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de la ville allaieut , chacune nantie d'un panier, porter de la terre aux travailleurs. Cétait de l'enthousiasme : jamais Sparte ou Rome n avaient fourpi de plus beaux exemples d'héroïque dévoùment. Les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld présidaient aux travaux et travaillaient eux-mêmes. Le vin, les rafraîchissements de toute sorte étaient servis avec profusion aux travailleurs ; le jeune duc d'Enghien allait sans cesse, sur un petit cheval , d'un endroit à l'autre , encourageant les ouvriers , et salué partout de cris de joi6 et d'acclamations étourdissantes. Le premier soir, la princesse fit promener, sur la rivière, les dames qui avaient travaillé avec elle; sa galère était élégamment ornée et elles trouvèrent à bord une collation magnifique. Tous les vaisseaux du port la saluaient en passant ; les acclamations du peuple qui bordait les quais se mêlaient , se confondaient et se répétaient par les échos des deux rives.
Cependant Meilleraye s'approchait toujours de la ville ; il avait résolu de commencer le siège par les quartiers de Saint- Seurin et des Ghartrons ; c'étaient les côtés les plus faibles et les moins susceptibles de défense. Le Parlement ordonna qu'on y fit des retranchements et des barricades ; on obligea les bourgeois à fournir un certain nombre de barriques, qu'oa défonça par les deux bouts , pour les poser en ligne transversale, en forme de retranchements. Du côté extérieur, on fit creuser un large et profond fossé ; on remplissait les barriques d'une partie de la terre qu'on en extrayait , et le reste , on le jetait entre les deux lignes transversales des barriques ainsi disposées. Ces suites de retranchements furent continuées sur les grands passages, depuis l'extrémité du D. Devienne, faubourg Saint-Seurin jusqu'à la porte Dijeaux. Là se trouvait une grande quantité de terre et de décombres, qui obstruait la porte jusqu'à une très-grande élévation ; on coupa ce tertre en demi-lune , en y ménageant par derrière des abris pour les troupes. On fit d'autres fortifications sur une
ligne qui s étendait depuis le Château-Trompette jusqu'à Ba- Livre xi. calan ; lesfauboui^sde Sainte-Croix et de Saint-Julien furent ^L mis dans un état convenable de défense. Toute la ville sem- ^^^' blait à Tabri d'une surprise. •
Mazarin ne se bornait pas à des préparatifs militaires ou à des plans stratégiques ; il faisait préparer de nouveaux accommodements et essayait en même temps , par ses agents , de semer la discorde dans la ville , entre les. bourgeois , la princesse et le Parlement. Tous ses efforts furent infructueux. Alors il fit rendre un arrêt du Conseil contre le parlement. Cette compagnie, ne voulant pas rester sous le poids de ses impatations gratuites et malveillantes» fit faire, en réponse, une apologie de sa conduite.
Ces pièces sont longues ; mais comme elles ont une importance historique qu'on ne saurait méconnaître , nous en conserverons la substance dans une analyse succincte au lieu de transcrire le registre du Parlement.
L'arrêt inspiré par le cardinal porte que le roi avait pardonné les Bordelais dès la fin de l'année précédente , et qu'au lieu de répondre par des actes de reconnaissance , les Bordelais avaient formé de nouveaux complots ; qu'ils étaient les premiers à oublier les faveurs qu'on leur avait accordées , et les conditions auxquelles ils avaient consenti; qu'on avait frappé d'nn impôt les magistrats fidèles, et que, malgré les conventions spéciales, on continuait à démolir le Château-Trompette; qu'on avait établi de nouvelles impositions pour soudoyer les révoltés et les ennemis du roi ; et que, contrairement à ses ordres et à son autorité, qu'on avait traité avec les envoyés du roi d'Espagne; qu'on avait entraîné dans la révolte les hommes crédules et inoffensifs , puis qu'on les y avait maintenus par la crainte du châtiment ; qu'on avait envoyé des agents accrédités de Bordeaux dans d'autres lieux, pour y exciter la révolte; qu'on avait reçu la princesse de Condé, malgré la défense du roi, quoiqu'elle fût accompagnée de troupes et de deux hommes
Livre XI. déclarés criminels de lèse-majesté , sans autre motif pour la -1 ' justification du Parlement , qu'une promesse illusoire de ne rien faire contre le service du roi ; qu'on avait saisi les deniers du roi et proscrit ses serviteurs et amis; qu'on avait pillé leurs propriétés et leurs maisons et envoyé des vaisseaux en Espagne, pays ennemi ; qu'on avait abusé de la bonté du roi, qui était venu pacifier la province et offrir à ses sujets égarés le pardon et la paix ; qu'on avait appelé , par l'entremise du duc de Bouillon, des secours de l'Espagne, afin de jeter la ville^ à la suite d'une guerre longue, dispendieuse et acharnée, sous la domination étrangère. En conséquence , Sa Majesté se voyait dans la nécessité d'employer les forces que Dieu lui avait mises en main pour châtier les coupables d'une manière proportionnée à la grandeur de leurs fautes.
