers de commerce de loger des marchands étrangers, d'enchayer des marchandises importées par des étrangers qui ne devaient être reçues que chez les bourgeois , dans des chais dotit le propriétaire aurait une clef et le courtier une autre. Il leur était aussi défendu de se servir aux champs de courtiers volants, serviteurs ou personnes interposées pour les remplacer dans les- fonctions de leurs charges; de prendre ou d'exiger des bourgeois ou habitants de Bordeaux d'autres salaires que ceux réglés par les statuts et les arrêts de la Cour du parlement.

Mais reprenons l'historique du commerce depuis rétablis- ^-'^^e xv. sèment du tribunal créé par le roi, à Bordeaux. Un incident J.

se présenta en 1571 , d'après nos chroniques, et qui ne doit pas être oublié. Un marchand normand avait débarqué , à Bordeaux, un grand nombre d'esclaves pour les vendre; la Cour (le parlement, informée du fait, ordonna quils seraient viis en liberté; la France, mère de la liberté , ne permet aucun esclave. Cest là Tun des actes les plus honorables de Chroniq.bord., nos annales du XIV^ siècle. *^^*-

Tous les procès, toutes les contestations entre les marchands étaient de la compétence de ce tribunal. Il avait à ses ordres un contrôleur de la Bourse qui percevait un sou par tonneau (le vin. Il était ordonné que les marchands arrivés dans le port débarqueraient leurs marchandises, sous peine de 300 sous d'amende; ils ne pouvaient rien vendre sans avoir pris une Miette ou passavant, et il était sévèrement défendu aux revendeurs d'aller au devant des bâtiments qui arrivaient ou de iBODter à bord des gabares chargées. Aucun marchand forain ne pouvait ouvrir boutique sans la permission des jurais , ni vendre en détail. Ce privilège appartenait aux bourgeois seuls de Bordeaux, qui avaient toute faculté d'exposer leurs draps, toiles, etc., etc., sur le port, et de les vendre en détail sur le Marché-Neuf; il y avait des auneurs jurés pour mesurer le drap et la toile. Les courtiers ne pouvaient acheter des marchandises pour leur propre compte, et des statuts particuliers réglaient tout ce qui concernait ou sauvegardait les intérêts du vendeur et de l'acheteur.

Le commerce des blés était réglé par le gouverneur de la province. Il était défendu d'acheter ou de vendre du blé ailleurs qu'au marché ou d'en porter hors du port sans l'autorisation des jurats ; tout contrevenant à cette dernière dispo- , silion était condamné à une amende de mille livres.

Il y avait alors dans tous les hôtels une boîte destinée à recevoir les aumônes des voyageurs. On en distribuait le pro-

!'« Part. D. 0

Livre XV. duit aux pHUvres de l'hôpital de Saint-André, aux religieux ^^. ' mendiants, aux marchands étrangers qui avaient été dépouillés par les pirates ou par les voleurs, aux marins qui avaient fait naufrage et aux gens détenus en prison pour de peliies dettes.

Parmi les autres hôtelleries, celle du Chapeau-Rouge, ieme par Jean Peyre, en 1582, était la plus vaste et la plus célèbre; son enseigne était un chapeau de cardinal, que le mettre fil placer au-dessus de sa poile, en méipoire de quelque éminence qui y était descendue en passant par Bordeaux; le doiq de Chapeau-Rouge est resté à la rue où cet hôtel était situé. Les marchands étrangers allaient loger dans cette maison. Il s y forma un sorte de confrérie , sous le nom d'Abbaye des marchands. Le directeur s'en donnait le nom d'aiié , el les autres membres s'appelaient ses conseillers; un procureur fiscal faisait les réquisitoires, un greffier écrivait les sentences prononcées par l'abbé, et des huissiers les mettaient à exécution.

Cette association rançonnait les voyageurs dans un bot louable , mais le mode était blâmable , il prêtait trop aux abus et compromettait sérieusement la liberté individuelle. Sur la plainte de deux étudiants peu riches, qui se voyaient rauçonnés d'une manière si étrange, un jurât se rendit à aHte hôtellerie , fit ouvrir la boîte et y trouva une somme assez considérable. L'hôtelier et ses confrères furent condamnés, par la jurade, à indemniser les étudiants. Appel fut porté au parlement, qui confirma la sentence et fit dissoudre la société.

