CHAPITRE IV
Le maire k Londres. — Les jurats et le château de Camarsac. — Les PadoueM.— Les jurats achètent le comté d'Ornon. — Les autres propriétés de la ville. — La porte Cailhau. — Les tours de Saint-Éloi. — Ue maire très-considéré et respecté. — Le guet il cheval et k pied. — Les privilèges du maire. — Le soas-maire. — Les jurats maintiennent les privilèges de Bordeaux sur les vins. — Sont les agents du roi de France au lieu d'être les hommes du peuple. — Leurs pouvoirs. — Ils sont asservis par le parlement. — Leur influence amoindrie. — La GabelU. — Cruautés de Montmorency. — Bordeaux privé de ses privilèges. — Henri II les rétablit. — Il n'y aura plus que six jurats à la place de douze. — La ville partagée en six juradcs. — Serment des jurats. — Nouvelle constitution municipale , etc.
Livre XVL Au commencement du XV® siècle , nous retrouvons chez "~ les Bordelais la môme fidélité , le même attachement à leurs
franchises et libertés. La puissance anglaise touchait à sa 6n; pour retarder sa chute , elle s efforçait de se créer des amis par de belles promesses et des garanties pour la conservation des anciens privilèges de la cité et de la province. Ainsi , par ses lettres-patentes du 3 octobre 1401 , le roi d'Angleterre confirma les libertés accordées aux Bordelais et aux habitants de TEntre-deux-Mers par Jean Sans-Terre (1).
La municipalité de Bordeaux profita de ces bienveillantes dispositions, et, pour les mettre à l'épreuve, le maire se rendit à Londres, en 1408 , afin de mettre sous les yeux du roi le triste tableau de la situation de la province et lui de-
(i) Per quas dominus Johannes quondam rcx Angliae progenitor suus concessit probis hominibus suis de terra quae vocatur inter duo maria quod habeant omne» libertates et libéras consuetudines quas habuerunt temporibus Henrici patrissui et Kicardi régis fratris sui , etc.
On voit un extrait de la charte primitive dans le Petit Cartutaire de Cabbaye de La Sauve, fol. 126.
mander du secours ou un allégement des impôts. Pendant son Livre xvi. absence , il se présenta un fâcheux incident que sa présence ^|^ ' aurait pu probablement empêcher. Les jurats s'offusquèrent sans raison de la construction du château de Gamarsac, et, .ne pouvant rien faire sans le consentement du peuple , convoquèrent une assemblée générale à ce sujet ; nous en avons parlé dans le second volume de cet ouvrage. Tome ii, p. 9.
La jouissance des parfowerw (vacants) de la ville et banlieue appartenait à la commune, et, à la demande des maire et jurats, le roi les autorisa à y construire des maisons qu'ils seraient libres de donner à fief, mais sous la condition qu'ils laisseraient, entre les vacants et les remparts, assez d'espace pour le passage des gens d'armes à pied et à cheval , quand cela serait nécessaire pour les besoins du service.
En 1305 , le roi d'Angleterre ordonna de construire l'hôtel de la Monnaie sur le padouen ou place vacante du palais de^ rOmbrière; mais les maire et jurats lui firent comprendre que, par un acte de 1262, ils avaient seuls le droit de disposer de tous les padouens ( vacants] , tant en dehors des murs qu'en dedans ou sur les fossés. Ces droits furent reconnus et confirmés en 1392 et 1394, en faveur des maire et jurats, avec plein pouvoir de les donner à cens et à rente, ou sous des conditions ou redevances quelconques.
D'après une enquête dont il est parlé dans le Livre des Bouillons (archives de l'Hôtel-de-Ville) , nos principales places d'aujourd'hui étaient, au XIII® siècle, des prairies communes pour le pâturage des bestiaux , qu'on appelait alors padouens : Tota la plassa de sen Project es padouen, et la plassa de sen Andrieu es padouen , et totas las barbacanas deusta bila son padouens.
C'est dans le XV® siècle, le 17 décembre 1409, que les maire et jurats achetèrent, à Henri Bowet, archevêque d'York , le comté d'Or non , avec tous droits de justice et de seigneurie, moyennant 1,500 marcs sterling. De là venait
Livre XVI. |e litre de comtes dOmon que prenaient les jurate; de là *^^ ' aussi provenait Tobligation, pour les habitants de la localité dite Camparriariy qui faisait partie du comté d*Ornon, d*aller, en temps de nécessité , faire la garde à Bordeaux, y envoyer des manœuvres pour recurer les fossés, réparer les murs et les ponts de la ville.
