‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 23 sur 177 · Livre XI. Cette politiqae du prince pouvait avoir l'apparence de la · texte numérisé non relu

Livre XI. Cette politiqae du prince pouvait avoir l'apparence de la

^L ' sagesse et porter Tempreinte de la prudence ; mais elle n'était *^^* pas loyale ; elle était grosse de dangers. Il croyait maîtriser la révolution en se mettant à sa tête; il se trompait, elle était plus forte que lui : c'était un torrent qui entraînait tout sur son passage ! En effet , Leuet assistait tous les jours aux excès des ormistes : les concessions les rendaient plus hardis, et leurs exigences et leur audace allaient toujours en se mul-

Registresdu tipliant et en s'aggravant. Le 27 juillet, ils demandèrent la démolition de plusieurs places fortes dans les environs de Bordeaux. Les jurats s'en référèrent à l'assemblée générale des Cent-Trente , qui allait se tenir, et prièrent la cour de vouloir nommer des commissaires pour y assister selon l'usage. La cour désigna de suite Jean de Boucaut et Gilles de Geneste. Au jour indiqué, ces deux commissaires se présentèrent à la porte de THÔtel-de-YiUe ; Tustal , fougueux ormîste, leur demanda en quelle qualité ils venaient, et ajouta de suite qu'ils ne seraient reçus que comme bourgeois. Tout étonnés de cette impertinence d'un simple individu sans mission, sans caractère, les commissaires demandèrent à parler aux jurats. Ces magistrats , qui n'étaient plus que les instruments de la populace, répondirent qu'on avait arrêté, dans une précédente séance, que les députés du parlement n'auraient plus de droit de séance dans les assemblées de THÔtel-de-YiUe. Tustal , et surtout Dureteste , dont l'influence sur la foule s'étendait et grandissait tous les jours , ajoutèrent aux observations des jurats qu'ils s'opposeraient à ce que les commissaires du parlement siégeassent en cette qualité. Les deux députés n'insistèrent pas , et le lendemain , sur leur rapport , le parlement manda les jurats et cassa , en leur présence , les décisions de l'Hôtel-de- Ville prises sans la participation de ces commissaires , avec inhibition et défense d'en prendre désormais de semblables.

Le 31 juillet, les jurats se présentèrent de nouveau au

parlement et demandèrent que , selon Tusage , deux commissaires assistassent , au nom de la compagnie , à l'élection des nouveaux jurats, qui devait avoir lieu le lendemain. On leur demanda si leurs commissaires pouvaient y aller eu sûreté ; les jurats n'osèrent en répondre. Ils promirent cependant de faire ce qu'ils pourraient, et déclarèrent que le prince de Conti pourrait seul répondre aux désirs du parlement. Le prince était présent; il prit sur lui la responsabilité des événements du lendemain. Après avoir pris toutes les mesures convenables, les deux commissaires se rendirent le lendemain à rHôtelnle-Yille ; mais à peine y eurent-ils fait deux ou trois pas, que quelques ormistes, venant au devant d'eux, leur présentèrent un papier qu'ils refusèrent , n'ayant aucun ordre de le recevoir ; ils ajoutèrent aussi que si cet acte concernait le parlement ou était rédigé selon les formules ordinaires, c'était aux Jurats , leurs chefs naturels, à le présenter. Les ormistes s'attroupèrent autour des deux commissaires; OQ se mit à crier, à les menacer ; mais le prince de Conti survint et, imposant silence aux mutins, prit les commissaires par les mains et les conduisit à leurs places. Ils voulaient se retirer, mais on leur représenta que leur retraite pourrait avoir des conséquences fâcheuses. On nomma les nouveaux jnrats : c'étaient des amis de Conti. En sortant de THÔtel-de- Yille , les commissaires furent encore en butte aux insultes de la foule; ils auraient été maltraités si le prince ne les eût reconduits chez eux.

Jusqu'ici les ormistes avaient besoin du prince; il servait de voile à leurs projets et de soutien à leurs écarts; mais désormais ils voulaient se passer d'un rouage si gênant et s'administrer eux-mêmes. Le château du Hâ ne dépendait pas d'eux; ils voulaient s'en rendre maîtres , et pour cela ils firent entrer en ville, à l'insu de Conti, des gens armés pour démolir cet édiOce. Le prince manda Moucha, La Perrière, Tustal et Dureteste , qui étaient alors les chefs du parti or-

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Chap. 7.

D. DevienDe, liv. X..

D. Devienne,

liv. X.