Dans la seconde moitié du XVI* siècle, on créa un bureau particulier pour la perception des droits sur les vins; c'était alors la denrée principale du pays; elle fut souvent frappée de gros impôts qui valaient presque une loi prohibitive de cf ^ genre de commerce. Aussi, en 1561, un muid de vin payait

un droit de cinq sous; c'était dix sous pour la même quantité venant de l'étranger, en 1564 : et neuf ans après, eo 1S73. malgré les vives et opiniâtres réclamations des jurali^. 1^ roi

élablit sur chaque tonneau de vin un impôt de quinze sous Livre xv. l)Our les besoins de la guerre, et, par un autre édit royal, ^J. * cet impôt Tut porté à vingt sous en 1581.

Un incident curieux se présenta dans l'histoire du commerce français, à cette époque, et dont on eut tort de ne pas profiter. Les Turcs, voulant étendre leurs relations avec le nord de DeThou, l'Europe, voulaient faire d'Anvers l'entrepôt général de tout ' *^* le commerce de l'empire ottoman. Leurs marchandises devaient être débarquées à Marseille , voiturées jusqu'à Bordeaux , puis rembarquées sur la Garonne , pour l'entrepôt d'Anvers, qui serait tenu par dix-huit négociants turcs. Ce projet n'a pas eu de suite. Aujourd'hui , le voilà réalisé en partie au profit de Bordeaux par le chemin de fer et surtout parla vapeur qui , en domptant les vagues de la Méditerranée, a rapproché Marseille de Constantinople , et, en effaçant la distance, met Marseille à la porte de Bordeaux.

Nous croyons devoir donner place dans notre travail à un note e. singulier document qui se trouve dans les archives de la mairie de Bordeaux ; c'est un mémoire adressé, en 1557 , au roi de Navarre , gouverneur , lieutenant-général et amiral poar le roi en Guienne, par Lassalle, capitaine de marine.

Cet officier commence par faire ressortir la grande commodité du port de Bordeaux , Vun des plus beaux ports de la chrétienté et dont la situation est admirable pour le commerce avec l'intérieur de la France et avec les nations voisines. Il assure qu'il s'y ferait plus d'affaires qu'à Anvers, si on y entretenait une petite flotte pour protéger les navires des négociants. L'une des grandes mesures qu'il conseillait de prendre dans l'intérôt de Bordeaux , c'était d'y établir deux foires par an, franches , et durant chacune un mois ou six semaines, et de supprimer une des foires de Niort et une de celles de Fontenay , qui , par leur proximité , se nuisaient l'une à l'autre.

Une autre mesure indispensable , c'était de faire construire

Livre XV. un quai couvert devant la porte l'Ombrière, depuis l'estev J. * du poul Saint- Jean jusqu à Yestey des Anguilles ^ leqnel servirait de défense et d ornement à la ville, où les navires pourraient embarquer et décharger leurs marchandises et oîi les marchands pourraient se réunir et causer d'affaires commerciales.

Pour la sûreté de la navigation et la tranquillité des armateurs, il désirait qu'on entretînt, sur les côtes de Gaienne, huit navires armés et équipés , pour convoyer les vaisseaux marchands qui entreraient en rivière ou en sortiraient. Pour

en couvrir la dépense , les villes de Toulouse , d'Agên el de Marmande et les autres villes voisines qui ont des rapports commerciaux avec Bordeaux, feraient faire trois navires: l'un de 300 tonneaux, un autre de 200, et un troisième de 100; que Bayonne, Saint- Jean-de-Luz, Biarritz, Cap-Brelon et les ports circonvoisins en entretiendraient deux de 60 tonneaux.

I.e produit des prises que feraient ces vaisseaux armés en guerre serait partagé ainsi : deux tiers seraient consacrés à les entretenir et à payer les droits de l'amirauté, et l'autre tiers serait partagé entre le capitaine et l'équipage du navire qui ferait la prise. Mais comme il faudrait de l'artillerie et même de l'artillerie de fonte, il proposait que les cloches brisées à Bordeaux et dans les villes voisines (probablement dans l'expédition et par les ordres inhumains de Montmorency), et dont un grand nombre avait été déposé au château de Nantes, fussent fondues à cet effet. Ces navires , en temps de paix, pour faire face à la dépense de leur entretien , pourraient être employés par le commerce et formeraient de bons marins , comme ceux de la Normandie , ce qui est absolument utile pour la navigation , chose indispensable au bien-être du peuple de Bordeaux et de Guienne en général.

