‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 14 sur 177 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Gondé k Bordeaux. ^ Le président d'AtiBs cfaassé. ^ Louis XIV marche contre les Bordelais. — Opérations militaires de Condé dans la Saintonge. — Est poursuivi par Harcourt jusques sur les hauteurs de Saint-André-de-Gubzac. — Le cardinal rentre en France. — Conduite du parlement de Paris à son égard. — Condè va, en costume de domestique, à Tarmée de la Loire. — Le prince de Conti dans la Haute-Guienne. — Deux factions \i Bordeaux. — La Petite Fronde et la Grande Fronde, — Conti flatte les exaltés. — Ler commencement de YOrmée, — Les statuts des ormistcs. — Leurs chefs. -<- Dureteste et son administration. — Le sceau de YOrmée.

LirreXL Depuis son arrivée dans la Guienne, Condé s'était efiforcé

1651 ^^ g3gû®r laffection du peuple et d'attirer dans son parti les grands seigneurs du pays. Il se vit entouré bientôt de nombreux amis, et, sachant qu'on se préparait à le poursuivre, il ne négligea rien pour se mettre en état de défense. Les habitants de Bordeaux lui témoignèrent l'attachement le plus affectueux; il était leur idole. On trouva que l'anagramme du nom de ce prince. Lois de Bourbon, était bon Bordelais; cette futile découverte semblait, aux imaginations échauffées , une chose toute providentielle ; elle redoubla l'affection qu'on lui portait, et le ciel paraissait intervenir avec lui en faveur de Bordeaux. Condé mettait à profit ces dispositions du peuple ; il allait tous les jours au parlement; il flattait les uns, dominait les autres , et manœuvrait si bien qu'on faisait comme il voulait. Le premier-président Dubernet, royaliste sincère, ne cachait pas ses sympathies pour la cause du roi. Condé se plaignit qu'il entretenait avec la cour une correspondance compromettante pour ses intérêts et qu'il fomentait des intrigues politiques. La compagnie le fit inviter, par deux de

ses membres, MM. Raymond et d'Andraut, à sortir de Bordeaux. Le premier-président obéit à Tinvilation le lendemain et mit sous la protection du parlement sa vieille mère et son épouse. Ce digne magistrat s'était toujours montré fidèle à ses convictions politiques. Dans les précédents troubles, il avait beaucoup souffert; on Tavait insulté jusqu'à lui tirer la barbe et à lui mettre le pistolet sur la gorge ; souvent il se Tit menacé de la mort , et plus d'une fois le président d'Affis se servit de sa popularité pour l'arracher d'entre les bras d'une populace effrénée. On l'avait chassé de Bordeaux, on avait pillé ses maisons en ville et à la campagne , et vendu ses meubles à l'encan. 11 était rentré à la suite du roi; mais, cette fois-ci , il se retira à Limoges, lieu de naissance de sa première femme ; il y mourut bientôt après. Le président de Pontac lui succéda.

Voilà donc Bordeaux lancé de nouveau dans la révolte et les discordes civiles. Ville malheureuse , elle voulait rouvrir les plaies que quelques mois avaient à peine cicatrisées , car l'esprit révolutionnaire, comme le dit Montglat, y était plutôt assoupi qu'éteint.

Le 25 septembre, le parlement écrivit une lettre à tous les parlements de France, pour leur exposer sa conduite et les supplier de concourir avec lui à cimenter l'union dans la maison du roi , à maintenir les peuples dans le service du souverain et à arrêter les résolutions funestes qu'on avait prises contre les Bordelais.

Indigné de l'ingratitude et de la conduite de Gondé dans la Gnienne , Louis XIV résolut de marcher lui-même contre ce sujet rebelle et de prévenir les conséquences de ses perfides machinations. Il avança jusqu'à Poitiers; mais, obligé de repar-* tir pour Paris , il chargea le comte d'Harcourt de diriger ses forces contre Condé et de s'emparer de Bordeaux. Le prince de Condé déployait dans ce temps une activité prodigieuse pour s'assurer des places fortes ; toutes les villes de la vallée de la

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