L'Hôtel-de-Ville possédait plusieurs terres an XIT* siècle; en 1354, elle acquit la prévôté d'Eyzines, du seigneur de Montferrand ; le 7 octobre 1526, la baronnie de Veyrines, avec justice haute , moyenne et basse; le 15 août 1591 , la baronnie de Montferrand, qu'elle ne posséda pas longtemps à cause du retrait qui en fut fait. On ne sait pas à quelle époque précise elle acquit la prévôté de TEntre-deux-Mers ; d'après le Livre des Statuts, imprimé en 1542, il paratt que cette terre appartenait alors à la ville.
D'après nos chroniques, la ville de Rions avait appartenu à Bordeaux; le roi donna, en 1444, aux maire et jurais de Bordeaux , Saint-Macaire avec Sainle-Croix-du-Mont, parce que ces localités ne pouvaient pas se défendre elles-mêmes; les Bordelais se chargèrent de le faire.
La ville de Bordeaux avait quelques fiefs au dedans des murs et dans la banlieue, les anciens et nouveaux octrois et quelques renies que le roi leur payait. Tout le revenu de la ville montait, année commune, à 600,000 livres, somme considérable pour le temps, mais insuffisante pour les besoins multipliés et toujours croissants de la ville, les IraitemeDts des commis, des employés, les gratifications, etc. , etc. (1)
Outre les fonds ordinaires, la ville avait de grands droits; elle prélevait un impôt sur les vins, sur les marchandises vendues à l'encan; elle disposait des places où se vendaient les marchandises et fournissait les mesures légales et les
(1) Pour le domaine de la ville de Bordeaux, il faut voir tome III, première pa^ tic, pape 323 , et Note 13, pngo 666.
poids; elle jouissait, depuis 1303 jusqu'eu 1645, du droit Livre xvi de petite coutume que le monastère de Sainte-Croix lui avait ^^ * cédé pour cent ans. Ces revenus ne suffisaient pas aux divers besoins de la ville; on y pourvoyait, dans les cas extraordinaires, par de nouveaux impôts. Ainsi, en 1373 , pour réparer les murs de la ville , les jurats demandèrent la permission de lever deux sous tournois sur chaque tonneau de vin qui descendrait à Bordeaux, d au-dessus de Saint-Macaire, et de deux deniers mailles sur les autres marchandises; et, enfin, de doubler cet impôt sur ce qui viendrait de pays ennemis. Le roi écrivit à Thomas Felton , son sénéchal en Guienne , et à Robert Wilsford , docteur en deux droits , de leur accorder la permission demandée. En 1408, la municipalité, ayant contracté une dette de 7,500 livres, à loccasion de la guerre, ordonna, pour lacquitler, de lever cinq sous sur chaque tonneau de vin qui sortirait de la ville pour être vendu , et six deniers par livre sur les autres marchandises, et deux sous par livre, pour droit de sortie , sur le poisson salé , le plomb , I etain , le fer, la gomnte et la résine.
Les jurats avaient agi de même deux ans auparavant , de lavis et du consentement des Cent-Trente.
Les maires et jurats ont toujours joui , jusqu'en 89 , de la libre disposition des revenus de la ville; les intendants ont souvent essayé d assujétir les opérations financières de la municipalité à leurs conseils; mais les officiers municipaux ont toujours repoussé de pareilles prétentions. Cependant, M. Camus de Neville, le dernier de nos intendants, obtint, par surprise, du ministère de M. de Breteuil, ce contrôle sur l'emploi des finances municipales; mais il n'en jouit que trois mois , la comptabilité étant absolument indépendante de toute surveillance hors de son sein. Réunis avec les notables, les jurats rendaient leurs comptes, chaque année , devant leurs concitoyens convoqués ad hoc par le son de la grosse cloche. L'arrêté de ces comptes était signé de tous les membres pré-
Livre XVI. seDts et rédigé ea trois copies , doDt l'une restait entre les .lap^ . majQs Jq trésorier comptable, une autre était remise aux archives, et une troisième envoyée pour la forme au ministère. La Chambre des comptes navait aucune juridiction sur le trésorier de la ville ; c était là un des anciens privilèges de notre cité. La Cour des comptes elle-même la reconnu dans son arrêt du 30 décembre 1603. C était une conséquence d*un ancien édit du roi, du mois de mars 1531 , qui permettait a aux maire et jurais de commettre un bourgeois pour » trésorierdes deniers communs de la dite ville , qui en rende » compte, suivant leurs ordonnances, pardevant les jurais, » en présence des bourgeois n'ayant oncques été loisible , par » les privilèges de la ville, aux officiers du roi d'en prendre
Dciurbe, 1531. )) Connaissance. »
En 1420, on convoqua tout le peuple pour savoir s'il consentait à voter les subsides demandés par le roi. Une forle opposition s'éleva dans l'assemblée à la voix de Jean Ferradre, et les députés, chargés de faire connaître au roi la volonté de la commune, rendirent compte de leur mandat au peuple qui