Lassai le se chargeait de la construction de ces navires, sur un modèle dont il présentait au roi le dessin , de manière ^i

servir à la guerre , bons à la voile et à la rame , et à aller Livre xv. sur toutes les mers , impénétrables aux boulets et insubmer- J. '

sibles. Il assurait en même temps pouvoir dresser au service >

mille ou douze cents excellents marins ou pilotes de Nor- ^

mandie.

Cet ingénieux capitaine proposait, pour garder l'embouchure des fleuves , de faire construire une plateforme ou bateau plat , citadelle flottante qu'il serait impossible de couler à fond , et qui , armée de trois batteries couvertes et portant cinq cents hommes, ne tirerait que quatre ou cinq pieds d'eau.

Il présentait aussi le modèle d'une tour mobile en bois, de 60 pieds carrés en dedans et de 75 en dehors, avec une terrasse de 2* pieds d'élévation et un parapet de 6 pieds , facile à monter et à démonter et à transporter partout où il serait nécessaire , surtout dans les villes sans défense.

Voilà des idées bien curieuses, des projets dédaignés alors et réalisés de nos jours : ce sont les bateaux plats , les canonnières qu'on a fait construire pour la guerre de Crimée et pour celle du Piémont. On dédaigna alors les projets de Lassalle , comme des Vêves d'un fou , sans doute, au XVI® siècle , mais qui sont devenus des réalités au XIX®.

On y voit percer l'idée d'une Bourse et d'un quai couvert, ce qui n'existait pas à Bordeaux. Nous y voyons aussi que Montmorency, en 1548, ne fit pas briser seulement les cloches de Bordeaux , mais celles des villes voisines , et qu'un certain nombre en fut transporté au château de Nantes ; le reste fut laissé au Château-Trompette. t^ n, p. i78.

Henri IV rendit plusieurs ordonnances en faveur de l'industrie , du commerce et de l'agriculture. La France , d'après Sully , était essentiellement agricole et renfermait dans son sein des richesses immenses. Cependant le tiers du sol était inculte ou dévasté par suite de la guerre. Pour remédier à cet étal de choses , Sully aurait désiré que les seigneurs , les

- <34 - Livre XV. grands propriétaires, vécussent dans leurs terres et les fissent **J. ' valoir; il proclama le grand principe de la liberté du comraerce, encouragea la conservation des forêts, le dessèchement des marais et le progrès de Tagriculture : « Le labou- » rage et le pasturage, disait-il, sont les deux mamelles qui » alimentent la France. »

Le roi seconda ces généreux efforts; il encouragea le progrès de l'industrie , augmenta les privilèges des arts et métiers, défendit Timportation des objets de fabrique élraDgère , régla l'intérêt de l'argent , donna des primes aux plus habiles explorateurs des mines de l'État, protégea et fit progresser le commerce intérieur en construisant de nouvelles routes et en projetant des canaux ; il signa des traités de commerce avec la Hollande, l'Angleterre et même avec la Turquie, et sa convention avec cette dernière puissance portait en toutes lettres : « que toutes les nations chrétiennes pourraient corn- » mercer librement dans le Levant , sous la bannière el la » protection de la France et sous les ordres des consuls » français. » Toutes ces sages mesures d'un habile ministre et d'un roi , père de son peuple , amenèrent une amélioration sensible dans l'industrie agricole de la Guienne et étendirent considérablement la sphère de son commerce intérieur et maritime.

En 1 572 , une ordonnance défendit l'exportation des laines, lins, chanvres et filasses; l'étranger les achetait à bas prix, et, après les avoir mis en œuvre, rapportait les draps el les toiles et les vendait à des prix excessifs. Le roi voulut encourager ses sujets à se livrer à cette industrie, pour ne rien devoir à l'étranger. Outre la défense .d'exporter les noatières premières ouvrées, le roi ordonna que les épiceries et les drogueries n'entreraient en France que par les ports de Marseille, Rouen, Bordeaux el La Rochelle. Le commerce de notre ville y gagna beaucoup.

Du temps de Louis XIII, la marine française, grâce à Ri-

clielieu, avait atteint un grand développement. « La France Liwcxv.

» avait alors, dit Capefigue, deux cent soixante>dix galères J.

» et cent soixante-dix flûtes ou navires à voiles , armés de RUheUeu,

9 gros canons; les galères avaient un général et les flûtes un fronde,

» amiral. Les flottes étaient réparties dans les ports de Mar- par Capeflguc,

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