50 août i6so. « Â ces causes , Sa Majesté étant à Bourg, dans son conseil,
» de l'avis de la reine régente , sa mère, a déclaré et déclare » les habitants de la ville de Bordeaux, ensemble tons les au- » très, qui sont à présent dans la dite ville, les servant et adhè- » rentà leur rébellion, criminels de lèse-majesté, et, comme » les dits habitants, privés et déchus de leurs privilèges, même » du droit de communauté , tous les biens appartenant à eux » et à leurs adhérents, tant dedans que dehors la ville, ac- » quis et confisqués , à Sa Majesté , si dans trois jours , après » la publication du présent arrêt , ils ne viennent demander » pardon de leurs fautes et ne reçoivent Sa Majesté avec le » respect et l'obéissance qui lui sont dus; après lequel temps » passé, elle veut et entend qu'il n'y ait plus pour eux aucune » espérance de grâce ni de pardon. Fait cependant très- » expresse défense aux juratsde la dite ville d'en prendre plus » la qualité, ni d'en faire aucunes fonctions; ordonne que tous » officiers du Parlement de Bordeaux , du bureau des finan- » ces , du Présidial , de l'Élection , de l'Amirauté , et généra- » lement tous les corps de la dite ville, se retireront prompte- » ment et se rendront à la suite de Sa Majesté pour y recevoir
» sescommandements; que la justicene pouvant plus être admi- Livre xi. » DÎstrée en sûreté dans un lieu si rempli de troubles et de cou- B fusion , ni par ceux qui y ont part , toute fonction publique » cessera dorénavant ès-dites compagnies, et que les arrêts, » sentences, jugements et délibérations qui interviendront , se- » ront nuls et de nul effet , comme étant donnés par gens sans B pouvoir, étant pris pour autant de nouveaux attentats; faisant, » Sa Majesté , très-expresses défenses à tous ses sujets habi- » tant dans les villes , bourgs et plats pays de la dite pro- B vince de Guyenne, et à tous autres de quelque qualité et » condition qu'ils soient , de reconnaître ni recevoir aucuns » ordres ou jugements venant de ceux , qui soient présente- » ment en la dite ville de Bordeaux , et d*avoir aucun com- B merce, intelligence, ni communication avec eux; ni de X parler, ni envoyer aucuns vivres, ni commodités, à peine » de punition exemplaire; ordonne, en outre, Sa Majesté, que » le présent arrêt sera publié à son de trompe aux carrefours > de la présente ville de Bourg , aux quartiers les plus avanie ces de son armée, campée présentement devant la dite » ville, en tous les bai liages, sénéchaussées et autres sièges » du ressort du Parlement , et partout oii besoin sera , etc. d Cet arrêt était sévère; c'était une inspiration de la colère du cardinal, une mesure très-impolitique, car elle tendait à compromettre Tautoritédu roi, puisqu'on était dans l'impuissance de l'exécuter. Mazarin eut la faiblesse de croire à l'eflicacité d'un système d'intimidation contre une ville qui repoussait le roi et son armée , et avec laquelle , selon toutes les apparences , il allait bientôt être forcé de traiter d'une manière moins hautaine. L'arrêt ne fit donc qu'irriter les esprits des Bordelais de plus en plus contre le cardinal ; des mesures moins acerbes , un langage doux et modéré, plus de franchise et moins de ruses et de rigueur, auraient gagné le Parlement et toute la population , qui ne demandaient pas mieux que de voir finir ces éternelles luttes, ces troubles si préjudiciables à
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D. Devienne, liv. IX.
Recueil de piècei , etc.
Tordre et à la prospérité de la ville et de la province (1). Les trois jours s^écoulèrent sans qu*il se fût trouvé un seul individu assez lâche pour abandonner la cause de ses concitoyens et aller se jeter aux genoux de Sa Majesté. Le peuple et les bourgeois ne songeaient qu*à se fortifier et à se défendre; le Parlement, de son côté, s'assembla et fit dresser l'apologie de sa conduite , dont nous avons parlé plus haut, et dont nous allons donner la substance.
