Livre XVI. Le reste du serment concerne le maintien des statuts, etc
Les douze jurais des temps anciens restaient en fonctions pendant un an ; mais depuis que ce nombre a été réduit à six, il servaient deux ans; il en sortait tous les ans trois, et les autres demeuraient en place pour Tinstruction de leurs trois colU^gues, dans les affaires de l'administration. Le maire nom> mait Tun des jurais son sous-mairo ; mais la nomination du jurât qui, sous le titre de prévôt jVGnd'dii la justice à THôlel-de-Ville, appartenait aux jurais , ainsi que celle des officiers inférieurs de la municipalité.
Les prud'hommes prêtaient serment sur la croix et le Missel ouvert aux premiers mots du canon de la messe : Te igitur, « pardevant les dits seigneurs (les maire et jurats), quils » seront obéissants aux mandements des maire et jurats, » toutes fois qu'ils seront requis bien et loyaument conseiller » les dits seigneurs, sans avoir aucun égard à amy ou ennemy » et ne révéleront les secrets en manière que ce soit, etc. »
Les jurats sortant de charge rédigeaient leur testament; c'était un exposé ou tableau de I état des affaires de la ville, afin que leurs successeurs et héritiers pussent y pourvoir avec suite et connaissance de cause. Les jurais faisaient rentrer les revenus de la ville ; ils étaient colonels des six régiments de la milice bourgeoise, qui étaient chargés de maintenir Tordre en ville, et, comme hauls justiciers de la banlieue, ils prenaient les titres de comtes d'Ornon , barons de Veyrines, prévôts d'Eysines et seigneurs de la petite prévôté de TEntredeux-Mers.
Sous les Anglais, le maire allait renouveler son serment à Saint-Seurin, sur la châsse, fierté, qu'ils appelaient la forte, qui contenait les reliques de Saint-Fort , notre premier martyr, et que le peuple aussi, par corruption, appelait le forte; mais, depuis 1550, il était élu le même jour que les jurais et statuts allait prêter le serment , comme eux , à Saint-André : « Ju- » rera le maire, en sa nouvelle création, en l'église de Saint-
dp la ville.
» André, en présence du peuple, sur les sainis évangiles. Livre xvi. » Noire-Seigneur et les reliques, comme estde coutume, qu'il ^hap. 3. » gardera, à son pouvoir, tous les droits de la ville et cité de ~"
» Bourdeaulx; son estât bien et loyaument exercera, et s'il » sait rien cstre aliéné du bien de la ville , le relèvera , et » fera diligence celuy recouvrer des deniers communs de la » ville. »
Les maire et jurats étaient les gouverneurs de la ville; ils Lett^-patentes en gardaient les clés presque toujours et étaient chargés de "**"*** • la liaute administration. Saint Simon, dans ses Mémoires ^ Mémoires, (lit que la mairie de Bordeaux valait 20,000 liv. de rente "^^'P- ''^''™au XVIII* siècle, du temps de M. d'Estrades à qui cette magistrature était confiée héréditairement. Sous les Anglais et môme quelque temps après leur expulsion , les maire et jurais connaissaient de toutes les affaires civiles, criminelles, féodales y et de celles qui avaient lieu entre les bourgeois ou autres habitants de la ville. Pour rendre des sentences qui Registres ressortîssaient au sénéchal , le maire était assisté des jurats, " {l^/p""30^' des prud'hommes et de sabios ou savants jurisconsultes, et en certaines matières civiles ils jugeaient souverainement.
Les maire et jurats avaient la justice haute , moyenne et basse; pour se concilier l'affection des Bordelais, Philippe le Bel confirma ce droit en 1295, et Edouard , roi d'Angleterre, le confirma en 1360. Henri II et François II leur reconnais- Voir note 27 saient toute espèce de juridiction dans la banlieue et les au- 434"^^ 70i Ires possessions de la ville; mais dans la ville et les faubourgs, ils ne leur accordaient que la justice criminelle et de police. Par son ordonnance du 30 janvier 1597, Henri IV les maintint dans la juridiction et la police de la ville et banlieue.
Ils faisaient donc les règlements de police pour la ville et banlieue et tous les actes de gouverneur de la ville, excepté en temps de guerre , lorsque le gouverneur militaire , comme sous Montluc , avait besoin de concentrer dans ses mains toute rautorité que les circonstances exigeaient. En l'absence du
Livre XVI. lieutenant du roi, ils donnaient le mot du guet; ils avaient à ' ''^^' leurs ordres plusieurs officiers subalternes , le clerc de ville, le procureur de la commune , le notaire , le trésorier de la ville, le portier qui tenait les clés, et lofficier qui portait, devant le maire et les jurats, aux processions et assemblées publiques, la masse d argent. Il y avait encore aux ordres du maire , le chevaucheur de la ville, dont la livrée était une casaque de velours-cramoisi, couverte de fleurs-de-lis d'or, avec les armoiries de la ville et une toque de velours noir. La charge consistait à faire des courses et des voyages qui exigeaient de la diligence et de l'activité; il marchait devant le corps de ville, aux processions et dans toutes les solennités publiques. Il y avait encore deux trompettes qui, dans toutes les occasions solennelles, portaient leurs trompettes d'argent, Damai, et Un fourrier de la ville, qui , quand le roi se trouvait dans Chroniques, ^^g murs, assistait toujours le maréchal-des-logis de Sa Majesté par un privilège particulier. Des détails sur les autres employé? de la ville n'offriraient aucun intérêt à nos lecteurs.
