‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 35 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Louis XIV confirme les privilèges des Bordelais. — L'administration douce et paternelle de M. de Saint~Luc. — Dispute entre des jurais de Bordeaux et ceux de Libourne.-^Mazarin arrive à Lilwarne. -- Son cort^e. — Sa lettre à la reine. *-Sa conduite k L'ibourne. — Sa réponse aux députés du parlemenL— Louis XIV k Bordeaux. — Il s'efforce de guérir les plaies causées par la guerre. — La paix est conclue. — Le mariage avec Tin faute arrêté. — La cour va k Toulouse. — La paix publiée b Aix, etc., etc.

ie54.

Livre XII, P»r s^il^ ^^s troubles dç rOrmée , la ville de Bordeaax se trouvait accablée de dettes; on supplia Sa Majesté de permettre aux jurais de lever un impôt sur cerlaioes marcbandises à leur entrée en ville ou à leur sortie , selon Tavis du 30 Mars, couseîl de THÔteMe- Ville. Le roi accorda uoe certaine liberté à cet égard; mais, avant tout, il exigea la révision des comptes pendant les mouvements révolutionnaires de la ville. Les Chronique bor- députés firent obscrver au roi que, de temps immémorial, deiatse. ^^ maire et les jurais avaient le privilège de visiter tous les vins de la sénéchaussée de Bordeaux ; qu'il était défendu d*en introduire, provenant des autres sénéchaussées, avant un certain temps de Tannée ; et enfin que, jusqu'alors, personne ne pouvait acheter d'autres vins pour les revendre en ville ou aux faubourgs, que celui des crûs des bourgeois de Bordeaux, sous peine de confiscation, de dix mille livres d'amende et autres peines, à la disposition du maire et des jurats. Louis XIV confirma ces privilèges de la ville et des bourgeois; il maintint le maire et les jurats dans le droit d'exercer la justice tant civile que criminelle par eux ou par des représentants, hommes de probité, de savoir et d'expérience, dans les lieux de Caudéran , Bouscat et Villenavc, et

dans le faubourg Saint-Seurin, à l'exception de la Sauveté, LWrexu. qai était bornée par quatre croix. Leur pouvoir judiciaire ^

s étendit au-dessus de soixante-cinq sols. Eu un mot, on s'efforçait de reconstruire Tédiâce social. Le parlenjient, qui avait vu sa. fierté abattue par tant de malheurs, montra un grand zèle pour le service du roi ; les jurats aussi se distinguèrent par une obéissance aveugle à ses ordres. Les Liboumais, qui Davaieni pas trempé dans la révolte, demandèrent que la Coar des Aides fût établie chez eux; le roi y consentit pour récompenser leur fidélité; elle y tint sa première séance le 27 avril. Mais la ville d*Agen trouva plus tard, auprès du noi, de plus puissants avocats; la Cour y fut transférée, et en 4&S9 à Bordeaux , oii le parlement avait été réintégré le 1 1 dé-r cembre 4654.

Les passions politiques sont comme les orages ; elles épurent la société, font beaucoup de bruit, de mal même; mais elles se calment enfin : la raison reprend ses droits et la paix i6S5. son empire. L'animosité des Bordelais contre la familla de d'Epernon s'éteignit, faute d'aliments, et la haine fit place à rindifférence. Le duc lui-même ne craignait plus la colère de ses tx>m patriotes; il revint à Cadillac, où il reçut force visites de la part même de ceux parmi les Bordelais qui avaient mis à prix sa tête.

Après bien des négociations au sujet du rétablissement des relations commerciales entre la France et TAi^gleterre, par l'entremise de M. de Virelade, représentant du commerce de Bordeaux et de Nantes, un traité eut lieu le 24 octobre 16S5 entre Louis XIV et Cromwell, protecteur d'Angleterre. Mais dans les pourparlers préliminaires, on voyait toujours percer la méfiance qu'avaient les rois de France, contre les Bordelais. Depuis Charles VII, les Anglais étaient tenus, en entrant dans la Gironde, de déposer leurs armes à Blaye; dans un projet de paix entre le grand roi et le prolecteur, en date du 5 août 1654, on remarque l'article XXIX, qui modifie ou abolit plu-

Cbap. 4.