L'arrêt du conseil , comme nous venons de le dire , était sévère, impitoyable même ; les remontrances apologétiques du Parlement* portaient l'empreinte d'une noble franchise et d'une généreuse indépendance ; c'est le langage d'un peuple opprimé , mais respectueux , qui comprend ses droits et ses devoirs, et qui sent sa force. Cette apologie est longue; nous n'en donnons que la substance et les traits les plus remarquables. Nous suivrons dom Devienne dans cette analyse.
« Nous n'avons cessé de porter nos plaintes à Votre Majesté contre les violences de d'Épernon , et d'implorer sa justice , mais on est resté sourd à nos gémissements ; on a refusé de remédier à nos maux, et, ce qui est pis , on nous a fait un crime de nos plaintes. On nous a ofiert le repos sous l'image d'une fausse paix, dont nous avons fait des remercîments sans en éprouver les avantages; on a doré le vase qui contenait
(1) Cette grande figure historique , qu*on appelle Mazario , a été étrangement maltraitée par les passions du moment ; nous pouvons en dire autant de la reinemère, Anne d*Autriche, femme intrépide et courageuse, politique aussi prévoyante et plus magnanime que la reine Vierge d^Angleterre , dont Todieuse mémoire est entachée du sang de Marie-Stuart. Qu'était Mazarin pendant ces troubles? le vrai représentant de Tautorité. Qu'était la reine? un intermédiaire respectable entre les sujets et le prince ; une négociatrice couronnée , dont le rôle consistait k rétablir la paix et ik sauver le roi, la monarchie, et le ministre confident de ses pensées. Qu'était D*Ëpernon? un subalterne tyrannique, un brouillon tracassier et orgueilleux qui troublait Tordre. Qu'était le Parlement? une réunion de factieux, des sujets insoumis qui agissaient en rois; des rebelles déguisés, dont la robe seule méritait le respect, mais dont la conduite était très-coupable.
le poison qui devait nous tuer, et la parole du prince, qui est Livre xi. la loi vivante de TÉtat , a été employée par nos ennemis à ^^' nous bercer d*espérances trompeuses, qui ont toujours été couronnées de manques de foi » d'actes d'inhumanité et de fareur. D'Argenson était venu , de la part de Votre Majesté, pour pacifier la province et sécher nos larmes; il a vu de sang froid nos prêtres égorgés , nos femmes prostituées , nos filles violées en présence de leurs époux et de leurs pères , JQsquau pied des autels; il a vu, nous frémissons de le dire , le vase où était renfermé le corps adorable de Jésus- Christ, exposé en vente par les troupes de Votre Majesté, conduites par le duc d'Épernon : des excès si affreux sont restés impunis !
» Le Parlement de Paris avait demandé la paix pour nous. Les princes du sang , alors libres, l'avaient jugée juste et nécessaire; le duc d'Orléans s'en rendit garant; tout semblait nous l'assurer; mais le cardinal ne le voulait pas. Nous prévîmes alors qu'elle ne nous serait pas donnée et nous en eûmes bientôt la preuve, car au lieu de laisser nos députés s'approcher de Votre Majesté , cette Éminence les envoya en eiil.
» Quelle excuse le cardinal peut-il alléguer d'avoir abandonné la Gaienne aux vexations et à l'inhumanité des gouverneurs? D'Êpernon aurait-il fait venir une flotte dans nos ports sans les ordres de ce ministre? aurait-il osé rompre une paix donnée au nom de Votre Majesté, si M. le cardinal n'eût fait venir des troupes de Catalogne, où elles étaient si nécessaires, pour nous égorger, au préjudice de cette paix scellée bnit jours auparavant, et que le duc d'Épernon avait dans sa poche lorsqu'il fit attaquer nos faubourgs par terre et par mer?
» Les siècles à venir apprendront avec étonnement , Sire , qu au même instant où nous venions de remercier le Seigneur de la paix que Votre Majesté nous avait accordée , nous fûmes
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» Cette paix prétendue n a donc été qu'un piège dans lequel on nous a fait tomber , en abusant de notre obéissance et de la confiance que nous avions dans des paroles royales. Toute la France sait que pendant les funestes intervalles de cette trêve, on a intercepté des lettres par lesquelles les agents du
duc d'Epernon marquaient , qu'on n'avait eu en vue , dans cette paix pleine d'artifice , que de désarmer les peuples et de pouvoir continuer d'exercer sa vengeance.