Les nobles ne pouvaient pas être jurats; les jurats ne pouvaient pas les nommer, et les bourgeois, avant de procédera l'élection dans les conclaves, s'obligeaient par serment de ne pas nommer un noble; mais vers l'an 1392, il se relâchèrent de leur rigueur, et par suite des embarras où l'assistance des nobles était nécessaire, ils prièrent Lancastre de les dispenser de ce serment peu digne d'un peuple libre.
Le costume des maire et jurats n'était pas pour eux un sujet de peu d'importance : c'était le symbole de la puissance; il donnait au magistrat un certain prestige de grandeur. Da temps des Anglais, ^e costume était rouge et noir; sous les Français , c'était une robe de velours blanc et rouge , avec les parements en brocatelle; mais, aux entrées des gouverneurs, la robe d'étiquette des jurats était de satin blanc et rouge, doublée de taffetas rouge, et celle du maire, de brocatelle. Dans les assemblées publiques, le maire marchait avant le5 jurats.
Chroniques,
qui le suivaient, deux à deux, avec le procureur et le clerc Livre xvi. (Je ville , au dernier rang, avec leurs robes et chaperons de J "
damas blanc et rouge. Quand ils marchaient en corps, ils étaient précédés de quarante archers du guet, couverts de belles casaques decarlate. En 1411 , il fut arrêté, dans une assemblée générale de bourgeois, « que le porte-guidon de la » ville se tiendrait prest pour marcher lorsqu'il serait mandé, » car, de toute ancienneté, la dite ville avait une compagnie » de cavalerie, laquelle estoit commandée par le maire d*i- Deiurbe, » celle (1). » Ainsi la constitution réglait tous ces détails et entourait les officiers municipaux de tous les prestiges du pouvoir, de toutes sortes de considérations qui pussent inspirer au peuple un sentiment de respect et des égards pour lautorité dont on voyait ainsi les emblèmes distinclifs. De nos jours, le pouvoir n a souvent qu*un ruban rouge a la boutonnière; les prestiges de la puissance ont disparu avec les emblèmes et les signes extérieurs qui la symbolisent. A Rome , la dignité consulaire avait pour emblème les faisceaux; sans eux, les magistrats descendaient au rang des simples citoyens; le peuple grandit des humiliations des représentants de la souveraineté, et l'autorité , quand elle cesse d'être respectée, n'est, aux yeux de beaucoup de monde, qu'une ridicule prétention à une supériorité usurpatrice et impopulaire.
Les membres du Conseil municipal étaient tenus de se rendre à l'heure et au lieu indiqués par la lettre de convocation. Toute négligence était sévèrement blâmée, et à la troisième invitation, si l'invité ne se rendait pas, il était noté d'infamie et sa porte enfoncée par le bourreau.
Le roi d'Angleterre était représenté à Bordeaux par le sénéchal de Guienne , qui était presque toujours un enfant du pays; son pouvoir était très-étendu, nous en parlerons plus
(1) Les seigneurs de la maison noble de Lislc et de Lalandc portaient le guidon ^«iis les ordres du maire.
Lfvrfi XVI. loin. Nous fcrons seulement observer ici que la garnison cl ^L. les troupes régulières étaient sous ses ordres ou sous ceux du
connétable; le maire commandait la milice urbaine; les douze jurats en étaient les colonels; et, d'après un des anciens privilèges de la ville, des troupes étrangères ne pouvaient y séjourner ni même y entrer sans la permission expresse do maire et des jurats.
Vers le milieu du XIV® siècle , le sénéchal voulait s'arroger la connaissance, en première instance, des affaires concernant les bourgeois : les jurats s'y opposèrent, et, dans une assemblée généralQ présidée par Edouard , prince d'Aquitaine, un arrôt, rendu le 7 juillet 1366, les maintint dans leur ancien droit. Ils avaient obtenu la restitution, pour six. ans , du droit de juger en matière de coups et blessures, droit que le roi avait usurpé au mépris du privilège de la ville. Toutes les affaires civiles et criminelles étaient portées à leur Cour prévôtale , excepté les crimes de lèse-majesté , de fabrication de fausse monnaie et de falsification du sceau du roi.
Le maire intervenait dans toutes les grandes affaires de la commune. En 1370, lorsque la province se souleva contre les exactions du prince de Galles , le roi , à la sollicitation de Robert Ross, maire de Bordeaux, accorda, le 15 mars 1374, aux mécontents, une amnistie complète et le -maintien des anciens privilèges de notre cité.
Comme tous les pouvoirs, les jurats tenaient à étendre la sphère de leur action ; ils s'attribuèrent la connaissance des délits commis par des étrangers, tant sur terre que sur eau. Ces affaires étaient jusqu'alors toujours portées au tribunal du prévôt de rOmbrière. Ce magistrat réclama, et le roi, pour empêcher tout empiétement et partant tout conflit, fil faire ce règlement en 1376 :