5 Septembre.

Livre XI. tnisie; vl lesTéprimanda sévèrement et cassa La Mol4k&-Sau* vage , qai commandait à La Bastide. On fit comprendre au prince qu'on pouvait se passer de lui ; il fut obligé de céder à leur désir, et, pour empêcher la démolition du château da Hâ, il réintégra La Mothe-Sauvage dans son poste, à i^ Bastide. Le lendemain (4 septembre), les factieux demandèrent à grands cris qu'on mît en liberté lormiste Dînovard, que le parlement avait condamné pour un crime dont il était coupable. Le jurât refusa de souscrire à leurs exigences; ils le menacèrent de la mort , lui portèrent le poignard sur Ja igorge et le maltraitèrent d'une manière révoltante. Le jurât refusa de violer son devoir; alors, honteux de leur lâche assassinat, ils firent dire au concierge d'amener Dinouard, disant que les jurais voulaient l'interroger de nouveau. Le concierge, homme de bonne foi , obéit; mais les ormistes enlevèrent le .prisonnier et le mirent en liberté. On porta plainte au prince deContif^mais ce malheureux princ6 n'avait plus d'influence.

Il serait difficile de décrir^ l'état de Bordeaux à la fin de l'année 4 66S; des couplets satiriques, des vengeances. particulières, des projets anarchiques, partout un malaise général. Viliars découvrit une conspiration; on voulait s'emparer de l!Hôtel-de-Yille , se défaire des chefs des ormistes et abattre ce parti. <( MM. de Massip, de Mestiviers, de Trancars, de » Nesmond, de La Chaire et quelques autres, dit Lenet, » poussèrent la chose très-vertement, en disant que la con- » spiration n'était que trop véritable. » I^ Petite Fronde cria vengeance, et Marriot, auteur du complot, fut jeté en prison, où il avoua qu'on avait, par les intrigues du parlement, pris des mesures pour abattre l'Ormée, en en écartant les chefe, aux moyens de l'influence de quelques gros bourgeois qu'on avait poussés dans celte faction.

Lenet tenait Gondé au courant de toutes les aflaires de Bordeaux. Le prince était alors dans son camp de Gros-Bois. Il fut vivement affligé de ces tristes divisions parmi les Bor-

délais et en téiooigna sa douleur et son regret dans une tré- hï^tre xi. poDse où il conseilla , comme moyen de répression et d'inti- ^L'" midation, l'expulsion des malintentionnés de la ville; mais c'étaieBt là des mesures inexécutables alors.

Ayant appris le projet des ormistes contre le cbâtean., le prince de Ck)ndé, alors à Gros-Bois, écrivit à Lenet, le 8 septembre , en ces termes :

«Pour le regard du chasteau du Hâ, lesmoignez à ces » messiears de TOrmée que je suis bien aise de la résolution s qu'ils ont prise de le raser, et que c'est une chose que je dé- » siroia, il y a fort longtemps, pour leur satisfaction. Ce que je » crains., c'est que cela ne serve de prétexte pour raser Itfon- B tron (1), qui serait une chose fâcheuse. Le procédé m'oblige » encore de vous dire qu'il vous faut bien^prendre. garde à mes- » nager les esprits , et de vous ranger toujours du costé des > plus forts, en attendant l'occasion de .pouvoir y apporter » d'autres remèdes; ce^pendant je crois qu'il n'est jias mal à » propos à enseigner à ma femme quelque autorité.

j» Si vous pouvez m'envoyer de l'argent deceluy que vous » avez reçu , vous me ferez bien du plaisir , en ayant ioy un » extrême besoin. Louis de Bousaoïr. »

On avait alors , d'après les conseils de Mazarin , accoixlé une amnistie générale aux Frondeurs, à condition que le prince désarmerait trois jours après sa publication.; .qju'ilsrenonceraient aux traités qu'ils pouvaient avoir .faits ; ^'ils feraient. sortir le duc de Guise et ses Espagnols de Bouirg et des autres places oh ils avaient été introduits, et que leurs vaisseaux abandonneraient les côtes de France. Les Bordelais, Recueiides pièen général, voulaient accepter celle amnistie, mais la prin- T'd"d'"dtf cesse de Coudé , le prince de Conli., la duchesse de Longue- cuise en la ville, s'y opposèrent. Les ormistes, entretenus dans l'espérance ^!^® ® ^^^^^' de reprendre leurs places, que l'armée royale, rappelée à

(0 Ch4t0AU forUflé du prince de Gondé*

Livre XI. Paris avec Harcourt, avait occupées, signifièrent au parlement *-l ' qu'il eût à ne point enregistrer la déclaration royale , jusqu'à

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' ce qu'on eût appris si elle était agréable au prince de Condé. C'est alors que, pour remplir le vide que le départ d'Harcourt avait laissé dans le pays , le cardinal nomma gouverneur de Guienne , le duc de Caudale , fils unique de d'Êpernon , jeune homme généreux , plein de courage ; ses manières douces et honnêtes, aussi bien que sa valeur, disposaient tous les cœurs en sa faveur.