» Ces traits et une infinité d'autres que nous passons sous silence , nous forcent de conclure que cette province sera toujours dans la désolation tant que le duc d'Épernon continuera d'en être le gouverneur, et tant que M. le Cardinal aura la direction des forces du royaume.
» Notre devoir, Sire, nous oblige de vous représenter que les peuples pensent maintenant que le projet de M. le Cardinal est d'entrer à main armée dans cette ville et d'y rendre l'autorité du duc d'Ëpernon plus despotique que jamais. Comme les rois ne sont pas les vengeurs des passions de leurs sujets, nous attendons de la justice de Yotre Majesté, qu'elle ne permettra pas que cette ville soit sacrifiée à l'injuste ressentiment de ce ministre.
» L'entrée de la princesse de Condé et du duc d'Enghien dans cette ville a servi de prétexte au duc d'Ëpernon pour nous vexer avec de nouvelles troupes.
» Les habitants de cette ville sont persuadés , Sire, qu'en cherchant à irriter Votre Majesté contre son propre sang, M. le Cardinal n'a eu en vue que ses intérêts; que c'est ce motif qui lui fait tenir en prison , depuis huit mois , trois princes, sans qu'il lui ait été possible de justifier un procédé si extraordinaire. Ce sont ces mêmes intérêts qui l'obligent de poursuivre ouvertement cette princesse et le duc son fils.
jusqnes fious ces murailles, et de courir après les derniers Livre xr. restes de la Maison de Bourbon, pour envelopper, s'il est ^^ ' possible , des personnes si chères à l'État , dans la ruine de ^^^' cette ville. En leur en refusant l'entrée , nous n'eussions pas cru moins agir contre les intentions de Votre Majesté , que contre le droit d'hospitalité que dicte la nature, et qui a toujours été respecté par les nations les plus barbares.
> Sous quelque couleur qu'on poisse présenter à Votre Majesté et aux autres provinces du royaume , la conduite que nous avons tenue , et quoique la passion se soit portée au point de nous imputer comme des crimes les malheurs mêmes qui nous accablent , ce qu'on ne peut révoquer en doute , et ce qui doit. Sire , nous ai&iger sensiblement , c'est qu'on dissipe votre patrimoine , qu'on égorge vos sujets , qu'on détruit vos édifices, qu'on verse voire sang, qu'on épuise votre substance ; que tous ces maux sont l'ouvrage du duc d'Éper- Don, et que M. le cardinal Mazarin n'a pas craint de conduire lui-même Votre Majesté sur les lieux , pour la rendre spectatrice de la ruine de ses peuples, et pour l'autoriser par sa prince.
» Nous avons porté aux pieds de Votre Majesté, à Libourne, le sacrifice de nos droits et les nouvelles assurances de notre fidélité. Nos députés avaient reçu un accueil favorable; nous nous flattions de la douce espérance de voir Votre Majesté habiter au milieu de nous, et de goûter, par sa présence, une satisfaction sans mélange. Un coup fatal a détruit notre joie et renversé toutes nos espérances. Un citoyen de Bord^ux , livré par trahison , est pendu aux halles de Libourne, proche la maison de Votre Majesté, par l'ordre et l'autorité absolue de M. le Cardinal. Une action de cette nature et les circonstances dans lesquelles elle a été commise, ont forcé vos peuples à s'écrier , qu'au moment même oîi on leur promettait toutes les douceurs de la paix, on leur faisait souffrir, en la personne de leur concitoyen , ce qu'ils n'auraient pas appré-
Livre XI. hendé de rennemi le plus barbare ; qu'en faisant mourir un homme qui n'a eu d'autre crime que d'être habitant de Bordeaux , M. le Cardinal nous fait assez connaître ce qu'il nous
prépare, si nous lui accordions l'entrée de notre ville; que dès qu'il change les grâces en supplices et la confiance en désespoir, il ne permet plus de rien espérer davantage , et qu'un trait de cette nature , dans lequel on n'a pas même consulté les lois de la politique, prouve qu'il nous a juré une haine implacable , et qu'il a un dessein formé d'affermir son autorité sur notre perte et de la cimenter par l'effusion de notre sang. (Comment ose-t-il donc aujourd'hui publier, dans toute la province , qu'on veut nous traiter avec douceur ; qu'on n'a d'autre intention que celle de donner la paix et le repos au peuple , tandis que les frontières du royaume sont ouvertes à l'ennemi, qu'elles deviennent leur conquête, qu'on abandonne tout, qu'on sacrifie tout, pourvu qu'on fasse périr cette ville , l'unique