Livre xvr. seulement 10 à son collègue. En 1588, la ville de Bordeaux
' **P^ • députa aux États de Blois, M. le Maire et M. Duvergier, jurai;
lea villes filleules députèrent MM. de Pontac-d'Escasseforl ,
greffier civil et criminel du parlement, et Méfivier; mais ces
deux députés ne devaient avoir qu une seule voix aux Étals.
Il est inutile de citer d'autres exemples.
En 1583, le 17 décembre, Henri IV écrivit à Montluc que les soldats qui étaient dans les villes de sûreté étaient réduits à la faim. En conséquence de cet étal de détresse , les habitants du Mas-de-Verdun avaient résolu d'arrêter les bateaux chargés de blé qui descendaient de Toulouse à Bordeaux. Michel de Montaigne, alors maire, rédigea une pétition, le 10 décembre 1 583 , pour maintenir libres les communications entre le Languedoc et Bordeaux. Cette remùntrcmce fut remise au roi de Navarre par le maire. Henri IV estimait beaucoup Michel de Montaigne, qui fit tout ce qu'il put pour mettre fin aux désordres dont la faible garnison du Mas, mal payée, menaçait d'être la cause.
Michel de Montaigne avait conquis l'affection du roi de Navarre, et son influence à Paris était encore très-grande; aussi on le voit envoyé quelquefois auprès du roi de France avec des missions importantes.
Pendant celle année et les deux suivantes , on trouve que les jurais approuvent les nouveaux statuts de plusieurs corps d'état, des parcheminiers, épingliers, bouchers, etc., etc. D'après un statut rédigé en leur présence, il paraît qu'ils exerçaient leur juridiction contcntieuse, en prononçant entre des corps de métiers différents. Le 19 septembre 1582, dans une plainte portée devant eux par les chaussetiers contre les couturiers, les jurais, après une expertise, prononcèrent la sentence suivante :
« Faisons inhibitions et défenses aux dits couturiers de faire » désormais aucunes chausses , soit de drap , velours , soye ou » de quelque autre étoffe que ce soit, à peine de 50 écus contre
» celuy qui .«e trouvera avoir. conlrevenu, sauf et réservé les Livre xvi. » chausses larges ou le haut de basques, de laquelle sorte leur ^^^ ' n avons permis et permettons en faire ; condamnons les dits » Bay les, couturiers, ès-dépens de la présente instance, etc. »
Cette juridiction n'avait rien d'insolite, car le parlement confirma celte sentence par un arrêt du l®*" août 1583.
En 1583, on envoya à Paris le maire Michel de Montaigne avec mission de solliciter de Sa Majesté la confirmation des privilèges de la ville et quelques autres grâces particulières. Il réussit dans sa mission ; les lettres-patentes furent publiées à cette occasion au mois de juillet de la même année. Aux élections du 1""^ août suivant, Montaigne fut réélu maire , et MM. Ramond de La Roque , sieur de Budos, Jean Lapeyre et Jean Claveau furent proclamés jurais. Il régnait à cette époque, à Bordeaux, une certaine opposition ou jalousie de partis; les mécontents attaquèrent la réélection de Montaigne comme contraire aux statuts et à Tordonnance de 1 550 ; et quant aux jurats , ils prétendaient qu'on avait employé pour faire réussir leur élection des manœuvres injustifiables, et que , d'ailleurs, la noblesse ne s'y trouvait pas. Voyant que le parlement ne prenait pas intérêt à leurs réclamations, ils les portèrent au Conseil d'État. La réélection de Montaigne fut maintenue, et, grâce aux accusations d'intrigues et de manœuvres coupables, l'élection des trois jurats fut déclarée nulle et abusive, et eux-mêmes cités à comparaître devant le Conseil d'État ; cette décision fut rendue à Saint-Germain, le 4 février 1584. Inhibition fut faite, dans la même décision du Conseil d'État, aux habitants de Bordeaux , de proroger à l'avenir par une réélection les pouvoirs du même maire, quoique celle de Montaigne fût approuvée et maintenue pour les deux années suivantes; on savait bien qu'il n'avait jamais intrigué pour se faire réélire.
