Livre XV. caines , le mouvement commercial de notre place s*élevait à
Chap. 6. ^
» plus de 150 millions par an. Le port de Bordeaux entrait
pour plus d'un tiers dans les produits accumulés de toutes nos colonies, c'est-à-dire pour 52 millions sur 126 millions, valeur totale des importations coloniales en France.
Enfin, la paix fut signée le 3 septembre 1783; c'était la base du traité de 1786, par lequel il fut stipulé que les droits prélevés jusqu'alors , soit en France , soit en Angleterre, seraient diminués pour les marchandises d'exportation. Ainsi, les fers, les mousselines, les étoffes de coton et de laine furent déchargées des droits qui pesaient , à Bordeaux , sur ces produits anglais. En échange , les Anglais réduisirent considérablement les droits prohibitifs établis sur les vins, la parfumerie, la ganterie, la tabletterie, les batistes, les blondes, les dentelles de soie , les soieries et sur tous les objets de luxe et de mode parisienne. Nos vins, qui jusqu'alors payaient à la douane, en Angleterre, 7 schillings et 10 pences par sous Louis XVI gallon, à peu près 2 fr. 17 c. par litre, ne payaient plus
que la moitié à peu près, c'est-à-dire 4 schillings 1/2 penny par gallon ou 1 fr. 33 c. par litre. Le commerce de Bordeaux prit alors des proportions inouïes. Pendant la guerre de sept ans, c'est-à-dire depuis 1755 jusqu'en 1763, l'exportation des vins de France ne'fut que de 2,000 tonneaux; elle s éleva à 20,035 en 1779, et dans les dernières années de Louis XVI, au chiffre étonnant de 100,000 tonneaux. Nos exportations de vins , pour l'Angleterre seule , avant 1786, montaient , année commune , à près de 400 tonneaux ; mais de 1786 à 1792 , le terme moyen était 1,424 tonneaux par an, et l'année après le traité de 1786, elles montaient à 2,127 tonneaux. La Hollande, à elle seule, tirait de Bordeaux une quantité moyenne de 20,000 tonneaux de vin et 12,000 pièces d'eau-de-vie par année.
Le l*"" juin 1786 , il se trouvait dans la rade de Bordeaux deux cent vingt-trois navires étrangers et soixante-huit na-
vires français , et, au 1«^ juillet, deux cent quarante-quatre, Livre xv. sans parler des cent soixante bâtiments français destinés au 1 ' petit cabotage et entrés en rade dans ce niois, ni des cent vingt-cinq qui sortirent pour le nnéme but. Dans le mois de mars 1787, les armateurs bordelais firent partir pour les colonies dix-huit navires, dont deux pour TIle-de-France et les côtes de T Afrique, trois pour la Guadeloupe, et les treize aatres pour Haïti.
L année suivante (1787) on comptait à Bordeaux, au mois de janvier, trois cent quatre-vingt-seize navires entrés ou sortis de notre port; en février, trois cent vingt-quatre; et en mars, quatre cent soixante-un. Pendant le mois d'avril , nos négociants expédièrent à l'étranger 7,368 tonneaux de vins de Bordeaux, 1,086 3/4 de vins du Haut-Pays, 167 1/2 de vinaigre, et 1,004 pièces d'eau-de-vie. A cette époque. Teau-de-vie se vendait au cours de 95 livres les vingt-deux veltes, et, le 1*' février de la même année, elle atteignait le prix de 1 1 0 livres.
Le sucre brut, pris à l'entrepôt, en février 1787, avait des prix différents : celui de Léogane se payait de 32 à 45 livres le quintal; celui de Saint- Louis, de 28 à 38 livres; et celui de la Martinique, de 26 à 36 livres.
Les cafés de Saint-Domingue suivaient à peu près les prix de ceux de la Martinique : 22 sous la livre de café fin, et 1 5 et 16 le triage.
Les cotons de Cayenne avaient la grande vogue ; ceux de Saint-Domingue venaient en seconde ligne et se payaient , à Bordeaux, 250 à 270 livres le quintal, tandis que ceux de la Martinique et de la Guadeloupe n'étaient cotés que 225 à 255 livres.
Chaque mois il entrait au port de Bordeaux ou en sortait, en moyenne, 5 à 6,000 boucauts.
Le café, l'indigo, le cacao et autres denrées s'élevaient dans les mêmes proportions. Le tableau suivant montrera les