T. n,p.i2, 13. approuva leur conduite. Nous en avons déjà parlé.
Les Anglais se voyaient presque triomphants sur les Français, au commencement du XV® siècle; pour stimuler l'ardeur militaire des Bordelais, leur roi avait déclaré qu'il donnerait en ûef à la commune de Bordeaux tous les domaines et étals qu'elle pourrait conquérir , à ses frais , sur les Français. Le maire de Bordeaux, Guadifer ou Godefroy Chartoise, et Aymon de Treulon , jurât , armèrent des troupes et allèrent s'emparer de Mornac , en Saintonge. Les Rochelais, désolés de perdre une place si importante , équipèrent leurs vaisseaux et assiégèrent Mornac par mer , tandis que le sieur de Pons l'attaquait par terre. L'artillerie des Rochelais renversa bientôt quelques pans de muraille; les Bordelais capitulèrent et s'engagèrent à payer 5,500 écus au coin de France , donnant en même temps, comme otages et cautions , Aymon de
Trculon et quelques autres Bordelais. De retour à Bordeaux , Livre xvi. le maire Charloise, le sous-maire et les jurais n ayant pas *^J. ' d'argent en caisse pour payer les 5,500 écus, prièrent Jean Rostangh , bourgeois de Bordeaux , de vouloir les leur prêter, h engageant, le 3 mai 1434, à lui céder en échange la seigneurie de la maison de la Cabrerie, située sur les Fossés, à la porte Bouquière (dans le quartier de Saint-Michel), ainsi appelée, parce qu'on y vendait les chevreaux. On lui donnait, en outre, une rente de 25 livres, l'esporle et quelques autres Archives droits qui en dépendaient. *^" départem».
Sur la fin de ce siècle ( 1494) , en mémoire de la bataille remportée à Fornoue, par Charles Vin, les maire et jurats firent construire la porte Cailhau , au-dessus de laquelle ils firent mettre la statue du roi victorieux. t. h, p. 445.
On acheva, en 1447, les tours de Saint-Éloi, qui figurent dans les armoiries de la ville (1). La municipalité les fit faire aux dépens de la commune , dont les revenus ne s'élevaient pas au-dessus de 20,000 livres bordelaises.
Dans ce siècle , la constitution municipale reçut quelques fâcheuses modifications ; la liberté antique disparaissait peu a peu , malgré les serments des princes souvent répétés et trop souvent oubliés. Le maire était cependant toujours respecté ; il était la personnification de la puissance locale , et , à son entrée dans la ville , on lui rendait des honneurs comme au gouverneur. Il arrivait d'ordinaire de Blaye, où l'on tenait à son service une maison navale élégamment ornée et tapissée. La milice urbaine l'attendait aux Chartrons et l'escortait
(i) Les armoiries de la ville sont : Champ de gaeulesen rouge, un château à quatre tours, ouvert , azuré, maçonné et pavillonné d'argent, girouette d'un lion de haute grandeur, du même. Au chef d'azur, parsemé de fleurs-de-lis d'or, sans nombre, et portant un croissjnt renversé d'argent en pointe, c'est-à-dire au bas de reçu; partout la cloche se trouve dans un jour, située entre les deux principales tours du château; elle est d'argent. Sur un des écussons on lit cette devise : Lilia solaregunt lunatn, undas , coêtra , leonem. Les lis seuls commandent au port, aux eaux , à la forteresse et au lion. Pour d'autres détails, voir tome m, page 146. !'• Part. D. JG
Livre XVI. en ville jusqu'à son hôtel. Il était complimenté par les jurais et ' *^ ' rendait, le lendemain, les visites qu il avait reçues la veille des autorités civiles, religieuses et militaires. Il allait souvent à Londres pour les intérêts de la commune et recevait, pendant son absence , six francs par jour. Comme gouverneur de la ville, il avait la garde des clés, et, en temps de guerre, il les faisait porter chez lui, le soir. Cependant nous voyons que dans les moments difficiles , les maire et jurats furent privés de ce privilège. Montluc les fit donner à Tilladel; Montferrand aussi les prit; mais à toutes les époques, les maovais jours passés, elles furent rendues aux jurats, sur leurs réclamations motivées. Pendant les guerres de la Fronde, d après les ordres du parlement , on portait les clés tous les soirs chez M. de Pichon; mais lorsque la milice urbaine faisait des sorties pour harceler les troupes de d*Épernon , elles étaient entre les mains des jurats.