LWre xiT. tôt cet antique usage ; il y est dit que : « Les navires qui se » rendraient à Bordeaux, et pareillement les navires français, » ne seront en aucun cas obligés à déposer leurs canons et » leurs armes. »

Cet article fut de la part de la France l'objet de quelques observations que le cabinet, dans ses instructions secrètes, adressa à M. de Bordeaux, son ambassadeur à Londres, le 24 août 16S4, et où nous lisons : « L'égalité qu'il faut conser- » ver en toutes choses, doit être plutôt dans l'effet que dans » les paroles, parce qu'il y a des conditions qui paraissent » bien égales , mais qui ne le sont pas ; celle de n'obliger » point les vaisseaux de part ni d'autre à débarquer leurs )» canons est de cette nature, parce que les Anglais n'ont » point accoutumé de faire débarquer ceux des nôtres, comme » nous ne faisons rien à l'égard des leurs, ailleurs qu'en la » rivière de Bordeaux , où nous ne pouvons aucunement nous » départir de ce qui a élé pratiqué de tout temps, sans nous » exposer à de très- grands périls; les Bordelais étant natu- » rellement changeants et remuants et leur port étant quel- » quefois rempli d'un nombre de vaisseaux anglais capables » d'une grande entreprise , pour peu d'assistance quMls re- » çussent de ceux du dedans. »

On voit bien les sérieuses craintes que nos Bordelais, si inconstants alors dans leurs affections et remuants de caractère, inspiraient an gouvernement de Louis XIV ! 1656. L'année suivante (SO mars], les Bordelais reçurent dans

leurs murs le marquis de Saint-Luc, gouverneur et lieutenant du roi en Guienne. Arrivé de Libourne à Lormont , on le conduisit dans une élégante maison navale , dans le port de Bordeaux, où, en débarquant, il fut complimenté par M. de Malet, premier jurât. Son administration fut pacifique et paternelle ; il était arrivé avec des préventions contre l'esprit des Bordelais, qu'on représentait alors, à tort, comme un peuple tracassier , irritable et toujours prêt à s'insurger ; il

Le i3 décembre 1657, rHôteMe-Ville tût consumé par le fea du ciel» qui tomba dus une vieille tour vis-à-vis de la chapelle et où l'on tenait les poudres. L*orage éUit si violent que portes, fenêtres, cloisons^ tout Ait renversé, et quinze personnes ensevelies sous les décombres. L*église de Saint-Ëloi et le collège de Guienne furent fortement endommagés par Texploston.

Le 14 septembre idS8 fut bénie une chapelle bâtie dans rh^pitti de la Mannfaetort , ptr le vicair« génénd , en présence des Jurats,

gouverna, en conséquence, sons l'impression de ces idées. Les Livre xii. mesures douces que la prudence lui conseillait de prendre; ^^' Fesprit de conciliation et de paix qui présidait à son administration lui gagnèrent tous les cœurs et contribuèrent fortement au bonheur du peuple. Les Bordelais comprirent alors que leur bien-ôtre matériel et moral souffrait de ces désordres toujours renaissants; ils rentrèrent dans le devoir, et des idées d'ordre, de soumission , de respect pour l'autorité, reoiplacèrent enfin les sentiments turbulents et les dispositions révolutionnaires qu'on leur imputait toujours. Ces reproches étaient peu fondés, car tout le tort des Bordelais consistait en un vif et indestructible attachement à leurs privilèges , une susceptibilité patriotique digne d'éloges, et en une aveugle confiance en ceux qui se vantaient de vouloir et de pouvoir défendre leurs droits et leurs intérêts, et dont ils n'étaient que trop souvent tes dupes. De cette source et de l'imprévoyante imprudence des gouverneurs sont nés tous leurs troubles: l'augmentation des impôts, la colère et la tyrannie des chefs civils et politiques de la province en ont été la plupart du temps des occasions ou plutôt des causes.

Le pouvoir absolu que s'arrogeait peu à peu Louis XIY, les?. aux dépens de la liberté ; les tyranniques prétentions de Mazarin et des ministres du roi avaient refroidi le patriotisme et glacé le cœur des Bordelais. Les agents subalternes empruntaient à leurs maîtres et supérieurs un peu de leur fierté et de leurs allures despotiques; à l'exemple du parlement , les jurais, dans les villes, s'arrogeaient le droit de conuuander en

