Livre XI
Registres du Parlement.
27 Octobre.
Livre XI. force ct la licence que le cardinal lui avait accordées; qu'il ^^' ' avait fait sombrer cinq gros vaisseaux, lestés de pierres, pour ruiner à jamais la navigation de la Garonne, et forcer la mer à jeter son cours du côté de la citadelle et obliger toute la navigation d'aborder au port de Blaye et de lui payer un tribut. Enfin , après un rapide , mais affligeant exposé des malheurs , suite des guerres passées et des maux qu'on entrevoyait dans l'avenir, le parlement supplia Sa Majesté de commencer sa majorité par un acte de justice , le bannissement de Mazarin.
Ces plaintes , ces remontrances furent accueillies ; mais le mal allait toujours en empirant , et rien ne se faisait de la part du Gouvernement pour rassurer les esprits inquiets. Condé« un peu découragé, se fia à son étoile et s'abandonna à sa fortune, qui avait fait de sa vie un tissu de revers et de victoires. Après deux jours de marche forcée , il arriva avec la cavalerie à Saint-Ândré-de-Cub2ac , sur la Dordogne. Harcourt le suivait de près; mais, ne connaissant pas le pays, il n^osa pas risquer un combat général; quelques escarmouches eurent lieu sur différentes parties de la ligne , mais sans perte de part et d'autre ; enfin , grâce à la prudence et aux sages précautions de l'ennemi, Coudé arriva avec ses troupes
à Libourne, où il fUt bientôt rejoint par la princesse , son épouse, la duchesse de Longueville et ses nombreux amis.
Ayant appris que Mazarin voulait rentrer en France et que la reine , qui avait en lui une confiance aveugle , désirait son retour, Condé résolut , en habile politique , de tirer parti de ces circonstances, et fit dire à la reine-mère qu'il ne s'y opposerait pas, moyennant quelques légères concessions ; il prévoyait bien que le retour du cardinal soulèverait contre la cour les Parisiens , le parlement , ainsi que le duc d'Orléans, et que les désordres qui en résulteraient dans tout le royaume le mettraient à môme de dicter des lois à la cour. N'y voyant pas d'obstacle , la reine entama la question du retour de Ma-
Chap. 5.
zarin el lui fit écrire une lettre même par le roi, qui croyait, i^î^re xi d'après sa mère , sa présence nécessaire dans les embarras du moment.
Les ministres furent singulièrement contrariés du projet de b reine, et, pour le faire avorter, ils laissèrent tomber une copie de la lettre du roi entre les mains du coadjuteur de Paris (le cardinal de Retz ) , dont la première pensée fut de la commuoiqner au duc d'Orléans, qui s'empressa de la porter à la connaissance du parlement , et provoqua des mesures convelables pour empêcher le retour d'un ministre généralement dàeste.
Le parlement de Bordeaux , enchanté de la tournure révolutionnaire que prenaient les affaires, fit un concordat d'union avec les princes, contre les ennemis de l'État, qui fut approuvé et enregistré au palais , le 3 janvier 1652. Cet acte important contenait trente-sept articles qui embrassaient tous les intérêts civils, religieux, politiques et financiers de Bordeaux. Cette ville prenait tout à fait l'aspect d'une véritable république , loQt en parlant de la conservation du roi et du royaume. Le plan de campagne ne se bornait pas à Bordeaux ; c'était une iostitalion générale qu'on voulait organiser par toute la France, comme on peut le voir par le 35*"® article de ce concordat, ainsi conçu : « L'ordre sera remis en toute chose et le règne & de la justice rétabli dans toutes les provinces du royaume « » etc. , etc. »
Ayant poussé les choses à l'extrême, le parlement -avait envoyé deux conseillers stir la frontière poUr signifier au cardinal on arrêt qui avait été rendu précédemment et qui loi défendait de mettre le pied sur le sol français. Mazarin se moqua des vains arrêts du parlement et avança jusqu'à Sedan avec les troupes qu'il avait levées en Allemagne. Le 3 1052. janvier, il arriva à Épernay, et le 30 il vint rejoindre le roi à Poitiers , où toute la cour alla au devant de luii C'était un véritable triomphe! mais, la France étant ébranlée, la révolte