Le litre de gouverneur de la ville appartenait de droit au maire, et ce privilège lui fut maintenu par Henri II, et plus tard par lettre de cachet, en 1575.
Le portier de la ville était tenu de présenter à la municipalité un registre contenant les noms des prisonniers qui ne devaient recevoir d'autres aliments que du pain et de l'eau. A l'entrée de chaque prisonnier, il recevait six deniers, et à sa sortie , deux sous six deniers ; cinq sous bordelais , si le prifîonnier était écuyer; vingt sous, s'il était chevalier; el cinquante sous, si le prisonnier était un baron.
Quand la jurade sortait en corps , elle se faisait précéder des crieurs publics qui sonnaient de leurs trompettes. Chaque rrieur ou trompette prenait douze sous tournois pour quatre criées. A la mort de M"® la comtesse de Caudale, la municipalité, invitée à ses obsèques, y envoya deux jurats, le procureur, le clerc de la commune, tous les hommes du guet, le portier, le chevaucheur ou hérault d'armes et les trompettes. Tous ces représentants de la municipalité précédaient le cortéee.
Le maire commandait la milice bourgeoise ; le connétable Livre xvi. avait sous ses ordres les troupes régulières. Charles Vil sup- J. '
prima la place de connétable; mais les droits que ce fonctionnaire recevait furent maintenus sous le nom de comptablie ou droit de convoi ; celait lorigine de ce que nous appelons la douane. Le maire commandait , au XV® siècle , les archers Deiurbe, qu'on a appelés plus tard le guet; c'était une compagnie ^*^<'"*««*'ancienne de cavalerie ; elle marchait sous l'étendard municipal (le guidon)^ qu'un gentilhomme de la famille de Lalande avait seul le droit de porter.
Le capitaine du guet prenait tous les matins les ordres du maire ; mais si la commune n'avait pas besoin de ses services, il était à la disposition du lieutenant général. Le maire et les jurais disposaient de vingt-quatre sergents ou huissiers, chargés de faire exécuter les arrêts municipaux.
Le guet à pied était aussi sous les ordres du maire; il était conaposé de huit cents lansquenets et était affecté exclusivement à la police de la ville, par François P"",. en 1540. Le maire donnait au guet le mot d'ordre; mais, dans le temps de guerre , ce droit était exercé par le gouverneur spécial ou le commandant de la province. Lorsqu'un membre de la famille royale se trouvait dans nos murs , le maire était tenu de prendre ses ordres. M. de Ségur, sous-maire , agit ainsi , en 1745, pour la ville; et M. de Gères, jurai, pour la garde. Le lieutenant du roi donnait le mot du guet le jour de sa réception. Le maire proclamait la guerre et la paix , monté sur un cheval blanc élégamment harnaché , et jetait des poignées d'argent au peuple en passant. C'est lui qui allumait les feux de joie, avec un flambeau à poignée de velours, bordé de crépines d'or ; mais lorsque le gouverneur ou commandant de la province, ou même son lieutenant général, se trouvaient présents, le maire, sans y être tenu, leur présentait, par politesse, le flambeau.
A compter du XIII® siècle , nous voyons un fonctionnaire
Livr« XVI. civil qui prend le litre de sous-maire ; les chroniques ne nous ^ ont pas conserve leurs noms; le plus ancien que nous connais-
sions est Guillaume Dissante, en 1192; Jean de Richard , en 1347; Jean du Puy-du-Son, Soudan de La Trau, en 1451. M. de Roquart, en 1660, se qualifiait lieutenant de maire; le baron d*Essenault , qui se démit de ses fonctions de sousmaire, en 1703; M. le comte de Ségur-Cabanac, en 1704, et son fils installé sous-maire, le 22 mars 1707.