Le maire et les trois jurats restants se trouvèrent blessés dans leur honneur, et se voyant réduits à remplacer les an-
Livre XVI. tres tiois , ce qui doublait leur besogne déjà assez forte, ils 1 ' résolurent de députer à la Cour le procureur-syndic de la ville pour obtenir le maintien de Télection des trois jurats. Le maréchal de Matignon leur représenta que l'absence du procureur-syndic compliquerait les affaires bien davantage et que sa présence , comme celle des jurats et du maire ,' était absolument nécessaire à Bordeaux. Ils adressèrent, le 5 mars 1584, une requête au roi , signée de Pichon , clerc de ville, affirmant qu'ils avaient gardé religieusement les statuts et formalités légales prescrites en pareilles circonstances; ils lai firent observer que, pour prévenir de pareilles intrigues , détruire tout esprit d'opposition sans but, sans motif, et les décharger d'une partie du travail que l'annulation de l'élection régulière de leurs trois collègues rendait plus fatigante, il était juste,. utile et même nécessaire de révoquer la décision du Conseil d'État. Ils supplièrent Sa Majesté, en outre, de ne pas permettre , à l'avenir, que de telles divisions fussent tolérées, puisqu'elles n'engendraient que désordre, confusion et mépris des charges municipales.
La Cour parut embarrassée de cette affaire; le ministre Neuville de Villeroy consulta Matignon , qui se prononça en faveur de la validité de l'élection , et Budos , Claveau et Lapeyre furent maintenus.
Le zèle des Bordelais pour le maintien de leurs anciens privilèges se ralentit peu à peu ; la non-réélection du maire ne provoqua plus , de leur part , la moindre expression de mécontentement. Le maréchal de Matignon fut maintenu en place comme maire pendant douze ans. Henri IV demanda aux Bordelais, par sa lettre du 15 juillet 1591 , de consentir à la troisième réélection du maréchal ; les Bordelais ne firent pas la moindre difficulté à adhérer à sa demande. Son fils lui succéda et fut remplacé par le maréchal d'Ornano, que le roi nomma lui-même; l'élection n'était plus qu'une fiction; labsolutismedu roi une vérité!
Nous avons parlé plus haut des villes filleules; sous ce nom Livre xvi. étaient comprises , alors , les villes secondaires et les princi- *^'*' pales juridictions du pays , d'après les registres de THôteUde- Ville, du 22 juin 1588; c étaient Libourne, Saint-Émilion , Saint-Macaire , Castillon-sur-Dordogne , Rions, Cadillac, Benauge, Curlon, Fronsac, l'Entre-deux-Mers, Latresne, Cubzac, Vitresais, Guîtres, Puy-Normand, Barsac, Noaillan, Fargues, Budos, Bourg, Villandraut, Castelnau, Landiras, Podensac, Portets, rile-Saint-Georges, Cestas, La Teste de Buch, Castelnau(enMédoc], Lesparre, Caslillon(enMédoc),Blanquefort, Ludon, Macau, Gadaujac, Monlferrand et Lormont.
Bordeaux était censé la ville-mère entourée de ses filleules, qui avaient toujours recours , en cas de guerre ou d'autres graves besoins, à la protection de sa municipalité. Au XVIII» siècle, il y avait à Bordeaux 12 commissa^ires de police, 80 soldats du guet à pied et 40 à cheval; 6 officiers pour commander ces compagnies et environ 100 bourgeois qui montaient la garde tous les jours. Outre la dépense de ces services, il faut compter l'entretien du port, des monuments publics, des hôtels des services publics, les fondations de charité , les tribunaux et cours de justice. Tout cela absorbait presque tous les revenus , et ce qui restait en caisse servait pour les c^s extraordinaires, tels que l'entrée du roi, des princes, des archevêques, des gouverneurs, le passage de grands personnages, les fêtes et les cérémonies publiques, ainsi que les embellissements de la ville. Le revenu , alors médiocre, suffisait à peine à ces énormes dépenses; ceci paraîtra évidemment vrai , quand on songe à tout ce qui a été fait : que la Bourse coûta près de 500,000 livres, que la statue équestre de Louis XV coûta 270,000 livres; le jardin public, 400,000; le manège, 60,000; la halle aux poids, 60,000; la maison de force, 72,000; l'intendance générale, plus de 200,000 livres; les portes de Bourgogne et d'Aquitaine coûtèrent aussi des sommes considérables , sans parler de tout ce
Livre \vi. dans la njesure de ses forces. Ces idées étaient générales eu J. ' Aquitaine pendant presque tout le moyen-âge. Le Tiers-État surgit enfin de son obscurité ; accablé quelquefois , mais toujours vivace, il réclama bien tard ses droits naturels et civils; il ne cessa de s agiter et de se soulever contre les entreprises de Philippe le Bel, que lorsqu'il les eut fait reconnaître et confirmer.