objet du ressentiment de Son Éminence. » Le dernier trait de la haine de M. le Cardinal est de nous calomnier ; il veut nous faire passer pour coupables d'intelligence avec l'étranger , dans le temps où toute la France est instruite de la résistance que nous avons faite pour ne pas donner un titre qui aurait pu choquer notre fidélité et notre devoir. Oui , Sire , si le cardinal permet que la vérité perce jusqu'à votre trône , Votre Majesté saura que nos collègues ont versé leur sang dans cette occasion; que leur vie a été exposée , un jour entier, à la fureur de ceux qui assiégeaient le palais de votre justice; qu'ils vinrent, les épées nues, nousattaquerjusques sur nos sièges, qu'ils se retirèrent plus effrayés que nous ne l'étions nous-mêmes ; que nous ne quittâmes jamais ni la dignité ni la fonction de juges , et que notre fermeté triompha de tous les eflorts de la séduction et de l'intrigue. Si cette action , qui n'a jamais eu d'exemple , était connue de Votre Majesté dans toutes ses circonstances , nous oserions nous promettre qu'elle nous attirerait des mar-
ques de reconnaissance , comme elle nous a acquis une gloire ^î^re xi/
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éternelle. !L
» Non, Sire, nous n'avons jamais traité avec l'étranger. ^^^' Lorsque nous avons souffert, nous avons eu recours aux armes de la justice pour terminer nos peines ; s'il est venu dans notre rivière des vaisseaux et des ennemis de votre Élat , nos arrêts et nos requêtes, que nous avons envoyés à Votre Majesté , justifient la manière dont nous nous sommes comportés à leur égard ; et si aux violences d'un gouverneur qui s'était érigé en tyran dans la province , qui y opprimait vos sujets , et qui s'attribuait les droits de têtes couronnées , nous avons cm devoir opposer une défense naturelle , justifiée par une de vos déclarations , nous n'avons pas recherché des secours criminels , et nous ne nous reconnaissons pas coupables de la faute qu'on nous reproche.
» Nous finissons, Sire , en suppliant Votre Majesté de croire que tons nos mouvements et nos intentions, dans l'autorité des charges qu'elle nous a commises , ne se porteront qu'à l'entière exécution des commandements de Votre Majesté ; que c'est l'unique objet de nos désirs , et que nous emploierons nos soins et nos vies pour le bien de son service , en suppliant votre bonté, qui est la qualité la plus glorieuse et la plus estimable des rois , de vouloir soulager et faire cesser les maux qui nous afDdgent depuis si longtemps, et de mettre sons sa protection celte ville contre la persécution de ses ennemis. »
Cette apologie est rédigée avec adresse et une noble et franche fermeté ; elle justifie la conduite du Parlement comme corps politique , mais elle ne saurait effacer les impressions que l'histoire de ces troubles laisse sur l'esprit du lecteur. Le Parlement avait reçu des hommes coupables de lèse-maj;esté ; les chefs des Bordelais avaient traité avec Vatteville ; le Parlement y prit part individuellement, mais il se garda bien de se compromettre comme corps politique et judiciaire ; les re-
«'• Part. B. 2
Livre XI. gislres n'en contiennent pas la moindre preuve. Toutes les *L. ■ démarches des Bordelais étaient dirigées contre d'Épernon , et, par contre-coup, contre le ministre et le roi; le coup devait atteindre le subalterne ; mais, par cela* môme qu ils voulaient changer le gouverneur et le ministre , ils forçaient la volonté du prince et substituaient le despotisme du peuple à celui du roi. Les Bordelais n'étaient rebelles que par entraînement ; ils aimaient leur prince, et n'avancèrent pas un mot dans leurs remontrances qui fût contraire à l'autorité royale. Ils devinrent rebelles , non pas par système, mais par amourpropre et par un sentiment exagéré de la puissance du Parlement. Ils s'étaient, par ces raisons, lancés dans une fausse voie ; l'orgueil obstiné de d'Épernon et l'absolutisme de Mazarin les y précipitèrent tout à fait ; ils prirent les armes contre les représentants de l'autorité royale, et, voulant restreindre la puissance d'un ministre , malgré le roi qui la lui maintenait, ils démentirent , par leur conduite , les bonnes intentions dont ils étaient animés, et imprimèrent une tache sur cette page de leur histoire. Leur résistance était celle des braves; l'emploi des armes la rendait coupable.