La Fronde fut enfin vaincue , et Paris ouvrit ses portes au roi, qui ne cessait un instant de soutenir Mazarin. Le prince de Condé se retira dans les Pays-Bas ; son parti battu, découragé, perdit toutes ses forces et n'osa rien tenter de nouveau. On s'attendait à ce que Bordeaux se soumît , mais les Bordelais voulaient rester fidèles à leurs antécédents ; le parlement était d'ailleurs asservi à la faction ormiste, dont l'omnipotence avait absorbé toute autorité dans la ville et dont l'orgueil Registres du refusait de se courber sous le joug du monarque. Le parlement de Bordeaux avait toujours pris fait et cause pour le parlement de Paris, contre Mazarin; il avait adopté le fameux arrêt de cette compagnie , qui le déclarait ennemi de l'État et qui mettait sa tête à prix. Le retour du cardinal ayant soulevé toute la France , le parlement de Bordeaux rendit un autre arrêt ( le 9 août ) portant que : « Vu les lettres de M. le » duc d'Orléans, de M. le prince de Condé et du parlement » de Paris, qui lui ont été adressées, il a déclaré et déclare » la personne du roi n'être en liberté et être détenue par le » cardinal Mazarin, et, en conséquence, a ordonné et or- » donne, que M. le duc d'Orléans sera prié, de la part de la » cour, de prendre la qualité de lieutenant général du roi , » dans toute l'étendue de son royaume , terre , seigneurie de » son obéissance, en faire toutes les fonctions, et en employer » l'autorité et la sienne pour mettre le roi en liberté , lui faire » rendre les honneurs et les services qui lui sont dus ; se

Parlement.

B servir, pour cet effet, de tous moyens légitimes qu*il ju- Livre xi.

> géra utiles et nécessaires pour garantir le royaume de la -L^'

> raine de laquelle il est menacé par les mauvais conseils et 9 les violentes entreprises du cardinal Mazarin ; enjoint à tous

> les sujets du roi de reconnaître le dit sieur duc d^Orléans ,

> en sa qualité de lieutenant général de Sa Majesté, et aussi * longtemps que le dit cardinal sera en France^ et jusqu'à ce » que la déclaration donnée contre lui soit exécutée ; ordon- » DODS aussi , la dite Cour, que le dit sieur prince de Condé » sera prié de prendre le commandement et la conduite des » armées, sous l'autorité du dit sieur duc d'Orléans, et que

> les officiers du roi , capitaines de ses gardes , et tous autres » qai sont près la persotine de Sa Majesté, et leur postérité, se- » raient responsables de tout ce qui pourrait arriver, à raison » de la détention de Sa Majesté ; et que le dit sieur duc d'Or-

> léans sera prié de choisir le nombre des officiers de la cour » actuellement servant , qu'il jugera à propos , pour assister » an conseil par lui établi pour l'administration de TÉtat. »

Cette pièce était de nature à exciter la colère du roi et des ministres contre le parlement de Bordeaux. La prétendue captivité du monarque servait de prétexte à un langage inspiré par un esprit d'insubordination et de rébellion; mais, après la soumission du parlement de Paris , le roi s'attendait à recevoir celle de la cour de Bordeaux. Elle eût été faite immédiatement après, mais les ormistes s'y opposèrent : c'était une résolution désespérée. Dans les circonstances d'alors « leur opposition et leurs violences nétaient que les signes avant-coureurs de leur mort , les mouvements convulsifs de leur agonie. Le parlement s'indignait de leurs excès; ses séances et ses arrêts ne servaient qu'à le faire insulter en plein jour et en face par la populace. Un grand nombre de ses officiers avaient été expulsés; d'autres, craignant pour leur vie , s'éloignaient tous les jours. Leur nombre diminua insensiblement, au point que, le 4 novembre 1652, on délibéra

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