Le Conseil des Trente était celui qu'on convoquait le plus souvent ; il ressemblait, quant à la forme et à ses attributions, à nos Conseils municipaux modernes; il examinait et vérifiait les comptes du trésorier de la ville ; il était chargé, en vertu d un arrêt du Conseil , du 42 mai 1621, d*élire les jurats, et depuis 1616, les membres qui le composaient étaient choisis parmi les anciens jurats qui avaient quelque expérience des aflaires. Sur la fin du XYII^ siècle, on n'en prenait que le tiers dans leurs rangs. En 1555, le roi commit le sieur Destigneux pour présider l'assemblée des Cent-Trente; les jurats protestèrent avec vivacité et énergie , et les lettres-patentes restèrent sans effet. En 1622 , le parlement voulait que l'un des deux députés qu'il avait droit d'envoyer dans leur assemblée y eût la présidence ; les jurats repoussèrent ces prétentions insolites et répondirent que ces deux députés n'y étaient admis que pour y maintenir la police et le bon ordre, et que loin dV avoir la présidence, ils n'avaient ni voix consultative ni voix délibérative. Dans l'absence du maire et de son lieutenant, le plus ancien jurât présidait ces assemblées , proposait les matières des débats et recueillait les votes.
En 1613 , le roi intervint encore dans les élections municipales, et, sous le prétexte mensonger qu'on avait employé (les brigues pour arriver aux fonctions municipales, il confirma les pouvoirs et maintint en place les anciens jurats , contrai-
rement aux statuts de la ville. En 1618, on fut encoi*e témoin de scènes semblables. On retarda l'élection des officiers municipaux , et , ù la recommandation du roi , le sieur de Monl-
pesât fut élu maire. Cette prétendue élection par le peugle Livre xvi. était la dernière. M. de Montpesat , qu'on regarde comme le J. '
dernier maire électif, parce qu'on observait hypocritement, à cette occasion, les formes ordinaires, mourut en 1619.
Louis XIII donna ordre de surseoir à l'élection du nouveau maire ; il y eut alors une vacance de trente-quatre années ! Cen était fait de la liberté !
Par un arrêt du Conseil du 18 mars 1621 et à /a demande du parlement , Louis XIII rétablit la chambre de police à Bordeaux , chambre dont nous avons déjà parlé ; mais sans préjudice toutefois , est-il dit dans l'arrêt , de la juridiction politique de la dite ville et banlieue , qui appartient aux dits maire et jurats d'icelle , en laquelle Sa Majesté les a gardés et maintenus , leur enjoignant de faire les visites accoutumées, mettre le taux aux denrées, viandes et marchandises, condamner les délinquants à l'amende , laquelle sera exécutée , sans préjudice de l'appel, jusqu'à 25 livres, appliquée à THôlel-Dieu de la dite ville.
En 1627, on modifia les anciennes formes, en les changeant, en les diminuant et en les restreignant; c'était aller peu à peu à leur extinction complète. On murmurait cependant, et enfin on autorisa une assemblée générale pour s'occuper de l'affaire des élections. Il y fut arrêté qu'on présenterait au roi UDe liste de douze candidats , savoir : quatre gentilshommes, quatre avocats et quatre bourgeois ou négociants, parmi lesquels le prince en choisirait six pour exercer les fonctions de jurats, pendant deux ans , c'est-à-dire deux gentilshommes , deux avocats et deux commerçants, mais avec cette réserve, qu'à la fin de chaque année il en sortirait trois qu'on remplacerait, en assemblée électorale , par trois nouveaux qui resteraient en charge pendant deux ans , lesquels seraient désignés par Sa Majesté sur une liste de six candidats.
Ce mode fut maintenu jusqu'en 1634; il fut alors arrêté par le Conseil du roi que les jurats alors en charge seraient