Livre Xt
Chap. 7.
si on ferait, le lendemain, Tonverture de leurs séances en la forme accoutumée. Plusieurs jours se passèrent sans qu'on pilt une décision formelle. Enfin, le 9, le prince de Conti insista auprès des officiers du palais sur une réunion régulière ; il protesta de son dévoûment et leur assura qu'il n'y aurait pas le moindre danger, le plus léger inconvénient. On avait été si souvent trompé, qu'il y aurait de l'imprudence à se fier à de belles paroles. Cependant, par respect pour le prince, on délibéra qu'on se rendrait au palais le mercredi suivant ; mais ces magistrats , trop longtemps abreuvés d'insultes et d'humiliations , convinrent entre eux de n*en rien faire.
Cette démarche n'était que la suite d'une autre qu'on avait faite antérieurement. Plusieurs officiers du parlement, se voyant gênés dans l'exercice de leurs fonctions, avaient entamé une correspondance avec la cour pour que le parlement fût transféré à Âgen. Le prince de Conti s'en plaignit amèrement au palais , et prétendit qu'on avait obtenu plus de quatre-vingts passeports pour favoriser cette translation. Le roi approuva le projet, et , dès le 8 octobre, avait donné une déclaration pour la translation de la compagnie à Agen , tout en laissant dans Tinterdiction les membres spécialement attachés aux princes.
Les présidents Lalanne et Pichon , les conseillers Pomiers , Sabourin, Lalanne d'Uzeste, du Yerdier, Massiot, Martin, Pichon , Muscadet , Duperrier , Duburg , Montaudon , Malvin et Lavie, avocat général, se transportèrent à Âgen et y ouvrirent leur première séance le 3 mars 16&3. Le duc de Caudale et l'évéque d*Âgen y assistèrent. On commença par enregistrer la déclaration royale qui ordonnait la transla- Petitot, t. 50. tion ; on la modifia de manière à surseoir, sous le bon plaisir
de Sa Majesté, pour une quinzaine, aux peines de désobéissance et de privation d'office portées par la dite déclaration contre les officiers qui n'auraient point obéi à sa teneur, et on suppliait en même temps le roi de transférer dans
D. Devienne, liv. X.
Montglat ,
Mémoires,
collection de
(ouïe autre ville qu Ageq le présidial , qui , jusqu'à ce que Livre Xf. Sa Majesté eût manifesté sa volonté, exerçait sa charge à ^L ' Blaye. On y joignait une autre prière respectueuse pour que *^^' le roi accordât amnistie complète aux habitants de Bordeaux et du ressort , à la charge par eux de se remettre à leur devoir dans le temps que Sa Majesté voudra bien déterminer. Les orodistes étaient alors les maîtres du terrain : la ville élait soumise à leur tyrannique domination. La faction ne voulait plus Louis XIV pour monarque : Dureteste était son roi ! Dès le début de la révolution anglaise , les protestants français avaient établi des relations étroites , fréquentes et amicales avec leurs co-religionnaires d*Outre-Manche. Les Revue nouvelle Anglais comprirent facilement combien ces sympathies d'une ^^ juXnLe grande portion du peuple français pourraient servir leurs intérêts; ils s y prêtèrent avec empressement et reçurent à Londres un délégué, M. de Mazerou, qui poussait le gouvernement anglais à secourir les protestants de France. Quand le parlement prit le parti de s établir à Âgen, les factieux de Bordeaux comprirent les inconvénients de leur isolement; jasque-là , ils s'appuyaient sur le parlement asservi. Il y avait nne sorte d'union apparente , une entente simulée entre tous les corps de la ville ; mais , le parlement n y étant plus , il n'y avait que des rebelles. Ils envoyèrent à Ix)ndres les cou- Montgiat, seillers ormistes, MM. de Blarti et de Trancars , avec des in- *'^' *^' structions signées par le prince de Conti, par U. de Saint- Simon, au nom du prince de Condé, par le comte de Marsin, par Lenet et plusieurs autres personnages marquants du parti qui triomphait à Bordeaux. Les pouvoirs de ces plénipotentiaires étaient très-étendus , comme on peut le voir dans la note (1). Les deux envoyés fbrent chargés de demander
(i) «Nous, Armabd de Bourboii, prince de Conti, prince du Sang, pair de France, gouverneur et lieutenant général de Champagne et Brie, tant de nostre partqae de celle de Monsieur le Prince ; Monsieur nostre frère, premier prince du sang, premier pair et grand-maistre de France, gouverneur et lieutenant général
Livre XI. des secoufS d^hommcs , (T argent et de vaisseaux pour les faire ^£l ' rétablir dans leurs anciens privilèges et leur faire respirer un *^^* air plus libre. Ils devaient promettre à Cromwell et consorts, en
Revue nouvelle ' , '^
tome V. échange de ce service, de leur accorder un port dans la rivière de Bordeaux pour la retraite et la sûreté de leurs vaisseaux, comme Castillon, Royan, Tàlmont, ou Pauillac^ ou celui d'Arcachon, lesquels ils pourront fortifier à leurs frais. On pourra même^ disent-ils, leur permettre d'assiéger et prendre Blaye, à quoi nos troupes les aideront en tout ce qui sera possible, et ils pourront encore faire une descente à La Rochelle et s'en emparer. Ils étaient chargés en outre de leur assurer qu'en voyant une armée anglaise dans la Garonne , ceux de la religion, pour
de Guienne et de fierry, tou$ deux chefs et protecteurs, en I*absence Tan de l-aatre, de la ville, filleules et pays adjacents de Bordeaux, avec Monsieur le comte de Marchin, capitaine général, et de Lenet, conseiller d'État ordinaire etplénipotentiaire de mon dit sieur et frère.