Le droit de battre monnaie leur fut accordé, en 1451, par Charles VIU. Par lettres-patentes du 12 novembre 1478, les maire et jurats furent autorisés à battre à leur coin des sous et deniers bordelais (1); c'est ce qu'on appelait la monnaie noire de Bordeaux; ils avaient la police du port et des courtiers.
Le maire était toujours invité de droit au couronnement du roi. Depuis l'expulsion des Anglais, il était presque toujours étranger à la population de Bordeaux , l'agent reconnu , avoué du roi de France , et n'avait d'autre titre à la confiance du peuple que ses vertus privées et la commission royale. Il avait le privilège de la chasse dans la banlieue et les juridictions de la ville ; il pouvait faire entrer son carrosse dans l'Hôtel-de-Ville, privilège réservé au gouverneur , au lieutenant général du roi en Guienne et à l'archevêque; il jouissait d'un traitement considérable pris sur les revenus de la comptablie; il était le gardien-né des privilèges et des statuts
(1) Le franc bordelais valait 15 sous tournois; la livre bordelaise en valait ii\ et le sou bordelais, 7 deniers tournois et maille. (Voir les anciens statuts, page 23, édition de 1593). Le denier bordelais n'était que la moitié du denier de France. Le denier sterling valait 10 deniers, et le sou sterling valait 10 sous. Le sterling d*or, en cours à Bordeaux, valait 9 livres 13 sous 4 deniers.
•La ville de Bordeaux payait au roi , tous les ans, à la fête de la Saint-Micbel , par reconnaissance des vacants de la ville , banlieue et juridictions , la somme de 13 sous 4 deniers sterling, qui valent S nobles, et font, de monnaie noire de Bordeaux, la somme de 9 livres 13 sous 4 deniers bordelais; ce qui revient ài 6 ihrf> 13 sous et 4 deniers. Pour d'autres renseignements sur les monnaies, voyez tome I, pa^'('s309,338, i!G et 561.
de la ville ; il recevait les serments des bourseois ; c'est lui i-''""* xvi. qui convoquait les Cent-Trente, pour délibérer avec les trois J. *
cents notables en présence de tout le peuple quon ne dédaignait pas de consulter , comme nous l'avons vu par rassemblée du 37 avril 1420 et par plusieurs autres. Il pouvait s absenter ; mais le sous-maire , dans le XIY® siècle et les suivants, le remplaçait en tout.
Au XVP siècle, l'autorilé des jurats était circonscrite; elle était envahie par les agents royaux et, enfin, absorbée dans celle du parlement, qui devint presque toute puissante et un contrepoids à l'autorité royale.
Les nobles dédaignaient les charges des officiers municipaux , mais au XVI'' siècle ils les ambitionnaient. « Dans mon » premier âge , dit Montluc , j'oyois dire que des gentilshom- 9 mes et seigneurs de bonne maison acceptoient la charge de » capitouls à Toulouse et de jurats à Bordeaux.
» La noblesse , dit-il ailleurs , s'est fait grand tort et dom- » mage de desckigner ainsi les charges de villes, principale- » ment des capitales... car refusant ces charges ou les laissant » prendre , les gens de ville s'emparent de l'autorité, et quand » nous. arrivons il les faut 6onne/er (saluer en.ôtant son bon- » net) et leur faire la cour. Ça esté un mauvais avis à ceux comment., » qui en sont premièrement la cause. »
En 1415, dans une disette affreuse, les jurats décidèrent qu'on ne recevrait plus, au port de Bordeaux , des bateaux chargés de vin , venant du Haut-Pays, qu'avec une partie du chargement en blé. Comme tous ces vins payaient un droit au roi , le connétable réclama contre l'arrêté de la jurade , comme portant préjudice au revenu du trésor. Le maire convoqua le Conseil des Cent-Trente, le 12 février, dans la chapelle de l'archevêché , et ce Conseil , appuyé par le peuple , déclara que l'ordonnance des jurats était juste et serait maintenue.
La question du vin revenait souvent sur le tapis de la ju--
liv. VIII.