Livre XII. maîlres et d'agir en despotes. De là vint en partie une dispute ^L ' entre les jurats de Bordeaux et ceux de Libourne , qui n a- *^^^' vait, au fond , d'autre source que des inimitiés particulières. Un jour, deux jurats de Bordeaux revenaient de Sainte-Foy chez eux; le maire de Libourne les fit arrêter et interroger en présence des jurats de la ville. En réponse aux questions qu'on leur adressa , les deux magistrats bordelais se bornèrent à montrer leui-s chaperons de livrée pour se faire mettre de suite en liberté; ils se retirèrent mécontents et résolus de se venger à la première occasion : elle se présenta bientôt 4658. après (10 janvier). On arrêta le maire et deux jurats de Libourne , qui se trouvaient à Bordeaux ; on les conduisit à rhôtet, où, après un interrogatoire humiliant, on les mit en liberté. Plainte en fut portée à M. de Saint-Luc; mais ce gouverneur, voyant des torts de part et d'aiiire, arrangea ce petit difiPérend , en condamnant les parties à se faire des excuses réciproques.

On annonça dans ce temps la prochaine arrivée du cardinal

Mazarin dans le pays. Ce nom n'inspirait plus les mêmes

craintes et n'excitait plus le moindre murmure. On l'avait

détesté, on ne l'aimait pas encore; mais, ministre tout puissant

d'un roi qui ne badinait pas avec des factieux , on respectait

en lui la puissance et le caractère. Il se rendait à Sàint-Jean-

de-Luz, où il devait rencontrer Louis de Haro, plénipoten-

Montgiat, tiaire d'Espagne, et travailler de concert avec lui à un traité

t. m, page 79. définitif de paix entre la France et la Péninsule. Il s'agissait

Mémotreê g^ggj ^^ mariaffe de Louis XIV avec l'infante dont le maréchal

du maréchal de ^

Gramtnont. de Grammont avait demandé la main pour son roi. On oublia les torts passés du ministre pour ne songer qu'aux bienfaits dont son passage pourrait être la source; on se berçait de l'espérance qu'il apprendrait, en passant, l'état malheureux du pays, et serait peut-être amené, par des plaintes générales, à y pourvoir. Comment rester sourd aux cris d'une population appauvrie par la guerre , accablée de taxes , paralysée dans

son Gommerce et dans son industrie , et menacée métne dans t^ivre xii. son exfêtence par la forte gelée qui avait emporté les espé- ^L ' rancesdes propriétaires viticoles? Dans le cas où, cédant à ^^^' des souvenirs fàctteox, le ministre se montrerait indifférent au malaise général, n'était-il pas naturel de croire que Sa Majesté ce le serait pas? Ainsi, au milieu des plus tristes perspectives, les Bordetaiis croyaient entrevoir, dans un avenir prochain , un rayon d'espérance ; la joie succéda à la tristesse, et le pays se disposa à faire tous les sacrifices possibles pour bien accueillir leurs botes royaux. Louis XIV fut flatté de ces disposHionsdes Bordelais, et, sachant qu'on n'avait pas eacore oublié 00 réparé les sacrifices du temps passé, il défendit tonte dépense extraordinaire qui pût afiecter le bien-être de ses sujets dont 41 voutait être le père.

Masnrin arriva à Liboorne le 13 juillet, se dirigeant sur ie59 Cadillac, sans toucher à Bordeaux ; il voyageait en prince et coiDffle représentant officiel de la grandeur du mi et du pays. H avait pour lui-même et les principaux seigneurs de sa suite, sept carrasees à six chevaux et trei^ autres à deux chevaux ; Hi»toire les bagages étaient portés par vingt chariots à six chevaux et ^^J^f^j par vingt-quatre mulets, couverts de tapis, tous brillants d'or — et d'argent. Il était suivi de Pimentel , ambassadeur d'Espagne, Hutoire de des maréchaux de Villeroi, de Clérambauh et de La Meille- ^<^^'^^^^* ^•'• raye , a^ès lesquels venaient le commandeur d& Souveray, le marquis de Lyonné, nommé miniatre d'État, et plus de deux cents gentilhommes des plus qualifiés du k-oyaume. Ce magnifique cortège était complété par cent cinquante valetsde livrée, cent cinquante autres domestiques, une garde de centchevaux et de trois cents fantasans : avec cet appareil fastueux et qaasi-royal , qui nous semble si étrange en présence de nos nouvelles mœurs, Mazarin arriva le 13 jurllet au milieu des Libournais, toat effrayés d'avoir à fournir aux besoins de tant d'êtres naturellement fiers et exigeants. Prévenu , à Château-

Chronique ùor^

neuf, que des députés du parlement et de rHôteUde^-Ville de deiaue.

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