» Comme aussy , nous, les sieurs chevaliers de Thodias, du Bourgelieu, d'Ârchebaut, Robert et Vrignon, juratz, et le sieur de Laperriëre, major; Truchon, juge de la Bourse; Dupuy, Bonnet, Tustal, gentilshommes; Thurier, Dureteste, de Villars, Cactroy, CrôisillaC^ CaStaing, Guiraut, Thodin, Barbarinet Landais, tous bourgeois commis par la dite ville, filleules et communes de Bordeaux, en vertu de Tunion que nous avons faicte avec Leurs Altesses et sous leur authorité, avons donné et donnons par ces présentes plein pouvoir aux sieurs de Trancars, conseiller au parlement et bourgeois de Bordeaux; de Blarut et Dezert , aussy bourgeois de Bordeaux, de s^acheminer à Londres, et là, conjointement avec les sieurs marquis de Cugnac et de Barrère , y résidant de la part de mondit sieur le prince , faire tous traittés , associations et alliances avec messieurs du parlement de la république d^Ângleterre, pour obtenir d^cUx des secours nécessaires d*homlnes, de vaisseaux et d'argent , pour la manutention de Bordeaux, de la province de Guienne, et restablissement de leurs anciens privilèges, k telles conditions qu'ils jugeront k propos, promettant avoir tout ce qu'ils géreront et négocieront pour agréable, et de le ratifier et approuver, comme dès îi présent nous l'approuvons et ratifions, comme s'il avait esté faict par nous^mosmes : en foy de quoy, nous avons signé ces présentes à Bordeaux , le quatrième d'avril mil six cent cinquante-troisi
» Armand de Bourbon.
Jean-Ferdinand de Marchih; chevalier de Thodias,
premier jurât; Lenet, plénipotentiaire de Son
Altesse sérénissime Monseigneur le Prince; La-
PERRIÈRE , major de la ville de Bordeaux. »
(Ici suivent les gignatures des dix^huH bourgeois ci- dessus nommés.)
lors, crieraient hautement : Liberté ! et prendraient les armes Livre xi. pour la maintenir au péril de leur fortune et de leur vie, etc. -1 '
D'après une dépêche de Tenvoyé de France à Londres à ^, , '
r t^ J State papers by
M. de Brienne, du 24 novembre 1653, il paraîtrait qu'un Tarioc, secremédecin écossais était chargé par les religionnaires du Bas- ^^jj ^tom^r" Languedoc de demander des secours à leurs amis les Anglais. , T . ... Ce missionnaire politique assurait que les protestants du lumeofcomn Midi , pour peu que le secours arrivât, étaient disposés à se '"*^*^remettre sur pied, et que les autres religionnaires de France ^^^^^^^^^^ étaient d^un même esprit. Enfin, on avait donné à l'ambassadeur le manifeste d'un projet fait à Bordeaux et présenté au Conseil d'État (à Londres) pour établir un parlement de cent personnes, semblable à celui c^ Angleterre, Cette coupable démarche des ormistes et des protestants bordelais n'eut aucun succès auprès de Cromweli; elle fut, en outre, condamnée par une assemblée de bourgeois qui se tint peu après à la Bourse, et les deux députés furent expulsés de Bordeaux pour avoir fait un appel à l'étranger. On ne savait pas alors que Coudé aussi offrait en môme temps, par ses agents, à Cromweli , la liberté du commerce en échange de son appui. Les ormistes ne gardaient plus de mesures : leur tyrannie révoltait tous les honnêtes gens qui eurent le courage de rester en ville. Le parlement parti , c'était l'autorité foulée aux pieds, le pouvoir royal repoussé, l'insurrection préco^ nisée comme un devoir , la religion même , qui consacre tous les droits légitimes, devenue l'objet du mépris universel. Dans cet état de choses, l'archevêque Henry de Béthune Lenet, osa élever la voix en défense de la vérité ; il excommunia sep^feTiv. tous ceux qui portaient les armes contre le roi , et défendit » îI7 t ii à tous ses prêtres de les absoudre. Cet acte d'un homme fidèle à ses devoirs excita un murmure général contre le clergé : quelques prêtres se permirent de commenter en chaire la défense du prélat , mais ils en furent rudement punis ; on les maltraita avec cruauté et leurs maisons furent livrées au